Skip to main content

Full text of "Essai sur l'histoire et la géographie de la Palestine, d'après les Thalmuds et les autres sources rabbiniques"

See other formats


LIBRARY 

UNIVERSITY OF CALIFORNIA 

RiVERSIDE 



^ 



Digitized by the Internet Archive 

in 2009 with funding from 

Universityof Ottawa 



http://www.archive.org/details/essaisurlliistoirOOdere 



ESSAÏ 



SDR 



L'HISTOIRE ET LA GÉOGRAPHIE 
DE LA PALESTINE, 

D'APRÈS LES THALMUDS Eï LES AUTRES SOURCES RABBINIQUES. 



SE VEND CHEZ A. FRANCK, 

LIBRAIRE, RI;B RICHELIEI , 67. 



Tous droits résprvés. 



ESSAI 



SUK 



L'HISTOIRE ET LA GÉOGRAPHIE 

DE LA PALESTINE, 

D'APRÈS LES THALMUDS ET LES AUTRES SOURCES RABBINIQUES, 

^ PAR 

J?^DERENBOURG. 



PREMIERE PARTIE. 
HISTOIRE DE LA PALESTINE 

DEPUIS CYRUS JUSQU'À ADRIEN. 




PARIS. 

IMPRIMÉ PAR ORDRE DE L'EMPEREUR 

À L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE. 



M DCCC LXVII. 



Ail Rights Reserved. No part of this publication 
may be reproduced, stored in a retrieval system, 
or transmitted, in any form or by any means, 
electronic, mechanical, photocopying, recording, 
or otherwise without the prior permission of 
Gregg International Publishers Limited. 



ISBN 576 80155 

Republished in 1971 by Gregg International Publishers Limited 
Westmead, Farnborough, Hants., England. 

Printed in Offset by Kingprint Limited 
Richmond, Surrey, England. 



PREFACE. 



L'Essai dont je pubiie en ce moment la première 
partie devait à l'origine renfermer la Géographie de la 
Palestine d'après les sources rabbiniques, qu'aurait pré- 
cédée une courte inti'oduction racontant à grands traits 
les événements historiques, et empruntant aux mêmes 
sources une rapide esquisse des faits politiques et des 
courants d'idée dont la Palestine fut le théâtre, depuis 
l'époque d'Ezra jusqu'à celle d'Adrien. C'était le sujet 
d'une question posée, en août 1 865 , par l'Académie des 
Inscriptions et Belles-Lettres, dont j'aurais été heureux 
de solliciter les suffrages pour un travail qu'elle a pour 
ainsi dire provoqué. Mais la partie historique, qui, dans 
ce premier projet, devait occuper quelques pages seu- 
lement, prit bientôt pour moi des proportions inatten- 
dues qui ne me permirent plus de m'enfermer dans les 
limites du temps qu'impose un concours. 

La critique historique a renouvelé et transformé dans 
les dernières cinquante années les annales de presque 
tous les peuples; celles du peuple juif, pendant la période 
des sept siècles environ qui nous occupent, ont été eu- 



Il p m: FA ci;. 

lit'reiiieuL ciéée.s, et I on peut alliiiiier niravaiit les pu- 
blications de Jost cette histoire n'existait pas; elle se di- 
vise en deux portions bien distinctes. Pendant la péiiode 
])ersane, il règne un calme profond qu'aucune agitation 
extérieure ne vient troubler; grâce à l'indépendance re- 
lative que laisse le gouvernement central aux provinces 
situées aux extrémités de l'Empire, tout ce qui paraîtra 
à la surface, dans la seconde partie de ce long espace de 
temps, est préparé librement au sein de la Grande sy- 
nagogue. L'opposition entre le sacerdoce et la nation 
trouve déjà son expression dans le blâme que le sofer 
Ezra déverse sur le prêtre Eliaschib, et ce dernier re- 
présente les idées des Sadducéens en face d'Ezra , qui 
représente celles des Pharisiens. 

La lutte entre les prétentions d'une race privilégiée 
et les aspirations de la partie la plus éclairée de la na- 
tion, lutte qui se termine par la victoire de la démo- 
cratie, se retrouve à chaque page de cette histoire comme 
elle se rencontre à divers degrés dans l'histoire de tous 
les peuples; chaque nouvelle étude des sources fera res- 
sortir davantage l'influence prépondérante de cette op- 
position sur la marche de l'histoire du peuple juif. Seu- 
lement , chez lui , il s'agit à peine d'un combat entrepris 
en vue d'une domination brutale et extérieure. Les règnes 
des Asmonéens et des Hérodiens y apparaissent comme 
un accident qui emprunte toute son importance aux 
chances de succès qu'il prête à l'un ou à l'autre des 



PRÉFACE. III 

deux partis, dans une guerre engagée pour des intérêts 
de doctrine et purement intellectuels. 

Un des points que nous avons surtout cherché à mettre 
en lumière est précisément cette indifférence complète 
des Pharisiens à l'égard de toute restauration d'un 
royaume d'Israël. Le mot attribué à Jésus : Mon empire 
n'est pas de ce monde, peut s'appliquer à toute leur his- 
toire. Pour eux, il s'agit partout et toujours du royaume 
céleste. On est divisé sur les moyens de le conquérir, et ces 
moyens eux-mêmes peuvent être diversement appréciés. 
Mais on ne peut regarder sans respect et sans admiration 
le spectacle de ces discussions souvent, il est vrai, mi- 
nutieuses et fort subtiles, mais engagées toujours au nom 
des opinions et des principes. 

Le siècle avant Adrien est marqué par le fait le plus 
important des temps modernes, la naissance et la forma- 
tion du christianisme. Nous n'avions à nous occuper 
qu'incidemment des origines de la nouvelle religion. Il 
nous importait avant tout d'examiner le milieu dans le- 
quel elle est née et de faire connaître les partis et les 
institutions qui ont aidé ou résisté à son premier déve- 
loppement. Or, quelle que soit l'opinion qu'on professe 
sur cet événement capital , on ne saurait contester que 
la lumière qui doit l'éclairer deviendra d'autant plus vive 
que les événements contemporains accomplis au sein du 
judaïsme seront mieux appréciés et plus complètement 
connus. 



IV PRÉFACE. 

Nous avons bien des fois regretté les mille détails dans 
lesquels nous étions obligé d'entrer et qui ont donné lieu 
à de nombreuses notes placées au-dessous du texte et à 
quelques-unes aussi à la fin du volume. Je sais ce que peut 
avoir d'effrayant pour le lecteur tout cet appareil scien- 
tifique. Mais dans une étude semblable on est souvent 
forcé de remplir par des hypothèses les lacunes que 
présentent les documents; il fallait alors examiner les 
textes conservés et les comparer afin de découvrir ainsi 
ce qui pouvait servir d'appui aux conjectures qu'on avait 
osé avancer. 

M. le Directeur de l'Imprimerie impériale et Messieurs 
les Membres de la Commission des impressions gratuites 
ont bien voulu accueillir favorablement ce volume. Je 
les en remercie publiquement et j'espère que les lecteurs 
ratifieront un jugement aussi bienveillant! 



ESSAI 



SUR 



L'HISTOIRE ET LA GÉOGRAPHIE 
DE LA PALESTINE, 

D'APRÈS LES THÂLMUDS ET AUTRES SOURCES RABBINIQUES. 



INTRODUCTION. 



Nous n'entreprenons ni une histoire du peuple d'Israël ni 
une géographie de la Palestine. Les proportions bien plus mo- 
destes que ce travail doit prendre sont déterminées par le choix 
même des sources dont nous nous sommes servi; car. parmi les 
divers documents que les temps anciens nous ont légués pour 
l'étude d'un pareil sujet, nous nous sommes borné aux livres 
thalmudiques et agadiques ou midraschiques; nous avons re- 
cherché jusqu'à quel point cette littérature postérieure du ju- 
daïsme, qui continue pendant cinq ou six siècles pour le moins, 
peut contribuer à augmenter nos connaissances de l'histoire 
des Juifs et du pa^s qu'ils ont habité. Ce sont ces ouvrages qui 
fixeront les limites de notre travail; les faits qu'ils ont ignorés 
ne devront pas nous occuper; les pays qu'ils ne citent pas 
n'auront pas le droit de figurer sur notre tableau. 

Cependant, ce qui paraît facile dans le domaine de la géo- 
graphie semble offrir de sérieuses difficultés dans celui de l'his- 



2 INTRODUCTION. 

loire. Rien n'est plus aisé que d'omettre telle ou telle localité 
flans une liste de villes ou de villajjes, lorsque le nom de l'en- 
droit ne se présente pas dans les livres que nous avons consultés. 
Mais comment écrire l'histoire avec des notices détachées, avec 
des données éparses, jetées au hasard au milieu de sujets d'une 
nature tout à fait différente? car, en faisant quelques excursions 
sur le terrain, ou, comme disent les docteurs, ttsur la mer du 
Thalmud (nD^nn D"»), 75 on s'aperçoit de suite du peu de place 
qu'y occupe, nous ne disons pas l'histoire en général, mais 
l'histoire du peuple juif lui-même. Pendant qu'on y discute 
gravement et minutieusement sur les questions délicates d'une 
casuistique subtile, on néglige d'ordinaire complètement les 
événements passés et contemporains. Si l'on excepte les quel- 
ques pages du Sédcr Olam rahha (n3T rhvj tid)^ et du Me- 
giUnt TaaniV^ (n^iiT nb^c), qui inscrivent dans un style la- 

' «La grande clironii[ue,n qui a pour auteur R. José, docteur du deuxième 
siècle , et a qui l'on a donné le surnom de « grande , n pour la distinguer de la « petite 
chronique n (Xûlî y"D), œuvre très-courte et postérieure, qui se donne elle-même 
comme écrite en i88i de la création (il faut sans doute ajouter D"'j1DU''1 avant 
rriN'), c'est-à-dire io53 ans après la destruction du second temple, et, par 
conséquent, vers 1 i 2 i ou 1 1 2 3 do l'ère chrétienne. Des trente chapitres qui com- 
posent la grande chronique, le dernier seul nous fournit quelques données utiles. 

^ «Rouleau ou livre de jeûnes. 1 Ce petit traité se compose d'un texte fort ancien, 
puisqu'on prétend qu'il a été écrit avant la destruction du tem[)le, et d'un com- 
menlaii'e beaucoup plus moderne, qui a certainement puisé à des sources perdues 
pour nous, mais qui n'a pas toujours réussi à pénétrer le sens obscur du texte. 
C'est, contrairement à ce que semble indiquer le titre, une suite de jours, disposés 
dans l'ordre du calendrier, où il est défendu de se livrer au jeûne ou à toute espèce 
de deuil à cause d'un événement heureux arrivé en ce jour. La langue du texte 
que nous avons réimprimé à la fin de ce volume (note i) est chaldéenne; celle du 
commentaire, mélangée, comme celle du Thalmud de Rabjione. M. Greetz (His- 
toire des Juifs, vol. 111, note i ) a le mérite d'avoir répandu beaucoup de lumière 
sur la Megillat Ta'anit. Nous y reviendrons souvent. — A la fin du livre, on 
trouve cependant aussi un certain nombre de jours pendant lesquels le jeûne est 
recommandé ; mais celte dernière série ne paraît pas faire partie de l'ouvrage prin- 



INTRODUCTION. 3 

pidaire fort obscur quelques dates remarquables des annales 
judaïques, et nous fournissent quelques généalogies très- em- 
brouillées, tous ces in-folio ne nous transmettent guère que 
de vagues souvenirs des événements qui ont rempli la longue 
période qui commence au retour de la captivité pour se ter- 
miner à la victoire sanglante d'Adrien sur Barcochba et à 
l'anéantissement défînitil delà nationalité juive sous les ruines 
de Bettar. 

Les deux siècles et demi qui s'écoulent entre le second 
voyage deNéliémie à Jérusalem et Antiocbus Epiphane ne sont 
cbez l'historien Josèplie lui-même qu'une page blanche, que les 
Thalmuds n'ont guère remplie; le soulèvement de la Judée et 
les luttes héroïques des premiers Maccabées sont à peine in- 
dicjués par les rabbins, et leurs écrits ne mentionnent pas plus 
le nom de Juda que les noms de ses frères. Jean Hyrcan, mal- 
gré la longueur et l'importance de son règne, ne figure guère 
dans les Thalmuds qu'à cause de quelques institutions reli- 
gieuses qu'on lui attribue et de la lutte qui, vers la fin de ses 
jours, éclate entre lui et les Pharisiens. La doctrine des Phari- 
siens et celle des Sadducéens , malgré la grande mfluence qu'elles 
exercent sur les événements qui se passent dans le royaume 
restauré, sont enveloppées d'une obscurité profonde, et la 
science moderne reconstruit péniblement , à force d'érudition 
et d'hypothèses, le véritable état des sectes qui se partageaient 
à cette époque le monde juif. Un passage du Thalmud, où se 
rencontre une division des Pharisiens en sept classes diffé- 
rentes, est presque inintelligible'. Une troisième doctrine, celle 

cipal, n'est pas citée dans le Thalmud et n'a pas été commentée. La langue n'est 
pas non plus la même; ce tableau est tout entier en hébreu. 

' j. Beracbot, ix, 7 (li b); j. Sota, v, 7 (20c); h. ihid. 92 b; Abot derabbi 
Nathan, c. xxxvii. 



li INTRODUCTION. 

des Esséniens, n'est pas mentionnée dans nos écrits thahnu- 
diques, ou bien elle se cache sous d'autres dénominations^; 
aussi l'orthographe et l'étymologie du nom à'Essénien, que les 
auteurs profanes donnent à cette secte, sont- elles ignorées, 
ou, ce qui revient au même, diversement expliquées. Les 
membres de la famille asmonéenne qui ont succédé à Jean 
Hyrcan sont à peine rappelés, à moins qu'il ne s'agisse de 
quelque fait relatif au temple et aux sacrifices, et quelques li- 
gnes seulement sont consacrées à Hérode. Le christianisme, 
sorti des entrailles du judaïsme, grandit et se développe en 
partie à ses dépens, mais en laissant peu de traces dans les 
écrits de la nation mère. J\i les passages qu'une censure om- 
brageuse a fait disparaître-, ni ceux qui se sont conservés, grâce 
au déguisement qu'a souvent subi le nom de chrétien sous les 
désignations incomprises de min (pD),^oï ("'ij), 'accoitm (n'iDi* 
n'i'7îDi n-'aDlD ''I2rj=), houti ("'m:), ou kouscln[^^n2y, ne con- 
tribuent à soulever un coin du voile qui couvre les origines 
mystérieuses de la nouvelle religion. Quelques fables sur le 
fondateur, une indication vague sur sa mort, les noms défi- 
gurés des évangélistes, des controverses insignifiantes entre 

' . Voyez ci-après, ch. x. 

^ Cos passages se trouvent pour la dernière fois dans l'édition du Tlialmud; 
Amsterdam, chez Benveniste, grand in-i°, i6i5. 

^ A l'origine, ces mots avaient chacun leur sens dictinct. Min, qu'on a expliqué 
comme une abbréviation de "'"lîîli V^'C''' "'J'^DNC' «ceux qui croient en Jésus le 
Nazaréen" {Litteraturblatt des Orients, V, iSi; Ben Chananiah , 111, 867), dési- 
gnait les chrétiens de la Palestine; got, les païens; 'accoum, les adorateurs des 
astres et des constellations, ou les guèbres, et kuti, les Samaritains. Le mot 
Kouschi, Tpris dans la Bible pour "l'Ethiopien^ (Gesenius, Thesmtrus , -p. 678), est 
assez rare. Cet etnploi arbitraire de l'un ou de l'autre de ces termes a produit une 
confusion que le sujet de la discussion, le nom et la demeure des rabbins qui 
parlent, et d'autres indices encore, ne font pas toujours disparaître. M. Schorr a 
fait dernièrement un excellent essai pour débrouiller ce chaos, dans son journal hé- 
breu Hahaloutz , vol. VII ( 1 865 ) , p. 80 et suiv. 



INTRODUCTION. 5 

des sectaires ébionites ou nazaréens et les rabbins, le souvenir 
incertain de quelques conversions vainement tentées et vigou- 
reusement repoussées, voilà tout ce que nos sources ont con- 
servé de l'une des évolutions les plus importantes de l'histoire 
humaine. Retirés du monde , renfermés dans leurs écoles avec 
les nombreux disciples qu'ils attirent vers eux, livrés aux études 
de la Loi et occupés à en tirer la chaîne et la trame du vaste 
tissu de cérémonies et de prescriptions qui doit envelopper de 
plus en plus la vie israélite tout entière, ces docteurs restent la 
plupart du temps indifférents aux événements qui se passent 
sur la grande scène du monde et à ceux mêmes qui se dé- 
battent, au milieu de luttes sanglantes, dans les rues de Jéru- 
salem. Rien n'indique qu'ils aient pris une part active aux 
efforts merveilleux que la nationalité juive fît pour se maintenir 
contre la force écrasante des Romains; bien au contraire, tout 
démontre que les rabbins n'ont point approuvé la conduite 
des zélotes et de leurs chefs, et qu'ils eussent préféré à l'agi- 
tation des guerres intestines une vie calme sous la protection 
de Rome, pourvu qu'il leur fût permis de se livrer à leurs 
études et d'accomplir avec une rigoureuse exactitude les céré- 
monies de leur culte. Les savants faisaient passer leur doctrine 
avant l'indépendance nationale. Ni les grands prêtres cumu- 
lant, en dépit des Pharisiens, les fonctions du pontificat avec 
celles de la royauté, ni l'Iduméen qui gravit les marches du 
trône par une série de crimes abominables, ne réalisaient 
pour eux l'idéal d'un rejeton «assis sur le royal siège de Da- 
vid. 55 De ce côté on ne regrettait donc ni les Maccabéens, ni 
les Hérodiens; on n'en parla pas et on les oublia. 

Les débris fumants du sanctuaire réveillent enfin les colères, 
la ville sainte livrée aux flammes excite des regrets amers; aussi 
les révoltes qui suivent la destruction du temple par Titus, et 



(î INTRODUCTION. 

surtout le soulèvement sous Barcocliba, sont soufflés plutôt par 
l'esprit religieux que par le sentiment patriotique. Les rabbins 
restent néanmoins encore cette fois loin du théâtre de la 
guerre, et ne sacrifient leur vie que pour l'accomplissement des 
pratiques religieuses auxquelles ils se livrent malgré les rigou- 
reuses défenses d'Adrien, et de Rufus, gouverneur de la Syrie. 
Mais dorénavant, la dernière espérance est éteinte, Jérusalem 
est rasée et remplacée par une cité au nom païen, la place 
du sanctuaire est souillée par la statue du vainqueur, l'accès 
de la ville interdit , la province de la Judée , dévastée , est aban- 
donnée par les Juifs. Il n'y a plus de nation, il ne reste que des 
docteurs de la Loi, autour desquels se groupent des commu- 
nautés. L'histoire de la Palestine n'est plus que la pâle chro- 
nique d'une province lointaine du vaste empire. Le mouvement 
de la population se porte de plus en plus vers le nord; Uscha, 
Sepphoris et Tibériade deviennent les centres de la science 
thalmudique et remplacent labné et Lydda. Les écoles de la 
Galilée raillent et méprisent celles qui restent encore dans le 
sud ou le Darom, et les événements tout récents de Bettar 
se couvrent bientôt des brouillards de la légende et se confon- 
dent dans les mêmes ténèbres que les faits accomplis par Ves- 
pasien et Titus. Les noms mêmes de ces empereurs ne sont 
plus toujours distingués de ceux de Trajan et d'Adrien; les 
actes des uns sont mis sur le compte des autres ; ils sont les op- 
presseurs de la nation, qu'importe l'individu? Bien plus, grâce 
à la ressemblance de deux lettres dans l'alphabet hébreu, du 
rèsch (-)) et du chilet (i), les Romains (D"'"'Dn) deviennent les 
Idumécns(D""'D"nN);,et toute la haine que depuis des siècles on 
avait ramassée contre ces derniers pour avoir déjà sous Nabu- 
codonozor puissamment aidé à la défaite de la nation ^ , se dé- 

' M. Ewald (Geschichte (ies Volkes Israël, y t'dil. 1866, IV, io5) remarque 



INTRODUCTION. 7 

déverse sur ces pseudo-homonymes, qu'on désigne du même 
nom. 

Il résulte de cette courte exposition que les ouvrages que 
nous avons explorés ne sauraient fournir les matériaux suffisants 
pour une histoire du peuple juif, si l'on entend par là le récit 
de ses luttes avec l'Egypte d'abord , puis avec la Syrie et enfin 
avec Rome. Josèphe, qui aurait tant besoin d'être contrôlé, 
restera donc malheureusement presque seul maître sur ce ter- 
rain comnie par le passé; le sentiment du vrai et du possible 
et les renseignements que l'historien nous donne malgré lui sur 
son caractère, pour le moins équivoque, devront nous mettre 
en garde contre la véracité de certains faits qu'il raconte, et 
surtout contre la manière fausse et intéressée dont il les pré- 
sente '. En revanche, une étude attentive et réfléchie des Thal- 
muds et des Midraschim nous apprendra à connaître les insti- 
tutions du judaïsme, le développement qu'a pris l'étude de la 
loi dans les écoles, l'esprit qui a présidé à ce travail constant 
de plusieurs siècles et dont les ouvrages que nous venons de 
nommer sont le dernier et le plus beau résultat. Ce côté, si 
négligé par Josèphe, est le plus intéressant et le plus important 
de cette histoire ^. 

avec raison que les Iduméens, déjà inailres de tout le sud de Tancien royaume de 
Juda, y compris Hébron, avaient en outre reçu delà munificence du roi, comme 
récompense de leurs bons services et aussi pour tenir en respect les restes du peuple 
d'Israël, le territoire qui, au nord-est de Jérusalem, s'étend le long du Jourdain 
entre Jéricho et la Samarie, avec Akrabit comme chef-lieu, et portant, d'après 
cette ville, le nom d'Ahrabitène. (Voir aussi Herzfeld, Gesch. de.i Volkes Jisrael, 
A (18^7), p. 216.) 

' Voir un travail très-remarquable sur Josèphe, par M. Rei>ss, dans la Nouvelle 
revue de théologie, vol. IV (1859), p. 953-3 19. 

^ A M. Jost revient l'honneur et le mérite incontestable d'avoir donné la pre- 
mière impulsion aux études rabbiniques entreprises dans le sens indiqué. Son His- 
toire des Juifs depuis les temps des Macchabées (allemand) , en 9 volumes (Berlin, 



« INTRODUCTION. 

Depuis le jour où le premier temple se consumait dans les 
flammes, et où le peuple juif allait «pleurer sur les fleuves de 
Babylone,» la nationalité juive était mortellement atteinte. 
Cyrus et ses successeurs pouvaient permettre le retour à Jérusa- 
lem , accorder les moyens de construire le sanctuaire et de relever 
la ville sainte de ses ruines, la vie de la nation était irrévoca- 
blement brisée; elle n'avait plus son expression dans un descen- 
dant de la race royale, symbole de l'ancienne indépendance; 
elle était représentée par Ezra le 5o/er (")D1d) , l'homme du 
livre. Aussi l'entreprise de Zeroubabel et de Josué échoua, tan- 
dis que la seconde expédition réussit pleinement. Etudier la loi, 
en pénétrer les secrets, élaborer tout un système de pratiques 
et de cérémonies, régler minutieusement tout ce qui tenait à 
cette loi, aux prescriptions, à la religion, c'était dorénavant la 
tâche, le devoir du peuple, la condition de son existence. Ezra 
avait entrepris cette œuvre, et, après sa mort, les hommes de la 
Grande synagogue la continuèrent. Au début, ils n'eurent qu'à 
fonder et à établir; mais bientôt, lorsque après Alexandre l'es- 
prit grec pénétra dans le pays et que le charme irrésistible de 
l'hellénisme fascina la société élevée de Jérusalem , ils eurent 
aussi à lutter. Ces hommes doux et pieux, dont l'autorité n'a- 
vait nul besoin de s'imposer parce qu'elle n'avait jamais été 
contestée, ne furent plus en état de repousser la nouvelle 

1890-1828), était une publication presque téméraire aune époque où rien n'avait 
été fait encore pour déblayer un terrain encombré depuis des siècles. MM. Zunz 
et Uappoport ont commencé peu de temps après ( 1 828) leurs importants travaux 
sur la marche de la science llialmudiqueeldela littérature juive depuis Ezra. Dans 
le grand mouvement qui se poursuit dans ces études depuis quarante ans en AHe- 
majjne, nous devons nommer avec reconnaissance au premier rang M. Geiger, qui 
embrasse avec une érudition sûre et une rare sagacité tout le champ du judaïsme, 
puis iMM. Herzfeld et Graetz, dont les travaux historiques nous ont été d'une 
grande utilité. D'autres noms se présenteront sous notre plume dans la suite de ces 
noies. 



INTRODUCTION. 9 

science païenne, qui se répandait dans le sacerdoce même, et 
par là pénétrait au sein de la synagogue. Nous voyons alors 
paraître les couples (Zouggoth, m^iî), les grandes individualités 
qui depuis Joseph ben loëzer et Joseph ben lohanan, jusqu'à 
Hillel et Schamaï, se mettent à la tête des docteurs, et com- 
battent avec ardeur et persévérance les mauvaises doctrines qui 
menacent la pureté du judaïsme. Les précautions infinies qu'on 
prit contre lesanthroponiorphismes de la Bible remontent peut- 
être à cette époque; le ravissement que le monde juif ressentit 
devant la beauté de la forme inspira des craintes sérieuses 
que le langage des prophètes, si plein d'images, ne fît faire à 
la nation un rapprochement entre Jéhova et Jupiter. 

Le pouvoir des couples disparaît vers l'avènement d'Hérode , 
et avec Hillel s'établit l'autorité des écoles. Sous les Maccabées, 
qui étaient à la fois rois et pontifes, les prêtres et leurs alliés, 
qu'ils choisissaient de préférence dans les familles les plus in- 
fluentes, formaient une aristocratie qui devait d'autant moins 
répudier l'étude de la loi qu'elle y cherchait un moyen de do- 
mination ; ils ne pouvaient rehausser le sacerdoce qu'en s'ap- 
puyant dans les assemblées et dans le sanhédrin, où ils sié- 
geaient à côté d'un certain nombre de docteurs célèbres sortis 
du peuple, sur des connaissances aussi profondes et aussi so- 
lides que celles de leurs adversaires. L'iduméen pouvait bien 
usurper la royauté, mais son origine lui interdisait à tout ja- 
mais le pontificat; les intérêts mondains, qui préoccupent la 
nouvelle dynastie, l'éloignent complètement dos choses reli- 
gieuses, qui s'abritent sous une autre autorité. Le pontificat 
est confié à quelques familles non palestiniennes qui, n'ayant 
aucune racine dans le pays, seront des instruments d'autant 
plus dociles entre les mains d'Hérode. Des prêtres venus d'A- 
lexandrie occupent les places dans le sanhédrin, dont les an- 



iO INTRODUCTION. 

ciens membres sont décimés. En opposition avec ces étrangers, 
l'école de Hillel surtout eut un grand éclat. Le petit- fils de 
Hillel , Rabban Gamliel , brilla autant par sa science que par ses 
vertus, et le fils de celui-ci, Siméon ben Gamliel, dut aussi 
bien à son caractère personnel qu'à l'illustration de sa famille 
de jouer un rôle important dans les dernières luttes qui précé- 
dèrent la destruction du temple. A lamnie, R. lohanan ben 
Zacaï, disciple de l'école de Hillel, prend d'abord les me- 
sures commandées par les nouvelles circonstances. Mais bientôt 
R. Gamliel II, fils de Siméon, semble avoir obtenu des docteurs 
la dignité de nasi ou de patriarche. Pendant près de trois 
siècles, la famille de Hillel occupe cette dignité, presque sans 
contestation, par le" respect qu'elle inspire. Ni les guerres de 
Trajan, ni les rigueurs excessives d'Adrien, ni les persécutions 
d'autres empereurs ne sauront ébranler cette autorité librement 
consentie; ce n'est qu'au moment où le patriarcat devient un 
des rouages de l'empire et semble se relever par le prestige d'une 
investiture officielle, qu'il décline en réalité et perd de son in- 
fluence pour disparaître complètement vers litîo. Mais alors les 
écoles avaient déjà perdu depuis longtemps leur éclat, les doc- 
teurs avaient émigré vers les rives de l'Euphrate et du Tigre , où 
des rabbins célèbres enseignaient tranquillement sans être in- 
quiétés par les diatribes violentes que le fanatisme lançait contre 
eux en Palestine et en Syrie. 

Cependant on se tromperait en supposant que l'histoire des 
écoles et des institutions est racontée dans nos sources. Le but 
des compositions auxquelles nous empruntons nos renseigne- 
ments est purement doctrinaire ou édifiant. On y discute ce qui 
est permis ou défendu; on y débat le sens d'une loi, on y étudie 
chaque mot et chaque lettre de la Rible pour en tirer un pré- 
cepte ou une interdiction: on y lit les oj)inions divergentes des 



INTRODUCTION. 11 

(locleuis eL l'on assiste aux questions qu'ils s'adressent et auv 
répliques qu'ils se donnent, ce qui pourrait avoir l'intérêt dra- 
matique d'un compte rendu ou d'un résumé exact, rédigé d'après 
des conversations ou des discussions qui remontent aux pre- 
miers siècles de notre ère, et quelquefois plus haut encore, si 
le sujet n'était pas souvent futile et les raisons remplacées par 
des sophismes. Pour la partie édifiante, on rattache, dans l'es- 
prit du temps, à un verset de la Bible, des observations mo- 
rales, afin de leur donner plus d'autorité, et si les rédacteurs 
des Thalmuds et des Midraschim nous avaient donné ces pré- 
dications en entier au lieu de nous en conserver des fragments, 
quelquefois mal choisis et mal disposés, nous posséderions sans 
doute de vraies homélies ^ Les événements aussi sont transfor- 
més pour l'édification et même pour l'amusement de l'audi- 
toire; l'histoire est ornée et embellie par les inventions d'une 
imagination poétique, mais souvent extravagante; la vérité n'a 
pas assez d'attrait, tout s'étend et s'agrandit. Jérusalem, dit un 
R. Samuel, renfermait vingt-quatre cités; chaque cité, vingt- 
([uatre quartiers; chaque quartier, vingt-quatre marchés; tout 
marché, vingt-quatre ruelles; chaque ruelle, vingt-quatre 
cours, etc. etc. Dans la ville de Bettar, on se livrait à la danse 
et aux plaisirs dans un quartier de la ville pendant que l'en- 
nemi égorgeait déjà les habitants dans un autre, et les torrents 
de sang coulaient à la mer^ sur une distance de quatre milles, 
selon les uns, et de quarante inilles, selon les autres! 

'■ A notre avis, Juda, fils de Sariphée, ou de Sapphorée, et Matthias, fils de 
Margaloth ou de Margale , que Josèphe nomme des exéi^èles des lois et dont le 
peuple aimait tant à entendre les discours , étaient des agadistes. ( Voy. A. J. XVII , 
VI, 2 et suiv. B.J.l, XXXIII, i etsuiv.) 

"^ Echa-rnbbati , 58 d; Gillin, 58 a. Cette distance de quatre ou de quarante 
milles a été mise froidement sur la balance de l'histoire, pour servir à déterminer 
la position de l'ancienne ville de Bettar. D'autres se sont récriés sur les écarts de 



12 INTRODUGTlOiN. 

La vérité doit donc être dégagée des fictions qui l'entourent, 
les renseignements fortuits mis à profit, et l'esprit général re- 
connu dans la vie des écoles, dans les entretiens qui nous ont 
été conservés. 

Cette partie de l'histoire du peuple juif nous a paru mériter 
d'autant plus d'être recueillie que Josèphe l'a complètement 
ignorée. 11 nous importe, dès le début, de combattre les con- 
clusions qu'on pourrait tirer et qu'on a souvent tirées du si- 
lence gardé par cet historien. La Grande synagogue, par 
exemple, bien que souvent mentionnée dans le Tlialmud, a 
été regardée comme une invention des rabbins, et l'argument 
principal qu'on a produit contre elle était le silence de Josèphe. 
Mais Josèphe s'est tu sur les docteurs les plus importants de sa 
nation , bien qu'ils fussent ses contemporains et qu'il dût les 
connaître parfaitement. Il y a à peine deux ou trois person- 
nages mentionnés également dans les Thalmuds et par l'histo- 
rien, et à voiries acteurs principaux de l'époque avant la des- 
truction du temple mis en lumière par Josèphe et les rabbins, 
on ne dirait jamais qu'il s'agit du même pays et de la même 
période. Le prêtre, si instruit, si précoce, qu'à quatorze ans 
il est déjà consulté sur le sens de la Loi par les pontifes et les 
hommes les plus considérables de son temps , éprouve encore 
à un âge avancé une puérile satisfaction à tirer vanité d'ime 
instruction qui n'avait peut-être jamais été bien profonde, et 
qu'en tous cas il avait fort peu entretenue au milieu de la vie 
mondaine qu'il menait et des idées ambitieuses qui le domi- 

la ianlaisie rabbinique, et pendant un certain temps, les nugœ judaicœ étaient con- 
sidérées comme une espèce particulière de niaiserie. Mais a-t-on jamais prétendu 
écrire l'histoire de Haroun er-Raschid en prenant, comme source, les Mille et une 
nuits, ou bien, a-l-on à aucune époque songé à reprocher à ces charmants contes 
d'avoir falsifié l'histoire? 



INTRODUCTION 13 

liaient. A Rome, en composant son Archéologie, il se sert de 
la bible des Septante, et, quand même nous supposerions qu'é- 
crivant en grec, comme étranger, il facilitait sa tâche en con- 
sultant les Ecritures dans cette version , il serait encore étonnant 
qu'il eût adopté les données de la traduction grecque quand 
elles étaient en désaccord avec le texte original ^ Un Pharisien 
dont on avait de si bonne heure recherché l'avis, quand même 
il eût depuis longtemps abandonné l'étude, devait au moins 
avoir retenu la Bible. Mais toute la direction de son esprit est 
loin de sa patrie et de la religion de ses pères. Après avoir trahi 
ceux qui l'avaient chargé de leur défense, il se traîne aux pieds 
des Flaviens, et après avoir lâchement insulté et calomnié les 
intrépides défenseurs de Jérusalem, dont on pouvait plaindre 
l'aveuglement, mais dont il fallait admirer l'héroïque courage, 
il est heureux d'ajouter à son nom celui des empereurs qui 
venaient d'écraser la ville sainte et de livrer les captifs juifs par 
milliers aux bêtes féroces dans les cirques de Césarée et de 
Beryte. Ainsi, à l'époque où il écrit, Josèphe sait encore l'hé- 
breu, parce que la langue malernelle ne s'oublie pas; il con- 
naît encore le rituel des prêtres, puisqu'il avait rempli lui- 
même les fonctions sacerdotales; mais il n'avait plus une con- 
naissance exacte des livres sacrés, ni des notions nettes de la 
science rabbinique. Aussi les docteurs l'ignorent à leur tour, 
comme il les a ignorés. 

Partout oij l'ambition et la vanité n'ont pas perverti son es- 
prit, Josèphe reste néanmoins un témoin précieux, puisque 
seul il nous raconte les faits que sans lui nous ignorerions com- 
plètement. 11 jette quelquefois une lumière inattendue sur les 
indications vagues que nous rencontrons dans nos sources et 

' Voir Vie dp Josèphe, $ 2, et l'arlicle de M. Reuss cité ci-dessus, p. 981 et 
suiv. 



U INTRODUCTION. 

qu'il rond plus intelligibles. Il sera aussi d'un bien grand se- 
cours pour la partie géographique de ce travail. On sait que 
i'Onomasticon d'Eusèbe et de Jérôme n'est consacré qu'aux 
localités mentionnées dans la Bible, tandis que l'historien juif 
nomme indistinctement toutes celles où se sont passés les évé- 
nements qu'il raconte. Les difficultés que présente sous ce rap- 
port le texte de Josèphe sont cependant nombreuses : il observe 
rarement un ordre rigoureux quand il énumère une série de lo- 
calités, et soit faute de l'auteur, soit faute des copistes, le nom 
du même endroit n'est pas toujours écrit de la même façon. 

L'obscurité qui couvre souvent les textes thalmudiques et 
agadiques est bien plus grande encore. Le manque de critique 
dans nos éditions et la rareté des manuscrits se font surtout 
sentir dans ces mêmes noms propres, qui très-souvent sont dé- 
figurés et devenus méconnaissables. Toutes les erreurs que la 
confusion de lettres semblables peut amasser sous la plume de 
copistes insouciants et ignares s'y rencontrent à chaque pas^ 

' Nous donnons ici, comme exemple, un nom qui se rencontre assez souvent 
et où un léger changement a fait disparaître une erreur qui l'avait rendu mé- 
connaissable. C'est le nom de llDin (voy. Bnxtoif, Lexicon chald. rabb. et 
encore M. Ewaid, Jalirbiicher der biblischen Wissenschaften , vol. X, page 69), 
qu'on lit une dizaine de fois sous celle forme, et qu'il faut remplacer par ~)*D"in, 
qui désigne la ville de Palmyre. Tous les passages où il est question de Tharmoud 
ou des Tliarmudéens ne se comprennent qu'en étant appliqués à la ville de Thad- 
mor. Ainsi (Sabbat, 3i a) , un homme qui veut mettre à l'épreuve la patience im- 
perturbable de l'ancien Hillel lui adresse, entre autres, celle question futile: 
mnnri (l. O'^'^TlDir) □•'mD'in bv ]n"'a"'y HD ""jDD (^ Pourquoi les yeux 
des Palmyréens sont-ils faibles ?» Hiilel répond: ITlVinn ]''2 ]''2'0VU "«jDD 
«Parce qu'ils demeurent au milieu de sables.» C'est bien là le pays de Palmyrène. 
— j. Ta'anit, iv, 8 (fol. 69 b) on lit ceci: HNII NIDU "«D nC'N* ]:nr "1 "IDN 

p'cwnn rr-an p-in3 nDniu nn"'n a^nv (i. mcin) mDin hv nnVsca 
D^toîyp fpit Q"':iDC' micyn p^yxin ]3nnn -^zun rr'Dn pinai 

D"'t3U?p WZbit DJIDU? riT'Dyn ''JCM p~)n3"i f Heureux, dit R. lohanan. 



INTRODUCTION. 15 

Ajoutez qu'on s'est fort peu occupé duThalmud de Jérusalem, 
de la Tosèfta, de la Mechtita (Nn'?"'DD), du Sifra (ntsd) et des 
Sifré ("'iDc), et que le Thalmud de Babylone en particulier a 
toujours été écrit par des hommes qui ne connaissaient que 
les villes les plus importantes de la Palestine et qui se trom- 
paient facilement dès qu'il s'agissait de petites localités dont les 
noms ne leur étaient pas familiers. 

Du reste, pas plus en géographie qu'en histoire, nos sources 
rabbiniques ne nous fournissent des renseignements directs. 
C'est à la suite du nom d'un personnage qu'on trouve sou- 
vent celui de l'endroit où il est né; la grande quantité d'Isaac, 
de Siméon, de Joseph, etc. qu'on rencontre parmi les doc- 
teurs, rendait une telle indication indispensable. Ailleurs, ce 
sont les distinctions légales qui nous amènent des séries de 
villes et de villages; ce sont souvent les noms les plus corrom- 
pus et partant les plus obscurs. Les différences qui existent 
pour l'observation de l'année sabbatique, pour les dîmes, pour 
l'impôt sur la tonte des brebis, pour les prélèvements sur les 
fai'ines et les pâtes, et pour d'autres prescriptions, entre la 
terre d'Israël, la Célésyrie et les autres pays; entre les trois 
provinces de la Palestine, et, dans une même province; entre 
«les villes conquises par Josuéw et celles dont les Juifs s'em- 

celui qui verra la chute de Palmyre! car elle s'est associée à la destruction du 
premier et du second temple : pour la destruction du premier temple, elle fournit 
80,000 archers, pour celle du second, elle fournit 8,000 archers. n (Cf. Beréschit- 
rabba, c. l?ii (63 d); Echa-rabbati , 'y 2 c, et lebamot, 16b.) On sait que les Pal- 
myréens étaient des archers renommés et qu'ils servaient comme archers d'élite 
dans l'armée romaine. La forme NÎDîL'p (pour laquelle les passages parallèles por- 
tent NnU^p) est elle-même palmyréenne, et se rencontre sur l'inscription bilingue 
trouvée à soixante lieues de Constantine et publiée dans le recueil des Inscriptions 
de l'Algérie, par M. Léon Rénier, n° i365. (Voir surtout l'interprétation donnée 
par M. M. A. Lévy dans la Zeitschrift d. D. m. G. XII (i858), p. aii et suivantes: 
et ibid. (i85i ), p. 109.) 



16 INTRODUCTION. 

parèrent en revenant de Babylone: entre celles habitées par 
des Juifs et celles restées presque exclusivement dans les mains 
des païens, ont forcé les docteurs à tracer des limites détail- 
lées dont nous profitons pour nos connaissances géographiques, 
et sur lesquelles nous n'avons pas pu toujours répandre la lu- 
mière nécessaire. C'est là sans contredit la portion la plus 
ardue de notre tâche. Après avoir souvent cherché en vain des 
points de comparaison, soit dans les passages analogues de 
nos sources, soit chez les auteurs anciens et modernes, nous 
avons dû trop souvent nous contenter de signaler les noms sans 
les expliquer. 

L'incertitude que nous avons conservée sur la position d'un 
grand nombre de localités nous a fait renoncer au plan que 
nous avions conçu d'abord de diviser les noms géographiques 
entre la Judée, la Samarie, la Galilée et la Pérée ou pays trans- 
jordaniques. L'ordre alphabétique, que nous avons préféré, 
ne nous a cependant pas empêché d'établir certains groupes, 
où nous avons réuni quelques localités qui pouvaient gagner à 
être traitées ensemble. Nous avons alors renvoyé à ce groupe 
lorsque la suite des lettres nous ramenait à la localité qui avait 
été déjà expliquée ailleurs. Ainsi Bethphage se trouvera à la 
suite de Jérusalem; Hamtha près de Tibériade, etc. 

Notre travail se divise naturellement en deux parties, pre- 
mièrement la partie historique, et en second lieu la partie 
géographique. 



PREMIERE PARTIE. 

HISTOIRE DE LA PALESTINE 

DEPUIS CYRUS JUSQU'A ADRIEN. 



CHAPITRE PREMIER. 

ZERODBABEL, EZRA ET NÉHÉMIE. 

Lorsque Cyrus permit aux Juifs de retourner dans leur pays, 
deux hommes se placèrent à leur tête, Zeroubabel, descendant 
de David , et Josué , fils de Josadak et petit-fils de Seraïali , qui 
avait été le dernier pontife avant la destruction du temple. La 
royauté et le sacerdoce eurent donc chacun leur représentant 
parmi les fidèles qui s'en allèrent relever les ruines de leur 
sanctuaire. Mais un peu plus d'un demi -siècle avait suffi pour 
produire des changements profonds dans l'esprit de la nation 
juive, ou, pour le moins, dans la fraction qui s*était décidée à 
quitter Rabylone. Les idées païennes, qui avaient si souvent 
souillé Israël, avaient disparu, le monothéisme avait triomphé; 
on ne ^^se prostituait plus à la suite des Baals,w Jéhova seul 
devait régner désormais dans le temple qu'on allait consacrer à 
son nom. Le malheur avait-il purifié si vite ces âmes long- 
temps rebelles à la parole de Dieu, et l'accomplissement des 
menaces lancées par les prophètes avait-il opéré cette rapide 
conversion? Etaient- ce ses rapports avec la nation la moins 



18 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

païenne du paganisme qui avaient détourné le peuple élu des 
cultes sensuels de la Phénicie? Ou bien, le nombre relative- 
ment restreint des exilés qui se dirigeaient cette lois vers les 
rives du Jourdain représentait-il la portion de la captivité la 
plus pieuse et la plus attachée à la religion de ses pères? 

Les Ecritures nous racontent les tristes aventures de cette 
avant-garde de la nation, les luttes qu'elle eut à soutenir contre 
les peuples qui dans l'intervalle s'étaient établis dans le pays, 
ou y avaient été conduits par le roi de Babylone \ les difficultés 
que, par des rapports mensongers ou exagérés, on suscita à la 
cour des rois de Perse, et l'état misérable dans lequel se traîna 
cette petite colonie , devenue étrangère dans sa propre patrie. Les 
travaux du temple, suspendus longtemps, ne furent achevés 
que vingt ans après que les premiers fondements eurent été po- 
sés; mais alors il n'est plus question deZeroubabeP, ni d'aucun 
autre rejeton de David i^Ezra, vi, i6). Ce silence, gardé parla 
Bible, est imité par Josèphe, qui ne mentionne plus aucun 
membre de la famille royale. Le Séder 'Olam zoitta seul prétend 
nous donner une série de descendants de David^ à laquelle il 
mêle les princes de la famille des Asmonéens! Ceux-ci résident 

' Voir ci-dessus , p. 6 , note i . 

* Josèphe l'appelle àp^cov tû5v iovSctia)» (X. J. XI, i, 3), ou simplement lipj^wv 
(t'è. IV, 1,9); dans le dernier passage, l'historien parait le mettre au même rang 
que quatre autres chefs (aAAo« tùv dp)(^6vTei)v léaaapes). Seulement {ib. m, 10), 
Zeroubabel est nommé fis de Schealtié'l , ex t2v vlovccv to\J \aviêos. On connaît la 
confusion qui règne dans cette partie de l'archéologie où Josèphe puise la plupart 
de ses récits dans le livre apocryphe d'Ezra. Zeroubabel, après avoir conduit une 
première colonie sans succès (j4. J. XI, i et n), ce qui pourrait être considéré 
comme la reproduction du chapitre i de VEzra canonique, revient à Babylone, où 
il gagne les bonnes grâces de Darius («6. m; comp. Ezra apocr. 111 et iv). Il est 
chargé cette fois, en compagnie du pontife Josué, d'une nouvelle expédition où le 
nombre des exilés des tribus de Juda et Benjamin ayant plus de douze ans et devant 
aller à Jérusalem est évalué à 6,628,000 hommes ! 



CHAPITRE 1". 19 

pourtant à Jérusalem , tandis que les premiers habitent Baby- 
lone et comptent les chefs de In captivité parmi leurs successeurs! 
Cette étrange juxtaposition ne devient possible que par les 
cinquante -deux ans auxquels l'ancienne chronologie juive ré- 
duit la domination persane: elle suffit ])our faire juger de la 
valeur historique de cette généalogie ^ Les noms qui la com- 
posent , Zeroubabel , Meschoullam , Hananiah , Berachiah , Isaïe , 
Obadiah, Schem'aïah et Schechaniah,sont sans doute emprun- 
tés à I Chronique, m, 19-21, et répondent probablement, 
comme la généalogie des grands prêtres (^Néhémie, xii, 10-11), 

' M. Herzfeld {l. c. k, 878 et siiiv. ) discute fort savamment les généalogies 
données par le Séder 'Olam zouta, dans les évangiles selon Matthieu et Luc, et par 
le Philonis Breviarium de lemporibiis. Berosi, sacerdotis chaldaici, Antiquatatex Ita- 
liœ et totius orhis, libri quinque. Antverpiœ, i552. Le Breviarium commence dans 
cette petite collection à la page 247). Après avoir examiné cette petite chronique, 
nous la croyons peu digne d'être prise au sérieux. Le «Josephus minor arses ho- 
wnoratus a PlolemœoT' est, sans aucun doute, le fermier des impôts Joseph, fils 
de Tobie, dont il est parlé A. J. XII, iv, 2. Mais qu'est-ce que cela prouve? Dans 
ces tableaux dressés au hasard , il s'égare toujours quelques noms historiques. 
Dans tous les cas , le tableau du Séder '0. z. est emprunté à I Chron. m , 19. — En 
lisant attentivement les chroniques du Séder 'Olam, on sera frappé du nombre de 
cinquante-deux ans, qu'on y rencontre bien des fois. Ce nombre n'a souvent aucune 
base historique; en d'autres cas, il est en flagrante contradiction avec la vérité. 11 
m'a été impossible de découvrir l'origine de la prédilection que le chroniqueur 
a évidemment pour ce nombre. — Il est à propos de remarquer que les historiens 
arabes et persans font en grande partie, pour l'époque qui suit Alexandre, ce que 
les Juifs ont fait pour le temps qui précède le grand conquérant. Masoudi (Prai- 
ries d'or, II, Paris, 1 863 , p. 1 36) cite un chroniqueur qui ne met que soixante et 
un ans entre le premier roi des Aschganiens et la naissance de Jésus- Christ. (Voy. 
sur cette matière le travail de M. Alfred von Gutschmid , dans la Zeitschrift d. D. m. G. 
XV(i 861), p. 670 et suiv.). — Depuis la découverte des monuments funèbres en Cri- 
mée, nous savons du reste que les Juifs habitant cette contrée avaient une chrono- 
logie exacte. Descendants des dix tribus, ils avaient pris l'année 696 comme point 
de départ pour une ère de leur captivité. (Voy. D. Chwolson, Achlzehn hebrâische 
Grabschriften aus der Krim, Saint-Pétersbourg, i865, p. 4o et suiv. 71 et suiv. 
dans les Mém. de l'Acnd. imp. des sciences de Saint-Pétersbourg , t. IX , n° 7 .) 



20 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

à l'époque qui va de Cyrus jusqu'à Alexandre. Mais, au milieu 
de ces doniK^^es si peu authentiques, nous serions porté à atta- 
cher plus d'importance au fait fourni par la chronique du Sé- 
der 'Olam, que Zeroubabel, et nous ajouterions volontiers sa fa- 
mille, serait retourné et serait mort à Babylone '. 

Bien des circonstances militent en faveur de ce fait. Nous 
avons déjà parlé du silence gardé par la Bible et par Josèphe 
lors de l'inauguration du nouveau temple. Josèphe (i. /. XI, iv, 
9) nous raconte bien une seconde mission dont Zeroubabel s'é- 
tait chargé pour Darius, mais il ne nous dit pas que Zeroubabel 
soit revenu à Jérusalem. On comprend de cette façon seulement 
comment ni Ezra ni Néhémie, pendant leur long séjour dans la 
ville sainte, n'ont à s'occuper d'aucun descendant de David. 
Nous pensons aussi que Darius, tout en tenant la promesse 
d'achever le temple et de rétablir le culte juif faite par son pré- 
décesseur, a néanmoins ajouté assez de foi aux craintes expri- 
mées par le gouverneur des pays au delà de l'Euphrate pour 
éloigner de la Palestine les membres de la famille royale, qui 
seuls pouvaient réveiller les anciennes idées nationales. Darius 
les retenait donc volontiers en Perse à la tête des Juifs qui étaient 
restés en grand nombre dans son vaste empire. L'indépendance 
politique était au commencement du retour le rêve de quelques 
prophètes attachés à la maison de David; mais ces prophètes 
eux-mêmes paraissent l'abandonner bientôt. Bien n'est instructif 
à cet égard comme une lecture attentive d'Aggée, de Zacha- 
rie et de Maléachi. Aggée parle avec une chaleureuse inspira- 
tion de Zeroubabel, le pacha de Juda (i, 1, i/i; 11, 2. 20), le 
serviteur élu de Dieu (11, 28), qui brisera la force des na- 

U^ riDI bsnV bnanî lîm C?ipDn irin nX X^^rW W est superflu de faire 
remarquer que Zeroubabel ne pouvait pas être le contemporain d'Ezra. 



CHAPITRE r. 21 

lions (il, i 2) et prêtera au nouveau sanctuaire un lustre bien 
supérieur à celui dont l'ancien temple avait joui (11, 3, 9). 
Ces paroles sont prononcées dans les 2^ -y* et 9* mois de l'année 
5 1 9. Deux mois plus tard, nous entendons la voix de Zacharie, 
et c'est dans ce court espace de temps que paraît avoir eu lieu 
le départ de Zeroubabel. Les encouragements et les honneurs 
(m, 1; VI, 1) ne sont plus que pour Josué le grand prêtre, bien 
qu'on espère encore que le rejeton de David saura aplanir les 
difficultés qui se sont dressées devant lui (iv, 7) et que ses mains , 
après avoir posé la première pierre de l'édifice, l'achèveront 
(^ib. 9); mais ce n'est plus qu'une vaine espérance ^ Une seule 
génération paraît séparer Zacharie de Maléachi, le dernier pro- 
phète dont la Bible nous ait conservé les paroles, et, en digne 
contemporain d'Ezra et de Néhémie, Maléachi ne se souvient 
plus de David. Il blâme sévèrement les prêtres, peu soucieux de 
l'honneur de l'autel , et le peuple , qui néglige de payer les dîmes 
et les offrandes; il réclame le respect pour la loi et pour ceux 
qui doivent l'enseigner; mais pas un vœu pour la restauration 
de l'ancienne monarchie , pas un regret donné à l'indépendance 
nationale. La version chaldéenne et le Thalmud, qui identifient 
Maléachi avec Ezra^, sont guidés par un sentiment exact de la 

' Les prophéties d'Aggée et de Zacharie paraissent détachées d'un même vo- 
lume qui contenait, dans un ordre chronologique, les exhortations prononcées à 
partir de la 2' année du règne de Darius. Aussi "'i?"'iyn'? {Aggée, 11, 10) semble 
devoir être lu pour ^y'SE??. Les mois 'r^Snî ^H {Zacharie, ix, 6) sont à tra- 
duire "au sujet de Zeroubabel. ?7 

2 Targumde Mafe'ac/»', 1, 1 iNIDD X")T:? n^DH "'"Ipnn "'DnVd «Maléachi, 

surnommé Ezra le Sofer. n (Voyez aussi Megilla, i5 a : \2 yîyin^ T "IDN N'^JD 
IDiy "DXbD D^DIK D-iDDHI HIVJ Hî iDxSd nu-^p.) Pour confirmer lulentilé 
de Maléachi avec Ezra, le Thalmud compare Mal. 11, 1 1 avec Ezra, x, 2. Comp. 
Mith-asch lalkout, II, § 586 init. La même argumentation se Iroiivo chez Jérôme 
{Comment, in Malnchi ; 0pp. VI, 9.89 et surfont ()f)2 ol sniv.). 



22 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

vérité; car, si notre prophète n'est pas le grand Sopher lui- 
même, il est, en tout cas, l'interprète de sa pensée ^ 

Le verset de Jérémie, «Préoccupez-vous du salut de la ville 
où je vous ai exilés et priez pour elle vers l'Eternel, carie salut 
de cette ville est le vôtre (xxix, 7 ) , ?5 exprime déjà le détachement 
complet des choses politiques, que pratiqueront un siècle plus 
tard Ezra et Néhémie. Ce dernier surtout était, d'après tous les 
témoignages de l'Ecriture, un serviteur fidèle et dévoué du roi 
de Perse, et, en rétablissant les murs de Jérusalem, il n'avait 
d'autre intention que celle de protéger le temple et la popula- 
tion de la ville contre le mauvais vouloir des nations voisines; 
caries ennemis des Juifs avaient toujours la faveur des satrapes 
de la Syrie, qui les secondaient dans leurs actes de persécution 
et pressuraient les habitants de la Judée avec excès (^Néhémie, 
V, 1 5). Aussi Ezra, en arrivant à la tête d'une nouvelle colonie 
à Jérusalem (/i58), trouva-t-il la cité dans la misère morale et 
matérielle la plus profonde. Il se mit aussitôt à sonder et à guérir 

* M. Herzfeld (l. c. II, p. zho et suiv.) a réuni tous les passages des Thalmuds 
et de la Tosefla, relatifs aux dispositions législatives qu'on a voulu attribuer aux 
trois derniers prophètes; mais il prouve que toutes appartiennent à un temps 
postérieur. Du reste, Maléachi ne peut guère avoir été le contemporain d'Aggée 
ni de Zacharie. ( Cf. Ezra , v, 1 ; vi , 1 /i .) D'autres décisions sont reportées à Aggée 
seul; l'image dont ce prophète se sert (11, 10 et suiv.) nous le montre, en effet, oc- 
cupé de casuistique. Ces décisions sont au nombre de quatre : 1 ° celui qui ordonne le 
meurtre doit être traité comme le meurtrier ( Kiddouschi» , /i 3 a ) ; 2° un père ayant 
donné sa fille en mariage à son ft-ère ne peut certes pas, à la mort de ce frère, 
remplir envers sa propre fille le devoir dulévirat (Deut. xxv, 5); mais il lui est dé- 
fendu aussi d'épouser aucune des autres femmes de ce frère; 3° les Juifs habitant 
les contrées d'Ammon et Moab sont obligés de distribuer la seconde dime aux pauvres 
dans l'année sabbatique; i° il est permis d'accueillir des prosélytes de la Corduène 
et de Palmyre sans se préoccuper s'ils descendent d'une union des païens avec des 
Juives (j. lebamot, i, 6; b. ibid. 16 a). La première de ces décisions est rapportée 
au nom de Schamaï l'ancien; les trois autres sont données par Jonathan benHyr- 
ran, disciple de ce Schamaï; aucune ne paraît authentique. 



CHAPITRE I". 23 

les plaies qui rongeaient la nation , et si Ezra était plutôt homme 
de science qu'homme d'action , il rencontra , au bout de treize ans , 
un appui solide et un collaborateur énergique dans Néhémie, 
l'échanson et le favori du roi qui l'avait nommé pacha des Juifs. 

Les documents réunis et conservés dans la Bible ne renfer- 
ment certes pas tout ce qui a été accompli par le dévouement 
d'Ezra et de Néhémie; on y aperçoit partout des lacunes, et 
les réformes que nous y lisons ne suffisent pas pour avoir oc- 
cupé, pendant leur long séjour, l'activité et le zèle de ces deux 
hommes de bien. Aussi la tradition s'est-elle emparée d'eux et 
a fait surtout d'Ezra son héros de prédilection. Sans aucun doute , 
plusieurs des institutions qu'on lui a attribuées , bien des dispo- 
sitions qu'on a mises sur son compte, ne lui appartiennent pas; 
mais on peut affirmer que toutes ne manquent pas d'une base 
historique. Malheureusement Josèphe, qui aurait pu nous fournir 
des renseignements plus précis, montre dans cette occasion^l'in- 
différence pour le développement intellectuel de sa nation que 
nous lui avons déjà reprochée; son silence ne doit pas servir 
d'argument contre les faits qu'il ne raconte pas. D'ailleurs, les 
traditions sur Ezra qui, sans doute, circulaient déjà du temps 
de l'historien, ne fussent-elles que légendaires, auraient mé- 
rité pour le moins autant d'être mentionnées que les fables sur 
Zeroubabel que Josèphe emprunte plus haut au livre apocryphe 
d'Ezra (i./. XI, V, 2 et suiv.). 

Les critiques modernes, qui ont tant discuté l'origine et la 
composition du Pentateuque et des livres qu'on est convenu de 
nommer les premiers et les derniers prophètes , sont cependant 
d'accord sur ce point qu'à part quelques changements de détail 
sur lesquels nous aurons à revenir, les cinq livres de Moïse 
avaient reçu leur rédaction actuelle, au plus tard avant la des- 
truction du premier temple. Les Juifs emportèrent donc dans 



U HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

l'exil ce recueil sacré de leur histoire et de leurs lois; les livres 
de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois, durent y recevoir 
leur dernière forme, et, au moment où Cyrus permit aux 
exilés de retourner en Palestine, l'ëcrin précieux s'était enrichi 
des livres d'isaïe, de Jérémie, d'Ezéchiel et de quelques-uns 
des petits prophètes. Ces œuvres classiques de la littérature hé- 
braïque devaient être lues et étudiées avec ardeur par un peuple 
vivant à l'étranger et pour lequel ces livres étaient devenus la 
suprême consolation. On se réunissait sans doute autour des 
hommes instruits qui avaient pénétré le sens intime de ces rou- 
leaux sacrés, qui les récitaient avec enthousiasme et qui y rat- 
tachaient les conseils et les exhortations qu'ils adressaient à leurs 
frères. Le livre d'Ezéchiel nous montre de fortes traces du besoin 
qu'éprouvaient les anciens de se rendre auprès du prophète, 
afin de puiser dans l'étude de la loi le courage nécessaire pour 
supporter les malheurs du temps ^. Après un séjour de plus d'un 
siècle à Babylone, l'intelligence de la langue sacrée elle-même 
présentait des difficultés aux Juifs du pays, et à l'époque d'Ezra 
il devait déjà exister, pour l'interprétation des livres saints, une 
classe desavants, de docteurs, inconnue antérieurement. Tels 
étaient les soferim, (d^dd)^ et les mebînim (D"'a''3D, Ezra, viii, 
16). Si le sofer était aussi instruit que zélé, s'il était aussi versé 

' Voy. VIII, 1; XIV, 1; XX, 1. Dans ce dernier verset, on ajoute H TK ll/'ll 7, locu- 
tion incomplète pour 'il min DN îim'? (£rra,vii, 10). La signification de «étu- 
dier" paraît déjà attachée à la racine. 

2 "1DD vient évidemment de ")DD «livre," et désigne l'écrivain, l'auteur, et 
celui qui s'occupe de livres, le savant, le docteur. (Voy. Ps. xlv, 2.) Dans Jérémie 
(viii, 8), le mot est employé pourles faux docteurs. Le chaldéen traduitquelquefois 
□"'N"'32 par N''"1DD {ISamucl, x, 10, 1 1; Jérémie, xxvi, 7). Les D'^TDTD ''"13T, 
qu'on rencontre souvent dans les Thaimuds, désignent les paroles ou décisions des 
docteurs de la loi. Le Sofer, ou homme instruit, est opposé au ")13, littéralement 
« citerne vide, " et au figuré , « l'ignorant" [Berachol , i5 a). Plus tard , on nomme ainsi 
le maître d'école , et j. Sotn . ix , 1 5 , on dit qu'après la destruction du temple, la dé- 



CHAPITRE !•'. 25 

dans la connaissance de ses textes qu'ardent à les répandre ; il 
recherchait de préférence les grandes réunions, les synagogues, 
afin qu'un nombre plus considérable pût prendre part aux 
lectures dans lesquelles il distribuait aux auditeurs la manne 
céleste de la parole divine. Tel était Ezra, le type du sofer. 

En principe et dans l'origine, ce devoir était imposé aux 
prêtres; ils devaient d'autant plus le remplir alors à Jérusalem, 
qu'ils y représentaient seuls l'autorité depuis que les descen- 
dants de David avaient quitté la ville. Malheureusement, ils ne 
le firent pas, et Ezra, dès son arrivée, dut donc songer à réparer 
le mal que cet abandon avait causé à la nation. On connaissait 
peu la loi, il fallait l'enseigner; ce peuple, qu'aucune discipline 
ne contenait, menaçait de se disperser, il fallait remplacer le lien 
politique par l'union et les réunions religieuses; le sacerdoce 
manquait de zèle , il fallait stimuler son ardeur, ou bien , puisque 
Joïakim. le fils du grand prêtre Josué, et le pontife Eliaschib, 
qui lui avait succédé, étaient restés au-dessous de leur tâche, 
répandre l'instruction par tous les moyens possibles afin de ne 
pas la laisser à la merci d'une caste héréditaire. <:^La loi ayant 
été oubliée en Israël, dit le Thalmud, Ezra vint et la rétablit'; v 

cadence était arrivée à un tel point que «les docteurs allaient ressembler aux 
maîtres d'école , ceux-ci aux bedeaux", et ces derniers aux gens sans instruction 77 ^'^\^ 

Ni^"lNT ""DVD NJîm NJînD N^DDI N^DOD "'inD'? N^D-iDn (Voyez aussi Bata- 
bathra, 21 a et b.) En dernier lieu, on a appelé TDID le simple copiste, chargé 
d'écrire les rouleaux du Pentateuque pour le service des synagogues et même les 
bibles entières; dans ce sens, on a composé un Traité pour les copistes (DDOD 
D^TDip). L'explication donnée par le Thalmud [Kiddouschin, 3o a; cf. j. Sche- 
kalim, v, 1), que les anciens docteurs étaient nommés so/erim, de TDD, 
« compter, n parce qu'ils comptaient toutes les lettres do la loi, ne mérite pas qu'on 
s'y arrête. 

' Soucca, '20 a : mD"»! bn3D Niîi? n'jy VxT^'D nilH rïUDnU^UD. 
Cette phrase fait partie d'un passage en l'honneur des Babyloniens qui a lieu 
d'étonner dans la bouche d'un Palestinien tel que R. Siméon bon Lakiscii. 



26 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

R. José va plus loin ; selon lui « Ezra aurait mérité que la loi fût 
donnée piu* son intermédiaire à Israël , si Moïse ne l'eût pas de- 
vancé ^ . » 

Ezra multiplia les copies de la Loi, et peut-être eut-on même 
plus tard la prétention d'en avoir conservé une qui portait son 
nom^; il fit pendant les jours de fête des lectures tirées des livres 
de Moïse devant le peuple réuni {^Néhémie, viii , i et suiv. ) ; il ins- 
titua des lectures semblables pour les après-midi des samedis 
et aussi pour les lundis et les jeudis. Il établit des tribunaux 
dans les villes et ordonna qu'ils siégeassent deux fois par semaine 
aux mêmes jours où se faisaient les lectures. — D'après une 
autre tradition , Ezra aurait aussi fait emporter hors des murs de 
Jérusalem tous les ossements des morts qu'on avait enterrés 
dans l'intérieur de la ville; il fit cependant une exception en fa- 

i Sanhédrin, ai b: Vv min ]mn^ N")Ty n\-l "•IN") IDIN "'Dr'"! if^n 
nti^D "iDip X"? n'?d'?N ha^^^h M\ (Voyez aussi j. Megilla, i, lo (71 b), et 
les passages qui y sont cités à la marge. ) 

2 On expliquait m. Moed-katan, m, h : ")DD3 V'?"'DN DnK DIX ÎNTi^D pK 
ailif «il est défendu (pendant les demi-fêtes) de corriger une lettre, fût-ce même 
d'après le rouleau d'Ezra. » Mais Raschi présente déjà la leçon de HITi? , confirmée 
par les éditions du Jeruschalmi qui portent mi^n. (Voy. aussi m. Kclim, xv , 
6 ; tos. ib. Il , 5 et j. Sanhédrin , 11 , 7 ) ; il faut donc traduire : « fût-ce même d'après 
le rouleau conservé au parvis du temple.» Il est question de trois rouleaux corrects 
qui y furent gardés, j. Mer^illa, iv, 2 , et Soferim, vi, 6. — La tradition posté- 
rieure attribue à Ezra aussi les points massoréthiques placés sur certaines lettres 
de la Bible, qui sont considérées comme suspectes. Ainsi {Bamidbar-7-abbah ,ch. m) , 
on prête à Ezra ces singulières paroles : nD*? IDN'^I in^7N ND DN Nlîi' TQN 

■)33 nanD nD"» ^b idk^ dni on^Vy ^di\?: nsD ib "îdin jmN nariD 

Dn"''?yD ^nTimpJ pnDK, «si Elle (le prophète) venait me demander, pour- 
quoi as-tu écrit ces lettres? je lui répondrais que je les ai déjà notées par des 
points, et s'il me disait: Tu as bien fait de les écrire, je n'aurais qu'à eflàcer les 
points.» (Voy. aussi Abotdei'abbi Nathan, ch. xxxiv.) On remarquera que ces points 
sont plus anciens que les points-voyelles, et que le Midrasch en connaît déjà la si- 
gnification réelle. 



CHAPITRE I". 27 

veur des tombeaux de la famille royale et de celui de la pro- 
phétesse Houlda ^ 

Il régla le culte du temple, divisa les prêtres et les lévites en 
différentes classes et assigna à chacune la part du service qui lui 
revenait, L'Ecriture nous raconte les mesures de rigueur qu'Ezra 
prit contre ceux qui avaient épousé des femmes étrangères 
[Ezra, IX, 1 et suiv,); elle nous parle aussi des soins extrêmes 
qu'on eut pour n'admettre au service du temple que les prêtres 
qui pouvaient produire leurs généalogies et qui s'étaient main- 
tenus purs de tout alliage [ih. ii, 69 et 28 ; Néhémie, vu, 5). Jo- 
sèphe (^Contra Apionem, 1,7) vante encore l'attention que de 
son temps le sacerdoce donnait au choix des alliances et à la 
pureté des races ; d'après la Mischna ( Middot, v , h; Kiddus- 
chin, IV, /i), des recherches à cet égard étaient faites par le 

' Le Thalmud Baba-kamma, 82 b, cite les dix dispositions suivantes : 1° faire 
une lecture l'après-midi du samedi; 2° en faire autant le lundi et le jeudi; 
3° rendre la justice ces mêmes jours; A" nettoyer (les vêtements et le linge) le 
jeudi (pour honorer le samedi); 5° manger de l'ail le vendredi soir (voir Schorr, 
Hahalutz, VI, 1861, p. 3o); 6° cuire le pain de bonne heure (afin qu'on pût 
plus tôt en distribuer aux pauvres); 7° que la femme porte une ceinture large; 
8° qu'elle se peigne avant de prendre le bain légal ; 9° que les marchands puissent 
colporter leurs marchandises dans les villes (sans scrupule au sujet de la con- 
currence qu'ils font ainsi aux négociants étabhs) ; 10° qu'un accident nocturne 
oblige à un bain légal. Les trois premières dispositions se lisent également Ketu- 
bot, 3 a; la deuxième et la troisième se tiennent sans aucun doute, et l'on pro- 
fitait de l'affluence des plaideurs pour leur faire des lectures, de même que l'on 
comptait sur la foule accourue aux lectures pour y rendre en même temps la jus- 
lice. Il importe peu d'accorder la priorité à l'une ou à l'autre de ces dispositions. 
(Voy. Ketubot , 1. c. Herzfeld, I, 20, noie.) — Le Thalmud (Bâta- i(at/i?a, 21b) 
dit qu'Ezra avait étabfi aussi plusieurs écoles dans la même localité, afin de sti- 
muler par l'émulation le zèle des maîtres. Mais Raschi et les Tosafot regardent ce 
passage comme interpolé. — Parmi les dix privilèges de la ville de Jérusalem , 
énumérés Baba-kamma , 82 b, était celui de ne pas pouvoir conserver un mort 
pendant la nuit. Le fait des exhumations ordonnées par Ezra est raconté, tos. Ae- 
ga'im, c. VI, et Abot ilei'obbi Nathan , c. xxxv. 



2H HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

grand tribunal qui siégeait au temple dans la salle en pierres 
taillées (n^î:n nDuV) '. 

Maintenir la nation par l'instruction, par l'observation de la 
Loi et par l'exclusion de tout élément païen, c'était la tâche 
(lu'Ezra et Néhémie s'étaient proposée; et cette tâche, ils l'ont 
poursuivie sans se laisser arrêter par aucun obstacle. Ils sen- 
tirent qu'en renonçant à la vie politique la nation, pour durer, 
devait fortifier son existence religieuse. 

' Voir, à la fin du volume, note ii. 



CHAPITRE II. 2U 



CHAPITRE II. 

LA GRANDE SYNAGOGDE. 

Mais Ezra et Néhémie auraient-ils abandonné au hasard le 
maintien de l'organisation qu'ils avaient laborieusement créée? 
Auraient-ils consacré tant d'années à tout régler, à tout ordon- 
ner, sans établir aucune autorité qui leur garantît la consoli- 
dation de leur œuvre pour l'avenir? A leur arrivée à Jérusalem, 
l'un et l'autre avaient été frappés des abus qui s'étaient glissés 
dans la nouvelle communauté, des dangers qui la menaçaient 
de toute part, du peu d'énergie qu'avaient déployé Joïakim et 
Eliaschib, du mauvais exemple que ce dernier avait donné en 
accueillant Tobie, l'Ammonite, dans une des salles du temple 
[Néhémie, xiii, 7), et ils auraient de nouveau abandonné à 
l'autorité seule du pontife et de ce même pontife le soin de 
conserver ce peuple à son Dieu? Ce serait méconnaître la piété 
ardente d'Ezra et la sage prévoyance de Néhémie. 

Il est vrai que l'Ecriture se tait à ce sujet, et, s'appuyant sur 
le tableau des pontifes, donné par Néhémie (xii, 10-11), qui va 
jusqu'à laddou'a, le contemporain d'Alexandre, on a cru que 
les grands prêtres avaient été seuls à la tête de la nation. Mais, 
nous l'avons déjà remarqué , une simple lecture des livres à' Ezra 
et de Néhémie montre le peu de suite et l'incohérence qui régnent 
dans les documents dont ils sont composés. Ce sont évidemment 
des morceaux détachés, écrits les uns par Ezra, les autres par 
Néhémie, et des tableaux généalogiques qu'on a mis bout à 
bout, souvent sans se soucier d'un ordre chronologique exact. 



30 HISTOIRK DE LA PALESTINE. 

et sans avoir la moindre prétention d'être complet. Nous n'avons 
plus à revenir sur les motifs du silence que garde Josèphe. 

Voyons maintenant si les deux hommes qui se sont si fort 
préoccupés des destinées nouvelles de leur nation ne trouvaient 
pas dans le Pentateuque lui-même la direction qu'ils devaient 
prendre , si Moïse ne leur montrait pas la voie à suivre. Au point 
de vue auquel nous nous plaçons ici, il importe peu de savoir 
à quelle époque on fait remonter la dernière rédaction des livres 
historiques de la Bible; il nous suffit que, du temps d'Ezra et 
de Néhémie , l'autorité de ces livres ne soit pas contestée , qu'Ezra 
et Néhémie ne conçoivent aucun doute quant à leur véracité, et 
qu'ils aient à cœur d'établir solidement le règne de la Loi dans 
la nation. Le pouvoir royal n'existait pas, les héritiers du trône 
de David ne le réclament pas et ils étaient peut-être retournés à 
Babvlone; Néhémie, de son côté, était attaché sincèrement au 
roi de Perse. Du reste, ni le Pentateuque, ni les prophètes ne 
sont très-monarchiques. En revanche, le Pentateuque recom- 
mande qu'il y ait des juges partout [Deiitéron. xvi, 19), qu'on 
se rende auprès des juges ou des prêtres toutes les fois qu'on 
doute sur un point de la loi, et cette prescription s'applique aux 
questions religieuses aussi bien qu'aux questions civiles (<è. xvii, 
8 et suiv.). Moïse lui-même s'entoure et prend conseil des chefs 
des tribus et des anciens s'il ne s'adresse pas directement à Dieu 
avant de prononcer un jugement. Rien ne paraît donc plus na- 
turel que la supposition qu'Ezra et Néhémie aient formé à Jé- 
rusalem un sénat composé des hommes les plus pieux et les plus 
considérables et choisi parmi ceux qui, sous la direction du 
grand Sofer et des mebîmm, amenés par lui, avaient étudié la 
Loi avec le plus de zèle et en connaissaient le mieux le sens et 
l'esprit. 

Du reste, de ce long laps de temps si couvert de ténèbres, 



CHAPITRE H. 31 

qui s'écoule depuis Ezra jusqu'à Anthiochus Epiphane, nous ne 
connaissons guère que le commencement et la fin. Que voyons- 
nous au début de cette période? Néhémie et Maléachi nous dé- 
peignent un peuple ignorant et léger qui ne connaît ni n'observe 
ses lois, qui profane le sabbat en se livrant au commerce (^Néh. 
XIII, 1 4 et suiv.) et qui recherche les alliances avec des femmes 
étrangères (^Mal. ii, ii), qui est aussi surpris de trouver or- 
donnée dans la Torah la fête des Tabernacles (iVe'/t. viii, i/i), 
que ses ancêtres sous Josias l'avaient été d'avoir à célébrer la 
solennité des Pâques (II Rois, xxiii, 3 i). Au bout d'un peu plus 
de deux siècles, ce peuple présente un aspect bien différent! 
D'un côté, une résistance opiniâtre aux empiétements du paga- 
nisme parmi ces hommes rangés autour des premiers Asmo- 
néens, un attachement rigoureux aux lois chez les braves qui se 
laissent égorger tranquillement le jour du sabbat, afin de ne 
pas profaner par une lutte à main armée le jour consacré à 
l'EterneP. De l'autre côté, les entraînements irréfléchis des 
riches patriciens qui se sont laissé éblouir par les charmes 
irrésistibles de la civilisation grecque, les velléités coupables 
de la classe élevée et de quelques prêtres qui préféreraient, 
les mœurs élégantes et légères des maîtres à la vie uniforme 
et austère du judaïsme. C'est que, dans l'intervalle, les lois de 
Moïse ont été étudiées, commentées, traduites; les prescriptions 
ont été élaborées, précisées, souvent poussées à leurs der- 
nières conséquences, et les exagérations des uns, comme les 
défaillances des autres, sont également le résultat de l'œuvre 
d'Ezra. On peut affirmer qu'une grande partie des décisions 
que la Mischna suppose déjà et ne discute plus, le règlement 

' D'après Josèpho {A. J. XII, i, i) , les Juifs n'auraient déjà pas osé faire résis- 
tance à Ptolémée Soter à cause du repos qu'ils étaient obligés de garder le jour 
du sabbal. 



32 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

des cérémonies du culte, des classes entières de halachôt re- 
montent à cette époque; les divergences d'opinion entre les 
Pharisiens et les Sadducéens, s'affirmant par des différences 
parfois bien insignifiantes dans l'application de certaines lois, 
et qui éclatent au commencement du règne des Maccabées, 
supposent déjà un système d'observances religieuses minutieu- 
sement travaillé, existant complètement avant que les Juifs se 
soulèvent contre l'oppression païenne. Et ce grand travail se 
serait fait sans une série d'hommes voués de cœur et par état 
à l'étude et à l'enseignement! des changements aussi profonds 
seraient l'œuvre de quelques savants isolés, dispersés peut-être 
dans la Judée, ou bien, d'une suite de grands prêtres, plus 
consciencieux que Joïakim et Eliaschib, les pontifes légers du 
temps d'Ezra, plus pieux qu'Alcime et Ménélas, les pontifes 
indignes qui précèdent les Asmonéens! 

Certes, si nous ne possédions pas des témoignages positifs 
attestant l'existence d'un sénat, d'une autorité centrale à Jéru- 
salem, il faudrait encore la supposer. Cette autorité est, sans 
contredit, la Grande synagogue ou la grande réunion (nc:D ''^iit 

Les hommes chargés de continuer l'œuvre d'Ezra et de Néhé- 
mie étaient appelés, comme leur maître, soferim, «savants, doc- 
teurs,» ou bien, on leur appliquait le nom de zehénim (D"':pT, 
« anciens, 75 yépovrss'^, qu'on lisait dans le Pentateuque et dans 
Josué (xxiv, 1 ei passimy «Les paroles et décisions des sofe- 
rim 55 ou « des zekénim » sont également et dans le même sens 
opposées aux paroles des prophètes et de la Loi ^ Mais cesnoms, 
à cause de leur application facile et générale, dépassent de 

' j. Berachot, i, .7 (3b): n"'N''n: "«I^ID □'•JpT n3T DmDH «les déci- 
sions des Anciens ont plus de valeur que celles des prophètes." Au même endroit 
il est question auparavant des D"'")D1D "'"ÎST et des miD ''"13"I. 



CHAPITRE II. 33 

beaucoup l'époque qui nous occupe; le nom spécial des doc- 
teurs qui eurent alors la ferme volonté de propager la connais- 
sance de la parole divine, d'expliquer la loi à tous ceux qui 
voulurent l'étudier, d'augmenter le nombre des disciples et de 
former de nouveaux maîtres, de resserrer la chaîne des pres- 
criptions afin d'en assurer mieux l'observation , et qui formèrent 
plutôt un collège qu'un sénat, un corps de savants qu'une 
autorité constituée, était, comme nous l'avons déjà dit, celui 
d'hommes de la Grande synagogue. 

Toute la marche de cette histoire , autant que nous pouvons 
l'entrevoir, paraît indiquer que le roi de Perse et ses gouver- 
neurs ne connaissaient d'autre chef que le grand prêtre; mais, 
à juger d'après ce que nous savons de leur conduite, ces pon- 
tifes ont dû se trouver souvent en désaccord avec les soferim. 
L'autorité de ces derniers s'imposait, par l'ascendant que don- 
nent la science et la piété, par le prestige qu'exercent la parole 
éloquente et une ardeur sainte , par les rapports constants qu'ils 
entretenaient avec les masses dans l'enseignement public. Ils 
sont ainsi les vrais continuateurs des prophètes, qui, eux aussi, 
furent des hommes simples, sans fonction arrêtée, n'écoutant 
que l'inspiration de leurs cœurs ; souvent mal vus des rois et des 
grands, ils n'en poursuivent'pas moins la mission qu'ils s'étaient 
donnée de lutter et de mourir même pour le triomphe de la vé- 
rité. Les mots de la Mischna', rt Moïse reçut la loi sur le Sinaï 
et la remit à Josué, celui-ci aux anciens, qui à leur tour la re- 
mirent aux prophètes, puis aux hommes de la Grande syna- 

' m. Abot, 1,1. — D'autres chaînes de tradition se lisent m. Péa, n, 6, tos. 
ladaïm, c. ii, et Abot derabbi Nathan, c. i. Elles sont plus ou moins complètes, 
comme le reconnaît le Thalmud Aazir, 56 b. Celle de la mischna de Péa, pré- 
sente une grande difficulté à cause de la salle du lemple {lischchat hagfraztt), 
dont il y est question. 

r. ^^ 



U HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

gogue, » paraissent donc conformes à l'histoire; les paroles qui 
y sont attribuées à ces docteurs et par lesquelles ils recom- 
mandent ful'ètre ferme en rendant la justice, de former un 
grand nombre de disciples et de faire une haie autour de la 
Loi , » sont l'expression concise et sentencieuse de la tâche 
qu'ils avaient assumée. 

Nous considérons ce qui est raconté de la Grande syna- 
gogue comme historique ^ Un corps semblable, nous croyons 
l'avoir démontré, répondait à la situation; la transformation 
qui s'est opérée au sein du judaïsme est comme l'effet incon- 
testable d'une cause contestée mal à propos ; le pontificat seul 
aurait amené encore une fois les conséquences funestes que 
nous avons vues se produire dans l'intervalle qui s'écoule entre le 
départ de Zeroubaljel pour Babylone et l'arrivée d'Ezra à Jéru- 
salem. Nous ajouterons que le nom d' Ansché kenéset liaggedôlah , 
qui ne s'est jamais appliqué qu'aux hommes de ce temps ^, dont 
on ne comprend plus même tout à fait le sens ^, et qui , au 
II* siècle, céda la place à un nom nouveau et désignant une 
organisation plus artificielle, doit avoir été porté par un 

' Sur les raisons qu'on a fait valoir contre la Grande synagogue, voy. Herzfeld, 
/.r. 1,383. 

^ Cependant I Maccab. xiv, 18, on nomme, à côté du grand prêtre Siméon, la 
avvayeiyyi) fieyaXrj lepcHv kciï Xaoij xai àpyàvTuv ëOvovs, xtA, mais cela prouve seu- 
lement que, bien que la Grande synagogue proprement dite eût cessé d'exister, ce 
nom vivait encore dans les souvenirs do la nation, jusqu'à ce qu'il fût remplacé 
par celui de sanhédrin. 

••' j. Bei-achot, VII, ti (11c): np: ncb ^^'? p yt:?in"' -\ d^3 pD-'D 'i 
n:^rb nbnsn n^înniy n'jnjn nD:3 "'^:^f. «R. siméon dit au nom de 

R. Josué ben Lévi : On les a appelés les hommes de la Grande synagogue parce 
qu'ils avaient restauré l'ancienne grandeur.» (Voy. loma, 69 b, où se trouve 
mîû2? , pour n/lUn.) D'après Berachot, 33 b, il s'agirait surtout d'une certaine 
formule de prière employée par Moise et insérée dans le Rituel, ou plutôt, dans 
les dix-huit bénédictions (n'?DD) par la Grande synagogue. 



CHAPITRE II. 35 

corps qui a existé, qui a vécu. L'imagination aurait été chercher 
une dénomination ancienne , répondant à une institution géné- 
ralement connue. 

Le doute et l'incertitude commencent lorsqu'il s'agit de dé- 
terminer la composition de la Grande synagogue, de fixer le 
nombre de ses membres, de préciser l'endroit où elle a siégé, 
de circonscrire le cercle de son activité et d'énumérer les déci- 
sions qu'elle a prises. Les sources dont nous disposons sont 
beaucoup trop récentes, et les assertions qu'elles nous trans- 
mettent, trop vagues, pour qu'on puisse reconnaître distincte- 
ment ce qui appartient à cette première réunion et ce qui doit 
être attribué à des institutions plus modernes. 

Nous pensons que rien n'était ai'rêté quant au nombre des 
savants dont la kenéset se composait ^ Comme aucun acte ne 

' Midrasch-rabba sur Ruth, n, l^ : □"'J'iDC? pn: p '^NIDIT '1 0^3 ID^H -) 
■jDi:'! Vn □•'N^n: n?:D"l Q^ubu DHCI D-'ipi nUDni. «R. Helbo, au nom 
de R. Samuel ben Aalimandit : Il y eut quatre-vingt-cinq anciens, parmi lesquels 
(rente et quelques prophètes. r? Le même passage se relit, j. Megilla , i, 5, avec 
de légères variantes. N. Kroclimal {Kérem-chémed, V, i8/ii, p. 68, note, etMôrp 
Neboché Hazeman , c. xi , p. 97 ) pense que les quatre-vingt-cinq anciens répondent à 
l\éhémie{x, 1-28), où l'on compte quatre-vingt-cinq noms, si l'on suppose qu'au 
verset 10 il manque un nom avant yiC^I ; les signataires de cet acte seraient les 
premiers membres de la Grande synagogue. Krochmal ajoute que, dans leMidrasch 
cité, il faut remplacer DilDI par DilD^I («parmi lesquels, » par rr avec lesquels»), 
et en entendant par rr trente et quelques prophètes» le nombre de trente-cinq, nous 
aurions un total de cent vingt, ce qui s'accorderait exactement avec cet autre pas- 
sage du Thaimud : onu^vi iiND XJD KD^^DOD nb ^DNi ]:nv 1 ^î:^• 
■non Vv mDi3 muy hjdc; i:pn □"'N'-d: hdd nn^i D-'ipî {MegUia, 

17 b). «R. lolianan dit, selon d'autres ce serait une baraïtha : Cent vingt anciens, 
parmi lesquels il y avait un certain nombre de prophètes , ont mis en ordre les dix- 
huit bénédictions (du rituel).» M. Herzfeld (I, 38i) sait même trouver les trente 
et quelques prophètes dans difl'érents endroits d'Ezra et de Néhémie. Tout cela nous 
paraît plus ingénieux que vrai. On rencontre encore un passage analogue à celui 
que nous avons mentionné en dernier,]. Bernchot, 11, '1 {h d), où on lit D^jIDC* 



36 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

constitua cette réunion et qu'elle fut entièrement libre, elle 
renfermait probablement tous les hommes qui, par leur savoir 
et leurs vertus, méritaient d'en faire partie et aspiraient à cet 
honneur. De même qu'Ezra et Néhémie ' avaient appartenu, 
l'un au sacerdoce et l'autre à une tribu inconnue, de même la 
Synagogue attirait vers elle prêtres et laïques, sans distinction 
de race. Si les prêtres s'y trouvaient quelquefois en majorité et 
finissaient peut-être par y exercer une influence prépondérante, 
cela provenait de ce que les fonctions qu'ils remplissaient les 
portaient davantage vers les choses saintes, et de ce que, dotés 
des impôts prélevés pour eux, ils n'étaient pas détournés de 
l'étude par les occupations auxquelles les laïques se livraient 
pour satisfaire aux besoins de la vie matérielle"^. La même cause 
a produit les mêmes effets au moyen âge, où le clergé seul 
cultivait les sciences et s'adonnait à l'étude. Demander si le 
grand prêtre avait la présidence de la kenéset ^, c'est presque 
méconnaître le caractère de l'institution; d'ailleurs, tels que 
nous connaissons les pontifes de ce temps, plusieurs d'entre 
eux auraient été indignes d'être à la tête d'une pareille réu- 

'2 nD3T; évidemmenl pour Dl D'I^/îy. Le tribunal ou bèt-din de labnèh , après 
la destruction du temple , présente le même spectacle ; le nombre des membres n'y 
est pas fixé davantage, et tout docteur paraît avoir eu le droit de s'y asseoir. 

' Sur Néhémie, voy. Winer, Biblisches Realwœrtcrbuch , s. v. Rien dans le texte 
n'indique qu'il fût prêtre. 

^ On lit dans la Mechilta, Beschallah-Wayassa, c. n, et le lalkout, I, S 258, 

les paroles curieuses renfermant le même sens : ^vDIN? N?K miD nJD^i N? 
riDnn "''7D1N7 Dn'? □"^^^lyi ]Dn.«L'étude de laioin'est possible qu'auxbommes 
qui ont été nourris par ia manne, et, en second lieu, à ceux qui se nourrissent des 
offrandes (c'est-à-dire les prêtres).;' 

' C'est cependant l'opinion de M. Herzfeld, I, p. 889. Le travail spécial qaele 
savant rabbin a consacré à la Grande synagogue dans le premier volume de son 
histoire, et qui nous a été d'une grande utilité, a le défaut de vouloir trop préci- 
ser des détails qui resteront toujours obscurs. 



CHAPITRE 11. 37 

iiioli. S'assemblait- on dans une des salles du leniple ou ail- 
leurs? Question oiseuse en elle-même et qu'on n'a pu ré- 
soudre en faveur du temple qu'en confondant les hommes de 
la Grande synagogue avec le sanhédrin, qui n'a guère pris 
naissance que vers le milieu du ii" siècle ^ avant l'ère mo- 
derne. L'indépendance que ces hommes devaient chercher à 
conserver à l'égard du pontife, dont le pouvoir était absolu 
dans l'enceinte du sanctuaire, nous ferait plutôt pencher vers 
l'opinion contraire. 

Il est probable cpie l'activité de la kenéset s'est portée avant 
tout sur les points qui avaient fixé auparavant l'attention des 
derniers prophètes et du maître dont elle suivait les traces. 
Il y avait d'abord toutes les questions relatives au pur et à l'im- 
-pur. L'image choisie par le prophète Aggée (ii, t 2-1 3) montre 
assez qu'on se préoccupait beaucoup de ces questions. La reli- 
gion de la Perse insistait sur les mêmes distinctions, dujà forte- 
ment recommandées dans le Pentateuque, et, bien que le culte 
du feu se répandît peu en Palestine, les Juifs qui continuaient 
à émigrer de Babylone vers les pays de leurs ancêtres étaient 
enclins à augmenter les cas d'impureté légale ^. L'observation 
de plus en plus rigoureuse du sabbat et des fêtes devait être 
le deuxième point dont s'occupait la Grande synagogue. Né- 
hémie avait ouvert la voie (xiii, i5 et suiv.), et la kenéset l'y 

' M. Herzfeld (1, 898 ) ieur assigne la salle en pierres taillées (iischcliat hag- 
liazit). 

^ M. Schorr ('Hahâloulz, VII, 3 et suiv.) a consacré un article très-ingénieux à 
l'influence que le Parsisnie a exercée sur les Juifs depuis le premier exil. (Voir 
cependant, Geigor, Ji'uUsche Zeitschrift fi'tr Wis&pnschaft , t. IV (1866) p. 67; 
D' Alexander Kohul, Veher die jûdische Angelologie u. Dœmonologie tu ihrcr Ah- 
hàngtgkeit vom Parsismus, Luipzig, 1866, dans les Mémoires détachés de la So- 
(;iété asiatique allemande, vol. IV, n° 3.) M. Schorr a répondu aux critiques se 
vères et aux attaques regrettables du jeune auteur dans le Ben Chananin , 1 866, 
p. 825 et suiv. 



38 HISTOIUK UE LA PALESTINE. 

suivait d'autant plus volontiers, que le repos absolu du samedi 
était favorable aux lectures et à l'étude de la Loi. La même ter- 
minologie s'introduisait dans l'énumération des impuretés et 
dans celle des travaux défendus au jour de sabbat. Il y avait 
des ahot (m3N) et des toledot (riM^Jin), littéralement, des pères 
et des descendants pour tous les deux, ce qui désignait dans un 
langage figuré les impuretés et les travaux interdits de premier 
et de second ordre ^ Un troisième point comprenait les prières 
et actions de grâce. Un grand nombre de passages dans les 
Thalmuds s'accordent à considérer l'introduction de prières 
régulières comme l'œuvre de la Grande synagogue; c'est elle 
qui aurait fixé le fond du rituel, transformé plus tard sous 
l'influence du temps et des circonstances^. Les thalmudisles 
vont même jusqu'à attribuer aux hommes de lakenéset les sup-- 
plications que renferme le livre de Néhémie (i , 8 ; iv. 5 ; ix , i ) ^. 
Plusieurs dispositions relatives aux aliments défendus, aux 

' Dans un passage de j. Schekalim, v, i, on met surtout sur le compte de la 
Grande synagogue les «classifications et les sommaires" (DltûlDI D^'j'Pw) qui ré- 
sument par des nombres fixes toute la législation. Exemples: cinq ne payent pas 
l'impôt au prêtre; en trente-six cas, ia peine de l'extermination (m2) est pro- 
noncée, etc. Là encore on rattache ensuite le nom de sofcn'ni au mot scjiirot 
(m~)1DD «choses comptées'!). (Voy. ci-dessus, p. i<5, note i.) 

^ Mpgilla, 17 b et j. Berachot, ii, h, ont été cités déjà ci-dessus, page 35, 
note. ( Voir encore Berachot, 33 a.) 

^ Ces passages sont assez curieux; ils sont au nombre de quatre : 1° j. Berachot, 
I, 9 (4 a) et Beréschit-rabba , c. lxxxviii : m^N iniN "INTp 3"n2N ""Tm. «Mais 
les hommes de la G. S. ont appelé (le patriarche) dunomd'Abram (Af'/i. ix,7).» 

— 9° Schpmot-rahha , c. XLi, init. et Tanhuma, 32 c lî^TDI 1N3 S'DDX 

m*?13 disk: V^y''' imN, «les hommes de la G. S. ont expliqué le sens (du 
mot 'aiinôt , Exode, xxxii, 18) . . .en ajoutant : et ils firent des actes très-insul- 
tants (AVA. IX, 7). 71 — 3° Beréschit-rabba, c. n : Wl^'D 3"n3N1 NIH nb'û XlpD 
131 Nin nriN *mN, «c'est pleinement exprimé dans un verset, et les hommes 
de la G. S. y ont ajouté le commentaire en ces mots: Tu es, etc. {Néh. ix, 6). — 
l[" Schemot-rubba. c. u, mit. : IJI "p uSsn binu D^DIN 3"n2N*ù' "IPT, 



CHAFITIU: 11. 39 

mariages interdits, paraissent encore être dues à la vigilance 
de la Grande synagogue, qui multipliait ainsi les haies et les 
barrières autour de la loi ^. 

Nous terminons notre exposé sur la Grande synagogue par 
une dernière réflexion , qui ne manque peut-être pas d'impor- 
tance. Au siècle des Maccabées, avec l'ambassade de Judas 
aux Romains, les Juifs apparaissent pour la première fois sur 
la grande scène de l'histoire. Ils ne la quittent plus et ils restent 
dorénavant en vue de ce peuple dont le regard ne se fixa jamais 
sur une nation sans lui devenir funeste. Ce n'est ni pendant les 
guerres de l'indépendance , ni durant les conquêtes ambitieuses 
des Asmonéens, ni du temps de la décadence, qui commence 
par le règne anti-judaïque d'Hérode et finit par la destruction 
du temple, qu'on aurait pu fonder, développer et faire accepter 
un système aussi complicpié de prescriptions, que celui (pii est 
en vigueur au moment où les Juifs prennent une seconde fois 
le chemin de l'exil. Le calme, au contraire, qui règne sous les 
Perses d'abord, et sous les premiers rois grecs ensuite; l'alD- 
sence complète de toute as])iration politique; le silence, qui, 
pendant deux siècles, se fait autour du nom juif, favorisaient 
singulièrement le travail de ces hommes qui, vivant dans la re- 

« c'est ià ce qu'ont dit les hommes de la G. S. : Nous avons été coupables envers 
loi, etc. (Nch. 1,7). — Le Thalmud Baba-bathra, i5 a, attribue encore aux 
hommes de la G. S. la rédaction d'Ezéchiel, des douze prophètes, de Daniel et 

d'Ester ("IDDK n'^JDI bii^21 1^^ W^Z^I bxpîn"» ISDD J"nDN*). L'auteur de 
cette baraïta a sans doute voulu réunir les quatre ouvrages de la Bible qui, à son 
avis, dataient des premiers temps ((ui ont suivi le retour de l'exil; la composi- 
tion des douze prophètes en nn seul volume ne pouvait être achevée qu'à celte 
même époque, à cause des prophéties d'Aggée et d'autres qu'elle renléiine. — 
Les Abot derabbi Nathan, c. i , mettent aussi sur le compte de la G. S. l'admission 
des Proverbes , du Cantique des Cantiques et de l'Ecclésiaste dans le recueil de 
la Bible. (Voir là-dessus, M. Geiger, Ursrhrifl. p. 3()8.) 

' Voir M. Herzfeld, 11, 226 et suiv. M. Schorr, /. r. IV, 1809, p. -îH. 



40 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

traite, n'en sortaient que pour prêcher et enseigner. Ils s'a- 
dressaient en outre à un peuple dont aucun événement exté- 
rieur ne détournait l'attention, ni des souvenirs de son passé, 
ni des exemples de piété ou de protection divine qu'on lui 
montrait dans son histoire. 



CHAPITRE m. 41 



CHAPITRE III. 

ALEXANDRE LE GRAND. SIMEON LE JUSTE. 

Nous avons déjà dit plus haut que Josèphe passe rapide- 
ment sur le temps attribué par nous à l'activité de la Grande 
synagogue, et qu'aucun fait saillant ne paraît avoir signalé. 
Les ouvrages rabbiniques n'ont conservé de cette époque que 
deux grandes figures, dont l'une appartient à l'histoire géné- 
rale, et l'autre au monde juif seulement. Le passage d'Alexandre 
le Grand à Jérusalem avait exercé une forte impression sur 
l'imagination vive de ce petit peuple, et le souvenir de cet 
événement mémorable s'était gravé profondément dans son 
esprit : bien plus tard, ce sera l'image vénérée de Siméon le 
Juste, le seul grand prêtre vraiment pieux au milieu de la 
famille sacerdotale, déjà fortement atteinte par la contagion 
hellénique, qui continuera à vivre dans la mémoire de la pos- 
térité et restera le type préféré du pontife pour toute la durée 
du second temple. 

Tous les témoignages semblent affirmer qu'Alexandre, lors 
de la conquête de Tyr et de Gaza, s'est éloigné de la côte pour 
s'avancer dans l'intérieur du pays^ Est-il allé à Jérusalem? 
Le glossateur du Megillat Taanit le soutient. Aux mots du texte^, 
«Le 2 1 kislev (octobre-novembre) est le jour de la montagne 
de Gerizim, où le deuil est interdit, 55 il ajoute le récit sui- 

' Les passages des auteurs grecs et latins sont réunis et discutés par M. Herz- 
feld, I, /4o5 suiv. 

* Voir note i, à la fin du volume. Le passage cité est le aa' des 35 paragraphes 
brefs et concis dont se compose la (chronique. 



42 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

vant : « Il s'agit du jour où les Cuthéens demandèrent à Alexandre 
de Macédoine l'autorisation de détruire la maison de notre 
Dieu. Accorde-nous, lui dirent-ils, cinq kours de terre sur 
le mont Moriyya. » Le roi les leur donna. Instruit de ce fait, 
Siméon le Juste s'enveloppa de ses vêtements sacerdotaux, 
et se fit accompagner par la noblesse de Jérusalem, par mille 
conseillers habillés de blanc et par les jeunes prêtres, qui fai- 
saient retentir les vases sacrés (les instruments de musique). 
Ils marchèrent, précédés de flambeaux, toute la nuit sur deux 
rangs. «Quels sont ces hommes?» demanda Alexandre (en 
les voyant de loin). «Ce sont, répondirent les délateurs, les 
Juifs, qui ont méconnu ton autorité. 55 A Antipatris, au mo- 
ment où le soleil se leva, on arriva au premier poste. A ce 
point de rencontre, on dit aux Juifs: «Qui êtes-vous?» — «Des 
habitants de Jérusalem, fut la réponse; nous sommes venus 
pour être admis en présence du roi. w Alexandre, apercevant la 
figure de Siméon le Juste, descendit aussitôt de son char et 
se prosterna devant lui. «Comment, dirent ses courtisans, un 
grand roi comme toi, se prosterne-t-il devant ce Juif!» — 
«C'est que cette figure, leur répliqua-t-il, m'apparaît toutes les 
fois que j'entreprends une guerre d'où je sors victorieux. » Puis, 
s'adressant aux Juifs: «Quelle cause vous amène-t-elle?» leur 
dit- il. — «Ce peuple (de délateurs) te trompe, répondit Si- 
méon , en réclamant pour lui l'endroit où nous prions pour toi 
et pour la durée de ton règne. » — «Et quel est ce peuple ?» 
— « Ce sont les Couthéens qui sont debout devant toi. » — 
«Leur sort est entre vos mains,» dit Alexandre. Aussitôt les 
Juifs firent des trous aux talons des Couthéens, les attachè- 
rent aux queues de leurs chevaux, et les traînèrent ainsi sur 
des épines et des chardons jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés 
au mont Gerizim. hk ils passèrent la charrue sur l'emplace- 



CHAPITRE 111. ^3 

ment du temple (de leurs ennemis) et y semèrent des vesces, 
comme les Couthéens avaient eu l'intention de le faire pour le 
temple de notre Dieu. Ce jour a donc été institué comme 
une fête, w 

Le fond de ce récit, qui se rencontre encore ailleurs \ s'ac- 
corde avec ce qui est rapporté par Josèphe (^A. J. XI, viii, 3-6). 
Les sources samaritaines, tout en attribuant, comme c'est leur 
habitude, à leur pontife Hiskiah le rôle qui, dans les docu- 
ments juifs, est donné au grand prêtre de Jérusalem, n'en 
confirment pas moins, à leur façon il est vrai, la tradition 
d'une expédition d'Alexandre dans l'intérieur du pays '. Seu- 
lement on a mêlé mal à propos, à ce voyage, le fait de la des- 
truction du temple samaritain, arrivé sous Jean Hyrcan, près 
de deux siècles plus tard ^. En outre . la discussion entre les 
Juifs et les Samaritains à la suite de laquelle ces derniers fu- 

' loma, 69 a, où i'on donne la date du 2 5 lébet; cf. aussi Vayikra-rabba, 
c. xiii , vers la fin. 

* Livre de Josup, c. xlvi, et Abtilfathi Annales Sa»im'ita7ii , éd. Vilmer (Gothae, 
i865), p. vF. 

^ Quinte-Curce (IV, i) raconte bien un acte de révolte des Samaritains et le 
châtiment qu'Alexandre leur infligea. (Cf. Eusèbe, Chronicon.) Josèpiie n'en 
parle pas dans l'Archéologie, mais il cite {Contra Apionem , II, iv) le témoignage 
d'Hécatée, d'après lequel le roi de Macédoine aurait donné aux Juifs la terre de 
la Samarie(T7)j^ ^oma.psniv yûpav) , libre de tout impôt. Cependant nulle part on 
ne parle, ni de la destruction du temple, ni d'une action des Juifs contre la Sa- 
marie. Sans aucun doute, r:]a terre de la Samarie,'' dont parle Hécatée, ne doit 
désigner que les trois nomes ou toparchies situées sur la frontière de la Judée et 
qui ont appartenu tantôt aux Juifs, tantôt aux Samaritains. (Voy. 1 Maccab. xi, 
28 , où la conjonction xa/ présente quelques difficultés, mais où le sens est assuré 
par le v. 34 ; de même x, 3o doit être corrigé d'après v. 3^. ) Le mot Saf^ape/as 
(Josèphe, i4. J. XIII, 11, 3, et iv, 9) était, je pense, une première glose de copiste , 
destinée à indiquer la situation des trois toparchies habitées par les Juifs, à la- 
quelle une seconde main maladroite a ajouté xaï TahXaîas xal Uepaias, en con- 
fondant les toparchies avec les provinces. Imputer des bévues semblables à Jo- 
sèphe lui-même serait injuste. (Voir ci-après, p. 73 , note.) 



àà HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

rent tués n'est peut-être que le souvenir effacé d'une lutte ana- 
logue qui eut lieu à Alexandrie, sous Ptolémée Philométor, 
et dont Josèphe nous a conservé les détails (/4. /. XIII, m, h). 
Des récits ainsi composés, dont on emprunte les éléments à 
des époques et à des événements divers, ne sont que trop 
fréquents dans nos sources. Un dernier anachronisme de cette 
glose, c'est le nom du grand prêtre, placé à la tête de la dé- 
putation juive. Le nom de Siméon le Juste représente, dans 
la tradition juive, l'expression la plus fidèle du pontife; il est 
cité cette fois pour un fait arrivé cent cinquante ans avant 
lui, et nous le verrons, dans une autre occasion, mentionné à 
propos d'un événement qui se passe environ deux siècles après 
lui. Le vrai nom du pontife contemporain d'Alexandre était 
laddou'a, comme l'affirment Josèphe et les autres écrivains 
grecs qui ont rapporté cette rencontre avec Alexandre '. 

La Palestine, sous Alexandre et ses successeurs, devient 
une province grecque. Des villes entières, telles que Pella-, 
se peuplent de vétérans de l'armée macédonienne. Qu'elle 
fasse partie du royaume de Babylone ou qu'elle appartienne à 
l'Egvpte, peu importe, la civilisation des Ptolémées, aussi bien 
que celles des Séleucides, est hellénique. Alexandre attire en 
outre un grand nombre de Juifs vers Alexandrie, et le Delta 
se remplit de communautés importantes, dont une législation 

' Voir Herzfeld, I, /io8. La glose du Megillat Ta'anit, m, S 9; Brrcschil- 
rabba, c. lxi; Sanhédrin, 91a; lalkiit, I, 110, racontent une fable quant aux 
difficultés que les Juifs auraient faites à Alexandre avant de lui permettre l'entrée 
du temple, qui rappelle l'histoire analogue d'Héliodore, racontée H Maccab. c. m 
( Jos. De Maccabœis, c. iv ). D'autres fables, qui ont de la ressemblance avec celles 
du Pseudo-Callistiiène et du Schab-Nameh, se lisent Tanhvma, i8 d; j. Baba- 
tnetzi' a, 11,^ (cf. Berf'schit-rabba,c. xxxiii); Tamid, Cm; ]. Aboda-zara, m, inil. 
(Voir Rappoport, Erpch Millin, p. 67-73.) 

* Voir les auteurs cités, Riller, Erdkundc, 1. XV, 11, p. loab. 



CHAPITRE ni. 45 

bienveillante favorise la fondation et le développement; des 
rapports fréquents s'établissent entre des hommes attachés à 
ia même foi et habitant deux pays limitrophes , et les guerres 
elles-mêmes qui éclatent entre les deux dynasties, et dont la 
Palestine est trop souvent le prix et le champ de bataille, rap- 
prochent davantage les Juifs de la Syrie et ceux de l'Egypte. 
Si la civilisation grecque, par son charme particulier, a tou- 
jours su fasciner les peuples les plus barbares, les Juifs, de 
leur côté, se sont de tout temps assimilé, avec une rare sou- 
plesse d'esprit, les civilisations les plus diverses. La haute so- 
ciété de Jérusalem s'appropriait donc bien vite la langue et la 
littérature grecques, et, vers la fin du troisième siècle avant 
J. C. non-seulement le Pentateuque est déjà traduit dans 
l'idiome de la Grèce , mais encore à Alexandrie les Juifs 
s'exercent dans les genres les plus divers de sa poésie ^ 

Voilà le paganisme devenu un nouveau danger pour la 
religion juive ! Ce n'est plus l'idolâtrie grossière et parfois 
cruelle des anciens peuples de la Palestine, qui avait si sou- 
vent détourné Juda et Israël du culte de Jéhova; mais le pa- 
ganisme raffiné et doux de la Grèce, rehaussé par la magni- 
ficence de ses fêtes et l'élégance de ses mœurs. Le judaïsme, 
tel qu'il s'était développé depuis Ezra et grâce aux travaux de 
la Grande synagogue, demandait une observation rigoureuse 
de la loi de Moïse; la «haie?? dont on l'avait entourée afin 

' Voir M. Herzleid, /. c. II, /i36-5y9, et particulièrement sur la version des 
Septante, 536-556 ; M. Giœtz, les notes 2 et 3 , à la fin du vol. III de son histoire. 
Dans les derniers temps, différentes compositions appartenant aux écoles d'A- 
lexandrie ont été revendiquées pour des auteurs juifs. Nous donnons, comme 
exemple, l'excellent travail de M. J. Bernays sur le lloiniia. voudartxov de Phocy- 
lide, dans le Programme du Séminaire Israélite de Breslau, i856, sur lequel on 
peut voir les notes de M. Geiger, Jiidische Zeitschrift , IV (1866), p. 52 etsuiv. 
— Voir aussi M. Ewald, Qpsrhichto des Vnlkfis hrael, IV, (18O/1), p. 3o3 etsuiv. 



46 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

d'en assurer l'exacte exécution, enfermait la vie du Juif dans 
un cercle bien étroit de règles et de prescriptions. A celte vie 
austère, sanctifiée par de nombreux devoirs, la grâce mondaine 
de la Grèce jetait un éternel défi, et les prêtres et les chefs 
de la nation, portés par leur fortune et leur position au luxe 
et aux plaisirs, ne tardèrent pas à se laisser entraîner dans 
cette voie coupable, et franchirent les limites de la Loi. La 
Grande synagogue se brisa, et Siméon le Juste, le grand 
prêtre qui termine le troisième siècle et commence le second, 
nous est présenté comme un des derniers débris de cette as- 
semblée ^ Fils d'Onias II, qui, par son avarice, ne craignait 
pas d'exposer Jérusalem au danger d'une invasion ^, père de 

' m. Abot, I, 9. Le mot ''')'^^12 présente quelque difficulté. La Bible ne con- 
naît le mol INU/' qu'au singulier, et la Misclina n'emploie le pluriel que dans le 
sens de «résidu, ou reste d'une choses fp. ex. m. Sfhahim, v, i ). 

^ Voici, d'après les recherclies consciencieuses de M. Herzfeld (1 , 368 et suiv.), 
la suite des grands prêtres depuis laddou'a, avec les dates de leur entn'e en fonc- 
tion : Onias I, fils de laddou'a, c. 827; Siméon I, fils d'Onias I, c. 3oo (c'est 
celui que Josèphe, A. J. XII, 11, 6; iv, 1, appelle le Juste); Élazar, frère de 
Siméon I, c. 287; Menasclié, second frère de Siméon I, c. 267. — Les mots 
ô Q-sTos avTotJ [ib. iv, 1) se rapportent grammaticalement à Elaznr, et, dans ce 
cas, Menasclié n'aurait pas été le frère de Siméon I, mais son oncle et frère 
d'Onias I, qui aurait survécu à ce dernier pins de soixante ans! Aussi M. Herzfeld 
(p. 87^ , note) veut-il qu'on entende, par aÙTow, Onias II, son neveu, qui lui suc- 
cède. Cependant, outre ce que cette construction aurait d'insolite, nous posséde- 
rions ici, d'après M. Herzfeld, le premier exemple d'un père (Onias I) (jui, Im- 
méme pontife, aurait été suivi de trois fils revêtus de la même dignité; on pour- 
rait alors demander pourquoi Josèphe néglige cet exemple peur citer deux fois 
{A. J. XII, V, 1, et XIX, VI, a), de préférence, un fait anal(gue, mais contes- 
table et postérieur, savoir celui de Siméon II, et de ses trois fils, qui lui auraient 
succédé? — Onias II, fils de Siméon I, c. 2^0, sous lequel Joseph, fils de Tobie, 
devient fermier des impôts de la Palestine; Siméon H, fils d'Onias II, c. 326; 
Onias III , fils de Siméon II , c. 1 9S . — M. Herzfeld , /. c. croit que la suppression 
des ^NJDID"'! = êviiofficivat, fermiers publics, marquée au 2 5 sivan {Megillat 
Ta'anit, S 9), se rapporte à l'événement qui fit passer la perception de l'impôt 
des mains des étrangers entre celles de Joseph. 1\I. Gi.tIz (IH, A27) pense nn 



CHAPITRE III. 47 

Jason et peut-être même de Ménélas, qui, comme grands 
prêtres, souillèrent leur dignité en provoquant dans leur pa- 
trie les horreurs de la première persécution religieuse, la pos- 
térité accorde à Siméon le surnom de Saddik ^ (pns , r^ le Juste ») , 
parce qu'au milieu d'une génération pervertie il sut rester un 
pontife selon la volonté de Dieu. 

Josèphe applique le nom de Juste à un autre Siméon, grand - 
père du nôtre et vivant au commencement du iii^ siècle ^. Mais 
rien ni dans l'histoire de ce pontife, ni dans les circonstances 
qui l'entouraient, ne justifierait ni n'expliquerait ce titre de 
juste qu'on lui aurait donné. La conquête de la Palestine par 
les Macédoniens n'avait, au début, exercé aucune influence 
sensible sur la vie religieuse des Juifs; l'esprit grec s'infiltrait 
lentement dans les couches supérieures de la Judée, et y pro- 
duisit des ravages qu'on aperçoit seulement vers la fin de ce 
même siècle. L'histoire et la légende nous montrent, au con- 
traire, Siméon le Juste, ce débris de la Grande synagogue, 
vivant dans un temps extraordinaire, où les anciennes insti- 
lutions s'écroulent , et où l'affaiblissement graduel du sentiment 
religieux dans le sacerdoce est puni par des signes visibles de la 
disgrâce divine. ^Pendant les quarante ans du pontificat de Si- 
méon le Juste, raconte le Thalmud^, au jour du pardon, la 



refus des impôls au commencement de rinsurrection juive contre les Romains 
(B. 7. II, XVI, 5). 

' Noé est appelé ainsi {Genèse, vi, g). Dans la légende, Joseph, fils de Jacob, 
porte ce surnotn , parce que , loin de sa famille et entouré d'idolâtres , il a su conser- 
ver sa vertu. ( Voir aussi Coran , sourate xii , v. 4 6 , et BeidLavi , au mot ^iJ lV-oJ I .) 

^ Voir les passages cités p. i6, note a. 

^ i. îoma, VI, 3; b. ibid. 89 a. Les quarante ans qui, dans ces passages et 
ailleurs, sont attribués à Siméon le Juste, sont un nombre rond qu'on retrouve 
dans la vie de R. lolianan ben Zaccaï, de R. Âkiba et d'autres personnages, 
pi-obabiemcnt d'après les quarante ans pendant lesquels Moïse fui à la tête d'Israël. 



48 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

main droite saisissait toujours le bulletin (du bouc que le sort 
destinait à Jéhova, Lévitique, xvi, 7 et suiv.); plus tard, c'était 
tantôt la main droite, tantôt la main gauche. De son temps, le 
fil rouge (qui entourait la tête du bouc destiné à Azazel) de- 
venait blanc (ce qui indiquait que les péchés étaient par- 
donnés, allusion à Isaïe, i, 18); plus tard, il blanchissait par- 
fois, et parfois il ne blanchissait pas. Sous Siméon, la lampe 
allumée à l'ouest du temple, brûlait toujours; après lui, elle 
s'éteignit quelquefois. De son vivant, le bois une fois disposé 
sur l'autel, la flamme resta toujours forte et les prêtres n'ap- 
portaient les deux morceaux (ou fagots) de menu bois qu'afin 
de s'acquitter de leur devoir; après lui, la flamme diminua 
souvent, et les prêtres durent l'activer toute la journée en ap- 
portant du bois à l'autel, etc. 55 Ailleurs il est dit' : k L'année 
pendant laquelle Siméon le Juste mourut , il prédit lui-même 
sa mort, et lorsqu'on lui demanda comment il le savait, il 
répondit : Le jour du pardon, un vieillard habillé et coifl"é 
de blEuic m'avait toujours accompagné lorsque j'entrais dans le 
saint des saints et au moment où j'en sortais, cette fois il était 
vêtu et coiffé de noir, puis il m'a accompagné à mon entrée 
et à ma sortie. En effet, après la ïête des Tabernacles, Si- 
méon tomba malade et mourut au bout de sept jours, n Le pon- 
tificat était donc diminué après lui, et son prestige se perdait; 
nous savons en effet qu'Onias III, son fils, après avoir lutté 
en vain contre les projets irréligieux de Siméon, le comman- 
dant du temple ^, dut, malgré sa douce piété et le respect dont 

' j. lotna, V, a ; b. ibid. 89 b; Menaliot, 109 b. 

- Upoolâr-ns toO lepov (II Maccab. m, h); ailleurs alpatriyo; t. i. (Jos. A. J. 
XIII, IX, i),n-|"'3n ")C? ou .-n"'3n V^H {Nehémie,^, 8; tii, 2). Il est cjrieux 
que le Thalmud connaisse encore ce titre, et le donne non- seulement à un dis- 
ciple de Schamaï 'Dn Vit TT^T' (m. Orîah, 11, 19) qui, vivant avant la des- 
truction du lemple, pouvait avoir rempli les fonctions de cominandaot du temple, 



CHAPITRE III. A9 

le peuple l'entourait, céder la place à son frère Josué, qui, par 
grécomanie, prit le nom de Jason, puis à des pontifes plus in- 
dignes encore, comme Ménélas et Alcime. 

Nous possédons dans le livre de Ben-Sira un tableau qui 
respire la plus vive admiration pour Siraéon le Juste, et qui 
est fait par un contemporain qui le vit, au jour du grand Par- 
don , remplir les cérémonies les plus augustes du culte hébreu ^ 
La figure vénérable du pontife rehaussait encore l'éclat de la 

mais encore à un certain R. Aha, docteur du troisième siècle, dont le nom est 
constamment accompagné des mots m"'Dn ")t2? (lebamot, [\5 a; Ketubot, 22 a, 
88 b; Baba-bathra, i!i6 a, etpassim), et à un R. Jonathan (Bereschit-rabba , 
c. xcv). Le titre serait-il resté la propriété d'une famille? Nous trouvons bien 
{Ezra, II, 6; tiii, 4 etpassim) une famille appelée 3N*1D nriD. On parle, dans un 
passage très-curieux (tos. Kélim , c. i), d'un fonctionnaire du temple, nommé 
TDn '7y3,cequeR. Simson de Sens (Commentaire sur m. Kélim, i, 9) identifie 
avec le n^3n in 2?^N ; mais je pense qu'il s'agit d'un gardien de la porte {tsîiXv) 
placé sous les ordres du commandant du temple, et chargé de faire la ronde du 
sanctuaire. (Voir B. J. VI, v, 3 : 0/ lov Ispov (pûAaxes i^yysi^^av tw aTpaTnyù.) 
L'histoire de ce Siméon est racontée différemment dans le deuxième livre des 
Maccabées et dans Josèphe ( De Maccabœis, cap. iv). Il était sans doute de la race 
sacerdotale , à laquelle revenaient ces fonctions de commandant, et Herzfeld ( 1 , 2o3 
et 218) a parfaitement raison, en expliquant en Trjs Eevia^iv ÇvXris par ^de la 
branche sacerdotale de Beniamin,7> ou «Miniamin.^ On pourrait encore prouver 
l'identité de ces deux noms en comparant Sifré sur Dentéronoine , S a53, avec 
lebamot, 76 b. Je crois qu'il s'agit de ce Siméon dans l'histoire, singuHèrement 
transformée, qui est racontée j. 7o??ia, vin, 3 et Manahot, 109 b, bien qu'on y ait 
confondu Onias III avec son fils Onias, qui fonda le temple de Léontopolis, et 
qu'on ait fait de Siméon (ou Siméi, comme il est appelé, Mmaliot , 1. c.) im frère 
du pontife. On sait que la même divergence d'opinions règne au sujet de Méné- 
las, que les uns considèrent comme un frère d'Onias III, et les autres comme 
un frère de Siméon, commandant du temple. 

' Ben-Sira, l, 1, et suiv. Les mots oÏko\j Kataistiàa[t(t7os (v. 5) t^de l'intérieur 
du rideaun (cf. Lévitiqne, xvi, 2), ne laissent pas de doute qu'il s'agit du jour 
du grand Pardon. La liturgie juive de ce jour a conservé un morceau, commen- 
çant par les mots ")Tn3 nO HDN, qui rappelle singulièrement ces versets de 
Ben-Sira. 

1. ^1 



50 HISTOIRE DK LA PALESTINE. 

solennité, et, comme nous l'avons vu j)ar les passages du 
Thalmud que nous venons de citer, le souvenir s'en était con- 
servé dans la tradition. Mais Ben-Sira ne se rendit guère à 
Alexandrie qu'en iSa ', et si son grand-père, dont il traduisit 

' Voy. Herzfeid, II, 7/1. Je pense que La Sagesse de Ben-Sira n'a pas été ad- 
mise dans le canon juif, à cause de la jeunesse de l'auteur et parce qu'elle se pré- 
sentait franchement comme l'œuvre d'un contemporain. Le livre de Daniel est le 
seul que la critique moderne descende encore d'une trentaine d'années plus bas; 
mais ce livre apocalyptique venait probablement de loin, de Babylone, je suppose, 
et il s'abritait sous un nom ancien et vénéré. Le contenu étrange et énigmatique 
de Daniel était, autrement que la profane sagesse de Ben-Sira , fait pour cap- 
tiver l'imagination du peuple. Mais, malgré quelques passages qui paraissent con- 
traires à la doctrine pharisienne sur la résurrection (voyez Geiger dans la Zeit- 
schrifl dfir Deutsclœn morgenlàndischen Gesellschaft , XII (i858),p. 538 et suiv.), 
le livre de Ben-Sira est vu d'un bon œil par les rabbins, qui le citent souvent, 
et en confondent même quelquefois les sentences avec celles des Proverbes {Ke- 
tubot, 119 b, où le verset □'"2?") "'Ji? "'D'' 7D, Prov. xv, i5, est cité au nom de 
Ben-Sira : N")"'D p ")DD3 3in3). Si l'on n'a jamais discuté l'admission de ce 
livre dans le canon, comme on l'a fait pour Kohélet et quelques autres parties de 
la Bible, c'est que personne n'a jamais prétendu l'y faire entrer. R. Akiba en dé- 
fend la lecture , ainsi que celle des livres de Ben-La'anah (j. Sanydrin,x (xi), 1), 
mais son avis n'a pas pu prévaloir. Plus tard Bab Joseph fait un nouvel eflfort 
dans ce sens; mais Abaïe lui oppose un grand nombre de passages, tirés de La Sa- 
gesse, et qui .s'accordent avec les versets de la Bible (Sanhédrin, 100 b). M. Gei- 
ger (/. c.) pense que Ben-Sira est déjà cité par José ben lohanan, contemporain 
des premiers Maccabées, dans Abot , i, 5 ; car la phrase iin^^ ^3^D^ ^2 , pré- 
cédée de D'^DDH TlDX JNDD tfdans ce sens les sages ont dit,r> paraît empruntée 
à Ben-Sira, ix, 12. Nous admettons volontiers cette identité, et nous trouvons 
même encore un autre verset de Ben-Sira, N? NC'DI T'3i?ri X*? tys? 3tû 
\? ^ÎÛD^ «ne fais pas de bien à un homme méchant, il n'en résulterait que du 
mal pour toi" (Tanhuma, G2 a), également précédé des mots ]M''i( ]Dn ]D 
]''"lDN {Beréschit-rabba , c. xxii ), qui ne sont que la version chaldéenne de ceux 
que M. Geiger a cités (VAbot. Mais nous ne pensons pas qu'on puisse tirer de cette 
mischnah un argument pour faire remonter plus haut la composition de La Sa- 
gesse ; parce que toute la dernière partie du paragraphe, depuis T)DN iriU-'iO, 
forme évidemment une addition faite postérieurement à José ben lohanan; en 
effet, dans les Abnt dei-abbi Nathan , la sentence de José ben lohanan s'arrête au 

mot nu/xn. 



CHAPITRE III. 51 

l'ouvrage de l'hébreu en grec, avait vu Siméon le Juste, ceSi- 
méon ne pouvait être que le second de ce nom. 

Siméon n'était pas seulement un pieux pontife; le livre de 
La Sagesse de Ben-Sira le loue aussi d'avoir élevé à une grande 
hauteur le péribole du sanctuaire et la double colonnade ^ 
Dans la lettre qu'Antiochus le Grand écrivit au gouverneur de 
la Syrie et que Josèphe (yl. /. XII, m, 3) nous a conservée, le 
roi recommande, entre autres choses, de fournir aux Juifs tout 
ce dont ils pourraient avoir besoin pour l'achèvement du 
temple et pour les portiques. C'est un nouveau et précieux té- 
moignage en faveur de notre opinion, que Siméon le Juste était 
le contemporain d'Antiochus, et qu'il était, par conséquent, 
Siméon II. 

Nous empruntons aux Thalmuds un dernier trait relatif à 
Siméon. S'il considérait la loi, le culte et la charité, comme 
les trois bases du monde ''^, sa douce et vraie piété s'opposait à 
toute exagération et surtout aux abstinences rigoureuses. f^De 
ma vie, raconte-t-il, je n'ai voulu goûter du sacrifice de délit 
qu'immolait le Naziréen (^Nombres, vi, 19). Une fois cepen- 
dant vint un homme du Midi qui s'était voué au naziréat. Je 
le vis; il avait de beaux yeux, une mine superbe, et ses che- 
veux tombaient en riches boucles sur sa figure. Pourquoi, 
lui demandai-je, porter les ciseaux sur cette belle chevelure? 
— J'étais, répondit-il, le berger de mon père dans la ville que 
j'habitais; un jour, en puisant de l'eau à la source, je regardai 
avec satisfaction mon image; un mauvais penchant allait s'em- 

'■ ch. L , vers, a ; après êmXris, il faut sous-entendre cr7oâs, le ^1D3 VÎOD de Pe- 
sahim, i3 b; les êtiiXat aloai de Josèphe, B. J. V, v, 6. Malgré le peu de valeur 
que nous reconnaissons au Breviarium de Philon, nous citerons néanmoins la 
courte notice qu'il donne sur Siméon , et qui confirme noire opinion : «Simon Jus- 
tus honoratus à Magno Antiocho xxviii (se. annos)." 

* Abot, I, 9. 

/i. 



52 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

parer de moi et me perdre, lorsque je dis : Méchant, quoi! 
tu veux t'enorgueillir de ce qui ne t'appartient pas, et qui ne 
doit être que vermine et poussière ! Par Dieu, je couperai ces 
cheveux en l'honneur du ciel. — Aussitôt, continue Si- 
méon, je l'embrassai sur la tête et je lui dis : Puisse-t-il y avoir 
beaucoup de Naziréens comme toi en Israël ^ w 

' j. Nedurim, i, i fin; j. Nazir, i, 5; b. Nedarim, g b; Nazir, h b. Voyez, sur 
une variante dans la rédaction de cette histoire, M. Geiger, Urschrift, p, /176, et 
Hahahitz, VIII, 27. — Les sources ihalmudiques ne font aucune allusion aux 
luttes qui eurent lieu à cette époque entre les fils aînés du fermier Joseph ben To- 
bie et leur frère Hyrcan , et oui Siméon prit parti pour les aînés contre le cadet. En 
effet, Hyrcan n'a pu être sympathique à Siméon; Josèphe (.4./. XII, iv, 11) 
ajoute que. sa parenté avec les fils aînés de Joseph était pour quelque chose dans 
la conduite du pontife. L'observation de M. Herzfeld (I, iQÔ) , que Siméon était 
tout aussi parent de Hyrcan, repose sur une erreur; ce dernier, fruit d'une union 
non légitime {A. J. XII, iv, 6) , ne pouvait pas être considéré comme un parent. 



CHAPITRE IV. 53 

CHAPITRE IV. 

LES HELLÉNISTES ET LES ASSIDEENS. LES ASMONEENS. 

Après Siméon le Juste, les sources labbiniques mentionnent 
son fils Onias III, mais en le confondant avec un homonyme, 
fils ou frère de ce même Onias III, qui, fuyant la Palestine, se 
rendit en Egypte, y obtint les grâces de Ptolémée Pliilométor, 
et éleva plus tard , à Léontopolis , le temple appelé Bèt-Honio 
(riin iT-a)'. Mais ni Jason, ni Ménélas, ne sont nommés dans 
les Thalmuds ^ ; ils sont compris parmi ces pontifes qui , pen- 

' Voyez ci-dessus, p. ig, note; Josèphe, A. J. XII, v , i. — On a voulu voir, 
dans la forme du nom Vjin , l'influence du génitif grec ùviov. Mais le nom parait 
avoir été I^Jini (j. Sanhédrin, i, 2 , 19a), devenu I^^TD par une double aphé- 
rèse. 

* Voici cependant un passage fort curieux qu'on lit Beréschit-rabba , c. lxv, et en- 
suite lalkout, I, S 1 15 : «Au moment où les ennemis cherchaient à pénétrer dans 
la montagne du temple, José Meschita reçut l'ordre d'entrer le premier. «Va, lui 
«dilr-on, et ce que tu sortiras du temple sera pour toi.» José entra et sortit le 
chandelier en or. Ceci, lui observa-t-on, ne peut pas servir à un particulier. «Re- 
« tourne, et ce que tu prendras cette fois l'appartiendra." José refusa; on lui offrit 
le montant des impôts pendant trente ans et il n'accepta pas. « C'est assez , dit-il , 
«d'avoir offense mon Dieu une fois, l'offenserais-je une seconde fois ?» Mais les 
ennemis le placèienl sur une traverse de charpentier et le scièrent en deux. — 
Iakim de Serourôt (ou de Serédot) était le fils d'une sœur de José ben loézer de 
Seréda. Il passa à cheval un jour du sabbat devant le gibet auquel son oncle allait 
être pendu. «Regarde, lui dit-il, le cheval que mon maître me fait monter, et celui 
que te fait monter le tien.n — «Si ceux qui offensent Dieu, répondit l'oncle, sont 
aussi bien traités, quel traitement doivent attendre ceux qui remplissent la volonté 
de Dieu.» — «Mais qui, reprit Iakim, a jamais mieux rempli sa volonté que toi?» 
— «Eh bien, répliqua aussitôt José, ci ceux qui ont fait sa volonté sont ainsi châ- 
tiés, quel doit être le châtiment de ceux qui l'offensent ?» Ces mots traverse ent 
Iakim comme le poison d'une vipère, et il s'appliqua les quatre genres de supplices 



5/» HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

(laiil la durée du second temple, d'après l'expression d'une ba- 
raïta , « enlevèrent la di^Miité de grand prêtre à force d'argent 
ou tuèrent leurs compétiteurs par des maléfices ^.w En efFet, 
Jason et Ménélas introduisirent ce double abus : la destitution 
arbitraire des grands prêtres et la vénalité du pontificat, qui, 
à l'avenir, sera souvent conféré au plus offrant. 

Nous assistons à un moment critique dans l'histoire des 
Juifs. Toute autorité religieuse a disparu , la Grande synagogue 
est dispersée, le pontificat est dégradé et souillé par l'impiété, 
l'œuvre péniblement élaborée par Ezra et Néhémie est forte- 
ment menacée. Mais le danger rehausse le courage du peuple, 

que les tribunaux juifs avaient coutume de prononcer, savoir : la lapidation, le 
supplice du feu, celui du glaive et la strangulation. Il enfonça en terre une poutre, 
à laquelle il altacha une corde; puis il entassa du bois, qu'il entoura d'une haie de 
pierres et dont il fit un bûclier devant la poutre; enfin il planta un glaive au milieu 
du bois et mit le feu sous le bois et les pierres. Ces préparatifs terminés, Iakim se 
pendait; pendant la strangulation, le feu fit des progrès, la corde se rompit et il 
tomba dans les flammes, le glaive l'atteignit et la haie de pierres s'écroula sur 
son corps, qui fut consumé." On a depuis un certain temps déjà idenlifié ce 
Iakim avec Alcime, dont nous aurons à parler plus bas (voy. Geiger, Urschrift, p. 64 
et suiv.). Quant à José Meschita, il paraît présenter bien des rapports avec Méné- 
las , dont nous ne rencontrons nulle part le nom hébreu. D'après II Maccab. 
V, i5, Ménélas servait de guide {ôSm-yos) aux spoliateurs du temple; parmi les 
objets précieux qu'on enlevait, Josèphe (A. J. XII, v, 4) nomme en premier lieu 
le candélabre en or, et le Thalmud {Rosch-haschana, 24 b, et Menahot, 28 b) 
confirme ce fait en nous racontant que les Asmonéens, au début de leur règne, 
n'étant pas assez riches pour remplacer le chandelier en or qui avait été enlevé, 
étaient obligés d'en faire établir un autre en fer recouvert de bois. Seulement, le 
Midrasch nous représente les deux pontifes comme s'ils s'étaient repentis avant 
leur fin; l'un subit la mort plutôt que de continuer ses méfaits, et l'autre se la 
donne pour expier les siens; puis l'affreux supplice que le Midrasch attribue à 
Iakim ressemble à celui qui, d'après II Maccah. xiii, 4-7, est infligé à Ménélas. 
(Voyez cependant aussi ce qui est raconté d'un prêtre nommé Jésus, fils de The- 
bouthi,B. y. VI, vui, 3.) 

' Vayikra-rabba , c. xxi : Vn^ DnDIN ÏÏ/"»! W'Oll nniN pVtSIJ mC; 'ji' 
D^DC^D3 HT DN Dî pjTin. Voir aussi j. hma, 1 , 1, et b. Pesahim, 67 a. 



CHAPITRE IV. 55 

qui grandit sous la persécution; les châtiments sévères dont 
Antiochus Epiphane frappe la fidélité aux lois nationales aug- 
mentent l'obstination qu'on met à les observer. Une famille de 
héros, les Asmonéens, brave les ordres et les soldats du roi; 
entourée d'une poignée d'hommes pieux et dévoués, elle défie 
les phalanges d'une armée nombreuse et exercée. Les premiers 
succès qu'obtiennent Matathias et ses fils augmentent le nombre 
des rebelles et assurent ainsi des succès nouveaux et plus dé- 
cisifs encore. Le père seul meurt de sa mort naturelle, les cinq 
fils tombent sur le chamj) de bataille , ou dans des embuscades, 
victimes des trahisons. Mais avant que Siméon, le dernier sur- 
vivant des Maccabées, comme on a l'habitude de les nommer, 
succombe, Antiochus Epiphane aura depuis lontemps trouvé 
une mort misérable dans une expédition lointaine, des guerres 
intestines auront affaibli le royaume de Syrie, cette Malcoui 
ïavan si détestée", tandis que, contre toute attente, une Judée 
indépendante et libre se sera formée, et ce nouveau royaume 
s'appuiera à l'ouest sur plusieurs villes importantes de la côte 
et imposera, au sud et à l'ouest, respect à l'Idumée et à la 
Pérée. 

Avant que la lutte éclatât, il s'était formé, en opposition avec 
le parti grec, un parti composé des hommes sincèrement atta- 
chés au culte de leurs pères. Affligé de la conduite d'un sacer- 
doce plus avide de plaisirs que soucieux de sa dignité (II Mac- 
cal). IV, i3-i4), ce parti chercha une sainte consolation dans 

' ny^TH p^ mD7D est une expression constante dans les ouvrages aga- 
diques et a passé dans le Rituel. On attribue aux Grecs seuls, dans leurs rapports 
avec les Juifs et comme la plus forte expression de leur persécution, la locution 
suivante: '7X1 1:;'' ""n^N^ p^H DD^ pKU 1Wr\ ]1\> b^ MDD «écrivez sur la 
corne du bœuf que vous renoncez au Dieu d'Israël." Pourquoi sur la corne d'un 
bœuf? 



56 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

l'étude et l'enseignement. Lorsque les artifices de la séduction 
furent remplacés par la force brutale, il s'arracha au calme et 
à la retraite, se compta, et, ayant trouvé des chefs, il se groupa 
autour d'eux. Ce parti s'appelle les Assidéens (^AacriSaloi , D"'T»Dn , 
çr pieux 75 )^ Les débris de la Grande synagogue devaient en 
former le noyau, ce qui explique comment, dans sa première 
rencontre avec les Syriens, la petite troupe de Matathias, pour 
ne pas violer le sabbat, se laissa égorger jusqu'au dernier 
homme. Antigonus de Socho, que la tradition place immé- 
diatement après Siméon le Juste , bien qu'il porte un nom grec , 
a formulé en quelques mots le précepte qui devait régler la vie 
désintéressée de ces hommes, qui bravaient la mort pour leur 
Dieu. «Ne soyez pas, dit-il, comme ces serviteurs empressés 
auprès de leur maître en vue du salaire qu'ils espèrent obte- 
nir; mais soyez comme des serviteurs empressés auprès de 
leurs maîtres sans espoir de récompense ^. v L'ardeur belli- 
queuse de ce parti ne durera qu'aussi longtemps qu'il devra 
défendre sa foi; dès qu'il pourra pratiquer librement les ob- 
servances du culte et se livrer tranquillement à ses habitudes 
religieuses, il quittera les rangs des Maccabées sans vouloir 
contribuer à la consolidation d'un pouvoir politique auquel il 
n'attache aucun prix. 

On chercherait en vain ailleurs que chez Josèphe et dans 
les deux livres des Maccabées l'histoire si émouvante et si rem- 
plie de faits dont nous venons de tracer les principaux linéa- 
ments. Les Thalmuds et les Midraschim ne fournissent que 

' Au fond, les D'^T^DD ne se distinguent en rien des D^TDID. Le nom naît des 
circonstances et disparaît avec elles. Dès qu'il n'y a plus de D"'i'U*1, comme on 
appelait les grécomanes, il n'y a plus d'As«idéens. 

* ra. Abot, 1,3. Nous reviendrons plus bas sur les conséquences qui, d'après 
une tradition , auraient été tirées de ce principe pour les récompenses de ia vie fu- 
ture. 



CHAPITRE IV. 57 

quelques indications, généralement obscures, et qui, pour être 
comprises, ont besoin d'être éclairées par des données puisées 
aux autres sources. Le premier livre des Maccabées, qui était 
écrit en hébreu , que Jérôme possédait encore dans cette langue , 
et qui est peut-être encore cité au vu* siècle, n'existe plus que 
dans la version grecque; il a subi le sort de presque toute la 
littérature juive, historique ou poétique, des deux derniers siècles 
qui ont précédé la destruction du temple'. A moins de s'abriter 
sous un nom ancien , ces compositions ont été abandonnées et 
sacrifiées. La Megillat Antiochos, qui se trouve en chaldéen 
et en hébreu, est, malgré sa diction assez pure et sa coupe 
par versets, une œuvre moderne, et n'a aucune valeur histo- 
rique. Ce K rouleau 55 paraît avoir été rédigé dans le but pra- 
tique d'instruire les Juifs sur l'origine de la fête qui , depuis le 
temps des Maccabées, se célèbre au mois de décembre pendant 
huit jours en souvenir de l'époque où Judas inaugura le temple 
après l'avoir purifié de toute souillure de l'idolâtrie^. 

r^Qui, dit un midrasch, peut affronter le soleil pendant le 
solstice d'été ? Tout le monde le fuit et cherche alors un abri. 
De même tout le monde a fui le royaume de la Grèce (en Sy- 
rie); chacun se sauvait de ses armées; mais le prêtre Matathias 
et ses fils restèrent fidèles à Dieu , et les armées d'Antiochus se 
dispersèrent devant eux et furent exterminées ^. 55 Le verset {^Lé- 

^ iévôrae , Prcpfatio in libros Paralipomenon (Opp- X, i3i). Les Halachôt ge- 
dolôt, composition qui peut remonter au vu' siècle, parlent d'une T^S n73D 
D"'X31D2?n , «Livre de la maison des Asmonéens,n écrite par les anciens disciples 
de Schamaï et de Hiliel (chapitre de soferim, D^")D1D DDDD). Voyez du reste, 
à la fin du volume , note m. 

* La DDVîOJK fl^JD a été publiée en dernier lieu dans l'excellent recueil 
de M. Ad. Jellanik, Bet ha-Midrasch , I, iia-iû6 (Leipzig, i853). 

3 Schemôl-rabba, c. xv : h^H UDl^n 1222 niD^V VlD"" ^D ÎIDfl nDipn3 



58 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

vitique, xxvi , 4/i ) '< et je ne les rejetterai pas » est appliqué , dans 
une baraïta, « à l'époque grecque où Dieu a fait naître Siméon 
le Juste et l'Asmonéen Matathias, le grand prêtre et ses fils'. « 
Voilà peut-être les deux seuls passages où il soit question du 
chef de la famille, qui certes n'était pas grand prêtre comme le 
prétend la baraïta. Nous avons déjà remarqué qu'aucun des 
cinq fils de Matathias, pas même Judas, n'est nommé par les 
rabbins, et que l'orthographe et le sens du mot makkahi lui- 
même sont également inconnus-. 

» Megilla, 11 a : ^mDl'nï:' W'IV "'D"'3 D"'n"'?i*3 N*?! NiD Nn"':nD3 

rni) DTinDI rjm WJIDtym •^^'l^n ]^V'Û^ Uri'l. il faut évidemment lire : 
VJa* D2^n 7113 ]\M HTiriDl. On voit qu'on fait remonter la dignité pontifi- 
cale jusqu'au simple prèlre Matathias. Dans la liturgie juive de la fête de Hannuka , 
on lit aussi : 31 DU/H a"nD ]:nV p inTIDD ''D''D. 

^ La Reschito porte t^*> r^ v» et non ''3DD, comme on lit dans le Josippon. 
M. Munk {Palestine , ^. 495,note i) etM. Ewald ( Z. c. p. io3) l'expliquent par 3pD 
«marteau." Les surnoms des quatre autres fils de Matathias (I Maccab. ii, 2-3 et 
ailleurs) sont tout aussi obscurs. (Voir ci -dessus, page 3.) — M. Ewald (/. c. 
p. 38t et ii2) a voulu trouver Antiochus Epiphane dans [\ipostomos dont parle 
la mischna Ta'anit, iv, 6, où il est dit : r]"ir DIDiûDIDN ÎIDDa nC'^ n^2V2 
rninn nX '^le i 7 tammouz Apostomos brûla la Loi ;n il pense que le mot répond 
au grec a(7ru<TTOfxos, en comparant le |3")2"l b'jDD DD deDaniel, vu. 8, versetqui 
se rapporte à ce roi de Syrie. Quelque ingénieuse que soit cette explication , on peut 
s'étonner que les Juifs se soient forgé un mot grec qu'on ne rencontre nulle part. 
Puis, bien que (I Maccnb.i,56) nous lisions qu' Antiochus a profané le livre sacré, 
il n'est pas probable qu'au milieu de cette persécution générale on ait retenu et 
marqué par sa date un fait isolé. Nous pensons plutôt que la mischna a trait à un 
événement raconté par Josèplie (6. /. II, xii , a). Un soldat romain, y est-il dit, 
s'empara dans les environ de Bèt-horon d'un exemplaire de la Loi, qu'il déchira et 
jeta au feu. Cet acte parait avoir provoqué une telle agitation dans le pays que Cu- 
manus dut faire rechercher le coupable et le faire mettre à mort à Césarée. Que 
l'historien ait négligé de nous donner le nom de ce légionnaire , rien de plus natu- 
rel ; mais les Juifs , que ce sacrilège avait si vivement émus, ont probablement retenu 



CHAPITRE IV. 59 

Nous donnons cependant les faits que nous avons recueillis 
dans la Me^illat Taanit, où ils sont inscrits avec cette conci- 
sion, cette ambiguïté, qui ne permet pas toujours de recon- 
naître avec certitude l'événement que cette petite chronique a 
eu en vue. 

1° ^Le â8 du mois d'adar arriva aux Juifs la bonne nou- 
velle qu'ils ne seraient plus empêchés de suivre les prescrip- 
tions de la Loi (§ 35). n Le commentateur rapporte ce fait à la 
fin de la persécution qui eut lieu sous Adrien et qui fut sem- 
blable à celle d'Antiochus. Je suis porté à y voir une allusion 
à la lettre d'Antiochus, qui, sur les instances de Lysias, retire 
les interdictions prononcées contre la circoncision, l'observa- 
tion du sabbat et l'étude de la loi (II Maccah. xi , 1 6-3 2 ) ^ 

ce nom , avec celui du jour où la profanation fut commise. D'après l'orthographe 
du mot hébreu, ce n)alheureux Romain s'appelait Posthnmiis ou Septimus. Le 
Thalmud de Rabylone ne sait rien de plus, relativement à ce fait, que la Mischna ; 
aussi ajoute-t-il {Taanit, 28 b) le mot énigmatique de K"lD3, qui paraît être 
l'indication qu'on trouve toujours en tête du Commentaire des rabbins sur la 
Mischna, et qui cette fois n'est suivi d'aucune explication, parce qu'on n'en pos- 
sédait pas. Mais le Thalmud de Jérusalem a conservé la glose suivante ( th. iv, 5) : 

Nm3yD3 nDN pnm iiSi Nmnyon ")CN una m nDnty ]2^m 

nOlb^îOT. «Où a-t-il brûlé la Loi? R. Aha dit : Dans le défilé de Lydda ; les 
autres docteurs disent : Dans le défilé de Torlosa ,n ce qui s'accorde assez bien avec 
les données de Josèphe. — M. Ewald a été particulièrement engagé à voir An- 
liochus Épiphane dans l'Apostomos de la Mischna, par la phrase D71Î T^D^m 
'?D\~13, «et il plaça une statue dans le sanctuaire, n qui suit immédiatement après 
minn et semble se rapporter au même personnage; mais la vraie leçon de la 
Mischna (voir j. ibid.) est ID^im «et on plaça, etc.n II s'agit donc de deux fails 
exécutés par deux hommes différents, mais arrivés tous les deux au 17 thammouz. 
' M. GrEetz(/. c. III, 628, et IV, 1 85), en suivant l'opinion du commentateur, 
rapporte ce paragraphe au retrait des édits d'Adrien (189 ou ilio après J. C). 
Mais il me paraît difficile d'admettre qu'on ait encore introduit une fête commémo- 
ra tive si peu de temps avant que ce calendrier des fêtes fût entièrement abrogé. La 
glose parle, en outre, des ]V "'S'jD «rois de la Grèce," pour lesquels on a, il est 
vrai , adopté ailleurs le mot plus vague de DID^D (RoscK-haschatia , 1 9 a , et Ta'antI , 



60 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

•2° « Le 2 Q marheschvan , on enfouit le sirouga (N'3n"'D, pour 
le faire disparaître) de la cour du temple (§ 17).'' — «Les 
païens, dit le commentateur, avaient élevé sur une place de 
cette cour une bâtisse à laquelle ils avaient aussi employé de 
bonnes pierres. (On décida donc) qu'on laisserait les pierres 
jusqu'à l'arrivée d'Elie (c'est-à-dire jusqu'à la fin des jours), 
pour que ce prophète témoignât de la pureté des unes et de 
l'impureté des autres. Après en avoir délibéré, on les enfouit. » 
Nous ajoutons de suite : 

3° «Le 3 kislèv, on enleva les simôt de la cour (§ 20). v — 
«Les païens, dit encore le commentateur, avaient bâti plusieurs 
simôt dans la cour du temple, et lorsque les Asmonéens rem- 
portèrent la victoire, on les démolit et on les retira de cette 
cour! 55 Les mots sirouga et simot sont d'une signification in- 
certaine : seulement, il s'agit, comme on a pu le voir, de deux 
sortes d'objets en pierre, dont les uns commandaient quelque 
respect, tandis que les autres étaient jetés sans hésitation. Les 
deux livres des Maccabées mentionnent une double purifica- 
tion qui précède l'inauguration du temple. Voici ce qu'on lit 
dans le premier livre (iv, /i3-Zi6) : «Ils purifièrent le sanc- 
tuaire et enlevèrent les pierres de souillure , qu'ils emportèrent 
à un endroit impur, et ils délibérèrent sur l'autel d'holocauste, 
qui avait été souillé, (ne sachant pas) ce qu'ils devaient faire, 
et ils prirent la bonne résolution de le démolir, de peur qu'il 
ne devînt pour eux un objet de scandale, puisque les païens 
l'avaient souillé. Ils démolirent donc l'autel et en déposèrent 
les pierres dans un coin du temple, à un endroit convenable, 

1 8 a). Ce Juda ben Schamou'a qui , accompagné de ses collègues, se rend chez une 
matrone (XÏT'JntOD) où se réunissent les hommes importants de Rome ("''7113 
"•DIT), pour lui demander son intercession, devait être bien jeune à cette époque. 
( Voyez Sédev Haddorot, s. v. ) 



CHAPITRE IV. 61 

jusqu'à l'apparition du prophète qui pourrait décider de leur 
sort.» Le second livre des Maccabées est moins explicite, et 
cependant il parle (x, 2 ) des autels [(3cû[xoî) élevés sur la place 
(âyopa) par les étrangers et qu'on démolit, puis (x, 3) d'un 
autel d'holocauste qu'on construisit après avoir purifié le 
temple. 

Si je ne me trompe, il suffit d'avoir comparé les passages 
de notre petite chronique avec ceux du premier livre des Mac- 
cabées surtout, pour reconnaître que le sirouga devait être la 
portion de l'autel d'holocauste qu'on avait souillée, ou bien, 
un assemblage à claire-voie en pierres élevé au-dessus de l'autel 
et sur lequel les païens avaient sacrifié. On était incertain sur 
le parti qu'on devait prendre à l'égard de ces pierres, soit 
parce qu'elles avaient été saintes à l'origine, soit parce qu'on ne 
savait pas distinguer entre les matériaux apportés de dehors et 
ceux qu'on pouvait avoir pris sur l'ancien autel ; la décision à 
laquelle on s'arrête est la même dans le premier livre des Mac- 
cabées et dans la Megillat Taanit; on en retrouve de plus le 
souvenir, m. Middot, 1, 6 , oiî l'on indique l'endroit «où les As- 
monéens ont enfoui les pierres de l'autel que les rois de la 
Grèce avaient souillées. » Quant aux smoi, ou bimôt, comme il 
faudrait peut-être lire, ce sont probablement les (Boofxoî ou au- 
tels, ou les pierres de souillure (o< Xidoi tov [iiacryLOv) qu'on 
avait dressées en dehors de l'ancien autel afin d'y immoler des 
victimes, et qu'on jeta sans aucune hésitation hors de l'enceinte 
du temple ^ 

' M. Herzfeld ( /. c. 1 , 4 19) et M. Landau, cité par Grœtz( Le. III, /i 30), pensent 
que le sirouga, n'est autre que le soreg (2T1D) , ou la balustrade assez basse qui sé- 
parait la cour des Gentils ou le portique du /le/ou antemurale. D'après m. Middot, 
II,. 3 (cf. I Maccah. ix, 5A), les rois grecs avaient pratiqué treize ouvertures dans 
cette balustrade, que les Asmonéens bouchèrent. M. Herzfeld suppose que notre 



62 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

h" «Le 26 kislèv est le jour de l'inauguration du temple 
(§ 28). w Celte date est confirmée par I Maccab. iv, 62, et II 
Maccah. x, 5, et Sabbat, 2 1 b. A côté de la cause légendaire, 
que la seule cruche d'huile restée sans souillure avait, par mi- 
racle, suffi à l'éclairage du temple pendant huit jours ^ le glos- 
sateur de la chronique ajoute une autre cause plus historique, 
qu'il fallait aux Asmonéens ce nombre de jours pour rétablir 
l'autel, l'enduire de chaux et réparer les vases sacrés (cf. I Mac- 
cab. IV, li'j-bo )-. 

chronique parle de cette œuvre de destruction faite par les serviteurs d'Antiochus, 
et, ce qui paraît fort singulier, qu'on aurait, par erreur, inséré un jour néfaste 
parmi les fêtes comménaoratives. M. Landau , au contraire, présume qu'il s'agit du 
jour où tout a été réparé, et remplace inriDN par DDflCN tron-ferma.n Seule- 
ment, il faudrait alors aussi lire Xmîi'D pour Nmîi' ]12. M. Grœfz lui-même 
(/. c. p. I /a ) explique la fête par la mort dont l'impie Alcime fut frappé pour avoir 
pratiqué des ouvertures dans le temple (I Maccab. i, 54-56). Mais alors notre 
chronique aurait précisément passé sous silence le côté heureux de l'événement. 
— M. Herzfeld et M. Grœtz sont encore d'accord pour expliquer simvata 
(NjnN"lD"*D) ou simôôt (mî<1D"'D) par artfJ-eTa. Seulement H. (I, 260 et 43 1) 
entend par là les étendards portant des images (Jos. B. J. II, ix, 2 ), tandis que G. 
(III, lii8) traduit ce mot par Rstatues^^ (cf. A. J. XVIII, m, 1). D'après les deux 
interprétations on comprendrait difTicilement l'emploi du verbe 1j3 ^ils bâtirent." 
Mais les deux gloses, courtes et substantielles, me paraissent porter un caractère 
d'authenticité que j'admets d'autant plus volontiers qu'elles s'accordent parfaite- 
ment avec les versets des livres des Maccabées que nous avons cru devoir citer en 
enlier. Le soriga est donc un petit autel formé en gril [èax^ctpiov) , qu'on avait 
placé sur l'autel juif, autel qui avait des dimensions beaucoup trop grandes pour 
servir aux païens. Pour celte construction , on pouvait avoir employé des matériaux 
de l'ancien autel, qui sont appelés mSlIO D"'J3N «des pierres bonnes, 5) et non pas 
«de pierres précieuses;» peut-être aussi faut-il lire nmnîû N' «de pierres pures;» 
de là le doute sur ce qu'on devait en faire. La glose serait bien claire si, après 
mmîû, on avait ajouté les mots MU WjIDîTn D^2 1^ mSiC'SI; mais, telle 
qu'elle est, elle est parfaitement intelligible. — Vi-yopd est probablement le 
marché ou la place sous le portique en dehors de la balustrade. 

' Cette légende se trouve aussi dans la Megillat Antiochos et Sabbat, 21b. 

* Voir Hosch-haschatia , 2^ b, et Menahot, 28 b, cités p. 54, note. Ces huit jours 
de fête sont comparés (II Maccab. x , 6 ) à ceux des Tabernacles, ce qui cxpli(pie le 



CHAPITRE IV. 63 

5° «Le 8 schebat, le roi Antiochus fut enlevé de Jérusalem 
(S 27).» Quelques-uns ont pensé au dépai't subit de Lysias 
avec le jeune Antiochus, fds d' Antiochus Epiphane; d'autres 
ont été d'avis qu'il s'agissait de l'expédition dans laquelle ce roi 
avait trouvé la mort en combattant contre les Parthes'. Cette 
dernière opinion s'accorde avec l'explication donnée par le 
commentateur, que, après avoir assiégé Jérusalem, «Antiochus 
avait reçu de mauvaises nouvelles , s'en était allé et avait trouvé 
la mort, w 

6° K Le 1 3 adar est le jour (commémoratif de la défaite) de 
Nicanor (§ 3o). » La date de cette défaite et la décision de 
fêter ce jour se retrouvent I Maccah. vu, 69 ; II Maccab. xv, 36, 
et Josèphe, A. J. XII, x, 5. Les mots de notre chronique sont, 
en outre, cités j. Ta'anit, 11, i/j, et b. ibid. 1 8 b. Le fait prin- 
cipal, sur lequel toutes les sources s'accordent, est que, Ni- 
canor ayant insulté Dieu et le temple par ses paroles et ses 
gestes, le vainqueur, après l'avoir arraché de son char, lui fit 
couper la tête et les mains, qu'on suspendit à Jérusalem'^. 

nom de axvvoifnjta , qui est donné ensuite aux jours de Hannonka (ib. i , g, 1 8). — 
(Voyez, du reste , l'explication ingénieuse donnée par M. Geiger, Urschrift, p. 297.) 
Le nom de OwTa que Josèphe {A, J. XII, yii, 7) donne à cette fête, et qui répon- 
drait à r)T)Jn 3n ou n ^D^,ne se retrouve pas ailleurs; peut-être le nom pri- 
mitif était nSIJn ^U miJ ''D'', qu'on a ensuite abrégé en ilDl^n "'D"'. 

' La première opinion est celle de Herzfeld (I, 286), la seconde celle de Grœlz 
(111, ^19). Les fables répandues parmi les Juifs sur la fin du roi ont été réunies 
par Herzfeld (I, 280, note). 

"^ Le récit du deuxième livre des Maccabées est plus explicite; c'est que tout l'ex- 
trait tiré de l'ouvrage de Jason de Cyrène paraît être fait en vue de la fêle de Ni- 
canor, qui termine ce livre. On trouve les dififérences entre les sources de cette 
histoire notées chez Graetz (111, 620). Une lecture attentive de la glose de la 
chronique montre d'une manière évidente que les mots lîjîipl DD'K") DN IDnm 
Dn"'73"n DiT'l"' m^ins nX sont une maladroite correction pour DU IDDHl 
V?^")! n^ ns 'N 'pi Ili/'N") , faite par un copiste ignorant, qui avait lu pDT")p7 



66 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

La mort d'Antiochus avait mis fin à la persécution religieuse. 
Après que Lysias eut donné de sages conseils à son royal pu- 
pille, personne ne songea plus à mettre des entraves à la pra- 
tique du culte. Ménélas , qui avait montré une haine fanatique 
contre les institutions juives, abandonné par les Grecs eux- 
mêmes, subit à Beraea un supplice terrible, La lutte, de reli- 
gieuse qu'elle avait été au début, devint toute politique. Ma- 
tathias s'était armé pour venger le Dieu d'Israël sur ses 
blasphémateurs; ses fils, exaltés par les victoires qu'ils rem- 
portent, conçoivent peu à peu l'espérance de conquérir, en 
même temps que la liberté du culte , le pays qui avait appartenu 
à leurs ancêtres. On peut même se demander si les Juifs qui 
occupaient YAcra à Jérusalem avec la garnison syrienne con- 
tinuaient la résistance par dévouement aux idées grecques, ou 
plutôt par l'esprit de jalousie que ressentaient ces aristocrates 
contre la famille des Asmonéens. Toujours est-il qu'Alcime, ou 
Iakim\ le grand prêtre nommé par Antiochus Eupator après 
l'exécution de Ménélas (i. J. XIl, ix, 7), tout en étant inté- 
rieurement favorable aux hellénistes, sut cependant inspirer 
de la confiance aux assidéens; car, à l'approche de Bacchide, 
ils conseillent la paix et la soumission, «parce qu'un prêtre de 
la postérité d'Aron est dans l'armée (I Maccab. vu, i/i),» et, 
malgré la trahison du général, qui, violant la foi jurée, avait 
fait mettre à mort soixante des leurs, les prêtres et les anciens 
espèrent plus tard encore fléchir Nicanor par des protestations 
de fidélité envers le roi de Syrie [ib. v, 33; i. /. XII, x, 5). 

pour le mot rare pD1"lpb ; comme tant d'aulres'corrections , celle-ci est entrée de la 
marge dans le texte et y a pris place à côté de la phrase quelle devait supplanter. 
— Sur la porte du temple portant le nom de Nicanor, voy. M. Munk {Palestine, 
559b)etHerzfeld(/.c. 1,365). 
' Voir sur Alcime, ci-dessus, p. 56. 



CHAPITRK 1\. 05 

Ni la nouvollo victoire de Jiida , ni la veiigeance (|iie le Mao- 
cabéen prend sur la dépouille de Nicanor, ne peuvent récliauffei- 
le zèle refroidi des docteurs, qui avaient été leurs plus ardents 
partisans tant que la religion de leurs pères avait été mise en 
cause. Les paroles laissées par José ben loézer, «l'Assidéen du 
sacerdoce \ w qui paraît avoir été proche parent du pontife Al- 
cime et cpii fut peut-être parmi les soixante victimes de Bac- 
chide, expriment la pensée qui préoccupe surtout ces hommes 
voués à l'élude. « Que ta maison, dit-il . soit im lieu de réunion 
pour les savants , baise la poussière de leurs pieds et désaltère-toi 
avec avidité à leurs paroles^, w On le voit, c'est un appel à la 
paix et à la retraite, appel significatif dans un temps si agité. 
Aussi Juda, dans le combat où il trouve une mort glorieuse, 
ne peut plus réunir que 3,ooo hommes autour de son dra- 
peau; ses frères, qui lui succèdent, sont obligés de chercher 
au commencement , dans les terres marécageuses que le Jour- 
dain forme au nord de la mer Morte, une pénible retraite, d'où 
ils sortent pour harceler l'ennemi, ou s'échapper vers l'autre 
rive du fleuve lorsque des forces supérieures ne leur permettent 
pas d'espérer des chances favorables. 

Cependant Alcime mourut frappé de paralysie pour avoir 
commencé la démolition d'un mur du temple^, comme dit une 



' m.Hagiga,\\.'] .ni^n^l^ T^DH HT "iTyr p "iDr, et ci-dessus, p. 53 , 
note 9. M. Geiger, Urschrift, p. 6i et suiv. 

•^ Abot, i,li. 

■' To rsT^os ToCf dyiov, dit losèphe, A. J. Xlf , x, fi; Tè Teï^os rrji ar/irjs row 
àyla)v Trjs èffttnépas , dit d'une manière plus précise I Maccab. u, 5/i. S'il s'agis- 
sait, comme pense M. Graetz, d»- la balustrade (3T1D) dont il est parlé m. Mid- 
dot, II , 3 (voy. p. 6i, note i), il faudrait, je pense, elwTepas. Puis je doute que 
Josèphe eût appelé reï^os cette clôture , si peu élevée , à clairc-voie , qu'il nomme 
ailleurs Q-piyx6s {A. J. VIIl , m , 9). — La m. Schekalim , vi , 2 , aurait-elle con- 
servé un souvenir de ce fait ? 



m HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

tradition, ou bien, d'après une autre lé^jende conservée par 
un midrasch, Alcime, revenu à de meilleurs sentiments, se 
serait fait justice en s'infligeant des supplices horribles'. 
Mais cette mort ne change rien à l'épuisement général des 
partis. Les Syriens aiment maintenant si peu à s'occuper des 
affaires religieuses de la nation , qu'ils ne donnent pas même 
de successeur à Alcime et que le pontificat reste pendant 
quelques années inoccupé ^. Les hellénistes sont réduits à 
pousser la garnison de l'Acra à des taquineries puériles contre 
les Assidéens, et ceux-ci supportent avec une résignation pa- 
tiente ces malices sans portée sérieuse. Les Asmonéens seuls, 
d'abord Jonathan et Jean, et plus tard Jonathan et Siraéon, 
agissent; ils savent mettre prudemment un frein à leur ambi- 
tion et regardent venir les événements. 

En effet, dans les combats continuels que Démétrius, An- 
liochus Eupator, Alexandre Balas et Antiochus Théos vont se 
livrer, les Asmonéens, en portant selon leurs convenances 
l'appoint de leur petite troupe tantôt d'un côté, tantôt de 
l'autre, gagneront une importance dont ils sauront profiter. 
En 1 5 3 , Jonathan est reconnu grand prêtre à Jérusalem ; en 
i/i5, il entreprend, bien qu'inutilement, le siège de l'Acra; 
en 1^2, lorsqu'il succombe à Ptolémaïde ou Acca, victime de 
la trahison de Tryphon, Siméon, le seul survivant des fils de 
Matathias, devient grand prêtre et chef de la nation juive^. 

' Voir ci-dessus , p. 53, note 2. 

* On a supposé que la dignité du Segan haccohainm (D''JnDn pD , «chef des 
prètresn) remontait à celte époque où un vicaire remplissait nécessairement, pen- 
dant sept ans, les fonctions du pontife. Cependant Jérémie, m, si , connaît déjà 
le iliCDri in^. (Voy. Buxtorf, Lexicon chald.thalm. s. v. jJD.) 

^ Nous ne connaissons par aucun document hébreu le titre que prit Siméon à 
cette époque. Le Thalmud (Flosch-haschana, 18 b; cf. Megillat Ta anit , c. yw , 
S 16) ne donne à Jean Ilyrcan, fils de Siméon , que le titre de grand prêtre. Les 



CHAPITRE IV. 07 

Nous devons recourir de nouveau à la petite (.hrojîique de 
VdMegiUat Ta auit ])our rencontrer les seuls vestiges de ces évé- 
nements dans la littérature rabbinique. De tous les efforts pro- 
digieux tentés par Jonathan et Siméon, de toutes les victoires 
qu'ils ont remportées, la chronique ne mentionne pourtant 
(jue ce qui a été fait pour anéantir le parti grec ^ 

1° rhe 2 3 iyyar, les (ils de l'Acra sortirent de Jérusalem 
(§ 5)". Ce sont les termes employés par I Maccab. iv, 2 : Ol 
vlo) Trjs Axpas, pour désigner les défenseurs de l'Acra. La date 
est encore la même que I Maccah. xiii, 5 i ^. 

actes aullienliques, y esl-il dit, commençaient d'abord par la formule ]3 riiv^S 
]V7y '^a^ 2"nD pm*'^ ]D",«ran u» tel de Jean, grand prèlre du Dieu Irès- 
liaut,« formule qui , par respect pour le nom de Dieu , et de peur que ces actes no 
traînassent dans des endroits peu convenables, fut réduite à 3"nD pnV'? 'D) 'D'3, 
«l'an un tel de Jean, grand prêtre." Cette condescendance de Jean pour les sus- 
ceptibilités des docteurs l'ut accueillie avec une telle joie que le jour où celte réso- 
lution fut prise devint une f(!'te commémorative (M. T. I. c). Mais nos sources rab- 
biniques ne mentionnent aucun titre relatif au pouvoir temporel, le nom de nasi 
(N'^î^J), qu'on a généralement supposé, ne repose donc sur aucune base bisto- 
rique. Les sources grecques sont plus explicites. Le premier livre des Maccabées, 
XIV, 35, 4i dit : Kai ëdevTO avrov yjyovuevov ocCtcùv xaï dp^tspéa; plus loin (xv, 
1, 2) Siméon est appelé èQvàp)(y)s ou èQvâpyjns tmv îoixîa/wi'. Josèpbe (/4. J. 
XIII, VI, fi) dit plus distinctement encore que le peuple, pour honorer Siméon, 
écrivit dans les contrats privés aussi bien que dans les décrets publics : Ett» tov 
'apûnoxj éiovs '^cyicovos toû s'ôepyéTov lovSaiaiv nai iOvâp^oxj. Nous ne savons pas 
à quel terme hébreu peut avoir répondu le mot evep-ysTris ( D'^nn"''? 31ÎÛ 7D1J?) , 
pour lequel nous nous serions attendu à dp^tepéws ; mais celui de èOvâp^vs, qui 
a été créé pour Siméon, puisque c'est une dignité inconnue ailleurs, est, sans doute, 
la traduction de D2?n 1^ ou l'abréviation de ^i< Di^ l'\i! , et ce terme semble 
confirmer ce que nous dirons sur aâpa(ieX, ci-après, note m. — Les monnaies 
sont d'accord avec le Thalmud et ne portent pour les premiers Asmonéens que le 
litre de '71131") ^^211 . Si notre protestation contre le titre de nasi est fondée, on 
aura une nouvelle preuve que les monnaies portant /Xlîl/"' N^îi^j ne peuvent 
avoir été frappées par aucun Asmonéen. ( Voy. M. de Saulcy, Niimiintaliquc ju- 
daïque, p. i65, et Revue numismalique , X, 186.').) 

' Voy. cependant ci-dessous, p. 99, note 2. 

- Ce passage du M. T. esl le seul où il soit question do l'Akrn de Jérusalrm. 



68 lllSTOini- l)K l.A PALESTINE. 

a° t^ Le 17 sivan. la tour de Sour fui prise (S '7). 53 — «11 
s'agit, (lit le glossaleur, de Gésarée, fdlc d'Kdom', ville établie 
dans les sables, qui était un point malheureux pour Israël à 
l'époque de la domination grecque. Après la victoire des As- 
monéens , cette ville fut conquise , les païens en furent chassés 
et les Juifs s'y établirent. On institua une fête pour le jour de 
cette conquête. » C'était l'opinion de R. Abbahou, chef de l'école 
de Césarée vers la fin du m" siècle, qui j)rit la tour de Sour 
pour la tour do Straton, monument connu près de Césarée. 
Pour compléter la confusion , R. Abbahou identifie cette der- 
nière ville avec Ekrôn [Mi'gilla, 6 a)! On a remarqué avec rai- 
son que Césarée fut toujours habitée par des Syriens et des 
Grecs jusqu'au règne d'Hérode, qui agrandit la ville et y mit 
ime population juive ^. On a donc pensé avec plus de vraisem- 
blance, à la ville de Rèt Sour, au sud de Jérusalem, sur la 
route de Hébrôn; elle est appelée parlePeschito ^ Jcuc J^^a^, 
et porte encore aujourd'hui le nom de Bourdj-Sour, ce qui ré- 
pond à mîî biat3^. En effet, on connaît l'importance de cette 
ville pendant les guerres des Asmonéens, et depuis que, sous 
Juda, elle fut tombée entre les mains d'Antiochus Epiphane 
(Josèphe, A. J. XII, IX, 5), elle conserva, comme l'Akra de 
Jérusalem, une forte garnison de Syriens, jusqu'à ce que Si- 
méon en prît possession (I Maccab. xiv, 33). 

Deux autres fêtes , inscrites dans la chronique , se rapportent 
avec moins de certitude à l'époque dont nous parlons. La 
première fête est ainsi indiquée: «Le 29 eloul, nous avons 

' Césarée fut probablement appelée DIIN DS, parce qu'elle fut considérable- 
ment agrandie par Hérocleridifnie'eK.(V. Midrasch-rubba sur Lamentations , iv, 21.) 

" Graelz , III , 4 1 6 et 4 2 1 . 

^ Vov. M. de Saulcy, Voyage en Torre Sainte (Paris, i863), I, A 19 et suiv. 
Nous supposons même (ju'unc [jlose marginale de la M. T. portait la variante 
NITC? pour "lis. (Comparez ci-après, p. 79, note i.) 



cKAprrnK iv. m» 

de nouveau appliqué la peine capitale aux renégats (§ i5)." 
ce que la glose explique par ces mots : «Tant que les païens 
occupaient le pays d'Israël, les Juifs n'avaient aucune action 
contre les impies; mais, dès que les païens en furent sortis, 
on donna aux renégats trois jours pour se repentir, et, au bout 
de ce délai, s'ils n'avaient pas fait acte de conversion, ils étaient 
exécutés'. 55 Voici la seconde fête : ^Le 27 iyyar, l'impôt delà 
couronne fut aboli dans la Judée et à Jérusalem (S 6). 55 En 
effet, d'après le premier livre des Maccabées (xiii, 89), Dé- 
métrius renonça au a1s(pavos, que les Juifs devaient payer au 
trésor d'Antioclie^. 

' C'est l'opinion de Grœtz, III', ^421. 11 cite à l'appui les passages de I Maccab. 
XIV, 1/4, 36, d'où il résulte que, malgré la clémence témoignée d'abord par Siméon 
aux hellénistes lors de la reddition de l'Acra {ib. xin, ^7 sqq.), il fut forcé ensuite 
d'agir plus sévèrement. — Nous voudrions reprocher à Siméon l'Asmonéen un autre 
acte de sévérité que le Thalmud met en plusieurs endroits {Sifré sur Nombre, 
S 121 ; m. Sanhédrin, vi, 8; j. ihid.\ j. Hagiga, ii, a) sur le compte de Siméon 
ben Schatali, contemporain d'Alexandre Janée. Nous voulons parler des quatre- 
vingts femmes qui furent pendues à Ascaion pour sorcellerie. Nous savons que Si- 
méon se rendit plusieurs fois à Ascaion (I Maccab. xu, 33; Jos.A. J. XÏII, v, lo), 
et cet acte de justice sommaire nous paraît bien plutôt convenir à l'elhnarque 
qu'à un chef d'école, malgré l'influence incontestable que Siméon ben Schatali 
exerçait pendant le veuvage de la reine Salomé. Nous avons déjà fait remarquer, en 
parlant de Siméon. le Juste, combien certains noms, particulièrement connus des 
rabbins, envahissent l'histoire des Juifs et se placent tantôt en avant, tantôt en 
arrière de leur époque. Siméon ben Schatali est un de ces noms. D'après j. San- 
hédrin, I, 1 , on aurait retiré aux docteurs la connaissance des affaires d'argent 
sous ce Siméon; il est confondu, dans ce cas, avec Siméon ben loliaï, qui vivait 
plus de deux siècles plus tard. (Voy. ib. vu , 2.) Ailleurs encore {Sanhédrin, 19 a), 
on en fait le contemporain d'Hyrcan II, en mettant son nom à la place de Sche- 
maïa. (Voy. ci-dessous, p. 1/18.) 

2 Voir Grsetz, III, /tai. 



70 IIISTOIHK l)K LA PALKSTl^K. 

CHAPITUE V. 

JEAN llYnCAN. LE PlIAIUSÉlSME ET LE SADDLCÉlSME. 

Siméon, le dernier survivant des cinq Maccabées, grand 
prêtre et chef du peuple ou etbnarque, était déjà trop âgé 
pour continuer le métier de la guerre. Il chargea surtout son 
fils Jean des nouvelles expéditions devenues nécessaires par 
les prétentions que soulevait Antiochus Sidètes. Siméon con- 
sacra le reste de ses jours à l'étude de la loi (I Maccabées, xiv, 
i/i) et à de fréquents voyages qu'il fit dans les villes pour 
s'informer des besoins moraux et matériels du peuple et y sa- 
tisfaire [ib. xvi, 1 4). Dans un de ces voyages, arrivé à Jéricho, 
il y fut lâchement assassiné par son propre gendre, qui avait 
noué des intrigues avec Antiochus Sidètes. Jean, averti à 
temps, put s'échapper de Gazara, où il résidait, et il se rendit 
en toute hâte à Jérusalem, où il fut reconnu grand prêtre et 
etbnarque à la place de son père ( i36). Les premiers combats 
du nouveau chef ne furent pas heureux, et Hyrcan, c'était le 
surnom qu'il portait, lut obligé de renoncer à quelques-unes 
des conquêtes de Siméon, 

Les souvenirs des malheurs que le parti grec et l'oubli des 
institutions nationales avaient amenés étaient encore présents 
à l'esprit de Jean; il avait assisté aux mesures sévères que son 
père avait été obligé de prendre vers la fin de sa carrière contre 
les restes de cette faction, et, malgré les rêves ambitieux qui 
s'étaient emparés des derniers fils de Matathias, il n'oublia 
pas que le maintien de la religion avait été l'unique but pour 
lequel s'étaient enflammés les premiers partisans ralliés autour 



CHAPITRE V. 71 

de son grand père. Aussi Jean continua-l-il à s'occuper de 
l'étude de la Loi, et, pendant que Josèphenous raconte ses ex- 
ploits guerriers, les Thalmuds nous disent les mesures qu'il 
prit dans l'intérêt du judaïsme. Le Hyrcan de l'historien est 
rethnar({ue, le Jean des rabbins est surtout le grand prêtre. 
La Mischna nous a conservé la tradition suivante: k Jona- 
than, le grand prêtre, abolit la confession, qui accompagnait 
l'offrande de la dîme { Deutéronome , xxvi, i3 et suiv.); il sup- 
prima aussi ceux qui excitent et ceux" qui frappent; jusqu'à 
lui, le marteau battait à Jérusalem, sous lui, personne n'avait 
besoin de prendre des informations sur les denrées douteuses, 
c'est-à-dire sur celles qu'on achetait sans qu'on sût si les 
offrandes légales avaient été prélevées ^w Les termes de ce 
texte obscur n'étaient peut-être pas déjà très-clairs pour le 

' m. Ma asrr-schoni , v, i3 , et m. Sota, jx, 1 1 : n''''nn T'Syn a"nD ]}UV 

wDin by ^"Oi^h y')'^ ma ]\s* rD'-ai nSu^n-'n hdd. Quant à rabroga- 

tion de la confession, voy. HerzI'eld , II, 2^9; Geiger, Urschrift, 108, 176 et suiv. 
Sur les denrées douteuses, on peut encore voir H. /. c. Dans «ceux qui excitent et 
ceux qui frappent, Ilerzfeld (ibkl.) a voulu voir une sorte de flagellants. On pourrait 
alléguer en faveur de cette opinion , d'abord la classe des Pharisiens qu'on appelait 
^Dp''i ^nD , ce qui signifierait n Pharisien flagellant;» ensuite, la conduite de 
R. Akiba , qui , au convoi funèbre de R. Eliézer, «se frappait jusqu'à ce que le sang 
coulât à terrer (V''ï<'7 ^imU IDIÎT IV ni^Sn HSD n'TI), Sanhédrin, 68 a. 
Et cependant, sans parler du mol ^pi, qui lui-même est plutôt employé pour les 
remords de la conscience (IDplJ n*?^ ''D), rien ne fait supposer à Jérusalem 
vers cette époque une classe de personnes qui se livrent à la mortification de la 
chair. Le Thalmud explique «le marteau battant n par le travail du forgeron que 
Jean aurait interdit pendant les demi-fétes, et la los. Sota, c. xiii, ajoute après 
□Viyn^3, les mots, importants selon cette interprétation, li^lD i^ I^IUl. 
Peut-être les avait-on, comme c'est l'habitude, abrégés en D'^Pl^inn et regardés 
ensuite, par négligence, comme une répétition du mot D'^iyTT'3, qu'on retran- 
chait. Pour une cause semblable, tos. Nega'im, c. vi init. los mots Dty? I^D"! 
(ff. Sanhédrin, 71 a) manquent avant D/l^n^l. 



72 HISTOIRE DE LA PALESTlMî. 

rédacteur de la Misclina lui-même, qui vivait plus de trois 
siècles après Jonathan, loin de Jérusalem et dans un milieu 
bien différent. Les docteurs du Thalmud, qui cherchent à 
expliquer ce texte, ne paraissent avoir possédé aucune tra- 
dition à cet égard. On voit cependant qu'il s'agit des disposi- 
tions prises dans l'intérêt de la Loi. 

Jean envahit une première fois le pays samaritain pour y 
détruire le temple du mont Gerizim (^4. J. XIII, ix, i); il 
fit une seconde expédition contre la ville de Samarie, et, après 
avoir achevé les travaux du siège, il confia l'attaque et la con- 
tinuation delà guerre à ses fils Antigonus et Aristobule. Ceux- 
ci réussirent a repousser Antiochus de Cyzique, qui était venu 
au secours des assiégés. Les généraux d'Antiochus n'étaient 
pas plus heureux que leur maître, et l'un d'eux, Epicrate, li- 
vra à Hyrcan la ville de Bètsean et ses dépendances, habitées 
par des Syriens. La ville de Samarie elle-même tomba entre 
les mains des deux frères, et Hyrcan en fit disparaître jus- 
qu'aux traces, en creusant sur le sol des fossés, qu'il fit rem- 
plir d'eau (^ihid. x, 2 et suiv.). 

ç^Le 21 kisley est le jour du mont Gerizim, 55 rapporte la 
Megillat Ta'anii (S 20). Cette fête commémorative tire-t-elle 
son origine de la destruction du temple par Hyrcan? Nous 
avons vu plus haut (chap. m, p. ki) que la glose explique ce 
texte par un événement tout différent; ce texte est du reste trop 
court pour devenir la base d'une interprétation certaine. La 
prise de la ville de Samarie, marquée pour le 2 5 marhesch- 
van (§18), semble devoir plutôt être considérée comme iden- 
tique avec le fait d'armes raconté par Josèphe ^ Il y a surtout 

' Le texte du paragraphe est incorrect; ]nD^ îlT'nN ."T'n NU;Dni ^^0^3 
NIT^ n'a pas de sens. M. Grœlz met ]nDiy l'W , sans avertir le lecteur du clian- 
fjemenl qu'il s'est permis. Je pense que le mol N")Hy , (|ue le glossateur ne paraît 



CHAPITRE V. 73 

une circonstance raerveilleuso de cette victoire qu'on lit éga- 
lement chez l'historien juif et dans les Thalmuds. Ces derniers 

pas connaître, puisqu'il débute par la question p*lD2? m^DK Nin ilDl, «Qu'est- 
ce que la prise de Samarie?» s'est égaré ici du S 7 ("IIS ?13D mTlN), où il se 
trouvait à la marge comme variante ou correction du mot Itlî. (Voyez ci-dessus, 
p. 6&, note 3. (Voici, du reste , l'explication du glossateur : «Lorsque les premiers 
exilés se mirent en marche , ils arrivèrent à cette enclave appartenant aux Cuthéens ; 
mais on ne leur permit pas d'y rester. Ils se rendirent donc à la mer de Bousti, s'y 
établirent et l'entourèrent de villes fortifiées ( riDin "^lif). Plusieurs villes s'y ajou- 
tèrent, et le tout fut appelé les villes de Nabrakta.v Le mol JT^'^tûD, que nous 
avons traduit par enclave, est un des termes comme nyiS") et K"'p''DD (j. Hagiija, 
m, 4 ; b. ibid. 25 a), que les Juifs emploient pour la Samarie afin de marquer le 
peu d'étendue de cette province, et surtout sa forme plus longue que large, qui la 
fait ressembler à une «courroie.» M Herzfeld(À, ^78; I, Sho-Shi) et Grœtz 
(III, /122) s'accordent pour changer ''tûDID D"*? en ''îûD13'^D?, «Sebasle,» et 
pensent, le premier à Césarée, qui, d'après Josèphe(J. J. XVI, v, 1) portait aussi 
le nom de Sebaste, le second à Samarie, qui s'appelait plus taràSebaste ou Se- 
boustie. M. Grœtz (/. c.) raye encore le mot ^1^ , et traduit, «et l'entourèrent d'un 
mur;;? il explique ensuite nabrakta comme l'équivalent de NflD^ID, «canal,» et 
cite Josèphe (^4. J. XIII, x, 3), qui raconte que Hyrcan avait conduit des tor- 
rents d'eau sur l'emplacement de la ville qu'il venait de raser. C'est certes plus 
ingénieux que vrai. M. Herzfeld, qui revient une troisième fois {l. c. II, 609, 
aux NriD^^J "'"ly, identifie ces villes avec la toparchie de Narbaténé (B. J. Il, 
xviii, 10), qui avait Narbata pour chef-lieu {ib. xiv, 5); cette contrée se trouvait 
entre Césarée et Sebaste, et Narbata était à 60 stades de la dernière de ces deux 
villes. En comparantes ÀpêaTxois (I Maccab. v, 23), et surtout eu Àp6axTo«s 
(du Cod. Alexandr.) , ce qui pourrait bien être pour èv NapêaxTO<s, on prendra fa- 
cilement le Nabrakta de la M. T. comme une métathèse du Narbakta des sources 
grecques. — Quoi qu'il en soit, il nous paraît probable que le texte de la M. T. 
a en vue la prise de la ville par Jean Hyrcan en faveur des Juifs, ce qui seul pou- 
vait motiver une fête commémora tive. Mais la glose où il est question des premiers 
exilés ( nJlUN") n^13 ) se rapporte , il me semble, à un certain nombre de captifs 
des dix tribus qui franchirent l'Euphrate et le Jourdain pour se fixer dans leur an- 
cien pays au milieu des Cuthéens; ceux-ci, qui dans l'intervalle avaient pris leur 
place, les accueillirent mal, et les nouveaux venus choisirent alors la Narbatène, 
qui longeait la Samarie du nord au sud, et était à ime faible distance à l'est de 
Césarée. Cette contrée, qui était comme un trait d'union entre la Galilée et la 
Judée, à l'ouest de la Samarie. ri-mprenait peut-être les trois districts dont il 



7/1 IIISTOIRI'] 1)1' LA PALëSTINH;. 

ra[)[)orleiil [)ltisieurs fois le récit suivant : rican, le grand 
prêtre, entendit une voix surnaturelle qui retentit du Saint des 
Saints et qui annonça : r^Les jeunes gens qui sont ailés cora- 
fç battre Anlioclius ont vaincu, v On écrivit le jour et l'heure, et, 
en effet, c'était le jour de la victoire'. » Jean doit à cette tradi- 
tion d'avoir été regardé comme possédant aussi, à côté du pon- 
tificat et de la royauté, le don de la prophétie (Josèphe, A. J. 
XIII, X, 7; B.J. I, II, 8). 11 est enfin probable que la trahison 
d'Epicrate se retrouve dans la note suivante de la chronique : 
«Le 1 5 et le t6 sivan, furent faits captifs les habitants do 
Bètsean et les hommes de la plaine (§ S)'.'-' 

Le pontificat et le gouvernement de Jean Hyrcan durèrent 
trente ans, et, à part les revers qui en attristèrent le début, 
ces années furent un temps de calme et de prospérité. Arrivé 
à la suite de luttes longues et terribles, un règne aussi heu- 

esl question ci-dessus, p. /i3, noie 3, et que le premier livre dos Maccabées dé- 
signe comme des vo(ioi, tandis que Josèphe les appelle aussi des toparchies , divi- 
sions qui, du reste, paraissent avoir eu peu de stabilité. 11 n'est peut-être pas inutile 
d'ajouter que, d'après Roland {Palceslina.p. 906), Rufin porte, à la place des mots 
TTJv ofxopov TTJs Kaitrapeiots Nap^arn^rfi» du texte grec(B. /. II, xvui, \o),fini- 
timam Samarice Narbatenam. D'après ce que nous venons de dire, l'un et l'autre 
sont vrais. 

' Midrasch-rahha sur Cantique, viii, 7;]. Sola, ix, i3; b. ibid. 33 a : nUî?D 

mi': (1. mcNi) nDxi ni^yipn iripD rianv Vip nn 3"nD pnr yDirc 
n\-n n'jvn nmxi Dvn imx innsi X''Dir3:N3 xmp xn^xb i^tnt n'^b^ 

"inS: DVn IDIKSI p. On voit facilement qu'il faut substituer DDrûiN3 ù 
N^D1Î3JN3, bien que l'erreur paraisse déjà appartenir au texte du Midrasch et 
des Thalmuds. 

- Grœtz,IIl, 43 2, conformément à Josèphe (yl. /. XlH,x, 3);Krii''p3 désigne 
la plaine de Jézrael (cf. B. J. l, 11, 7.) — Grœtz (III, 998) place encore parmi les 
fêles commémoratives de cette époque, sans cependant s'arrêter à un prince par- 
ticulier des Asmonéens, lo 16 adar, où l'on commença la construction des murs 
de Jérusalem ( S 3:? ) , et le 7 iyyar, jour de l'inauguration de ces murs (S 3). Mais 
la chronique connail, en outre, le 7 eloul, comme jour de l'inauguraliou des 



CHAPITRE V. 75 

reux laissa des traces profondes chez un peuple admirable- 
ment doué comme l'était le peuple juif. Depuis que la fac- 
tion greccjue était anéantie, les Assidéens, en tant c|ue parti, 
avaient cessé d'exister. Cependant les hommes pieux et zélés en 
Israël avaient de nouveau appris à connaître le danger dont 
toute communication avec le paganisme menaçait la religion. 
On avait cru le monstre du polythéisme terrassé à tout jamais, 
et voilà qu'il avait reparu sous des formes autrement redou- 
tables, pénétré jusqu'au sanctuaire et atteint les pontifes mêmes. 
Pour prévenir le retour d'un péril semblable, de nouvelles me- 
sures furent jugées nécessaires : il fallait élargir le gouffre qui 
séparait le juif du païen, et épaissir la «haiew qui devait clô- 
turer la vie juive. Aussi, José ben loézer, que nous avons déjà 
nommé, et José ben lohanan de Jérusalem, peut-être encore 
au milieu de la lutte, déclarèrent-ils impurs le sol des peuples 
idolâtres et les vases en verre ^ La première impureté allait 

mnrs de Jérusalem (S i3). Le glossalcur, qui s'étonne déjà de ce double emploi, 
reporte la dernière date à Tinanguration qui eut lieu sousNéhémie {Néh. xii, 27), 
et ce travail ayant été achevé au bout de 62 jours, le 26 eloul (?è. vi, i5), les 
portes ne furent fixées que plus tard {ibid. vu, 1). Cette explication n'a un sens 
qu'autant que le glossateur aurait lu, dans son texte, le 27, à la place du 7 eloul. 
Le 16 adar et le 7 iyyar, au contraire, sont considérés comme se rapportant aux 
réparations entreprises et achevées par les Asmonéens pour fermer leS brèches 
laites dans le mur par les Syriens. Il est curieux qu'en comptant i5 jours depuis 
le 16 addar jusqu'à la fin de ce mois. Séjours pour nisân et 7 pour iyyar, on aurait 
exactement 52 jours, comme pour la réédification des mêmes murs sousNéhémie. 
Est-ce le hasard qui nous fait rencontrer de nouveau à cette occasion le nombre 
de 52? (Voyez ci-dessus, p. 19, note 1.) — Quant à la suppression du nom de 
Dieu dans les actes privés ou publics (S 16) , voyez ci-dessus, p. 67, note. 

' j. Sabbat, i, 7 : Q'''7i:;n"' ^"'N pnr p '^Dn mnîj ^^ii -iîyi"> p ""dv 

n"'D13î i^D b:^! D''Dyn Y")N 'JÏ nXDIîa nîJ.Voy. aussi j.ire<«6o<, viii, II. 
Si la déclaration de l'impureté des vases eu verre est attribuée par d'autres à Si- 
méon ben Schalah, on peut supposer que les persécutions décrétées par Alexandre 
Janée contre les Pharisiens pouvaient engager Siméon à renouveler la défense 



76 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

contre les émigrations hors de la Terre Sainte, la seconde aug- 
mentait les obstacles à l'hospitalité entre Grecs et Juifs. Dans 
les commencements du règne de Jean Hyrcan, nous rencon- 
trons pour la première fois le mot amixia i^àyn^ict) appliqué 
aux rapports entre l'armée d'Antiochus Sidètes et celle de i'eth- 
narque : XinsociahiUté des Juifs devient dans les conseils du roi 
de Syrie un prétexte contre Jean , et celui-ci prend cette même 
insociahilité pour prétexte aussi afin d'écarter la condition qu'An- 
tiochus veut lui imposer, d'admettre des garnisons païennes en 
Judée. Uamixia est la traduction de l'hébreujt^en'scAoMf (miyns), 
qui, dans son origine, ne paraît désigner ni un détachement 
des choses mondaines, ni un désintéressement des affaires 
politiques, mais un parti pris de vivre exclusivement dans un 
milieu juif et en dehors de toute communication avec les ido- 
lâtres, l'ardent désir de rendre ces communications de plus en 
plus difficiles, sinon impossibles^. 

Le devoir de conserver le monothéisme pur de tout alliage, 
au moyen d'une séparation complète entre les Juifs et les na- 
tions païennes, fut toujours imposé aux premiers comme la 
condition vitale du judaïsme. Le Pentateuque renferme un 
grand nombre de préceptes qui tendent vers ce but, et les 
livres historiques paraissent composés avec l'intention arrêtée 
de démontrer, par le récit des événements, l'importance et la 
sainteté de ce devoir. Les prophètes font dépendre la fraternité 

de José. Dans un passage de Josèphe [A. /. XIII, x, 5 et 6), Hyrcan, ayant 
quitté le parti des Pharisiens, menace de châtier ceux qui observeraient leurs 
lois nouvelles. Au fond, c'est là l'exphcation que donne R. Lévi, j. Ketubot, l. c. 

' Voir surtout Josèphe, A. J. XIII, vm, 3, au contraire, II Maccab. xiv, 3: Èi> 
ToJe Ttjs ew/(X(|(as )(^p6vois. \j' amixia répond au mU?^TD, comme Vepimixia au 

nanyn ou «'•aniy. (Voy. p«. cvi, 35.) 



CHAPITRE V. 77 

des peuples de re.vtinclion de l'idolâtrie. Au retour de Babylone , 
Ezra et Néhémie poursuivent la même tâche d'arracher, fût-ce 
au prix des plus durs sacrifices , tous les éléments étrangers qui 
s'étaient introduits au sein des nouvelles communautés ^ Mais, 
après les pontificats impies de Ménélas et d'Alcime, la sépara- 
tion (la perischouty ïut érigée en système; elle sera poussée do- 
rénavant, avec une ardeur incomparable et une suite éton- 
nante, à ses dernières et à ses plus rigoureuses conséquences. 

Ni les Asmonéens, ni ceux qui les entouraient au pouvoir, 
ne voulaient ni ne pouvaient suivre les docteurs dans cette voie 
extrême. D'abord, les rapports politiques qu'ils entretenaient 
avec les autres gouvernements s'y opposaient; puis la fortune 
considérable qu'ils paraissent avoir ramassée pendant les der- 
nières guerres leur rendait les exagérations de la per'schout 
insupportables. Ils se contentèrent de suivre exactement et 
consciencieusement la loi , telle que la lettre et l'ancienne tra- 
dition l'avaient établie, mais ils ne virent dans la satisfaction 
de leurs goûts mondains rien qui fût contraire à l'accomplis- 
sement de leurs obligations religieuses. Cette vertu modérée, 
qui apporte des tempéraments à la trop grande austérité de la 
perischout, a dû avoir le nom de sedakah (nplS, Sixaioavvv), 
«justice,» et cette classe de la société juive, presque toute 
composée de prêtres, se parait d'autant plus volontiers de la 
sedakah, que le dernier pontife pieux dont la mémoire était en- 
tourée de vénération, Siméon, avait été surnommé has-sadik, 
«le Juste, ri 

La perischout et la sedakah ne sont, au commencement du 
règne des Asmonéens, que deux tendances, deux aspirations 
qui se manifestent dans deux couches différentes de la nation , 

^ \oïr Deutérono nie, vu, pour le Penlateuque; pour Ezra, comparer surtout 
Geiger, Urschrtft, p. 7 1 ■ 



78 IIISTOIRK DE LA PALESTINE. 

ol (|iii y prennent un tléveloppenient naturel et nécessaire; ce 
sont pour ainsi dire deux modes de la même foi, qui se trans- 
forme selon le milieu où elle jette ses rayons. Mais, à mesure- 
<|ue le pouvoir de Jean s'agrandit et que ses conquêtes aug- 
mentent, les habitudes des prêtres et des guerriers qui en- 
tourent l'etlinarque s'écartent davantage de celles des docteurs, 
qui vivent simplement dans leurs écoles et au milieu du peuple. 
Les premiers forment insensiblement une noblesse, à laquelle 
la cour et le temple servent de marchepied, et ils cherchent à 
relever la dignité de l'une et la sainteté de l'autre; les doc- 
teurs, par opposition avec eux, éprouvent peu de sympathie 
pour le pouvoir, et suppléent à la sainteté du sacerdoce, que 
la naissance leur interdit, par une sévérité plus grande de 
mœurs et de conduite. Le sobriquet de parousch (i^tid) est 
alors jeté k la tête des partisans de la séparation, et le sépa- 
ratiste ripostait par le surnom de saddouk (pn5:) ou saddouki 
("ipnî:), dont on accablait les partisans de la stricte légalité. 
(jCS deux noms, avant de servir à désigner deux partis dis- 
tincts, étaient considérés comme une injure ou un ridicule 
que l'un déversait sur l'autre. En examinant les passages où il 
est question des Parouschim ou Pharisiens et des Saddoukim ou 
Sadducéens, on reconnaîtra que les deux termes servent à l'his- 
toire comme un moyen commode de dénommer les deux frac- 
tions dont le frottement continuel va bientôt semer la discorde 
et entasser des ruines; mais que ni le parti de» aristocrates, 
ni celui des docteurs ou amis du peuple, ne se les sont jamais 
appliqués volontiers, parce que tous les deux ont conservé 
le souvenir du caractère insultant que ces surnoms avaient eu 
à leur origine ^ 

' Voyez In noie iv i'i la fin de te voliinio. 



GHAPITRK V. 79 

Josèpho et le Tlialinud nous racontent presque de la même 
façon comment la lutte éclata entre les deux partis. Nous don- 
nons de préférence la narration de l'historien, qui, plus com- 
plète, sert à combler les lacunes du récit fait par le Thalmud. 
tt Jean, ayant invité (les Pharisiens) et les ayant accueillis avec 
bienveillance, les laissa d'abord bien se réjouir, puis il leur 
dit qu'ils connaissaient bien son intention d'être juste [Stxa.io$y 
P''n22), et de tout faire pour être agréable à Dieu, ce que du 
reste les Pharisiens recherchent aussi; il voudrait cependant 
que, s'ils le voient s'égarer et s'écarter de la voie de la justice 
(t^s oSov irjç SiKctla?, 7\'\>Ti "jii , cf. Prov. xvi, 3 1), ils le rame- 
nassent et le redressassent. Les Pharisiens lui reconnurent toutes 
sortes de vertus, et il fut tout heureux de leurs éloges. Mais 
parmi les convives était Eléazar, homme d'une nature mé- 
chante, et porté à la rébellion. « Puisque tu cherches à connaître 
la vérité, dit-il, et que tu veux être juste [SUaios), abdique 
le pontificat et qu'il te suffise de régner sur le peuple. — Et 
pourquoi, demanda Hyrcan, abdiquerais-je le pontificat? — 
C'est que, répliqua Eléazar, les anciens prétendent que ta 
mère a été captive sous le règne d'Antiochus Epiphane. v 
C'était un mensonge. Hyrcan fut vivement blessé par ces pa- 
roles, et tous les Pharisiens s'en indignèrent. Un certain Jona- 
thès, du parti des Sadducéens, qui est en opposition avec 
celui des Pharisiens, particulièrement lié avec Hyrcan, soutint 
qu'PJéazar avait, en prononçant ces calomnies, répondu au 
sentiment général des Pharisiens, et que la chose deviendrait 
évidente s'il leur demandait quelle punition Eléazar méritait 
pour ses paroles. C'est ce que fait Hyrcan: il les interroge sur 
ie châtiment qu'ils croient devoir infliger, et il pensera qu'ils ne 
sont pas complices des calomnies s'ils mesurent leur sévérité à 
la faute commise. Ils répondirent qu'Eléazar devait être puni 



80 HISTOIRK OK LA PALESTINE. 

par les verges et la prison. Des injures ne leur paraissaient 
pas mériter la mort, car, en général, les Pharisiens sont na- 
turellement disposés à l'indulgence dans l'application des 
peines. Hyrcan fut fort affecté de leur décision et crut qu'Eléa- 
zar avait été d'accord avec eux en le calomniant; surtout «ue 
Jonathès l'excita encore et l'engagea à faire cause commune 
avec les Sadducéens, à rompre avec les Pharisiens, à abroger 
les lois que ceux-ci avaient imposées au peuple et à punir ceux 
qui continueraient à les observer. Ce fut là l'origine de la 
baine qui anima la foule contre Hyrcan et contre ses fils '. » 

1 Josèphe, A. J. XIII, x, 5-6. — Kiddouschin, 66 a: ''KJ"'3 nt^VD H^iD 

'1D1 vn iJTinx □n''? -)DN baiu'^ ^ddp Vd*? xnpi nbMi nnDr. Sur le 

mot de ^N3^ pour pnV , voy. ci-après, p. y5 , note t . Ce nom est donné indistinc- 
tement à tous les princes de la famille asmoaéenne; le titre de roi est reflet d'un 
anachronisme, Jean ne l'ayant pas encore porté. On remarquera encore qu'Éléazar, 
qui est le nom du Pharisien chez Josèphe , est celui du Sadducéen dans'eThalmnd. 
Avant ")îy?X 'IDK''1 , il manque évidemment quelques Ugnes qui commençaient 
par les mêmes mots et contenaient rincilalion d'Eléazar à demander aux Pha- 
risiens le châtiment du coupable; le récit du Thalmud ne devient intelligible 
que complété ainsi par celui de Josèphe. La fin H^m '?KT^'' ''DDH ?D 13")n^1 

nzwb nmnn "T'tnm niDu; ]2 pyDC? xn^* iv QDinuD o'jiyn, «et on 

tua tous les sages d'Israël, et le monde resta dans la consternation jusqu'à Siraéon 
ben Schatah, qui vint et remit la Loi dans son ancien état,w provient d'une confu- 
sion entre Jean et Alexandre Janée. — Remarquons en passant que cette baraita 
est citée par Abaïe, docteur babylonien célèbre, qui florissait au commencement 
du iv' siècle et qui montre souvent une grande connaissance des choses palesti- 
niennes. Ce même Abaïe ajoute aux paroles d'une autre baraita 7113 ^HD pnV 
^\>M^ n^yy: r]1D3'71 mV D''31D?y n'7n3 n3inD2 UDU, «le grand prêtre 
Jean remplit les fonctions du pontificat pendant quatre-vingts ans, et devint à 
la fin Sadducéen, n l'explication suivante: ]ZT]V NIH '^N3"' Nin, «Janée et 
lohanan ne font qu'an.» C'est que pour lui le nom de Janée devient un véri- 
table collectif, et, en effet, en comptant depuis la mort de Juda Maccabée (i6o), 
jusqu'à celle d'Alexandre Janée (79), on obtient 81 ans, ou bien, ce qui vaut 
mieux, en commençant par \o pontificat de Jonathan, le premier grand prêtre 



CHAPITRE V. 81 

En copiant et traduisant les paroles de Josèphe, nous avons 
fait ressortir la prétention plusieurs fois répétée de Jean au 
titre de juste. Nous tenons à remarquer encore que, partout où 
l'historien emploie le mot de Pharisien, le récit du Thalmud 
porte sages ou docteurs d'Israël, excepté dans les paroles accu- 
satrices du Sadducéen, qui s'en sert pour stigmatiser ses ad- 
versaires. La fin du paragraphe que nous avons emprunté à 
l'historien est surtout instructive : l'alliance entre les docteurs 
et le peuple est déjà si intime que, loin de savoir gré à Hyrcan 
des soulagemeats qu'il veut lui procurer par l'abrogation de 
certaines lois, la foule hait depuis ce temps l'ethnarque et ses 
fils. Enfin, la question adressée par Hyrcan aux Pharisiens 
fait bien supposer qu'il était informé des critiques que sa 
conduite lui attirait de leur part, et ceux-ci paraissent avoir 
été surtout indignés de l'extrême et imprudente franchise 
d'Eléa^ar. Les docteurs craignent ces princes grands prêtres, 
qui pourraient bien souiller de nouveau le sanctuaire et pro- 
faner la sainteté du pontificat. En ceci, ils se trompèrent; les 
prêtres, nous l'avons déjà dit, étaient jaloux de leur dignité, 
et les Sadducéens dépassaient quelquefois les rigueurs des 
Pharisiens quant aux exigences de pureté qu'ils s'imposaient. 
Nous le reconnaîtrons en résumant plus loin les points des dif- 
férences qui, peu à peu, se constituèrent entre les deux par- 
tis. Mais ces soferim pressentent bien la vérité en se défiant 

asmonéen (iSa), et en terminant par'Ia mort de Salomé (70) on a 79 ans : c'est 
le temps de la prospérité des Maccabées. Raba , le contemporain d'Abaïe , remarque 
avec plus de raison :pn2î ^JnVI np'-yD V^l ■'N:"' linV pnn IM^h '•NJ"' 
Tlp^VD, «Janée est un autre et lohanan est un autre : Janée était un impie dès 
le début, tandis que lohanan était pieux à son début.» — Les Samaritains ra- 
content aussi cette histoire et se rapprochent plus de Josèphe (Abulfathi Annales 
Samaritani, éd. Vilmar, Gothae, i865 , p. | .t**.) • 

fi 



82 HISTOIHK DK LA PALESTl^F. 

des courtisans qui pouvaient placer leur intérêt personnel au- 
dessus des intérêts sacrés du sacerdoce, et d'un grand prêtre 
qui pouvait se servir du pontificat pour mieux assurer son pou- 
voir de prince. 



CHAPITHK \ I. S.-, 

CHAPITRE VI. 

LE SKNAT. LES TRIBL'NADX. LE SANHEDRIN. 

L'acte par lequel les Juifs confèrent le pouvoir suprême à 
Siméon, père de Jean Hyrcan, et qui se lit dans le premier 
livre des Màccabées (xiv, 28), mentionne les autorités sui- 
vantes : la grande réunion des prêtres et du peuple (>? avvot- 
ycoyï], xtX, ric:D ou ")3n), les chefs de la nation (Di*n ''i<''L'j ou 
niDN lU/Ni), et les Anciens du pays ['ni<r\ ijpî). Il y est ques- 
tion, en outre, d'un sénat [yspovaîa, cf. II Maccab. xi, 27 et 
passimy En effet, la considération dont jouissaient les Anciens 
en Israël remonte aux temps les plus reculés de l'histoire du 
peuple, et les membres épars de la Grande synagogue, qui 
n'était au fond que le grand conseil national, s'étaient bien- 
tôt retrouvés ensemble dès que la cause de la dissolution avait 
disparu. La mauvaise foi de Bacchidè et d'Alcime coûta bien 
encore la vie à soixante docteurs, et, comme nous l'avons déjà 
remarqué, José ben loézer et José ben lohanan furent peut-être 
au nombre des victimes; mais la victoire définitive du dernier 
fils de Matathias rendit bientôt confiance à la nation et à ses 
chefs. 

Le sénat se composait donc, comme autrefois la Grande sy- 
nagogue, des sommités de la nation, de tous ceux qui se dis- 
tinguaient par la naissance, la fortune et la science. A juger 
d'après une inscription qui se trouve sur les monnaies du 
temps, il s'appelait alors Iieber liayyehoudim (amn'in lan , k sénat 
des Juifs ^w). Sous Siméon et son fils, lorsqu'il s'agit d'organi- 

' Voir surlemonsn et les accpptions qu'il a prises successivement,. M. Geiger, 
Urschrijt, p. 121 el siiiv. 

6. 



84 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

ser, selon ses nouveaux besoins, l'ëtat devenu indépendant, les 
membres de ce sénat furent probablement appelés à tout' les 
fonctions administratives et religieuses. Il y avait certainement 
des tribunaux dans toutes les villes du pays; le tribunal sié- 
geant à Jérusalem devait jouir d'une influence prépondérante. 
D'après la nature du droit civil dans une législation révélée, 
la cour de justice est en même temps un synode religieux. 
Son nom ne nous a été conservé que dans un passage, où il 
est appelé le tribunal des Asmonéens (D\xJ1Dîyn bv un n'^i). La 
décision qui lai est attribuée a pour but de défendre tout com- 
merce avec une païenne. Comme à Tépoque d'Ezra et de Néhé- 
mie, sous les Maccabées les troubles de la guerre paraissent 
avoir eu de même pour conséquence une licence coupable dans 
les mœurs, licence qui se manifestait par des alliances repous- 
sées par la Loi. L'interdiction se place donc très-naturelle- 
ment dans un temps où le calme et la paix renaissent dans la 
.ociété juive, c'est-à-dire sous Siméon ou dans les premières 
a mées de son fils Jean ^ 

Le sénat ou heber renferme toutes les forces vives de la na- 
tion, Sadducéens et Pharisiens; il fournit les uns ou les autres 
à l'etlmarque ou au roi, qui les charge des fonctions publiques 
selon qu'il incline vers l'un ou l'autre des deux partis. Le tri- 
bunal des Asmonéens , dans les commencements du règne de 

' Sanhédrin, 82 a et Aboda-zara , 36 b: i:n n^2 IDiX ""Dn 21 NriK ^D 

rT"!; nnse; m:)N"Jîy: dwid ^^DN n"'i;n h:! H2r\ nn nwiiDtyn bu 
(naiî nii3 nno^ mj)T"3:y: dii^d idk pm xdn "'d (mc"'N. «Rab Dimé, 

en arrivant (en Babylone), rapporta: Le tribunal des Asmonéens a défendu le 
commerce avec une païenne, en sa qualité de femme impure, d'esclave, de femme 
païenne et de femme mariée. Rabin, en arrivant, rapporta (la même décision), 
parce que (la païenne est regardée comme) une femme impure, une esclave, une 
païenne et une prostituée." (Voyez une autre opinion sur ce tribunal, Frankel , 
Hodogetica in Mischnam (hébreu) , I, /j 1 ; Leipzig, 1859.) 



CHAPITRE VI. 85 

Jean, dut se composer de Pharisiens et avoir pour président 
l'ethnarque lui-même. En devenant Sadducëen, Jean n'a certes 
pas rompu complètement avec ceux qu'il avait longtemps fa- 
vorisés , et son ressentiment , bien qu'il fût plus qu'un mou- 
vement momentané, ne tourna pas en persécution ^ Les obser- 
vations qui avaient été émises contre la réunion du pouvoir 
royal avec le pontificat paraissent même avoir fait impres- 
sion sur lui; nous croyons, au moins, en voir une trace dans 
ses dernières dispositions, d'après lesquelles sa femme devait 
diriger les affaires politiques, tandis que Judas, surnommé 
Aristohide, deviendrait grand prêtre. A-t-il voulu, comme plus 
tard son fils Alexandre Janée, se réconcilier de cette façon 
avec les docteurs, gravement offensés par les punitions dont 
il avait menacé le peuple, s'il se soumettait à leurs ordres^? 
Mais, la première cause de la désunion entre Jean et les Pha- 
risiens ayant été une décision légale qui déplut au maître, 
il s'ensuivit, sans doute, que les Sadducéens entrèrent en 
plus grand nombre dans les tribunaux. Judas ne profita pas 
du moyen de réconciliation imaginé par Jean, et ne supporta 
pas le gouvernement de sa mère; le nom de PhiUiellène, ou 
ami des Grecs, qui lui fut donné (4. /. XIII, xi, 3), ainsi que 
l'éloge de Timagène, qu'il sut mériter (^ibid.) , montre suffi- 
samment de quel côté furent ses préférences. Ses monnaies 
présentent les premières l'inscription grecque de lovSà jSaa-t- 
'Xsvs^. Peut-être répudia-t-il volontiers le nom d'ethnarque, 
titre d'une composition nouvelle, traduit de l'hébreu, qui 

* Voir p. 8o, note. 

^ A. J. XIII, XI, 1. On a généralement négligé cette ressemblance entre la 
conduite de Jean et celle de son fils Alexandre. 

•■' Voyez Grœtz, III, io3. Selon Strabon [Géographie , XVI, ii, ho), Alexandre 
aurait le premier pris le titre royal; mais la courte durée du règne d'Aristobule 
explique facilement Terreur du géographe grec. 



8C IIISTOlliK DE LA l'ALESTlNK. 

n'était porté par aucun autre prince et qui pouvait lui atlii'er 
des railleries do la part des païens ^ 

Alexandre Janée, qui succéda à son frère au bout d'un 
an, resta longtemps indécis entre les deux partis; c'est que la 
raison d'état l'emportait définitivement sur la question reli- 
gieuse, et il favorisa ou persécuta les Pharisiens selon les 
avantages qu'il en espérait ou les dangers qu'il en redoutait. 
Comme roi, guerrier et pontife, Alexandre aime les Saddu- 
céens et augmente volontiers leur influence; mais le peuple, 
la multitude, est attaché aux docteurs, et demande de grands 
ménagements pour ses favoris. Dans un moment d'exaspéra- 
tion cependant, Alexandre les écrase et les chasse. Toutefois, 
sur son lit de mort, le roi recommande à Salomé Alexandra 
les Pharisiens, qui deviennent pendant neuf ans les puissants 
et fidèles conseillers de la reine. Ils durent alors rentrer en 
masse dans les tribunaux de Jérusalem, et sous Hvrcan II, fils 
d'Alexandre , ils se sentirent assez forts pour pouvoir exiger du roi 
lui-même qu'il parût devant eux en justice [A. J. XIV, ix, h). 

C'est à cette occasion que nous rencontrons pour la pre- 
mière fois le nom de aweSpiov (p")~ri:D, sanhédrin) employé 
pour désigner le tribunal. Il n'est certes pas antérieur au 
temps des Asmonéens'^, et il n'est guère probable qu'on l'eût 
choisi immédiatement après l'époque où les persécutions qu'on 

' Voyez ci-dessus, p. 66, note 3. Peut-èlre,par ses disposilions mondaines, Aris- 
lobule avail-ii inspiré des craintes à Hyrcan sur son lit de mort : car, eu égard à son 
règne si court, il faut supposer que le surnom de Philhellène avait été mérité et 
•lonné du vivant de son père. Cependant, je pense qu'on se tromperait si Ton sup- 
posait à Judas les goûts antijudaïques des anciens hellénistes, que ses aïeux avaient 
si vigoureusement combattus. Les Sadducéens, tout aristocrates qu'ils furent, 
étaient des hommes du monde; ils aimaient, ainsi que les rois depuis la mort de 
Jean, une certaine élégance qui déplaisait aux Pharisiens. 

'^ Le Thalmud pt les Targoumim parlent du sanhédrin déjà à l'époque de 



CHAPITRE VI. 87 

venait de subir inspiraient un sentiment de répulsion contre 
tout ce qui était grec. Nous connaissons, du reste, le nom que 
le tribunal prit alors : ce fut, nous l'avons déjà dit, celui de 
Bèt-din des Asmonéens. D'un autre côté, un changement 
semblable n'est jamais limité au nom seul; il implique d'or- 
dinaire une transformation de la chose elle-même , et suppose 
quelque événement considérable, capable de le produire. Nous 
croyons que cet événement important eut lieu au moment où 
Jean Hyrcan abandonna les Pharisiens, où, craignant l'ascen- 
dant croissant de ce parti sur la nation, il diminua leur pou- 
voir en soumettant les tribunaux à une nouvelle organisation. 
Depuis le pontificat de Jonathan (102), plus de quarante ans 
s'étaient écoulés, et ce temps avait suffi pour faire perdre aux 
choses grecques ce qu'elles avaient eu d'odieux. 

L'incertitude et la confusion commencent dès qu'on veut 
pénétrer plus avant dans cette organisation, et résoudre les 
diverses questions qui se rattachent au nombre des membres 
du sanhédrin et à leurs diverses fonctions. Nous avons déjà 
éprouvé le même embarras, lorsqu'il s'est agi de déterminer 
les mêmes points de détail pour la Grande synagogue. Il a fallu 
nous résigner à regarder ces difficultés comme insurmontables 
pour ces temps anciens; en sera-t-il de même pour l'époque 
que nous avons à traiter maintenant ? Cette fois , nos sources 
thalmudiques ont réponse à tout; mais quelle confiance mé- 
ritent ces traditions, assez nettes et assez précises en général, 
mais contradictoires dans certains cas spéciaux , et souvent en 
désaccord avec d'autres indications qui se rencontrent dans 
ces mêmes sources? 

Moise. (Voyez Buxtorf, Lexicon, s. v. ^"nnJD, col. i5i3.) iosi {Geschichte des 
Judenthums , 1857,1,126), pense que le nom de sanhédrin est encore postérieur 
à Hyrcan. 



88 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

Il est question dans la Mischna de petits tribunaux de trois, 
cinq ou sept ^ membres, de petits sanhédrins composés de vingt- 
trois membres, et d'un grand sanhédrin, qui en comptait 
soixante et onze. Chacun de ces trois tribunaux a ses attribu- 
tions et sa compétence. A la tête du sanhédrin, probablement 
du grand, sont placés deux hommes, l'un le président, appelé 
nasi (n''^3, « prince w); l'autre, le vice-président, qui porte le 
titre à'ab-bèt-din (^ii ri"'n 3N, «père ou chef du tribunal 55). Ces 
deux dignitaires , dont on fait remonter la création à une époque 
antérieure aux Maccabées, et qu'on considère en même temps 
comme les continuateurs de l'ancienne tradition juive '^, sont 
appelés zouggôt, niaiî, k couples w), et, pour le temps avant les 
Asmonéens, eschcôlôt (m^Dlî/N), terme vague qu'on a expli- 
qué par «grappes de vigne,'? expression métaphorique pour 
l'excellence et la valeur de ces hommes sans tache, comme 
le dit une baraïta, ou bien, par «hommes universels» {b::i^ii 
Vd î^N^) ^. Toute petite ville avait un petit tribunal, les 

' m. Sanhédrin, i, 3, ii y a divergence d'opinion , si pour l'ordination , etc. 
il faut trois ou cinq juges; puis (ibid. 2) on parle, pour la fixation du calendrier, 
de trois juges qui commencent les recherches, de cinq qui discutent et de sept 
qui décident. La réduction du tribunal ordinaire au nombre de trois juges pro- 
venait peut-être de l'insuffisance d'hommes assez instruits dans les petites villes. 
Ainsi {Sanhédrin, 17 b), on lit: D^Jîy n3 ]^NU? "l^V ^D 31 ^DN ^]l^^^ '1 -)DN 

:fpn'p:i dh^jd'? p ■':D''nn ]iyDt;i xa^^py 'ni y^in"> 'm "it^^n ") nys^N- 

«Rab lehouda, au nom de Rab, dit: Dans une ville où il n'y a pas deux hommes 
pour discuter un cas, et un qui puisse les écouter (et comprendre), on n'établit 
pas de sanhédrin. A Bettar il y avait trois hommes; à labnèh quatre, savoir : 
R. Éliézer, R. Josué et R. Akiba, puis Siméon de Timnah assis à leurs pieds." 
( Voy. du reste sur ce dernier passage, ci-après, chap. xx.) 

* Voir tout le premier chapitre de m. Abot; m. Hairiga, 11, 2 et b. ibid. 16b.; 
\.ibid. 

' Les deux explications se trouvent dans les Thalmuds; la première, m. Sola , 



CHAPITRE Vf. 89 

grandes en avaient un de vingt-trois juges. Au temple de Jéru- 
salem siégeaient trois sanhédrins de vingt-trois membres : l'un 
à la porte de la montagne du temple, l'autre à la porte du 
parvis et le troisième dans la salle en pierres taillées. 

Mais s'imagine-t-on que, depuis Hyrcan jusqu'à l'époque 
de la domination romaine, l'organisation soit restée invaria- 
blement la même, bien que les fonctions et la compétence du 
sanhédrin aient nécessairement changé ^ ? Quiconque connaît 
les procédés du Thalmud conviendra que nous possédons 
probablement un compromis entre les traditions des différents 
temps et les transformations de toute sorte que l'institution 
a traversées, compromis fondé sur de savantes et minutieuses 
déductions tirées des versets de la Bible. Les souvenirs, com- 
binés avec les textes , ont dû se plier à cette autorité irrécu- 
sable, et l'ensemble a pu fournir un système bien imaginé et 
très-acceptable, mais incertain au point de vue historique. 

Josèphe, muet comme il l'est toujours lorsqu'il s'agit de 

9, 10, l'autre Sota, kS b; Temoura, i5 b (13 '^DH^ C'^N). (Voyez noie v à la 
fin du volume.) 

' m. Sanhédrin, xi (x), i : n.l nDD '72? lUH DV Vn p:n ^13 iie^'jiy 

n"iîan r\2vb^ mai miyn nriD "?:? inxi rr'sn. Dans une baraïta (j. iOid. 
1, i),on iit:N'?K bx-n^^a npibnD nn^n ah niWii')^ ^^v 'n -)Dx 
r\^b^ hv pjn Tia ^im n^un nzi^hi rauT» nriM x"2? h^ piinjo 
n^b^ b^ |'':n inm rri^n inn inxi h^n2 ihk pn^r vn nirbc? 

bNliy"" y~)N mT'"'y h22 ]''2W Vn Oneryi. On voit facilement qu'il y a 
dans notre texte une confusion, et qu'il faut lire, la première fois 7U l"2 ''ili/'l 
Dntyyi n^b^, et la seconde fois nvbu iIUVe? hw T'm. On a donc, 
«R. José dit: Autrefois il n'y avait pas de discussions en Israël; le sanhédrin de 
soixante et onze siégeait dans la salle en pierres taillées, et deux tribunaux, cha- 
cun de vingt-trois, siégeaient, l'un au hel et l'autre sur la montagne du temple. 
Des tribunaux de trois membres siégeaient dans toutes les villes du pays d'Israël.» 
Ceci s'accorde assez bien avec nos conclusions, lorsqu'on suppose que le tribunal 
de soixante et onze est le total des trois tribunaux de vingt-trois, réunis. 



90 HISTOIHE DK LA PALESTINE. 

décrire les institutions de son pays, parle certainement de ce 
qui existait de son temps, lorsqu'il attribue à Moïse l'établis- 
sement dans chaque ville d'une autorité de sept personnes, 
« se distinguant par leur amour du bien et du juste, v On leur 
adjoindra, continue-t-il , deux aides, pris parmi les Lévites 
[A. J. IV, VIII, ik). Il raconte aussi que, placé à la tête de la 
Galilée, il y établit, sous sa présidence, un sénat de soixante et 
dix membres, qui dut connaître des causes graves; puis il ins- 
titua un tribunal de sept juges dans chaque ville [B. J. II, 
XX, 5). Certes, Josèphe a modelé l'organisation de la province 
qui était sous ses ordres sur l'organisation en vigueur à Jé- 
rusalem et dans la Judée. Son témoignage, quelque incom- 
plet qu'il soit, est néanmoins le plus ancien que nous pos- 
sédions. 

Sous les procurateurs romains, la Judée n'eut plus qu'un 
droit de justice très-restreint. Le tribunal de sept, dont il reste 
un souvenir dans les sept notables de la ville ("riyn "'DlîO ny32? , 
Megilla, 96 a), et que la Miscbna réduit à cinq ou à trois 
[Sanhédr. i, 2), ne peut prononcer que la peine de la flagel- 
lation : ce sont les crwéSpia, dont parlent les Evangiles ^ (^Marc, 

' j. Sanhédrin, i, i;vii, 2 : n^nn mn kW 1^ HiC' D"':rn"iNb nl^•p ^iD 

«Une baraïta dit : Un peu pius de quarante ans avant la destruction du temple, 
on enleva aux (Juifs) le droit de prononcer les peines capitales, et sous Siniéon 
ben Schatah ils ne pouvaient plus connaître des affaires d'argent. '' ( Pour cette der- 
nière date, voyez ci-dessus, p. 69, note i.) L'époque désignée est celle de Ponce- 
Pilate, qui fut procurateur romain de i8 à 87. Cependant il n'est guère probable 
que le jus (fladii soit resté aux Juifs jusque-là : il doit avoir cessé depuis Copo- 
nius (7 après J.C.). (Voir Jean, xviii, 3i, et A. J. XX, ix, 1.) Ces quarante ans 
forment un nombre rond qu'on retrouve encore dans un passage qui a peut-être 
un certain rapport avec celui que nous venons de citer. Le voici : Hjîy D^i'3")K 

mjna nb ns^'ii (nnan riDU^D) |mn:D nn'jj n^an mn ab^ lir 

«Quarante ans avant la destruction du temple, le Sanhédrin s'exila (delà salle 



CHAPITRE VI. 01 

xiii , 9; Matthieu, x, 17). Le sénat de soixante et' dix mem- 
bres, à l'époque dont parie Josèphe, fut convoqué dans un 
moment où l'insurrection triomphante rendit pour un instant 
aux Juifs le droit entier de connaître de toutes les causes, 
de quelque nature qu'elles fussent; puis ce sénat ne fut pas 
seulement une cour de justice; il eut encore à prendre toutes 
les mesures nécessaires pour la défense du pays. 11 s'ap- 
puyait, pour sa composition, sur l'exemple des soixante et 
dix anciens, dont il est question dans le Pentateuque {^Nombres, 
XI, 16), et auxquels on ajoutait Moïse comme président (voy. 
m. Sanhédrin, i, 6). Mais l'historien juif ne parle nulle part 
du petit sanhédrin de vingt-trois (ntybtyi on^y '?îy); ce tribu- 
nal, qui n'a rien d'analogue dans l'Ecriture, doit cependant se 
rattacher à une tradition réelle ^. En effet , en examinant la com- 
position numérique des trois tribunaux, on s'aperçoit facile- 
ment que le petit sanhédrin forme comme le milieu d'une pro- 
portion progressive entre les deux autres tribunaux ; car il est 
le triple du tribunal de sept juges, augmenté d'un président 
et d'un vice-président (28 = 3 X 7 -+- 2), et celui de 
soixante et onze est, à son tour, le triple du sanhédrin de 
vingt-trois membres, augmenté de ses deux chefs (71 ===: 3 
X 28 H- 2). Si la tradition sur l'existence des trois tri- 
bunaux siégeant au temple était fondée, on devrait alors 
supposer que le grand sanhédrin n'était que la- réunion de 
ces cours inférieures, qui s'assemblaient dans les grandes 
circonstances pour former une cour suprême de justice et de 
législation. On pourrait aller plus loin : en considérant les 
trois éléments dont se composa le patriciat juif, les prêtres, 

en pierres taillées), et s'établit dans une échoppe.» {Aboda-zara. 8 b; cl". Rosch- 
haschana, 3i a). 

' La déduction donnée m. Sanhédrin , i , (), n'a rien de sérieux. 



92 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

les lévites et les Israélites aptes à contracter alliance avec le 
sacerdoce, et eu égard à la gradation qu'on remarque quant 
à la sainteté des trois emplacements occupés par les trois cours 
siégeant au temple, on serait peut-être autorisé à voir, dans 
les trois tribunaux, un bèt-din de prêtres dans la salle en 
pierres taillées; un autre bèt-din, de lévites, à la porte du 
parvis, et un troisième, de notables israélites , à l'entrée 
de la montagne du temple. On pourrait même citer des pas- 
sages thalmudiques à l'appui d'une conjecture semblable'; 

' D'après Sifré sur 'e. Dmté'onome , S i53, un tribunal doit renfermer des 
prêtres et des lévites (D'^JnD U rn"»^ pi IT-a mîJD D'^lSn D"':n3n hn 
CI*?!). Tos. Sanhédrin, c. iv, paraît encore plus explicite: (1. l'TT'JDI) l'TT'JÎDI 

hm^'' h'v pn rr'aai d-'i'? h^ pi rr'nm n-^^nD hv pi rc^a imx, «et 

l'on corrige (on revoit le rouleau de la Loi pour le rendre correct) au tribunal 
des prêtres, au tribunal des lévites et au tribunal des Israélites.?' (Voir M. Geiger, 
dans le recueil (hébreu) intitulé Ozar-Nehmad , IV, 102 elJiid. Zeitschrift, IV, 
1 17-t 18. L'excellente leçon pH^JD! est due à M. Jacob Reifman, dans son pro- 
gramme intitulé Kol-Mebasser, d'après j. Sanhédrin, 11, 6, 20 c.) Il est question 
d'un tribunal de prêtres (D^^HD ?^ T'3) qui réclamait pour une veuve issue 
d'une famille sacerdotale un douaire deux fois plus fort que celui qu'on payait à 
d'autres veuves (m. Ketoubot , i, 5); puis, des anciens du sacerdoce (nJiriD "'Jpî), 
considérés comme une fraction et une délégation particulière du bèt-din ("Tll/îî^ 
pT ri^D), envoyée auprès du pontife (m. loma, i, 5); enfin, des jeunes prêtres 
(nJinD ^mD) qui se chargent, dans certains cas, d'une exécution sommaire, 
au lieu de livrer le coupable entre les mains de la justice (m. Sanhédrin, ix, 7 : 

yin imx px-isiD n:inD '^mD aha nh iniN ]''N"'3D wzn^n vna px 

131 mT^?). (Voyez sur ies fils des grands prêtres , qui étaient opposés à Hanan, 
note V à la fin du volume). Ailleurs encore (m. Rosch-haschana , 1,7), des témoins 
qui doivent déposer pour la fixation de la néoménie, se présentent d'abord 

devant les prêtres, qui émettent leur opinion (IJI D^JriDn IvSpl), et ensuite 
devant le tribunal, qui est d'un avis différent ('131 pi n"'3 "'JD*? 1ND2?D1). 
On rencontre de même des traces d'un tribunal de lévites, Sifré sur Nombres, 
S 132 p. 4 16, de l'édit. Friedman, Vienne, i86i; cf. Ialkout,\, 759. Parmi 
tous ces passages, qu'on pourrait encore augmenter facilement, on chercherait, je 
pense, en vain où finit la tradition ot on rommcnceni les déductions de la logique 



CHAPITRE VJ. 93 

mais, au milieu des assertions diverses (|ui se conlredisenl 
dans nos sources, le seul fait certain restera l'institution du 
sanhédrin par Hyrcan sous la direction supérieure d'un nasi 
et d'un ab-bèt-din, et une tradition très-authentique nous 
a transmis les noms des deux premiers titulaires revêtus de 
ces dignités, Josué ben Perahiah et Nitaï d'Arbéla. 

On a conservé fort peu de détails sur ce premier couple. La 
mischna Ahot i, 6-7, cite de ces docteurs les aphorismes 
suivants : «Soumets-toi à un maître, acquiers-toi un ami, et 
juge chacun avec indulgence ; r recommandation de Josué. Nitaï 
indique plutôt ce qu'il faut éviter: c^ Eloigne-toi d'un mau- 
vais voisin, ne choisis pas un ami impie, et ne doute pas du 
châtiment (qui attend le méchant).» Ce sont là des maximes 
fort belles, mais qu'il ne faut pas trop presser afin d'en faire 
sortir quelque intention précise, dirigée contre l'un ou l'autre 
des deux partis qui divisaient le monde juif. 11 est certain que 

rabbinique. — Les attributions des tribunaux sont très-bien résumées dans 
Grœtz, III, 89 et suiv. 

' L'induigence recommandée par Josué irait contre la sévérité extrême qu'on 
reprochait aux Sadducéens; la certitude d'une rétribution, affirmée par Nitaï, 
serait dirigée contre l'indifférence que les Sadducéens affectaient volontiers à l'é- 
gard des châtiments d'une vie future. Mais les expressions sont beaucoup trop 
vagues pour pouvoir être ainsi commentées. (Voir du reste ch. vin.) — Une lé- 
gende singulière qui se lit dans le Thalmud {Sota,ti'] a, et Sanhédrin, 107 a, des 
éditions non expurgées par la censure) reproche, au contraire, à Josué ben Perahia 
sa trop grande dureté envers le Christ, qui aurait déterminé Jésus à abandonner 
le judaïsme. Mais tout rapport entre ce Pharisien , qui vivait cent ans avant Jésus, 
et Jésus lui-même est impossible. Voici, du reste, ce passage : Xnn D7iy? ")"n 

Nbi vi^ ^niya ^în^^b ismn; yu?"»bxD xb naipD pD^i nmi Vndi:; 
■•ND i-T'H-iD p y^in"' .•■•ri'' ■'D^n n2:i:n'? iDmiy nims p ^^lym-'D 
n^nnx "in:^DîûK n^u p pyDîy ]:2ib nd'pd \xa^ b^top xp mn 12 a^n 
nbv HDh^ mn ^2 nnsD b^ a-^iiiD^bià piv W'i rr^mo p ycriiT» 



D4 HISTOIRK DE LA l»ALKSTI.\E. 

la Mischna a considéré ces deux docteurs comme desPliarisiens; 
autrement elle ne les aurait point placés parmi les anneaux de 
la tradition'. Il est plus difficile de se rendre compte de la 
raison qui peut avoir déterminé le choix de Hyrcan en faveur 
de deux Pharisiens, s'il était déjà passé dans le camp opposé 
au moment où il forma le sanhédrin. 

Dwyb n"'3 pp'iDDD ]''it D"'3-)n riN iVianDi Nisinn Vd idd ""ibmpD 

•jN-ltyriN «"'ÎOnm nnm n-iom fj^iD IÎ^"» ID IDXT nmiyn.r' Les Rab- 
bins enseignent : Toutes les fois que la main {jauclio repousse, la main droite doit 
rapprocher, contrairement à la conduite d'Elisée, qui repoussa Géhazi de ses deux 
mains et à celle de Josué ben Perahia, qui on fit de même à l'égard du Naza- 
réen Qu'v eut-il avec Josué b. P. ? Lorsque le roi Janée fil tuer les doc- 
teurs, Siméon ben Schatali fut caché par sa sœur, mais J. b. P. et Jésus s'en- 
fuirent à Alexandrie en Egypte. La paix étant rétablie, Siméon ben Schatali envoya 
le message suivant : De moi Jérusalem, la ville sainte, à loi Alexandrie en 
Egypte, ma sœur! Mon mari habite au milieu de toi, et moi, je suis assise 
abandonnée. Josué dit aussitôt. J'en conclus que la paix est rétablie. A son arrivée 
à Alexandrie, Josué était descendu chez celte hôtesse. (Jésus, poursuit la légende, 
avait fait sur la personne de l'hôtesse quelques observations qui avaient semblé 
inconvenantes au docteur.) Repens-toi, dit Josué. Tu m'as appris, répondit Jésus 
que quiconque pèche et fait pécher la multitude n'est plus admis au repentir, et 
il est dit : Jésus fit des prodiges, séduisit Israël et le fit tomber dans l'erreur.x» 

' Abot, 1,6, Siméon et lehouda sont représentés comme les disciples et suc- 
cesseurs de José ben loézer et de José ben lolianan. Mais les mots DHD 1?3p, 
(fils reçurent la tradition d'eux, n ne doivent pas être pris à la lettre, et, en tout 
cas, ne répondent pas à la vérité historique. Il y a, sans doute, un intervalle, 
entre les derniers e«f/iCo/o< et le premier couple (note v, à la fin du volume), et 
le tribunal des Asmonéens fut probablement présidé par Jean lui-même. — Ces 
deux docteurs sont encore mentionnés m. Hagiga, ii, 2, dans une question 
relative à un rit de sacrifice et au sujet de laquelle les deux chefs du sanhédrin 
-auraient été toujours divisés. — Dans les éditions duThalmud de Jérusalem, cette 
mischna porte ''TlD, «Matthieu,'- à la place de "'T"'J, trNitai.'i 



CHAPITRE VU. 95 



CHAPITRE VII. 

LES ASMONÉENS APRES JEAN HYRCAN. LES COUPLES 

DE CETTE ÉPOQDE. 

Nous allons réunir ce que les sources rabbiniques ren- 
ferment de détails sur les princes qui ont succédé à Jean. Les 
Thalmuds passent sous silence Judas Aristobule et Antigonus, 
mais ils ont retenu quelques événements du long règne de 
Jonathan ou Janée Alexandre ^ (i 06-79 ). 

' M. de Saulcy (Numismatique judaïque , p. 92 et io5) a le premier reconnu 
que les monnaies portant le nom de Jonathan ne devaient pas être attribuées au 
fils de Matathias, mais à Alexandre. M. Lévy [Jiidische Mûnzen, Breslau, 1862, 
p. 57 et suiv. et 1 15 note) est d'accord avec le savant numismate français, et a 
parfaitement raison en regardant ''NP ou '^3^, comme une abréviation de ^DjV 
ou |riJ^. M. Grœtz (III, 107, note 2) montre dans cette circonstance une ré- 
serve qui a lieu d'étonner de sa part. Rien n'est cependant plus sûr que la contrac- 
tion du nom Jonathan en Janée. En comparant Baba-metzia , 85 b, axée Midrasch 
sur Kohélet, ix, 10, on voit que ce dernier porte R. Jonathan où le Thalmud a 
R. Janée ( llDm -^12 i^i< "'K:*' ")1 ''Hr ") i'ibi •'D ''?2JN ]ZnV '11 , pour 
131 DIDy p |n:r 'll Q"IDÎ? p ]ri:r '1 SsN); il est vrai que dans Aboda- 
zara, 36 b, le nom de R. Janée se rencontre à côté de celui de Nathan (pour Jo- 
nathan) ben Amram dans une série de savants cités par le même R. Zeïra, qui 
est l'auteur du passage de Baba-metzia; mais cela repose probablement sur une 
erreur. "'Nj"' est bien le même nom que jnJ^, comme ''NDÎ est égal à n^13I. (Parmi 
les premiers évêques de Jérusalem, il y en a un qui est appelé tantôt Zaccœus, 
tantôt Zacariah; voy. Oriens Christiamis, III, coi. 162.) ""NriJ est ainsi égala ^rij 
ou n^3n: et VN:n:; "'X^3 {Ketulot, io5 a) = n^hl^; "'N:?'?K et ly'jN = 

iî^Vn ou lîvbN ; ■'Nnr ou ""xn"' et ^nr = pnr ; "•Diy ou ■'NDiy = n^yD;:; 

ou nnDiy; \V3D ou ''212 (dans le j.) = ^\'^2^\ù ou '7N"'21Î3; ''DV = T^DV; 
iKîy ==■ n"'"lîy ou '7K''îy, etc. Dans toutes ces abréviations, les deux pre- 
mières lettres sont conservées, et l'on ne paraît s'écarter de cette règle que lorsque 



96 HISTOIIÎK DE LA PALESTINE. 

Janée aima la guerre et ne pensa qu'à agrandir son 
royaume. Vivant ainsi souvent loin de Jérusalem, il laissa les 
affaires intérieures entre les mains de Salomé ou Alexandra, 
sa femme, qui était la sœur de Siméon ben Schatah. Ce doc- 
teur, qui remplit probablement d'abord les fonctions d'ab-bèt- 
din sous le nasi Josué ben Perahia, lui succéda ensuite dans 
ces hautes fonctions , ayant sous lui lehouda ben Tobaï comme 
ab-bèt-din". Les sentiments de la reine, ouvertement favo- 
rables aux Pharisiens , contrebalancèrent certainement pendant 
les premières années de ce règne l'aversion que ce parti ins- 
pirait au roi. Siméon ben Schatah s'attira le premier le res-^ 
sentiment de Janée. «Trois cents naziréens, racontent nos 
sources^, arrivés à Jérusalem, devaient sacrifier neuf cents vic- 
ia première lettre est un alef, p. e. N3 (Xll) = N3K, DD = DDN, ITv'? (Aa- 
loLpos) = Tîy'7K, pS = pDN, etc. ou un hé, p. e. "P*? pour ^^T\. Nous ne sa- 
vons donc pas pourquoi M. Graplz (III, 106) regarde ^Ki^ comme égal à 
pn*"*. Le passage dans Kiddouschin, 66 a (voy. p. 80, note 1) ne prouve rien; 
car le nom de Janée désigne dans le Thalmud indifféremment tous les princes As- 
monéens. 

' Comme on le verra dans ce chapitre , ces deux chefs sont souvent nommés Tun 
pour l'autre. Le Thalmud de Jérusalem {Hagiga, 11, 9) est incertain sur celui des 
deux qui occupait le premier rang. La Mischna, en nous donnant la série des 
couples, n'a certes pas voulu dire par là que les deux chefs fussent entrés en 
même temps dans le sanhédrin ; il est plus naturel de penser que, l'un étant mori , 
le survivant prit ou reçut un autre collègue et devint lui-même nasi, ,si jusque-là 
il n'avait été qu'ab-bèt-din. De cette façon Siméon ben Schalah pouvait avoir 
rempli d'abord l'une ou l'autre de ces fonctions avec Josué ben Perahia (p. 98, 
note 1 ), puis en avoir rempli d'auties plus tard avec lehouda ben Tobaï. 

* Le texte que nous avons traduit est celui de Beréschit-rabba , c. xci. On peut 
comparer Midrasch-rabba sur Kohélet , vu, 11, et j. Nazi}; v, 3; Bei'ochot, v, 2. 
Nous avons emprunté à la version du Jei-uschalmi les mots riDDIT! p?D , «des pa- 
roles de sagesse, n à la place de NIT^IINT P'JD, que portent les Midraschim, bien 
que, en prenant ND^TIN dans le sens plus général de la Bible, les personnages du 
royaume des Parthes eussent pu penser aux nombreuses citations des Ecritures 



CHAPITRE VII, 97 

limes; comme c'était au temps de Siméoii beii Sdiatah, ce 
docteur trouva moyen de dispenser cent cinquante d'entre eu\ 
de leur sacrifice, mais il ne put pas en dispenser les cent 
cinquante autres. Siméon se rendit auprès du roi Janée et 
lui dit : «Voici trois cents naziréens qui n'ont pas de quoi 
payer les neuf cents victimes dont ils ont besoin; donne une 
moitié, je donnerai l'autre et ils pourront faire leurs sacri- 
fices. » Janée fit ainsi et les naziréens immolèrent leurs vic- 
times. Mais la conduite de Siméon fut dénoncée au roi : 
«Sache, lui dit-on, que tout s'est fait à tes dépens, et que 
Siméon n'y a contribué en rien. 55 Janée fut courroucé, et Si- 
méon, ayant appris que le roi était en colère contre lui, eut 
peur et s'enfuit. Quelque temps après, de grands personnages 
du royaume des Parthes mangèrent à la table du roi. ^ Notre 
seigneur et roi, lui dirent-ils, nous nous rappelons avoir ren- 
contré ici un docteur qui nous faisait entendre des paroles de 
sagesse, v Janée dit à la sœur de Siméon de faire venir son 
frère. «Donne-moi ta parole, fit la reine, et envoie-lui ton an- 
neau; il viendra, w Le roi donna sa parole et envoya son an- 
neau à Siméon, qui vint. A peine entré, il s'assit entre le roi 
et la reine. « Pourquoi t'es-tu enfui ? lui demanda Janée. — 
J'ai appris, répondit Siméon, que mon seigneur et roi était 
irrité contre moi, et, ayant peur qu'il m'ôte la vie, je me 
suis conformé à ce verset (^Isaïe, xxvi, 20) : «Cache-toi un 
«instant seulement, jusqu'à ce que sa colère soit passée, v — 
Et pourquoi m'as-tu trompé? reprit le roi. — Je ne t'ai point 

dont le docteur regretté par eux avait l'habitude d'émailler ses discours; notre 
histoire en fournit de nouveaux exemples. Un fragnnenl seulement se trouve dans 
1). Berachot, 48 a : t? Le roi et la reine, assis à table, ne trouvant personne qui pût 
réciter la bénédiction parce que les docteurs avaient été tués, la reine, après avoir 
obtenu la promesse formelle de Janée qu'il ne molesterait pas Siméon, le 6t 
venir, n 



98 HISTOIBK 1)K LA PALKSTI.NK. 

trompé, répli(jua Siméoii, lu as luuriii ton argent, moi, j'ai 
donné ma science (en dispensant la moitié des naziréens); Ko- 
hélet a bien dit (vu, 12): ^. L'abri de la sagesse est comme l'a- 
«bri de l'argent. 77 — y\lors pourquoi ne me l'as-tu pas dit? — 
Si je te l'avais dit, tu ne m'aurais pas donné (ce que je t'ai 
demandé). — Pourquoi as-tu pris place entre le roi et la 
reine ? — Dans le livre de Ben-Sira on lit : ^ Porte haut la 
«science et elle t'élèvera, elle te placera entre des princes. 75 
.lanée ordonna qu'on lui versât de l'eau dans le vin et qu'il 
dît la bénédiction de table. Siméon commença : « Béni soit 
(Dieu) pour la nourriture qu'ont prise Janée et ses compa- 
gnons! 'i — Tu restes donc toujours aussi entêté, dit le roi, 
jamais je n'ai entendu le nom de Janée dans la bénédiction de 
table. — Aurais-je pu dire, répondit Siméon, k Bénissons 
ç^(Dieu) pour ce c[ue nous avons mangé, tandis que je n'ai 
ç^rien pris. 55 L'ordre fut donné qu'on apportât à manger pour 
Siméon, et, lorsqu'd eut fini, il dit : «Béni soit (Dieu) pom- 
ce que nous avons mangé ! w 

Les dispositions hostiles de Janée éclatèrent à une autre 
occasion. C'était un usage ancien de faire, pendant les fêtes 
des Tabernacles, une libation d'eau sur l'autel. Le roi, rem- 
plissant les fonctions de pontife, témoigna son dédain pour 
cette coutume, à laquelle les Pharisiens seuls attachaient de 
l'importance ; il versa ostensiblement l'eau à terre. Les assistants , 
outrés de ce qu'ils considéraient comme une profanation, lan- 
cèrent aussitôt contre lui les cédrats que, selon l'usage prescrit 
pour cette solennité , ils tenaient dans leurs mains. Plusieurs 
milliers d'hommes tombèrent sous les coups de la garde étran- 
gère, (jue le roi en fureur avait appelée â son secours ^ 

Notre manière de présenter cet événement est liiisée sur Josèphe ( 1. J. Xllt , 



CHAPITHE VII. 99 

De[)uis ce moment les luttes ne cessèrent plus. Après ime 
délaite que le roi des Arabes lui avait fait essuyer devant Ga- 
dara, Janée offrit la main aux Pharisiens, cpii la repoussèrent 
avec dédain et se lièrent même avec les Syriens contre lui. 
La guerre fut conduite avec des chances diverses; à la fin, 
la victoire se décida pour Janée. Mais 5 0,000 Juifs avaient 
succombé dans ces combats (/l. /. XIII, xni, 5), et, après la 
bataille décisive de Béthome, le vainqueur, pendant un festin 
qu'il donna à ses femmes, fit crucifier huit cents prisonniers 
sous ses yeux. A la nouvelle de cette terrible vengeance, les 
Pharisiens s'enfuirent de Jérusalem ^ Siméon ben Schatali 

xin, 5), qui raconte l'attaque des Juifs contre Janée au moment où, debout sur 
laulel, il devait faire le sacrifice, sans motiver la soudaine irritation du peuple, 
et sur un passafje du Thalmud (5o?(cc« ItS b), où l'on ne parle que d'un Sadducéen 

sans mentionner le nom du roi. — Encore au m' siècle, les Juifs de Maliouza, 
en Babylonie, montrent leur mécontentement de la même façon, en lançant 
leurs cédrats à la tète de R. Zeïra. (Voy. Kiddoiischin , 7.8 a.) 

• Le 8 33 delà Mcirillat Taanitesl ainsi conçu: ("nX3) .113 ~)î:;y Hi^aî^^ 

îpniD mm -'Nisî n^ai Dip'-bn nanos niidd nî3"''?D bi* x^ddv iDp 

bn'l^'' rf^b. (Cf.j.ra'«/»<, II, i3, où on!it:pl3î... D"'p''?1D... n"'D DV^^S, 
et où les deux derniers mots manquent.) Ces mots obscurs sont accorrqjajjnés 
d'une glose qui n'est pas plus claire, d'après laquelle t^ les docteurs, persécutés par 
le roi Janée, se sauvent en Syrie et s'établissent à Koslikos (D1p^?D1p, autre va- 
riante pour D1p''73 et D^pvID). Jls y sont assiégés, pressés pt battus par les 
païens; cependant une partie s'écbappe et atteint Bèt-Zabdé, où elle reste jus- 
qu'à la nuit pour continuer sa fuite. « R. lehouda ajouter : On avait attaché un cheval 
à la porte de la maison où l'on avait cherché un refuge, -et l'on trompait ainsi les 
passants, qui s'imaginaient qu'aucun Juif n'était là; on pouvait de cette manière 
attendre la nuit pour s'enfuir. Le jour de la fuite est devenu jour de fête. R. wHidka 
dit» : Le jour où les païens voulaient égorger les docteurs d'Israël, la mer inonda 
et dévasta la troisième partie du monde habité (31iy^==77 o/xowfxérj?).?! M. Gra;tz 
(III, ^2 5) regarde cette note comme historique et en tire le fait que nous avons 
considéré comme probable, surtout d'après ce que dit Josèphe, A. J. XllI, xiv, 2. 
Mais je ne crois pas que le glossateur ait compris le sens du paragraphe qu'il 



100 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

trouva prol)ablf'inoiit un asile en Palestine, grâce à la pro- 
tection puissante de sa sœur; lehouda ben Tobaï paraît avoir 

clierche à expliquer; il a été égaré entre autres choses par le mot ril3^'?D, (pii 
veut dire, en effet, ttce qui s'échappe par la fuite. n iMais je pense que ntû^'7D 
N''"lDDaici,commeDpi"' n"'3 nî3"''7D1 '7N1U"' IHU {haïe, \, ^o), ou comme 
l'expression de DiT'TDIC 7113^73 du Rituel juif {Bénédictions des Schemona esrêh , 
iS" bénédiction), le sens usité chez les prophètes : «ce qui après les malheurs et 
les persécutions d'Israël est resté et s'est conservé, grâce à la protection divine, 
qui ne l'abandonne jamais." On se sert surtout de cette locution quand il s'agit 
d'une attaque nouvelle dirigée contre le peuple, si souvent éprouvé. Les endroits 
nommés dans ce petit texte paraissent être Chalcis ( Anjar) et le territoire de Zebe- 
dany , à l'est de cette ville, dans la direction de Damas. Ce sont les hauteurs deZe- 
bedany qui sont entendues par to ^jerpyoj; opos, que Pompée franchit, en 63, pour 
se rendre de Chalcis à Damas, Josèphe,j4. J. XIV, m , 2. Le nom deZebedany rap- 
pelle les Zabedéens, tribu arabe qui a campé à l'est du Léontès à l'époque où Jo- 
nathan, l'Asmonéen, eut à se défendre contre Démétrius Nicator (l Maccah. xii, 
3i), et dont il reste peut-être aussi une trace dans la localité de Zabida, au sud- 
est de Beirut. Si, d'un autre côté, Bérôta (nm")3, Ezéch. xlvii, 16; voy. Thé- 
saurus, p. 176, col. a; AViner, Bibl. Realwœrterhuch , I, i55) est la ville de Bei- 
rut, il s'ensuivrait que le terme si vague de riDn {Ezéchiel, ibid.), ou 77 k^iadhis 
)(épa (I Maccab. xii, 25), pourrait s'appliquer à tout le pays situé au nord de la 
Phénicie, et de la Gahlée. Le Zabida de nos cartes serait donc le même que celui 
du Midrasch-rabba sur Genèse, xlix, i3, où il est dit : "1 pT'îi ly iriD")"'1 
7'«731 T>3Î ~lDN ITy'jK «Et un côté {de Saboulon) s'étend vers Sidon. R. Elazar 
dit: Vers Zébid de la Galilée, w puisque cette localité se trouve entre Beirut et Si- 
don. Toutes ces données réunies nous engagent à regarder le triomphe des Juifs 
inscrit dans notre chronique comme le triomphe de Jonathan, raconté 1 Maccab. 
XII, 24-32. Le mot IpllD, qui ne signifie pas une victoire par les armes, mais 
une déUvrance inattendue, obtenue par l'assistance divine , s'applique parfaitement 
à un événement où l'ennemi, frappé d'une soudaine terreur, prend la fuite sans 
se battre {ibid. v. 28-29); ^^ Y voyait le doigt de Dieu, comme à l'époque de 
Gédéon {Juges, vu, i5 etsuiv.), ou d'Elisée (II Rois, vu, j et suiv.), et l'on ins- 
tituait une fête commémorative. Pour bien comprendre la marche suivie par les 
Syriens et Jonathan, il faut, je pense, regarder le nom du fleuve Eleutheros, au 
verset 3o, comme une erreur; Démétrius et son armée devaient plutôt traverser 
le Léontès. La même faute est répétée par Josèphe , A. J. XIII, v, 10 ; mais on siut 
que l'historien ne fait en tout ceci que copier servilement, et quelquefois fort mal. 



CHAPITRE VU. loi 

cherché un refuge à Alexandrie; d'autres allèrent peut-être 
se cacher dans le Nord, pour échapper à la persécution de ce 
roi, à qui son acte de cruauté valut le surnom d'Assassin. 

De nouveaux combats appelèrent Janée au delà du Jour- 
dain; mais, devant la forteresse de Ragaba, la maladie qu'il 
s'était attirée par son intempérance fit de grands progrès, et, 
se sentant mourir, il remit à sa femme les rênes du gouver- 
nement, en lui disant : rtNe crains ni les Pharisiens, ni ceux 
qui ne le sont pas, mais crains les hypocrites qui afTectent 
une ressemblance avec les Pharisiens , dont les actes sont 
comme ceux de Zimri [Nombres, xxv, t4), et qui réclament 
une récompense comme Pinehas ^ n Janée mourut, et, d'après 
une tradition bien vague, les Pharisiens auraient institué, pour 
témoigner leur joie, une fête commémorative à l'occasion de 
cette mort^. Josèphe dit, au contraire, qu'ayant appris les 
dernières dispositions du roi ils lui avaient fait des funé- 
railles plus splendides qu'à aucun de ses prédécesseurs 
[A. J. XIII, XVI, i). On raconte aussi que, <^dans un penta- 
teuque ayant appartenu à (Janée) Alexandre, les noms de 

le premier iivre des Maccabées. On peut voir^ur la confusion entre ces deux fleu- 
ves, Reland, Palœstina, p. 291. 

DnJDD ")32?. Si le Thalmud nous a conservé textuellement les paroles du roi mou- 
rant, elles confirment ce que nous avons dit plus haut sur les sobriquets de Pha- 
risiens et de Sadditcéens. Janée, étant du dernier parti, ne dit pas ]D K*?* 
I^pnsri; mais il ne craint pas d'appliquer le nom de |"'^'1"1D à ses adversaires. 
(Sur son surnom à' Assassin , voy. M. Munk , Palestine, p. 532, col. 2 , note.) 

* La M. T. n'ajoute au 7 kislèv (S 21) et au 2 schebat (S 26) rien que les mots 
310 UV, «ffête.i Le commentateur attribue la première des deux fêtes à la mort 
du roi Hérode et la seconde à celle de Janée. Mais, comme l'a déjà fait observer 
M. Grœlz (III, i 28), il y a en tout cas interversion entre les deux dates, et la der- 
nière doit s'appliquer à Hérode. (Voy. ci-après, p. ifi'i.) 



10-2 HISTOIUK l)K LA PALKSTINE. 

Dieu étaient écrits en lettres d'or, et que les docteurs en 
avaient interdit l'usage ^ ■" 

Salonié '^ succéda à son mari et rappela aussitôt les Phari- 
siens de l'exil. Siméon ben Schatah devint tout-puissant et le- 
houcla ben Tobaï, revenu d'Alexandrie, se joignit à lui pour 
rétablir les usages et les institutions qui avaient été négligés 
ou abolis sous les Sadducéens ^. En présence de la reine et 
de son fds aîné, Hyrcan, qui remplissait les fonctions de 
grand prêtre, une telle pression paraît avoir été exercée sur les 
membres du sanhédrin, que bientôt les Pharisiens y occupèrent 
presque toutes les places*. Jamais ce parti n'avait possédé un 

' Scjfenm, i, y : iTTinDîx hzi vn'o Dm:DD'?N hxj' imin3 nîyyD 

î:jn nDiXI D'^DDH ""JD^ nCryO NST SHTS mmn^. On y attache la défense 
d'écrire le Penlateuque en caractères d'or. 

' Elle est appelée inîD'711? {Midrasch-rahbn sur Koltélet, vu, ii), pj''D'?E? 
( {jlose sur Mpgillal Ta'anit, 8 ai), nîîD^E^ {Vmjikra-rahha, c. xxxv; Sijra, 
110 d), et, par erreur, IT'îîbU^, et en deux mots p"'2J 7C? (Sabbat, i6 b, et 
Ta'anit , 23 a, d'après la citation des Tosafôt, s. v. "ICNT, ad Sabbat, 1. c). Nos 
éditions de Ta'anit ne portent que le nom de Siméon ben Schatali, et omettent 
celui de la reine. La troisième de ces formes répond à 2aÀafx\|'(w, nom que por- 
tait une fille d'Hérode (A. J. XVIIf, vi, i), et qui ne paraît pas différer du nom 
de Salomé; la forte prononciation du îî a fait entrer le son labial entre le fx et le t. 

• Vov.p. 8o note, la fin de la baraïta Kiddomchin , 66 a, qu'on a mal à propos 
1 attachée à l'histoire de Jean Hyrcan. — Sur lehouda ben Tobaï , voy. j. ïiagiga , ii , i : 

îin-'D n'DiTJ (1. n3c;r) 3*ù*r ""jN! □s'^i'n nîi/r ""cnN ^dd -y njDpn 
i:") HT'Dn min hd jn^spi Nri"'3i NmD mis- nDN ndtn i3 ti-'D- 

f lies habitanis de Jérusalem voulaient confier à lehouda ben Tobaï les fonctions 
de nasi, mais celui-ci s'était enfui et était allé à Alexandrie. Les Jérusalémiles 
écrivirent donc: Jérusalem la Grande, à Alexandrie la Petite! Combien de temps 
encore mon fiancé restera-t-il avec vous, tandis que moi, je demeure abandonnée, 
lehouda quitta la ville pour se rendre dans un vaisseau. Qu'est-ce qui manqnail 
donc, dit-il, à Debora, l'hùlesse qui nous avait accueillis, elc.n (Cf. p. 96, note.) 
' Mffrillal Ta'anit, $ a'i, el (inelz, III, 'i-23. 



CHAPITRE VU. 103 

pouvoir aussi étendu et aussi incontesté : Salomé s'abandonna 
volontiers à la direction de son frère, le nasi; les Sadducéens 
étaient contenus et intimidés, tandis que la multitude suivait 
' avec entraînement ceux qu'elle considérait toujours comme ses 
amis et ses protecteurs. Le code criminel écrit des Sadducéens, 
qui paraît avoir été d'une grande sévérité, fut abrogé, et le i ^ 
tamouz, jour de l'abrogation, fut établi comme une fête com- 
mémorative ^; de nouvelles dispositions légales furent opposées 
à celles que leurs adversaires avaient soutenue, et les Phari- 
siens trouvèrent dans ces victoires des causes suffisantes pour 
instituer encore des fêtes ^; l'expulsion des Sadducéens du 
conseil fut célébrée elle-même comme un événement heu- 
reux et inscrit dans la Megillat Ta'anit à la date du 28 tébet^. 
C'était à l'occasion de la libation d'eau pendant la fête des Ta- 
bernacles que Janée avait bravé les Pharisiens; dorénavant 
aucune cérémonie ne fut entourée de plus d'éclat et de plus 
de pompe que celle-ci, et un simple usage sans importance 
et sans racine dans l'Ecriture devint le prétexte de processions 
solennelles, d'illuminations brillantes, de danses populaires *. 
Les chefs du sanhédrin, qui avaient vu les temps funestes du 
roi défunt et pressentaient peut-être des jours plus tristes 
encore, étaient pressés sans doute de mettre à profit le calme 
de la paix et les dispositions amicales de la reine pour fonder 
à tout jamais dans le cœur de la nation l'empire de leur 
doctrine, et empêcher pour toujours le retour de toute in- 

' M. 2'. S 10. 

- M. r. §S j, 2 et 19. Voyez ci-après, p. i35. 

^ Voy. p. 109, note U. 

^ M. Grœtz, III, 121. Si l'origine de la libation d'eau elle-même reste encore 
obscure, l'origine de la fête bruyante nommée Simhat bk haschoéba est ainsi par- 
faitemeut expliquée. «Quirouquo n'a point vu cette joie, n'a jamais \u de joie,'- 
dit la m. Sniicco , v, •.>. . 



!04 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

lluence contraire. El ils réussirent si bien et à un tel point 
que, d'après le récit de Josèphe, lors({ue plus tard les Saddu- 
céens furent revenus au pouvoir, «rien cependant i^e se faisait, 
pour ainsi dire, conformément à leurs opinions, et que le Sad- 
ducéen lui-même, arrivant aux fonctions publiques, devait 
malgré lui et forcément suivre l'opinion du Pharisien, parce 
qu'autrement le peuple ne l'eût pas toléré'. «Nous vovons aussi, 
dans le Thalmud, un prêtre sadducéen exprimer ses regrets 
amers de recevoir de son parti des instructions théoriques qu'il 
lui est interdit de mettre jamais en pratique-. 

Aussi l'activité que déploient Siméon ben Schatah et le- 
houda ben Tobaï est-elle étonnante, et quand même on aurait 
mis sur leur compte des dispositions appartenant à un temps 
postérieur, il n'en reste pas moins certain que les deux chefs du 
sanhédrin se sont occupés des sujets les plus divers. Nous en 
citons un exemple, d'abord parce que cet exemple prouvera 
que la sévérité extrême dans l'application de la Loi n'était pas 
toujours du côté des Sadducéens, et ensuite parce qu'un fait 

' A. J. XVIIl, 1, Ix. Ce passage a été mai compris. N. Krochmal (More nehouche 
hazzeman, p. 66 a) en a parfaitement rendu le sens. (Voyez aussi Geiger, Urschrijl, 
108.) Seulement i5w' «Jtwv ne veut pas dire ici «par eux,» mais «sous leur direc- 
tion." c'est-à-dire, suivant leurs opinions. M. Geiger a mis les mots : nachihreti 
Arisichlen entre parenthèses; mais ils sont exprimés dans le texte de Josèphe. 

* Geiger, /. c. p. 1 1 2 et suiv. — Tos. loma, cliap. i : V3N7 ^DN NS''^2 

nCN "«JN "TT'C^yi "TI-D^^C* i:? }"'E?1i' DDH JW! ]^Dmi DÎT'-'n U^^'û'' ^2 

D'iDDH ''-)3"i'7 i:n ]"'yDiiyi ]wi:! i:k ;''n ]''Uin ^Jiiu ^z bi* ï)N i*? 

«(Le Boéthusien, après avoir terminé le service,) en sortant dit à son père: Pen- 
dant toute votre vie vous enseigniez sans agir, jusqu'au moment où je suis venu 
pour mettre (votre enseignement) en pratique. Mais le père répondit: Bien que 
nous enseignions, nous n'agissons pas de même, et nous nous conformons (pour 
la pratique) aux paroles des docteurs.» j. ib. i , 5 : îl^'JI U^^ND IDIN IDVC/' ly, 
expression de fierté; b. ibitl. i() b, les paroles du lils manquent. Nous croyons bien 
recontiaître ici l'Anan (llanan), fils d'Anan, de Josèphe, A. J. \X. ix, 1. 



CHAPITRE VU. 105 

historique semble s'y rattacher. Parmi les points de diffé- 
rences entre les Pharisiens et les Sadducéens figure le châti- 
ment qui doit être infligé aux faux témoins. D'après l'Ecriture 
(^Deutéron. xix, i^), le faux témoin doit subir la peine que 
son témoignage aurait fait infliger à l'innocent. Les Sadducéens 
pensent que les faux témoins ne subiront le châtiment que 
lorsque celui qui a été faussement accusé l'a déjà subi lui- 
même, tandis que les Pharisiens soutiennent qu'il suffit pour 
punir l'imposteur que le jugement ait été prononcé, quand 
même il n'aurait pas encore été exécuté (m. Maccot, i, 8). 
Une baraïta ajoute au nom de lehouda ben Tobaï : r Je vou- 
drais être aussi sûr de voir la consolation (de mon peuple), 
que je le suis d'avoir fait exécuter un faux témoin pour dé- 
courager les Sadducéens, qui disent qu'il ne fallait mettre à 
mort les imposteurs que lorsque le condamné avait été déjà 
exécuté. Mais Siméon ben Schatah lui dit : Aussi bien je vou- 
drais voir la consolation (de mon peuple), que je suis sûr que 
tu as versé un sang innocent, puisque les sages ont arrêté que 
les deux témoins, pour être mis à mort ou flagellés, doivent 
avoir été convaincus d'imposture. Depuis ce temps lehouda ben 
Tobaï résolut de ne plus prendre de décision qu'en présence de 
Siméon ben Schatah. •>■) Dans une autre relation plus courte et 
peut-être plus originale, les rôles sont intervertis, ç^ Siméon 
ben Schatah, y est-il dit, ordonna l'exécution d'un faux té- 
moin; mais lehouda ben Tobaï lui adressa ces paroles : Aussi 
bien je voudrais voir la consolation (de mon peuple), que je 
suis sûr que tu as versé du sang innocent. La Loi prescrit de 
ne prononcer la peine de mort qu'après la déposition de plus 
d'un témoin (^Deut. xix, i5), et elle ordonne aussi cette peine 
contre les faux témoins; de même que, dans le premier de 
ces cas, il faut deux témoins, de même il faut, (pour qu'on 



106 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

châtie,) deux imposteurs '.55 Certes, cette rigueur convenait à 
Siniéon, qui, selon les Thalmuds, avait «les mains chaudes ^, » 
en d'autres termes, qui ne reculait devant aucune mesure ex- 
trême, qui se faisait, à Ascalon, le bourreau de quatre-vingts 
femmes accusées de préparer des maléfices, «rpour faire un 
exemple^, 57 comme dit le Sifré; qui assistait à la condamna- 
tion de son propre fils, faussement accusé par une bande de 
mauvaises gens concertés pour cette vengeance contre le père 
trop rigoureux", et qui, dans l'histoire que nous venons de 

' La première version se lit j. Sanhédrin, vi, h; h. Maccot, 5 b; la seconde, 
Mechilta sur Erode, xxiii , 7 : nilH^ l"? IDN DD1Î 1^ U^V p ]'iVT2U iin 12D 

^D h'j 3nn min mDNi ^p: m riDDty nb dk nonan nN-)N ^xara p 

□■•Jliy ]''DD1î ^N D^i^ D"'iy nD j-iDDIT (""D b^) Jnn D""!:?. Voyez Geiger 
/. caIio etsuiv. Quoi qu'il en soit, l'un ou l'autre chef du sanhédrin croit devoir 
appliquer la peine capitale à un seul faux témoin, bien que, d'après son propre 
avis même, ce châtiment ne dût pas être appliqué dans ce cas, avec la seule in- 
tention de démontrer, par la pratique, qu'on n'attendait pas pour punir l'impos- 
ture l'exécution du jugement prononcé contre l'innocent faussement accusé. 

- j. Sanhédrin, 1. c. : niDIDn rT* IM nî3U p pyDCT. 

' m. ibid. vi, 8; j. ibid.; j. Hagiffa ii, 2; Sifré sur Deutéronome , § 121 : 
DnnN Dit ni iDbb "jdV n^'^'^Ti nr^ns;. — Le verbe ïI^-iD a, dans le Thal- 
mud, le sens général de «faire des prodiges et des miracles sous une autre in- 
fluence que celle du vrai Dieu.n II est ainsi employé dans le passage cité ci-des- 
sns p. 9^ , note. 

■' j. Sanhédrin,], c. : H^D 'j^ linO"»: HS^ 13."! ;nDN ]^:i^''b DV^D HrUi 

n^b nDK N^rap-'D'? po: ^d nn^b i^n ^D^J^ ^iby n^-iDK n^j^Viap^Ji 
N'^a'? nruyp-ia an K3K n-^b ncx nTnînD "«nx icfi px pnp"'iy nn 

nDIpDND TnN nC^y "jT" b:f nyiC;n. «Une bande do mauvaises gens dit: Con- 
certons-nous et portons témoignage contre son fds pour le faire condamner à 
mort. La déposition fut faite et la condamnation à la peine capitale prononcée. Au 
moment où l'exécution dut avoir lieu, ces gens dirent : Maître, nous sommes des 
imposteurs. Le père voulut faire ramener son fils, mais celui-ci répliqua : Mon 
père! si tu désires remporter la victoire, que je sois le marchepied!" Que signifie 
la réponse du fils? 



CHAPITRK \ [[. 107 

citer, «pour décourager les Sadducéens, ?i ou bien, emparée 
que les circonstances l'exigent \ 75 redouble de sévérité, bien 
que la loi l'eût absous (cf. Josèphe, A. J. xni, 16, 2), contre 
un seul faux témoin, peut-être un Sadducéen, peut-être 
contre Diogène, le conseiller et ami du roi Janée. 

Ces principes de salut public, si dangereux pour le main- 
tien d'une justice équitable, s'allient, dans l'esprit de Siméon, 
à une préoccupation étonnante pour l'état de la femme et 
pour celui de l'enfance. Le caractère de la femme assise alors 
sur le trône dut exercer une grande influence sur son frère. 
Les quelques traits que nous avons pu réunir sur Salonié 
nous la montrent, du vivant de Janée, au milieu des troubles 
sanglants et malgré ses préférences incontestables , fenmie ré- 
servée: au moment de la mort du roi, où elle suit son mari 
malade devant la citadelle de Ragaba, épouse dévouée; plus 
tard, malgré la réaction des Pharisiens, qu'elle ne peut ni 
ne veut empêcher, reine modérée et mère respectée. Car Aris- 
tobule, son fils cadet, si fougueux, et chargé du connnande- 
ment des troupes, ne prépare de résistance qu'au moment où il 
court le danger de perdre tout pouvoir, et où Salomé, grave 

' l-iplia b^ pbD X^Sinb, on bien : "jd'? HD^Îi ny^niy "'JDD. Le 
Thalmud {Sanhédrin , Zi6 a) parlo de denx condamnations, l'nne à la lapidation 
contre un lionime qui était monté à cheval un jour de sabbat, l'autre à la flagel- 
lation, contre un mari qui s'était permis en public de trop grandes familiarités 
envers sa propre fenune; ces deux décisions extra-légales ont pour motif: «Parce 
que les circonstances l'exigeaient. n Mais rien dans le récit n'indique, comme l'af- 
firme Grœtz (111,125), que le coupable ait été un Sadducéen, ni que le jugement 
ait été prononcé à l'instigation de Siméon ben Schatah. Nous remarquons, en 
passant, que monter à cheval un jour de sabbat ou de fête paraît avoir été con- 
sidéré par les rabbins, moins comme un travail défendu, que comme un acte de 
jirofanation commis en public pour insulter à la religion et braver l'opinion et les 
prescriptions des docteurs. (Voyez, en dehors du passage cité in, un autre passage 
ci-dessiis, p. 58, noie 2; puis Hngij;n , t5 a.) 



108 IIISTOIRK m: LA PALESTINE. 

ment malade, institue le faible Hyrcan héritier de toute sa 
puissance. 

Voici, en faveur de la femme, les règles établies par Si- 
méon : «Jusque-là, le douaire était déposé chez les parents de 
la femme, et le mari (n'ayant rien à rendre) pouvait la répu- 
dier facilement; on ordonna donc que le douaire resterait entre 
les mains de l'époux. Comme le divorce paraissait encore trop 
aisé, on ordonna de nouveau que l'argent du douaire (au 
lieu de demeurer sans application) serait employé à l'achat de 

vases, de coupes et de plats Plus tard, on arrêta même 

que le mari devait faire entrer le douaire dans son commerce, 
parce que, pouvant le perdre, il se déciderait plus difficilement 
à renvoyer sa femme. Siméon ben Schatah fit les trois dis- 
positions suivantes : i° le mari devait se servir du douaire de 
son épouse dans ses transactions commerciales; 9" les enfants 
devaient aller à l'école; et 3° les objets en verre seraient 
susceptibles de contracter une impureté '.'i Ce cas d'impureté 

' j. Ketubot, vin, 11 (Sa h). Il est superflu île remarquer que, plus un législa- 
teur oppose d'obstacles au divorce et prend soin de la veuve, plus il témoigne 
de son respect pour la femme et plus il relève la dignité humaine. A pari de rares 
exceptions, les docteurs cités dans les Thalmuds entrent tous dans cette voie, et 
ofTrent souvent des exemples de déférence et de sollicitude pour la femme, qui 
contrastent singulièrement avec les habitudes qui régnent alors dans la société 
païenne de la Syrie. Les Pharisiens, plongés dans les études qui diminuent les be- 
soins, et éloignés du luxe qui les crée, ressentaient les premiers les charmes de 
la vie intime, qui est incompatible avec l'état d'infériorité de la femme. Les Sad- 
ducéens, gorgés d'honneurs et de richesses (^4. J. XIII, xvi, 3), servis à table 
en vaisselle d'or et d'argent (Abot derabbi Nathan, c. v), éprouvaient bien moins 
ce sentiment. Il y a certes beaucoup plus d'ostentation que de soins affectueux 
dans la mesure du tribunal sacerdotal qui accorde à la jeune fille mariée à un 
prêtre un douaire de hoo zowz, juste le double des 200 qui étaient assurés à toute 
autre femme Israélite (m. Ketubot, 1, 6). H y a aussi de la dureté à demander 
à la femme abandonnée par son mari, avant de lui accorder la pension alimen- 
taire, le serment qu'elle ne cache aucun bien, comme les fils des grands prêtres 
le soutiennent ronlre Hanan , m. ihiil. xiii , 1 . 



CHAPITRE VII. 109 

ayant été déjà inslitué par José ben loézer et José ben lo- 
hanan, un docteur remplace les objets en verre par les objets 
en métal, bien qu'il soit difficile d'admettre que les vases de 
cette dernière espèce, beaucoup plus facilement entamés par 
leur contenu que ceux en verre, aient été déclarés impurs 
seulement après les autres ^ Nous rencontrons encore une 
autre décision de Siméon pour garantir la situation de la veuve 
ou de la femme répudiée. « Dans les premiers temps, on promit 
aux jeunes filles un douaire de deux cents zoiiz, et aux veuves 
un douaire de cent zouz; mais, comme les hommes vieillis- 
saient sans pouvoir se marier, les femmes ne montrant pas 
assez de confiance dans de simples promesses, Siméon ben 
Schatah ordonna que tous les biens du mari serviraient de 
garantie au douaire^, w Cette dernière garantie peut être con- 

' Voyez ci-dessus, p. 76, note 1. M. Graelz (III, ^76) revendique pour Siméon 
ben Schatah, la disposition relative aux vases en verre parce que, avant les Asmo- 
néens, les Juifs étaient trop pauvres pour s'en servir et qu'une mesure relative à 
des vases semblables aurait été superflue. Mais le verre était un produit indigène, 
et depuis les temps les plus reculés il y avait des verreries en Pbénicie. ( Voy. Ritter, 
Erdhinde, XVI, p. 728.) Ce n'est pas la rareté, mais la fragilité de cette matière 
qni a donné naissance au proverbe thalniudîque: «Quiconque veut gaspiller sa for- 
lune introduira des vases en verre dans son ménage, n 

^ Kelubot, 82 b. Toutes ces dispositions concernant le douaire ont fait croire 
plus tard que l'acte du douaire, ou IVm'f [Ketubah) lui-même, avait été introduit 
par Siméon ben Schatah, et (Sa66a«, 16 h) on dit: nairiD îpTl ntûC? p p^DE? 
nîyx?. Mais elles prouvent, au contraire, l'antériorité de la Ketubah, puisqu'elle 
devait déjà exister depuis quelque temps avant qu'on pensât à augmenter les 
garanties qui pussent en assurer le bienfait à la femme. Il n'y a donc aucune con- 
séquence à tirer, pour l'âge du livre de Tobie, comme l'a prétendu M. Grœlz 
(III, 676), du mot (T^jyypa^ri qu'on y lit vu, lU. — Le même historien {ib. h']']) 
prétend rapporter à cette époque les j-ylophories , c'est-à-dire, la fête du i5 ab, 
consacrée aux offrandes de bois pour le temple {Meg. Ta'anit, S 11, m. Megilla, 
I, 6; j. ibid. (70 c); m. Ta'anit, iv, 6; j. ibid. (68 b-69 c); b. ibid. 28 a-3) a). 
Prêtres ot peuple rivalisaient de zèle pour ces offrandes, et les jeunes filles de 
Jérusalem, toutes pareillement habillées de blanc, se livraient dans cette oc- 



110 HISTOIRE l)K LA PALESTINE. 

sidérée comme un complément indispensable de la permission 
accordée, ou plutôt du devoir imposé au mari do mettre \o 
douaire dans son commerce. 

Les maximes que la m. Ahot, i, (8-^), a conservées de C( 
couple ont trait à la prudence que le juge doit mettre dans 
l'exercice de ses fonctions. « Jehuda ben Tobaï dit : (Juge,) ne 
te fais pas avocat; tant que les parties sont en ta présence, 
considère-les comme si elles avaient tort toutes les deux; s'en 
sont-elles allées, se soumettant à ton jugement, regarde-les 
comme si elles avaient eu raison l'une ot l'autre '.•'5 Voici la 



casion, à la joie et à la danse (m. Ta nuit , vi, lo). Janée, poussé par sa haino 
contre les Pharisiens, aurait inlerdil ces offrandes qu'on reprit aussitôt après sa 
mort avec des démonstrations de satisfaction d'autant plus bruyantes qu'on avait 
été contrarié par la défense. Ce sont là de pures fantaisies qu'un homme aussi sé- 
rieux que M. Graîtz ne devrait pas introduire dans l'histoire. Les jrijlopliorirx 
datent sans contredit de l'époque où le second temple fut inauguré, comme on le 
dit dans les Thalmuds (/. c.) et dans la glose de la Chronique, qui contient encore 
d'autres notices qui remontent aussi haut (voy. p. 72, notei et p. 7^, note a). La 
Mischna {Ta'anit, iv, 6) fixe même neuf jours différents de l'année pour ces 
offrandes, seulement celles du i5ab étaient les plus considérables et accompa- 
gnées d'une fête populaire. M. Graetz (p. 1^78) corrige avec raison une erreiu- 
chez Josèphe (/?. J. II, xvii, 6 et 7) , qui met les jrylophories au l 'i ab. 

' Les mots ^''J^^in ""STIi-', que nous avons traduits par «avocats," sont ainsi 
expliqués par Maimonide dans ses commentaires sur la Mischna (B. I. mss. hébr. 

|Dy.â_i^L aLCA\ jj^Jui^j AjlSls [\d^(AjL:^ (Jj^l \ôSj ^♦<i3i ^31 

<K-/^J^c (J^tX-J <V.*^i!w (jL jo^iJi^ «V.JI f^ y^ lovi *i-~= (j^ siol A \o-.^=> 
r Ce sont des hommes qui enseignent comment il laul discuter et qui de\ieimenl 



CHAPITRE VII. 111 

maxime de Siméon ben Schatah : " Interroge beaucoup les té- 
moins, mais sois circonspect dans tes questions pour qu'elles 
ne leur apprennent pas comment ils doivent mentir, v 

La fertilité paraît avoir été extraordinaire du temps de 
Salomé. Une tradition raconte : tSous Siméon ben Schatah et 
la reine Salomé, la pluie tombait les veilles de Sabbat, au 
point que le froment devint (gros) comme des reins (nr^D), 
l'orge comme des noyaux d'olives et les lentilles comme des 
denars d'or; les docteurs ramassèrent de ces grains et en 
conservèrent des échantillons pour montrer aux générations 
futures où mène le péché ^ w Le souvenir de cette fertilité se 

ainsi les conseillers des masses quand elles ont des procès. Ils formulent des ques- 
tions , p. ex. : Si le juge dit ceci , il faut répondre ainsi ; si l'adversaire a telle pré- 
tention, il faut répliquer de cette façon. Ils mettent donc, pour ainsi dire, juges 
et plaideurs en scène, el s appellent 'Oreché haddaijyanin , parce ([u ils placent les 
juges devant eux. lehouda ben Tobaï défend (aux juges) de ressembler à ces hommes, 
c'est-à-dire d'apprendre à l'un des plaideurs un argument dont il pourrait pro- 
filer, et de lui recommander d'affirmer ceci ou de nier de celte manière; quand 
même (ces conseillers) sauraient, par la conviction qu'ils ontacquise, que ce plaideur 
subit un tort et que l'adversaire a de vaines prétentions, il ne leur est pas permis 
de suggérer au premier un argument qui pourrait le sauver de quelque façon et 
lui devenir ulile.n Les mots Q''i?2?") et ]"'N3T ont égaré jusqu'à M. Grœlz (III, 19 6) 
sur le sens de cette maxime ; il y a vu des transgresseurs de la Loi et des innocents. 
Mais on ne nommera jamais de tels accusés D^i^"! "''?2?3, tandis qu'on désigne, 
par yty~) et ""NDÎ, tout aussi bien l'homme injuste et l'homme probe, celui qui 
dans un procès a fort et celui qui a raison, que l'impie et le pieux. Du reste, ap- 
pliquée à ces derniers, la maxime déviendrait fausse et dure; car le juge doit, 
bien au contraire, considérer l'accusé traduit devant son tribunal comme in- 
nocent aussi longtemps que la culpabilité ne lui est pas démontrée. C'était là le 
principe suivi par les docteurs; on n'a qu'à lire, pour s'en convaincre, ie traité de 
Sanhédrin , et particuhèrement le chapitre v. 

' La pluie pendant la nuit de vendredi à samedi, roù aucun voyageur juif ne 
peut être en route, -^ grâce à la sainteté du sabbat, est regardée comme «la pluie 
en temps opportun. '' {Lévitique, xxvi , d ; Deutn-oiu xi, 1 4 et les commentateurs. ) 
Ce passage se Ut Ta'anit, a3 a (voy. p. 1 0-2 , note *?); il est remarquable que Si- 
méon ben Shatali soit nommé à côté de la reine. 



ll-i HISTOIRE DK LA PALKSTI.NK. 

grava d'autant j)lus profondément dans la mémoire des con- 
temporains, que cette abondance fut suivie, peu de temps 
après la mort de la reine, Je trois années de stérilité et de 
disette. «On dit alors, raconte la Mischna, à Onias, le faiseur 
de cercles : Prie pour qu'il y ait de la pluie. Onias recom- 
manda au peuple de rentrer d'abord les fours ( en terre 
qu'on avait déjà établis en plein air) poui (y rôtir) les victimes 
de Pâques, de peur qu'ils ne pourrissent. Il pria; mais la pluie 
ne tomba pas. Il traça un cercle, et, y étant entré, «Seigneur 
du monde, dit-il, tes enfants se sont adressés à moi, parce 
que je suis devant toi comme un fils de la maison; je jure, 
par ton grand nom, que je ne sortirai pas d'ici que tu n'aies 
eu pitié de tes enfants. Quelques gouttes commencèrent à 
tomber. Ce n'est pas, reprit Onias, ce que j'ai demandé, mais 
une pluie qui remplît les citernes, les puits et les cavernes. 
Aussitôt il y eut une averse terrible. Ce n'est pas, répéta 
Onias, ce que j'ai demandé, mais une pluie qui montre ta 
bienveillance, ta bénédiction et ta bonté. La pluie devint ré- 
gulière, (mais se prolongea) jusqu'à ce que les Israélites, pour 
y échapper, montassent de Jérusalem à la montagne du temple. 
Comme tu as fait des prières, lui dit-on, pour que l'eau 
tombe , fais-en d'autres pour qu'elle cesse de tomber. — Allez 
voir, répondit Onias, si la pierre des égarés est submergée. 
Mais Siméon ben Schatah lui fit dire : Tu mériterais d'être 
excommunié; seulement, que puis-je faire? Tu joues devant 
Dieu comme un enfant gâté devant son père, qui fait toutes 
ses volontés ^ n Cette histoire, sans doute embellie et dont il y 

' m. Ta'anit, m, 9-12 ; j. îfciti. (66 d et suiv.); b. tèirf. 28 a, et surtout Meg. 
Ta anit, S 34, où le 20 adar est désigné comme une fête commémorât! ve. Cet(e 
date, qui précède de quelques semaines seulement la fête de Pâques, explique com- 
ment les fours en plein air étaient déjà établis pour les étrangers faisant le pèleri- 



CHAPITRK Vil. 113 

a des versions [)lus ornées encore, est rappelée par Josèphe', 
et se place, par le nom de Siméon ben Schatah, qui y est 
mentionné, dans les premiers temps de la guerre fratricide 
qui éclate en ce moment entre Hyrcan et Aristobule, les fils 
de Salomé. Qu'y a-t-il alors d'étonnant que la prospérité et 
l'abondance qui n'avaient pas cessé de régner sous la pieuse 
reine aient été regardées comme une juste récompense du 
ciel, et que le fléau de la famine qui sévit au début des déchi- 
rements intérieurs ait été considéré comme un juste châti- 
ment de Dieu ? 

Nos sources ignorent cette lutte, dont le premier acte finit 
par un compromis, d'après lequel Hyrcan reste pontife et 
Aristobule devient roi. Seulement, lorsque excité par Anti- 
pater, le chef de la famille hérodéenne, Hyrcan s'enfuit de Jé- 
rusalem pour demander le secours du roi des Arabes, y re- 
vient avec l'armée de Hareth, prend la ville et assiège son frère 
dans l'enceinte du temple (^5), alors seulement le Thalmud 
nous fait le récit suivant ^ : ^ Pendant que les princes de la 
famille asmonéenne se faisaient la guerre, Hyrcan hors du 
temple et Aristobule dans l'enceinte, on descendit journel- 
lement une boîte remplie de denars aux assiégeants, qui 

nage à Jérusaiem et devant rôtir l'agneau pascal. Celte chronique seule parle des 
trois ans de famine; dans ce cr.s, le 8 et le 9 adar, qui s'y trouvent au S 28 égale- 
ment notés comme fêtes à cause de la pluie qui est tombée après une grande sé- 
cheresse, pourraient bien se rapporter aux deux premières années de cette période 
de stérilité. — La «pierre des égarés» (D''j?1î3n pN*) est, d'après une tradition, 
plutôt la pierre des objets égarés, parce qu'on y déposait les épaves , que le proprié- 
taire légitime pouvait y réclamer, (j. Ta'atiit, 66 b; Babâ-wetzia, 28 b, où il y a 
|yin pN.) 

' ^.y. XIV, 11, 1. Je ne sais pas pourquoi M. Grœlz (III, i3o et 1 3.3) appelle 
cet Onias un Essénisn. 

- Sola, tici b; Menahot,6'i b. Baba-kammn , 82 b,est moins exact et va jusqu'à 
confondre la position des deux frères. 

I. 8 



tu HISTOIRK l)K l,\ PALKSIINK. 

montèrent (à ce prix) les victimes pour le sacrifice quotidien'. 
Mais il y eut un ancien-, connaissant la science fjrecque. 
nui fil comprendre aux assiégeants, au moyen de cette science, 
(ju'on ne leur livrerait pas le temple aussi longtemps qu'on 
pourrait célébrer le culte. Aussi, le lendemain, la boîte dede- 
nars ayant été descendue, on leur fournit un cocbon. Arrivé 
à la moitié du mur, l'animal (comme pour faire résistance) s'y 
cramponna avec ses pieds, et un tremblement de terre se 
fit sentir en Palestine sur une étendue de quatre cents pa- 
rasanges carrées^. A cette époque, les doctetirs prononçaient 
la malédiction contre celui qui élèverait des porcs et contre 
celui qui enseignerait la science grecque à son fils. Dans ce 
même tenq)s, comme dit la Mischna, la gerbe pour l'Omar 
dut venir des toits de Seriphée et la farine pour les deux pains 
(le la vallée d'En-Sôcher*. w Josèpbe raconte qu'Onias, dont la 
prière avait été efficace contre la sécheresse, fut découvert 
dans une cachette oii il s'était enfui au milieu des troubles, 
entraîné par les gens de Hyrcan et forcé d'adresser des suppli-' 
cations à Dieu, rt Seigneur, roi de l'univers, dit le pieux 
homme, puisque ceux qui se tiennent debout avec moi sont 

' Josèphe (/. c. Il, 9) parle des victimes pour les fêtes de Pâques qui man- 
quaient aux assiégés. (Voy. Grœtz, III, 48o.) Les mots '131 Di^î!? DDINS (j. Be- 
rnchot, iv, 1 ) peuvent se rapporter à un temps postérieur. 

^ M. Graetz (/. c.) suppose que cet ancien était Anlipater. D'après Raschi, l'an- 
cien était dans les rangs d'Aristobule, et trahissait son parti. La sagesse grecque, 
par laquelle il faisait comprendre ( îy*?) sa pensée, était alors peut-être le moyen 
qu'on attribuait aux Grecs de communiquer secrètement avec l'ennemi comme 
de lancer par-dessus le mur des flèches auxquelles on attachait des billets. (Cf. 
Graetz, III, 5o2.) 

"* M. Graetz cite un passage de Dion (xxxyii, 1 1 ) sur un tremblement de terre 
qui , dans cette année ( 6'» ) ' détruisit plusieurs villes de TAsie. 

'' La gerbe pour YOmer des Pâques et la farine pour les deux pains de la Pente- 
cùle {Lévit. xxui , 1 7) devaient, autant que possible , être prises des blés dans les en- 
\ irons de Jérusalem. Sur les localités mentionnées ici , voir In Partie géograph. s. c. 



CHAPITRE VII. 115 

ton peuple, et que les assiégés sont tes prêtres, n'exauce ni les 
prières de * ceux-ci contre ceux-là , ni les vœux de ceux-là 
contre ceux-ci. r, Onias fut lapidé à la suite de cette prière ^ 
L'indifférence à l'égard des deux partis combattants, que 
respirent les paroles d'Onias, est le sentiment des Pharisiens 
et aussi celui de la classe moyenne ou , s'il m'est permis de 
m'exprimer ainsi, de la bourgeoisie, à Jérusalem et dans le 
pays. Le Juif est démocrate par sa nature et aime l'égalité ab- 
solue, peu importe que ce soit sous le régime de l'indépen- 
dance ou sous celui de l'oppression. wLa nation sainte ^ le 
royaume de prêtres , » ne reconnaît d'autre distinction que celle 
que donnent la piété et la connaissance de la Loi. Ce sont là 
des mérites tout personnels et qui ne se transmettent pas par 
héritage. La famille asmonéenne, une fois sur le trône, n'a 
donc jamais été sympathique au peuple, et cette aristocratie 
des prêtres, avec soit cortège d'alliés, froisse son génie, ré- 
volte sa nature intime. Le sacerdoce, dans la pensée juive, 
est une fonction qui oblige et non une prérogative qui s'im- 
pose. Depuis les derniers jours de Jean Hyrcan jusqu'à la mort 
de Janée, les docteurs de la Loi, vivant loin du pouvoir, de- 
vaient s'attacher de plus en plus toutes les forces vives de la 
nation, et pendant les neuf ans du règne de Salomé, ils 
avaient profité de la faveur royale, non pas pour s'enrichir et 
agrandir leur puissance, mais pour fonder des institutions 
utiles et assurer le triomphe des principes qu'ils représentaient. 
Le désintéressement est une des vertus le plus facilement 

' La piété extraordinaire d'Onias, l'efficacité de sa prière et sa mort violente, 
ont fait de lui un héros de la léfjende juive. Le surnom de ^hamraeaggeln (^Ji-'Dn) 
s'explique suffisamment par les cercles (Dv13"'2«*) qu'il traçait (n^li? 3i?, m. 
Ta'anit, m, lo). M. Wiesner, Der Bann (Leipzig, 1866), p. 1 1 , note 'j , tra- 
duit «de Magala." Je ne puis souscrire à coite opinion. 

N. 



116 H(ST()[RK l)K LA HALKSTINE. 

comprises par le peu|>le, et rien ne concilie autant le respect 
de ceux qui vivent péniblement et honnêtement de leur tra- 
vail que cette abnégation qui consiste à conserver la dignité 
de la pauvreté, malgré les séductions du pouvoir et malgré 
la facidté qu'on possède de puiser dans le trésor public. 
«Aime le travail, hais la domination et n'aie aucun rapport 
avec Tautorité,» telle est la maxime de Schemaia, le suc- 
cesseur de Siméon ben Schatah^ Qu'importe aux Pharisiens 
le triomphe de Hyrcan ou celui d'Aristobule ! Depuis que le 
faible pontife est devenu le jouet du rusé et ambitieux Idu- 
méen, cette lutte n'a plus aucun intérêt pour eux. La tradition 
rabbinique ne connaît ni Scaurus, qui se déclare pour Aris- 
tobule, ni Pompée, qui, après avoir reçu de fortes sommes des 
deux frères , termina son arbitrage par son entrée à Jérusalem , 
la prise du temple et la nomination de Hyrcan comme eth- 
narque; elle ignore les tentatives d'Alexandre, fils d'Aristobule, 
qui, retenu avec son père à Rome, s'échappe, réunit des forces 
en Palestine et est battu parAntipater et par le proconsul Ga- 
binius; elle ne connaît pas davantage Arislobule lui-même, 
qui, avec son fils Antigonus, sait également se soustraire à la 
surveillance de Rome et est défait par Sisenna, fils de Gabi- 
nius; elle n'enregistre ni les spoliations du cupide Crassus, 
ni celles du sordide Cassius; elle n'a ni des regrets pour Pom- 
pée, ni des souhaits [)Our le vainqueur de Pharsale; elle tait 
les ruses par lesquelles Antipatersait gagner les faveurs de Cé- 
sar, qui le nomme procurateur de la Syrie, et elle passe sous 
silence les dispositions avantageuses que César prend pour les 
Juifs de l'Empire, et particulièrement pour ceux de Jérusalem. 
Mais Josèphe nous dit (pi'au moment où Hyrcan et Aristobule 

' m. Aboi. I, y. PTu'l pour nVù*N"l, de CNI, <'lèle, diel",r' l'ormé comme 



CHAPITRE Vif. 117 

plaident chacun leur cause devant Pompée, «le peuple se 
montrait opposé à l'un et à l'autre, ne voulant pas du pou- 
voir royal ; car il avait l'habitude d'obéir aux prêtres du Dieu 
adoré chez lui, tandis que ces descendants des prêtres cher- 
chaient à soumettre la nation à une autre forme de gouverne- 
ment et à en faire des esclaves ^ w Ce même mépris contre le 
sacerdoce de ce temps se retrouve dans ce récit du Thalmud : 
« Un grand prêtre sortit (le soir du jour du Pardon) du temple , 
suivi de tout le monde; mais, dès que le peuple aperçut Sche- 
maïa et Abtalion, il abandonna le pontife pour faire cortège 
aux chefs du sanhédrin. Au moment où Schemaïa et Abtalion 

' A. J. XIV, m , 2. M. Grœtz (III, i38), à roccasion de ce passage de Josèphe 
qai, à cause de son imporfance, aurait mérité d'être reproduit textuellement, fait 
la remarque suivante : «On ne sait plus de quels éléments s'est formé ce parti 
intelligent; mais il possédait sans aucun doute des membres du sanhédrin dans 
son sein . . . C'est à cette occasion que s'est montré le premier germe impercep- 
tible de ce parti, devenu puissant plus tard, qui, comme eitpression de la vo- 
lonté nationale, brave l'omnipotence romaine et entoure la chute de l'état juif de 
l'auréole de l'héroïsme.» Toute notre exposition tend à prouver que la portion 
la plus intelligente de la nation était toujours indifférente à son indépendance po- 
litique et préoccupée seulement de son existence religieuse : c'était d'abord les 
docteurs de la Grande synagogue, puis les Assidéens, et enfin les Pharisiens. A 
peine les dangers de l'hellénisme sont-ils conjurés, que Judas le Maccabéen lui- 
même est presque abandonné par ses anciens partisans, qui se soumettent à n'im- 
porte quel roi de Syrie, pourvu qu'il leur accorde le libre exercice de leur culte et 
la liberté d'étudier la Loi. Aussi Josèphe appelle-t-il ceux qui sont 'Tspoe «^(poTépovs 
«contre tous les deux» tout simplement to éBvos , «le peuple.» Le parti de la ré- 
sistance et de l'action contre les Romains prend si peu naissance dans cette cir- 
constance, que les Juifs semblent regretter le régime dont ils jouissaient avant An- 
tiochus Épiphane , et qu'ils sont disposés à l'accepter de nouveau sous la suzeraineté 
des Romains. Ils ne connaissaient pas encore la politique tortueuse de ce peuple ni 
sa rapacité insatiable. Les Crassus, les Cassius et tant d'autres proconsuls ou pro- 
curateurs, Hérode et sa famille anti-judaïque, sont les véritables créateurs de la 
fraction belliqueuse de la nation, et nous verrons plus loin que, même à l'époque ' 
de l'insurrection , les Pharisiens rêvent encore la possibilité d'une soumission di- 
recte aux Romains et la conservai inti do leur ciille à Jénl^alcm. 



118 HiSTOiRE DE LA PALESTINE. 

prenaient conj^é du pontife, celui-ci leur dit : Salut aux hommes 
du peuple! En effet, répondirent-ils, salut aux hommes du 
peuple qui accomplissent l'œuvre d'Aron, et point de salut au 
fils d'Aron qui n'agit pas comme Aron ^ » Que ce grand prêtre 
ait été Hyrcan ou Aristobule, ou bien le fils de celui-ci, An- 
tigonus, qui occupa pendant deux ou trois ans le pontificat, 
le peuple de Jérusalem les aurait tous traités de la même 
façon. 

' loma, 7i,b. Le salut ironique du grand prêtre : Qp^'7 ]^DDy ''33 Tl^^, a 
fait supposer que ce couple descendait des païens [Sanhédrin , 96 b) , ce qui ne 
paraît guère probable. Le pluriel D^DV, en cbaldéen ]^DD2? , s'emploie aussi pour 
les Israélites ( Thésaurus , p. 1 o4 , col. 1 ), et a été choisi par le pontife , parce que 
ce mot, s'appliquant souvent aux païens, avait quelque chose de louche et d'inju- 
rieux. Le même terme est repris avec orgueil par les chefs du sanhédrin, qui se 
considéraient comme les représentants du peuple à l'égard de l'aristocratie. Vœuvre 
d'Aron est d'aimer et de rechercher toujours la paix et la concorde. (Voyez m. 
Ahot, I, 12.) Je ne sais pas ce qui a permis à M. Grsetz (III, 161) de prononcer 
d'une manière aussi positive que ce grand prêtre était Antigonus. 



CHAPITRK VIII. JI9 



CHAPITRE VIII. 

l-i;S PHAHISIENS ET LES SADDUCÉENS, 

La ru|)ture entre les derniers Asmonéens et les docteurs 
ou soferim est maintenant accomplie. La défense du judaïsme, 
menacé par les idées païennes, la conservation de la sainte 
Loi, attaquée par les aspirations mondaines des hellénistes, 
avaient réuni pour un instant les fils de Matathias aux hommes 
pieux de la Judée; le danger ayant disparu, cette union entre 
les prêtres et les Assidéens ne pouvait durer qu'autant qu'ils 
continueraient à poursuivre ensemble le but suprême de la 
lutte, l'anéantissement complet de toute influence étrangère, 
la concentration de toutes les forces morales de la nation dans 
le seul intérêt de la religion. Les Asmonéens paraissaient bien 
faits pour aider à un tel résultat, issus d'une famille de prêtres 
peu considérée \ ils auraient pu chercher leur point d'appui 
dans le peuple et dans les docteurs-qui en sortaient. Malheureu- 
sement, le succès les enivre et les victoires qu'ils remportent 

' Voir Geiger, Urschrifl,p. ao6. La branche deJoïarib faisait, d'après une tradi- 
lion , le service du temple lors de la première et de la seconde destruction du temple. 
Geiger cite à ce sujet un passage très-curieux tiré de j. Ta'anil, iv, 8 (68 d) : 

-iDK x-'-'n:^'? iXir^-'n idd ■•'«anDD xmp pi-iD ma: nniin"' •'iV 'i idn 

13 13101 T)D^ Vv V:2 Dr 3nn n"" n"'313 ■). wR. Lévi dit : Joïarih (Dieu 
luttera avec lui) est le nom de Thomme (ou de la famille); Merôn (révolte) est 
celui de leur ville; Massarbeï (rebelles), signifie il a livré le temple (masar heiUt) 
aux ennemis. R. Berachia (explique) ces noms: Dieu a lutté contre ses enfants parce 
qu'ils se sont révoltés et ont été rebelles envers lui. » Les trois mois sur lesquels ces 
deux rabbins jouent paraissent empruntés à un texte que nous ne connaissons pas. 
Il nous semble que R. Lévi pensait encore faire un jeu de mots entre Mmm et Mo- 
dem, puis entre Massnrheï ol Mahkaheï. 



120 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

leur enlèvent cette simplicité de cœur avec laquelle ils s'étaient 
consacrés au rétablissement du culte national. Etre les servi- 
teurs dévoués du Dieu d'Israël, succéder à Siméon le Juste, 
cela ne suffit plus à leur ambition; ils veulent être les maîtres 
de la Judée, succéder à la famille royale de David. Dès ce 
moment, le sacerdoce se reconstitue autour du pontife , et, ce 
pontife étant devenu un chef temporel, les prêtres lui forment 
une cour. Sous l'influence de ce mélange du sacré avec le 
profane, tout s'altère et se dénature : le temple se change en 
palais, les solennités religieuses empruntent quelque chose à 
la pompe royale, les pieuses offrandes deviennent des taxes 
fiscales, la sainteté du prêtre. elle-même est un privilège im- 
posé par la force. Ces descendants d'Aron que, tout à l'heure, 
on accusait chez Pompée r^ de soumettre la nation à une nou- 
velle forme de gouvernement et d'en faire des esclaves,» avec 
leur nombreuse clientèle, se composant de leurs parents et 
alliés et des familles les plus riches, forment l'aristocratie de 
la Judée, que leurs adversaires, comme nous l'avons vu, stig- 
matisaient du nom de Sadducéens. 

Les soferim, au contraire, ont toujours présente à la mé- 
moire la cause du soulèvement contre Antiochus Epiphane : 
ils n'oublient ni les persécutions qu'ils ont souffertes, ni le 
danger qu'a couru le patrimoine sacré de leurs ancêtres, ni 
la faiblesse coupable à laquelle le pontificat s'est laissé en- 
traîner. Ils ont conservé une haine plus profonde contre le 
paganisme, une affection plus vive pour la loi, une défiance 
plus ombrageuse et aussi un respect amoindri envers le sacer- 
doce. Le malheur avait été pour ces docteurs une école pleine 
d'enseignements utiles, et ils y ont appris à connaître mieux 
les hommes et les choses de leur époque. Le païen de ce 
tenqjs, en Syrie surtout, était sensuel et avide de plaisir; 



CHAIMTHE VIN. 121 

l'idolâtrie n'était qu'un prétexte de jouissances dans les théâ- 
tres, les gymnases, les cirques; il fallait donc rendre la vie 
plus austère, l'entourer d'tume haiew plus épaisse, infranchis- 
sable; il fallait attirer le peuple dans cette voie en lui prodi- 
guant des soins, en l'instruisant et en l'élevant à ses propres 
yeux; il fallait faire adopter aux masses toutes les prescriptions, 
toutes les observances, toutes les rigueurs qu'on s'était impo- 
sées soi-même; il fallait que la ligne de séparation entre l'ido- 
lâtre et le Juif entourât la nation tout entière. 

Les Pharisiens, comme les appelaient les Sadducéens, 
avaient en cela une tâche assez facile; leur propre douceur et 
la dureté orgueilleuse de l'autre parti les aidèrent également 
à accomplir cette tâche '. Nous avons vu que, sous Jean Hyrcan 
déjà, le peuple, au lieu d'être reconnaissant du soulagement 
que le prince prétend lui procurer par la défense d'observer 
les prescriptions de rigueur introduites par les Pharisiens, con- 
sidère cette interdiction comme une humiliation et y puise une 
cause de haine contre les Asmonéens; nous avons vu cette haine 
éclater et dégénérer en voies de fait contre -Janée au milieu 
du temple, sans que la dignité du pontife ni la sainteté du 
lieu arrêtât les manifestations bruyantes; nous avons raconté 
enfin comment ce peuple, après la solennité la plus auguste 
du culte juif, abandonna le grand prêtre, qui venait de lui 
annoncer, au nom de Jéhova, le pardon des péchés, pour 
suivre les chefs du sanhédrin et les docteurs. 

Les prêtres, sans doute, n'étaient pas tous dans le parti des 
Sadducéens. 11 y avait certainement à Jérusalem un grand 
nombre d'hmnbles serviteurs de Dieu, dévoués aux saintes 
fonctions qu'ils remplissaient dignement, et vivant avec les 

' Josèplie , B. J. 1 1 , V 1 1 1 , 1 /i . 



122 HISTOIRK DE LA PALESTINE. 

Pharisiens en pleine communauté de pensées et d'actions. La 
laveur momentanée dont les soferim jouirent sous Salomé a 
dû considérablement en augmenter le nombre ; puis les con- 
quêtes lointaines que poursuit Alexandre, et les guerres civiles 
sous les derniers Asmonéens, qui détournent ces princes de 
tous les intérêts religieux, doivent iinalement amener une 
scission parmi les Sadducéens eux-mêmes , entre les savants , 
les légistes, les hommes aimant le calme et la paix, et les cour- 
tisans, les guerriers, les hauts fonctionnaires du temple; cette 
scission s'achèvera surtout, comme nous le verrons, lorsque 
Hérode sera monté sur le trône de la Judée. 

Toutes les différences qui, selon Josèphe et les sources rab- 
biniques, existent entre les principes et les opinions doctri- 
nales des deux partis, s'expliquent par les différences d'origine, 
de caractère , de position et d'aspirations que nous avons re- 
connues chez les Sadducéens et les Pharisiens. « Les Pharisiens , 
dit Josèphe^ mènent une vie peu dispendieuse, n'accordant 

' ^.J. XVIlI,i, 3-6; cf. XIII, T, 9; B. J. II,viii, li . Nous avons traduit ces 
deux paragraphes presque entièrement à cause de leur importance et aussi parce 
que nous ne sommes pas toujours d'accord avec la version latine. Les coupes de 
phrases dans le texte sont mal faites et pourront facilement être corrigées d'après 
notre traduction. Le Xôyoi xpivas se rapporte, à notre avis, à la logique particu- 
lière des docteurs pharisiens, aux sept règles introduites ou plutôt classées métho- 
diquement parHilleL (Voyez p. 187.) — Josèphe renvoie, dans les trois endroits 
de l'Archéologie, à son second livre de la Guerrejuive; mais les Esséniens seuls sont 
traités avec plus de détail dans ce dernier ouvrage. Pour les deux autres partis, le 
passage de l'Archéologie que nous avons ci(é est plus clair. On y ajoute seule- 
ment ce trait, «que les Pharisiens pensent devoir interpréter avec rigueur les 
prescriptions légales" (f;teTà dxptëeias è^vys'ï'^Oct' fà v6iii(ia), c'est-à-dire les 
pousser à leurs conséquences extrêmes. (Cf. B. J.l, v, 2.) Dans le langage rabbi- 
nique, celte à«p<ëeia répond au mot N"lDin, et les Pharisiens sont les pT'DnD. 
Le paragraphe de Josèphe, A. J. XVII, n, 4, parle aussi de la grande sévérité 
lies Pharisiens, de leur antipathie pour le pouvoir royal, de l'appui qu'ils rencon- 
liaionl auprès dos femmes (v ■)vrai7cm'hi5, en allemand , FraiiPiiziiiimev. terme 



CHAPITHE Mil. 123 

rien à l'agrémenl. Jls se soumettent aux enseignements que la 
raison, après un examen rigoureux, a acceptés comme bons, 
croyant devoir défendre de touie attaque l'observation de ce 
que la raison a voulu ainsi ordonner. Ils respectent ceux qui 
sont plus avancés en âge, ne hasardant jamais même une con- 
tradiction contre leurs institutions. Ils pensent que tout se fait 
par le destin, sans supprimer pour cela l'effort de la volonté 
humaine, parce qu'il a plu à Dieu qu'il y eût une fusion entre 
l'arrêt du destin et la décision de l'homme pour celui qui 
veut suivre la voie de la vertu ou du vice. Ils croient que les 
âmes possèdent une force immortelle, et qu'il y a sous terre 
des récompenses ou des châtiments pour ceux qui, pendant 
leur vie, ont pratiqué la vertu ou le vice, que les âmes des 
uns y restent éternellement enfermées, tandis que celles des 
autres reviennent facilement à la vie. De là la grande autorité 
dont ils jouissent chez le peuple, qui, pour tout ce qui con- 
cerne les choses divines, prières ou sacrifices, se conforme ;\ 
leurs prescriptions. . . Les Sadducéens, au contraire, sont d'avis 
que l'âme disparaît avec le corps. Ils n'ajoutent aucune obser- 
vation à ce qui est prescrit par les lois; car ils considèrent 
comme un mérite de discuter avec les maîtres de la sagesse 
qu'ils recherchent. Peu de personnes suivent cet avis, mais 
elles sont les premières quant au rang qu'elles occupent. On 
ne se conforme, pour ainsi dire, en rien à leurs opinions. » 

L'indifférence des Pharisiens pour les biens terrestres, in- 
différence dont parle Josèphe, se retrouve dans les Abot derahhi 

choisi peul-èlre à cause de sa trivialité). Mais tout ce passage parait plutôt con- 
tenir le jugement de Nicolas de Damas, l'ami d'ilérode et l'auteur des w Mé- 
moires» (^.J. XV, vi, 3;cf. XVI, xvn, 1 ), auquel Josèphe l'a emprunté; le ton qui 
y règne n'est pas d'un Juif. (Voy. Grœlz, 111, ^i83 contre M. Ewald, Gesch. d. V. 
Israël . 3' édil. IV, 5/i^i.) 



l-2/i HISTOIRE DR LA PALESTINE. 

Ndthun (c. v), où il est dit : «Les Sadducéens se servent tou- 
jours de vases en or et en argent; non pas par fierté, mais en 
tenant ce propos : C'est comme une tradition entre les Pha- 
risiens de se tourmenter dans cette vie, et cependant ils n'au- 
ront rien dans l'autre monde \ v 

Le respect pour les décisions des anciens forme un trait 
distincfif de la doctrine rabbiniquc; il est comme l'élément 
conservateur pour un parti qui adaptait volontiers son ensei- 
gnement aux besoins du temps. Il se retrouve dans cette 
inischna : rUn bèt-din ne peut abroger la décision d'un autre 
bèt-din, à moins qu'il ne soit supérieur en sagesse et en 
nombre '^ ;' On a vu que les Sadducéens, au contraire, encou- 

' On peut lire ce passage en entier, Geiger, Vrschrij't , p. io5, note. CI'. 
Sifré sur Dput. % 53 : HTH D'^IVa Dni^û^JD □"'p^lîjn riN* □"'Xn DnN 

n:"nnN3 moi:;'? ]didi nnvw^D d'^d"' nxi'b'c^ u^W2. t^Vous voyez les 

justes tourmentés daus cette vie; mais ces tourments ne durent que deux ou trois 
jours, et la joie est à la fin.'-» 

* Eiiuïoi, I, 5. Vi^n-'Z' ly TTisn pn n-'S n^i h'Qi^ biD"' pn rT'3 pN 

")D131 p:D31 HDDna UDD bllJ. Les S§ 5 et 6 de celte mischna offrent des 
difficultés que MM. Geiger ( Wissenschaftliche Zeitschriflfiir jiidische Théologie, II, 
p. i8o), Luzatto {Kérem-chèmed , III (i838) p. 71 etsqq.) et Rappoport {ibid.\', 
(18^1), p. 170 sqq.) ont cherché à résoudre. Nous allons les traduire et donner 
ainsi notre façon de les comprendre: «Pourquoi mentionne-t-on l'opinion d'un 
seul docteur à côté de celle de la majorité, puisque la décision n'est prise que 
d'après la majorité? Pour qu'un tribunal qui veut adopter l'opinion de ce seul doc- 
leur puisse y trouver un point d'appui pour sa décision. Car (en principe) un 
bèt-din ne peut abroger la décision d'un autre bèt-din, à moins qu'il ne lui soit 
supérieur en sagesse et en nombre; ni la supériorité en sagesse sans le nombre, ni 
celle du nombre sans la sagesse, ne peut autoriser une abrogation. R. lehouda (à 
l'occasion de ce principe) dit aussi : S'il en est ainsi, pourquoi mentionne-t-on l'o- 
pinion d'un seul docteur à côté de celle de la majorité , puisque cette majorité 
doit l'emporterV Afin qu'on puisse répondre à celui qui prétendrait avoir une tradi- 
lion (conirairc à l'opinion reçue) :Tu n'as entendu que l'opinion d'un tel." La los. 
Eduïot , I, précise mieux la première de ces deux raisons qui, au fond, ne s'ex- 
cluenl pas on disant: "Poiu- qu'un iribunal, hrsfine lex cirrnmtances l'exij>etil . 
puisse V li'ouvei \\n point d'ajjpui jKiiir sn décision.'" 



cHAPirni-: \jii. 125 

rageaient la jeunesse à la lutte et à la discussiou. Ou a poussé 
cette différence entre les deux partis à ses dernières consé- 
quences, en s'appuyant sur un autre passage de Josèphe, d'a- 
près lequel ^des Pharisiens auraient enseigné au peuple beau- 
coup de lois, selon la tradition des pères, sans qu'elles fussent 
écrites dans les lois de Moïse, lois que les Sadducéens reje- 
taient en soutenant que les commandements écrits seuls de- 
vaient être considérés comme obrigatoires, tandis qu'il ne fau- 
drait pas observer ce qui prendrait sa source dans la tradition 
des pères ' . v On a donc émis l'opinion que les Sadducéens 
niaient toute tradition et n'adoptaient que les prescriptions du 
Pentateuque. Cette opinion confond évidemment cet ancien 
parti avec les Samaritains et les karaïtes, et les mots tulans 
les lois de Moïse , v qui tendraient à faire nier même l'autorité 
des prophètes et des hagiographes par les Sadducéens, sont 
peut-être l'interpolation de quelque copiste chrétien, qui con- 
naissait trop bien les assertions erronées des Pères d'Eglise 
à ce sujet". Nous verrons plus loin que les Sadducéens possé- 
daient un grand nombre de traditions, bien cju'elles ne fussent 
pas d'accord avec celles des Pharisiens. Les institutions les 
plus importantes du judaïsme rabbinique sont dues aux efforts 
de la Grande synagogue (voyez chap. 11), et l'héritage des sa- 
vants qui la composaient appartenait également aux deux partis. 
Du reste, les Samaritains et les karaïtes ne manquent pas de 
traditions^. Le Thalmud connaît des décisions qui ne se trouvent 
pas dans l'Ecriture et qu'il regarde comme hors de toute dis- 

' A. J. XIII, V, 6. (Test à Toccasion delà riipliire entre Jean Hyrcan elles Pha- 
risiens. 

- Voyez entre autres Jérôme, 0pp. t. VII, p. 177, d'après Origène. 

' Il faut lire les beaux travaux de M. Geiger sur les Samaritains, disséminés 
ilans les derniers voliunes de la Zeitschrifl d. D. m. Gesellschaft . 



126 HISTOIHK I)K LA PALESTINE. 

cussioii, K parce que les Sudducéeiis les a|)|M'ouvent'. w Un para- 
graphe de la vieille chronique de la Megilltil Ta (mit '^eilcra peut- 
être quel([ue lumière sur les paroles de Josèphe. wLe quatorze 
tammouz, le livre de décision fut supprimé; le deuil est donc 
interdit, w Le commentaire ajoute : ^hes Sadducéens possé- 
daient par écrit un livre de décisions (renfermant les titres sui- 
vants) : Ceux-ci doivent être lapidés, ceux-là brûlés, exécutés par 
le glaive ou par la strangulation. Tout cela étant mis par écrit. 
Lorsque quelqu'un, après avoir regardé dans le livre, deman- 
dait aux Sadducéens : Gomment savez-vous que les uns doivent 
subir tel genre de mort, et les autres tel autre genre de mort? 
les Sadducéens ne savaient pas fournir des arguments tirés 
de la Loi [Dent. 17, 1 i). En effet, on ne doit pas écrire les 
décisions dans un livre ^. v Cette règle fut maintenue pendant 
plusieurs siècles; on retardait le plus possible la codification 
des arrêts rendus par les sanhédrins, afin de laisser plus de 
liberté aux juges dans l'application de la loi écrite, qui con- 
tenait les principes fondamentaux, et à laquelle seule on vou- 
lait recourir. La suppression de ce livre des Sadducéens fut 

' Sanhédrin, 33 b; Horaiot, /i a : 1D PIID |''pn2iniy 131. Voyez Geiycr, 
Urschrift, p. i 33. 

2 8 10. i^Ni pVpD:u ibx nn''T3 -)DD ]"'pn5j'? n:iDT 3inD n^nu ''jdd 

□nV nDN -)DD3 nxm -j'^im bxi^ dix ]''2mD rnusi pDiiyj^y 

rvir vn ^s{'7•••^D■'")2? i^^n nîi nb''pD 2''^n nw ]^:^iv nnx ]"'"':d 

-IDD2 niDS") ]''3mD |\y2?---n\y) N'^Dn'?. On rencontre ailleurs, sous diffé- 
rentes formes, la nnênie règle, qui est: pmD^? ''HV) ilDN ''N ilD ^y^* □"'~)3T, 
«on n'est pas libre de mettre par écrit les clioses qui doivent être transmises ora- 
lement.71 Elle avait pour pendant cette autre règle : nDNÎ ^J^ 3nD3îy D^T^T 
riD ^y pDX*? ''NC7"1,K on n'est pas libre de réciter de mémoire les cboses écrites. ■« 
Ces deux règles pharisiennes, souvent mal comprises et mal appliquées, veulent, 
Tune arrêter définitivement la lettre des Ecritures et la préserver do foute altéra- 
lion, l'antre éviter, autant que possible, la stabilité pour ce qui doit être essen- 
tiellement variable et lui conserver, au contraire, toute sa mobilité. 



CHAPITRE Vni. 127 

donc un hommage rendu à l'esprit de progrès et une occasion 
parfaitement choisie pour instituer une fête commémorative. 
Josèphe, qui aime tant à généraliser dans le morceau que nous 
lui avons emprunté, pouvait, au dépens de l'exacte vérité, 
soutenir que les Sadducéens s'attachaient à ce qui était écrit , 
tandis que les Pharisiens suivaient les traditions ou les ensei- 
gnements [zsapâSoat?) des ancêtres. 

La difficulté d'accorder l'idée de la Providence avec le libre 
arbitre et la responsabilité humaine ne saurait être résolue 
par la philosophie; elle a été tranchée parles Pharisiens, et R. 
Akiba , illustre représentant de ce parti, nous a légué la maxime 
suivante: f^Tout est prévu, la liberté est accordée, le monde 
est jugé avec bonté, et tout dépend du plus grand nombre des 
actions (que l'homme a faites) '. n Mais peut-on supposer qu'un 
parti juif se soit jamais déclaré contre la Providence? N'est-ce 
pas méconnaître le sens et l'esprit de l'Ecriture tout entière, 
cpie de nier la sollicitude constante de Dieu pour l'homme, 
son influence puissante sur lui? Nos sources rabbiniques ne 
font pas la moindre allusion à cette différence, et une hérésie 
comme celle-ci ne leur aurait certes pas échappé. Josèphe a, 
sans doute, exagéré la portée des deux courants d'opinions 
qui se rencontraient dans le monde juif, comme partout ail- 
leurs, et accordé à deux sentiments différents la valeur de 
deux systèmes. L'homme riche se fie plutôt à sa propre force 
que l'homme pauvre ; le guerrier comptera plutôt sur le nombre 
et la valeur de ses soldats que sur une immixtion merveilleuse 
de la divinité dans ses affaires; le politique recherchera lesal- 

' Abot, III, 12. "•dS SdiIi pi: a'jiyn 311d31 n:in: miynm ••ids 'jdh 

DiyyDn 3n.(Voy. M.Munk,Pafcs(îne,p. 5i9, col. a, note 3.) La pensée pha- 
risienne, telle que Josèphe la donne, est fort bien présentée, Sifré sur Deutpvo- 
Homp , § 53. 



128 HISTOinK l)K LA PALKSTINR. 

liances, même des païens, et préférera un tel moyen d'auj;- 
menter sa puissance à la prière la plus efficace. Les ])ropliè(es, 
et plus tard les soferim, tonnent contre cette confiance ex- 
trême dans les choses terrestres, cju'ils taxent d'outrecuidante, 
ils reprochent, dans les plus heaux élans de leur parole poé- 
tique, aux uns de se reposer trop r^sur la vigueur de leur cour- 
sier, 55 aux autres de s'enfoncer trop dans les vains calculs de la 
prévoyance humaine'. Les premiers, qui dans la société juive 
sont hien les Sadducéens, ne se refusent pas pour cela à ad- 
mettre la Providence, et les derniers, représentés par les Pha- 
risiens, ne courbent pas toujours le dos sous les décrets in- 
flexibles du destin et ne restent pas dans une coupable inaction. 
il y a encore une certaine tendance de pousser les choses à 
l'extrême dans la différence que Josèphe signale quant au sort 
réservé à l'homme après sa mort. Il est incontestable que 
l'Ancien Testament parle surtout des récompenses et des châ- 
timents qui nous attendent dans cette vie, et les espérances 
d'outre-tombe n'y sont que vaguement et obscurément indi- 
quées. Si les Sadducéens se sont, en effet, attachés à la lettre 
de la Bible, et nous croyons qu'ils l'ont fait surtout au point 
de vue dogmatique, la croyance que Josèphe leur attribue 
n'aurait rien de surprenant. Les biens temporels dont les Sad- 
ducéens jouissaient pouvaient les rendre plus indifférents à un 
monde à venir que ces Pharisiens, qui, pauvres, vivaient avec 
une grande simplicité et souvent du fruit d'un métier pénible. 
Nous avons déjà cité la raillerie que les enfants gâtés de la 
fortune lançaient contre l'abstinence des docteurs, «qui se 
tourmentent dans cette vie, sans rien obtenir dans un autre 
monde;'! nous allons y joindre le passage qui précède : "La 

' 11 faudrait citer toutes les prophéties de l'Ancien Testament , mais nons recom- 
mandons particulièrement /fVe'wîe, xvii, îi-Ç): Psinnnes , cxlvii, lo-i i. 



CHAPITRE Vf If. 120 

maxime d'Antigonus de Socho, qu'il fallait servir Dieu sans 
avoir une récompense en vue (voy. ci-dessus, p. 56), se trans- 
mit à deux disciples, qui l'enseignèrent à leur tour; enfin ils 
cherchèrent à l'approfondir et se dirent : Pourquoi nos pères 
ont-ils soutenu une pareille opinion? Un ouvrier se livrerait-il 
toute la journée à son travail s'il ne recevait son salaire le soir? 
Et cependant, si nos pères avaient su qu'il y a un autre monde 
et une résurrection, ils n'auraient pas ainsi parlé '.55 Les 
Évangiles et le Thalmud affirment également de la manière la 
plus positive que les Sadducéens niaient la résurrection'-. ç^La 
veille du jour du Pardon, dit une mischna, le grand prêtre, 
arrivé dans la cellule où il doit passer la nuit, est adjuré par 
une dépulation du sanhédrin de se conformer le lendemain 
aux rites pharisiens ; on lui fait ensuite la lecture dans les 
livres de Job, d'Ezra et des Chroniques; Zacaria ben Kebutal 
raconte qu'il lui a souvent lu du Daniel ^. t> Les livres d'Ezra 
et des Chroniques furent choisis, je pense, parce que l'esprit 
qui y domine dut être particulièrement agréable au sacerdoce ; 
mais quelle cause a pu déterminer le choix de Job et de Daniel ? 
Dans un moment où l'on redoutait tant devoir, le lendemain, 
un pontife sadducéen présider à la solennité du jour, on lui 
montrait peut-être dans Job le malheureux, luttant contre le 

' Voyez p. 1 2^, note 1. 

^ Mathieu, xxii, 28; Marc, xii, 18; Luc, w, 27 (les mots rives tù5v 'EaSSoii- 
KciioDv du dernier évangéiiste sont plus restrictifs), hes Actes (iv, 2) pourraient bien 
traiter de l'exemple tiré de la résurrection de Jésus, que les Sadducéens niaient. 
Dans le même ouvrage (xxiii, 8), ils sont présentés comme les adversaires, non- 
seulement de la résurrection, mais encore des anges et des esprits. Nos sources 
rabbiniques ne portent aucune trace de cette différence. — Sanhédrin, 90 b. 

' m. loma, i, 6. Voir, pour les livres des Chroniques, De Wette; Lehrhuch der 
historisch-h'itischen Einleitung, etc. Th. I,§ 190 c. On sait qu'Ezra se rattache 
aux Chroniques; voy. Zunz, Gotlesdienstliche Vortrœge, ch. 11; Berthau, Die Bii- 
cher der Chrnnik , <\ans YETcgelisches Handhiirh. 

I. î) 



130 HISTOinE DE EA l'ALESTINE. 

destin tjui l'accable et récompense enfin par la grâce divine, 
et, dans le livre de Daniel, les versets les plus catégoriques 
annonçant un retour du juste à la vie (xii, q-3). On combattait 
ainsi l'opinion sadducéenne au sujet de la Providence et de la 
résurrection, et Josèphc, en parlant des méchants, «qui se- 
raient enfermés éternellement, w a peut-être reproduit simple- 
ment le nbiy iixinb de Daniel , par son équivalent eïpyyîov 
àiSiov \ 

Cependant je conçois quelques doutes sur l'exactitude de 
Josèphe, et je crains encore qu'il n'ait fait passer une dispo- 
sition générale de l'esprit sadducéen pour un système arrêté ; 
une abstention de recherches, qui tenait peut-être à l'impos- 
sibilité du résultat, pour une négation absolue; une plaisan- 
terie contre ce que les Sadducéens pouvaient appeler le sacri- 
fice du certain à l'incertain, pour une argumentation sérieuse; 
car, au fond, l'exemple pris de l'ouvrier qui, au soir d'une 
journée pénible, serait encore privé de sa récompense, pouvait 
servir pour attaquer la maxmie d'Antigonus mal comprise, 
mais aussi bien pour démontrer plutôt que pour réfuter la 
croyance à un autre monde. Quant aux écrivains postérieurs, 
la confusion entre les Sadducéens et les Samaritains était facile 
pour eux, et nous avons déjà signalé l'incertitude et le vague 
qui planent dans le Thalmud sur toutes ces expressions, telles 
que Saddnuli, kouti et autres ^; d'un autre côté, le Thalmud dit, 

' Schorr clans le Hahaloutz, Vil ( 1865), p. 2 t,,comparolemot déraân de Da- 
niel avec le Darvand des Parses. 

- Nous avons cité un passage d'Origène, traduit par Jérôme, qui attribue aux 
Sadducéens les opinions des Samaritains (p. 1 ",5, note 9). — Dans une ancienne 
baraïta conservée Sifré sur Nombres , S 1 1 2 fm. on lit : Nliin CDiD mDP nDH 

H^nn îTDjn mDP ri^n -idix xin nn nnb "tiidn n'^^n u^r^'o px 



CHAPITRE VIII. 131 

seulement des Sadducéens, que, selon eux, la résurrection ne 
])Ouvait pas être prouvée par un texte de la Loi (minn p) ', tandis 
que les Pharisiens citaient un certain nombre de versets à 
l'appui de leur opinion. 

Voici enfin deux maximes appartenant à deux célèbres 
rabbins de la fin du ii" siècle : «Samuel dit à R, Jehuda Chi- 
nena : Hâte-toi de manger, hâte-toi de boire, car le monde 

]^in UV^ , ^ Cette dme sera exterminée , son -péché restera avec elle-n ( Aoiiibrrs , xv, 
3i). R. Siméon ben Elazar dit : rfPar ce verset, j'ai réfuté les scribes des Sama- 
ritains qui soutenaient que les morts ne revenaient plus à la vie; je leur faisais 
observer que les mots du verset, son péché , etc. étaient superflus, à moins qu'ils 
ne dussent alTirmer que les pécheurs rendront compte de leurs actions au jour du 
jugement dernier." Il est vrai que (Sanhédrin , 90 b) on lit D""pn2î à la place de 
D^^niD ; mais toute cette baraïta, en passant dans le Tlialmud de Babylone, a 
été allérée et interpolée ( Geip,er, ÏJrschriJi , p. 139, note ). J'ajouterai que , vers la 
fin du 11° siècle après J. C. une réfulation des Sadducéens était superflue, ce parli 
apnt cessé d'exister dans la Palestine en même temps que l'Etat juif lui-même. 
Les discussions entre les Samaritains et les rabbins étaient, au contraire, fré- 
quentes, et R. Siméon ben Elazar, qui paraît avoir voyagé beaucoup en Samarie 
et dans la Péréc, et quf nous fournira quelquefois des notions géographiques très- 
précieuses, en trouva souvent l'occasion. Aussi croyons-nous que, dans un autre 
débat avec les scribes samaritains au sujet du mont Gerizim, l'interlocuteur juil 
était encore R. Siméon ben Elazar (connne'il faut lire j. Sota, vu, 3, à la place 
de R. Elazar ben Siméon), et non pas Elazar ben José (Sj/re sur Deutér. S 5(i), 
dont on ne connaît que le séjour à Rome. La croyance à la résurrection et la re- 
connaissance de Jérusalem, comme lieu élu, étaient du reste les deux conditions 
qu'on imposait au Samaritain avant de l'accueillir au sein du judaïsme. (Voyez Les 
sept petits traités, par M. Kirchbeim, Francfort,. 1 85 1 : Masscchet Koutim, c. 11, 
p. 36). — Le doute est plutôt permis pour In m. Bernchot, ix, 7. On y lit : 
«Toutes les bénédictions qu'on récitait au temple se terminaient par la formule 
(Béni soit Dieu) dans le monde! Mais , lorsque les minim (D"'2"'Dn ) sont tombés 
dans l'erreur et ont soutenu qu'il n'y avait qu'un monde, on prit la disposition de 
dire : (Béni soit Dieu) d'un monde à l'autre mondeln Ces tuinini (hérétiques) 
peuvent être tout aussi bien les Sadducéens que les Samaritains. (Voyez Geiger, 
Kérem chémed, V, 1 2 -, Lehrbuch d. Mischnah ,11,3; Schorr, Hahaloutz , VII , 88.) 
' Ces mois ont été cependant considérés par quelques savants comme une inler- 
polalion. 

9- 



132 HISTOFRK DK I. A PALKSTI \ K. 

(jiie nous (|uillons ressejnljle ù une noce! Rab dit à R. Hanie- 
nuna : Mon fils, si lu possèdes quelcjue chose, fais bonne 
chère; car sous terre il n'y a pas de plaisir, et la mort ne 
donne pas de répit; penses-tu laisser un revenu à ton fds? Qui 
donc t'en parlera sous terre? Les hommes sont comme les 
plantes des champs, les unes fleurissent tandis que les autres se 
fanent ^ 5? Un Sadducéen de Josèphe aurait-il dit mieux? Vou- 
drait-on, pour ces bruscjueries dans le genre de l'Ecclésiaste, 
soupçonner le phariséisme de Rab et de Samuel? 

Les opinions (jue Josèphe attribue aux deux partis du ju- 
daïsme et qu'il appelle fièrement, pour éblouir les Romains, 
«des philosophies-, 95 ne servent donc qu'à faire ressortir da- 
vantatie le caractère général des Sadducéens et des «Pharisiens; 

o o 

on cherche à oublier les lignes trop fortement accusées pour 
ne plus voir que le tableau ({u'elles étaient destinées à rendre 
plus ressemblant et qu'elles auraient presque défiguré. 

Passons maintenant aux différences qui distinguaient les 
deux partis quant aux (juestions de détail. Elles sont relatives 
aux lois de pureté, aux cérémonies du culte et à des principes 
de droit. 

Les Sadducéens exigeaient un degré de pureté extrême chez le 
grand prêtre , chargé de préparer les cendres de la vache rousse ; 
les Pharisiens étaient plus faciles sous ce rapport ^. En revanche , 
ils se montraient si rigides pour la lustration des vases sacrés, 

' Eriihin, hh a. La maxime de Samuel est en chaldéen : î]"lî2n '71DN1 ^[11311 
■'D"! iS'blSlD n'':"'D p'''7ÎN*~i Kû'l^.n "Tl^yW*; celle de Rab, en hébreu : ""^n 

^DN^) Dxi HD.-iDnn me'? pxi 3T:rn hMi'^"2 ]^N*îy -b 3tD\-i i'"? c"' dn 
iVbn mcT) •>2C'i?'7 n''?2n d-nh ^in "jb "■':"' "'D ViNîyn p'n >^jzh n^:wV 
p'jm: "ibVm ]''2J2ii3- 

» /l. J. XVlII,i,2;/i. J. II, vm, 2. 

■' m. Pnrn, m, 7. Geifjer, Urschrift, p. 18A et sniv. 



CHAPITRE VIII. 133 

qu'un jour, avant soumis à la purification même le chandelier, 
ils s'attirèrent de la part de leurs adversaires celte raillerie 
mordante, «que les Pharisiens allaient bientôt soumettre le 
globe du soleil à l'eau lustrale '. r> 

Par une précaution qui peut paraître bizarre, les Pharisiens 
déclaraient que celui qui toucherait les saintes Ecritures se 
rendrait impur, c^ Selon vous, réclamèrent les Sadducéens, la 
Bible souillerait plutôt les mains qu'Homère! — Nous aurions 
bien d'autres réclamations à vous faire, répondirent spirituel- 
lement les Pharisiens : Pourquoi les ossements d'un âne sont- 
ils purs, et ceux du pontife Jean Hyrcan sont-ils impurs? — 
C'est la qualité des ossements qui en détermine l'impureté, 
répliquèrent les Sadducéens, car autrement on fabriquerait des 
cuillères avec les ossements des parents. — Eh bien! dirent 
aussitôt les Pharisiens, c'est la valeur que nous attachons à la 
Bible qui nous a fait décider qu'elle rendait plutôt les mains 
impures que les œuvres d'Homère^. w 

' j. lldgiija, m, 8 (79 d); losefta ibid. c. m, D^'^nD INI Cpil-i nCN 

ilDn b'jb: p't'-TJD. Grœlz, III, Zi58. 

- m. ladaïm, iv, 6. Geiger, l. c. 1/16 siii\. Jiidlsche Zeitschrijl , II, a3 siiiv. A 
ce dernier endroit, M. Geiger modifie un peu Toxplication de la Mischna, en 
s'appuyanl sur ses importantes recherches relatives aux Samaritains , qui se trouvent 
dans la Zeilschrift d. D. m. G. XVI (1862), 717 et suiv. Hahcdulz, VI, 18. Elles 
sont relatives à la peau et aux os d'un animal impur ou d'une charogne , dont les 
Samaritains et aussi les Sadducéens défendent l'usage, tandis que les Pharisiens 
permettent de s'en servir et surtout d'en fabriquer toute sorte d'objets. M. Bernays 
{Programm des Breslauer Seminars ,i856 , p. xxix, note 2) cite un passage de l'^eslus, 
duquel il résulte que les prêtres à Rome s'abstenaient aussi de mettre des souliers 
ou des sandales faits avec la peau d'une bête morte par maladie {sua morte ex- 
stincta omnia funesta siint). Comme R. lohanan ben Zacaï entre dans ce débat 
de la Mischna, il s'agit, sans doute, plutôt des Boélhusiens que des anciens Sad- 
ducéens, et, dans ce cas, on peut se demander si l'opinion concernant la peau et 
l'os n'est pas une des exagérations introduites par ces prêtres venus d'Alexandrie. 
(Voyez ci-après, p. ij7el sui\.) 



lU IlISTOinK DE LA PALESTINE. 

Lors([u'on verse un liquide d'un vase ])ur dans un vase ini- 
j)ur, le jet, tant (ju'il n'a pas louché ce dernier, reste pur, selon 
les Pharisiens; le parti sadducéen considère comme impure 
toute la portion lifpiidc dès qu'elle est sortie du vase pur. Ce- 
pendant, à la plainte que ce parti élève contre les docteurs, 
ceux-ci répondent: ciMais vous regardez comme pur un cou- 
rant d'eau sortant d'un cimetière ' ! v Peut-être pensèrent-ils à 
la souche obscure de Joïarib, de qui descendaient les Asmo- 
néens, ou aux monceaux de cadavres sur lesquels montait Hé- 
rode pour gravir les marches du trône-. 

L'allusion politicjue ne paraît guère douteuse dans le petit 
colloque que la Mischna nous transmet aussitôt après celui 
que nous venons de citer: t^ dominent, demandent les Sad- 
ducéens, admettez -vous que le maître soit responsable du 
dommage causé par son bœuf et son âne, et ne lui impo- 
sez-vous pas la même obligation à l'égard de son domestique 
et de sa servante? — C'est que le bœuf et l'âne, disent les 
Pharisiens, sont privés de raison, tandis que le domestique et 
la servante possèdent la raison ; moi , maître , je les gronderais , 
par exemple, et eux iraient mettre le feu à la grange de mon 
voisin pour m'obliger à payerai w Nous verrons plus loin com- 
ment Hyrcan 11 dégage sa responsabilité des actes de cruauté 
commis par Hérode, et cependant, d'après la théorie saddu- 
céenne, elle restait entière à Hyrcan. 

C'est encore un cas spécial qui paraît avoir amené une autre 
divergence d'opinion, conservée parla tosefta. Voici la question : 
la fille, n'héritant, d'après la loi de Moïse, cjue lorsqu'il n'y 

' 111. w«wi,iv,7: DDN* riwS' DnntDD anNu n^'pM'n nz^b'J uX î"''?3"ip 
nnnpn d^212 nx^n wi^n- 

- (]p((e cloriiièrc opinion est celle Je ;\L Geiger, Ursclirifl, p. 1^47. 
•'' m. litddïiii. VI, 7: Geiffer, i r. p. i'il' el sniv. 



CHAPITRE Vllf. 135 

a pas de fils, aura-t-el!e une part delà succession lorsqu'il y 
a à côté d'elle la fille d'un fils décédé? Les Sadducéens disent 
oui, et argumentent ainsi : la fille de mon fils, qui ne tire ses 
droits que de ce dernier, ne peut pas exclure de la succession 
ma propre fille, cjui tient ses droits de moi-même. Non, ré- 
pliquent les Pharisiens, votre argument est sans valeur : la 
fille d'un fils, décédé sans laisser des héritiers mâles, prend sa 
part, quand même ce fils décédé a laissé des frères, et cepen- 
dant ma propre fille n'obtient rien à côté de ses frères, v On sait 
qu'Hérode cherchait à légitimer sa royauté en épousant la fille 
de Hyrcan II; il y avait probablement encore des femmes is- 
sues des fils de ce prince qu'Hérode avait tués, et, d'après 
les Pharisiens, elles seules avaient droit à l'héritage ^ 

La prérogative sacerdotale était intéressée dans deux autres 
points en litige : i° le trésor du temple, produit des libéra- 
lités nationales, devait fournir les victimes du sacrifice quoti- 
dien; telle était l'opinion des Pharisiens. Les Sadducéens, qui 
considéraient ce trésor un peu comme leur bien, voulaient 
que le prix de ces victimes fût payé par des offrandes indivi- 
duelles. 2° L'offrande de farine qui accompagnait les sacri- 
fices sanglants appartenait au prêtre, selon les Sadducéens; 
elle devait être brûlée sur l'autel, d'après les Pharisiens. La 
lutte dut être vive, les uns mirent sans doute autant de téna- 
cité pour défendre ces deux privilèges que les autres mirent 
d'ardeur pour les abolir, puisque la chronique de Megillat 
Taanit connaît deux fêtes commémoratives instituées pour 
célébrer les triomphes du parti pharisien dans ces questions 
(§§ 1 et 19)"". On a remarqué, avec une grande apparence 
de raison, que la pompe dont on entourait la perception des 

' Tosefla, ibid. c. 11, e( les autres passa^jes cites, Gei<;er, /, c. 
- Goi(jer, /. c. p. loli. 



136 IllSTOIRK DE LA PALESTINE. 

sicles pour subvenir aux irais du temple avait probablement 
sa source dans cette victoire vivement disputée ^ 

Au jour du grand Pardon, le pontife sadducéen allumait 
l'encens avant d'entrer dans le Saint des Saints; s'il était Pha- 
risien, il n'y mettait le feu que derrière le rideau 2. C'était 
surtout au sujet de cette pratique que le grand ])rêtre fut 
adjuré, la veille de cette fête, de ne pas troubler l'auguste so- 
lennité par des rites qui auraient déplu au peuple "*. 

Nous avons vu la grande colère qu'excita Janée, en négli- 
geant la libation d'eau pendant les Tabernacles, coutume dont 
on ignore l'origine et à laquelle les Pharisiens attachaient 
de l'importance. L'effeuillaison de branches de saule au sep- 
tième jour de la même fête est une autre coutume intro- 
duite et maintenue par les Pharisiens, et rejetée par leurs ad- 
versaires *. 

La fixation du calendrier par les déclarations des néomé- 
nies, qui se faisait à la suite de dépositions des témoins 
affirmant avoir vu la nouvelle lune, appartenait au tribunal 
suprême de Jérusalem, qui paraît avoir délégué dans son sein 

' Gratlz, III, p. '160. La raison donnée, i. Schekalim , i, i ('lû d), est "'"D 
"'.'21^ "'CÎ21D DVù'i?'?, rrafin de donner un certain éclat à cet acle.n Nous avons 
vu fjuelque chose d'analogue à Toccasion de la lil);ition d'eau pendant les Taber- 
nacles. (Voyez ci-dessus, p. io3.) 

'■' Gcirrer, Jûdisclie Zeilsrhrijl, Il (i86.î), p. 29 et &ui\ . 

' Voir les passages cités ci-dessus, j). 1 29. 

" Ce sont les D"'Dn "^'Cj et le HD'^i* laiDTi. Les Pharisiens attachaient une 
telle importance à cette t» effeuillaison^) qu'ils permettaient ce travail, même 
([uand le septième jour des Tabernacles tombait un samedi., Plus tard, ils dis- 
posaient le calendrier de façon à ce que ce jour ne pût jamais se trouver un 
samedi. (Voyez Geiger, Urschrifl , 1 36- 187.) Plusieurs pratiques considérées 
comme des travaux n'en furent pas moins jugées licites au temple, où le culte ne 
devait jamais souffrir du repos commandé pour le sabbat (nX nmi m'Di* 
nsiyn); après la destruction du temple, on faisait tout ce qui était possible pour 
concilier ces pratiques avec le maintien du repos sabbati(|ue. 



CHAPITRE VIII. 137 

une commission chargée de faire toutes les recherches néces- 
saires. Comme les Pharisiens avaient fini par réserver à leur 
parti toutes les places dans cette commission, les Sadducéens 
allaient jusqu'à suborner des faux témoins pour égarer le 
jugement de leurs adversaires ^ A côté de cette lutte d'in- 
fluence et d'autorité, une autre question plus importante sur- 
git entre les deux partis. Le Pentateuque ordonne de compter 
sept semaines depuis le jour où l'on présentait au temple une 
gerbe d'orge de la nouvelle moisson, jusqu'à celui oii l'on célé- 
brait la fête de la Pentecôte. Le jour de la présentation est 
désigné comme rie lendemain du sabbat ri (^Lévitique, xxiii, 
11, i5), ce qui peut vouloir dire le lendemain du. samedi, 

' m. Ilosch- haschana, i, 7, et ci-dessus, p. 92 note 1. Pour les menées 
des Boéthusiens, qui sont nommes ici, voyez j. ibid. 11, 1, et los. ibid. cli. 1 ; 

rDin''''3n nDîy nnx dvb ma bsD znnn rniv ]''h2-pj2 rn n:iî!;Nna 

-)DNi "':2?n N31 ib "i^m imiy idnt "nx n3 n2U3 inni aba mîjy 
nmi iryx") □'':?bD "tiu ]''2 yi3"i rn\s-Ti D^'CiiiX nbi-'Dn ^d"^^!-] nbw 
vmDn"' pn nnriD i2:n '•n'ub mt:n- r:np "^l'^b mon r:TN hn'h 

nD13"l. «Autrefois on reçut la déposition pour les néoménies de qui que ce fût. 
Un jour, les Boéthusiens subornèrent deux témoins pour qu'ils vinssent et éga- 
rassent les docteurs; car les Boéthusiens soutiennent que la Pentecôte ne peut 
tomber que sur un dimanche. Le premier témoin vint faire sa déposition et s'en 
alla; le second vint ensuite déclarer ce qui suit : «Je me trouvais dans le défilé 
«deAdoumim, et là je vis (la lune) accroupie entre deux rochers, ayant une tète 
«semblable à un veau, des oreilles comme un chevreau, des cornes comme un cerf, et 
«la queue allongée entre les deux hanches, etc.w Celte description est bien bizarre, 
et trahit une singulière imagination; elle est répétée Rosch-haschana , 2a b. 
Le passage relatif à la Pentecôte ne se trouve que dans la tosefta, et paraît être 
une interpolation; car, à moins que la différence pour la Pentecôte ne fût, pour 
l'année dont il s'agit, seulement d'un jour, on comprendrait difficilement le rap- 
port qu'il pouvait y avoir pour les Boéthusiens entre la fixation de la néoménie et 
la célébration de celle fête. Cette tentative des Boéthusiens ne fut donc inspirée 
que par la jalousie. (Voyez Geiger, IJrschriJt, p. 187.) 



138 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

c'est-à-dire, le dinianclie de la semaine de Pâques, j)uisque 
cette fête dure sept jours, ou bien, le lendemain du premier jour 
de la fête appelée, bien qu'improprement, sabbat, jour de 
repos, et le lendemain serait alors le second jour de Pâques. 
Les Sadducéens suivaient la première interprétation et, en 
commençant à compter avec le dimanche, ils devaient aussi 
célébrer toujours la Pentecôte un dimanche; les Pharisiens 
adoptaient la seconde explication, et, faisant partir les sept se- 
maines du second jour de Pâques, ils fêtaient la Pentecôte à 
un jour quelconque. Nous pensons que, pour les Sadducéens 
cette discussion est restée dans les limites de la théorie, et il 
n'est point présumable qu'en Judée, aussi longtemps que le 
temple fut debout et qu'on y fit le pèlerinage pendant la Pen- 
tecôte (voy, Jos. B. J. II, m, i), cette fête y ait été célébrée 
à des jours différents par les deux partis'. 

Trois autres différences encore notées par nos sources ne 
nous paraissent pas avoir eu de portée pratique. Nous ne 
croyons pas que les Sadducéens, malgré la sévérité extrême 
(ju'on leur reproche dans l'exercice de la justice, aient jamais 
'appliqué le droit du talion au point de punir la mutilation par 
la mutilation du même membre, sans admettre la composition 
pécuniaire, que permettaient les Pharisiens, et qu'une loi du 
Pentateuque n'interdit que pour l'homicide (^Nomb. xxxv, 3 i)^. 

Nous croyons aussi que les Sadducéens, en exigeant, de la 

' Mep^illat Ta'anil , § 9 , el lesaiiires passages cilés par Geiger, /. c. p. 1 38 et siiiv. 
Pendant la guerre d'Antioclius Sidètes contre les Parthes, Hyrcan, qui prit part à 
cette expédition, demande deux jours de repos, parce que la Pentecôte fut, du 
moins dans cette année, célébrée le dimanche (Josèpbe, A. J. XIII, tiii, /i). Les 
Samaritains el les karaïles suivent encore aujourd'hui rinlerprétalion sadducéenne. 

■ Celte différence et les deux différences suivantes ne sont ailribuécs aux 
Doétbusiens que par le glossaleur de la Megillal Ta'anil. S 10. (Voyez Geiger. 
dans le IlahalnuC, VI, aS; Jwl. ZeilsrJm/l . H, -^H.) 



CHAPITHE Mil. 139 

veuve qui j)ralicjue la cérémonie du déchaussement sur son 
beau-frère, qu'elle lui crache au visage, (r:D2, De((téro)iome , 
x.vv, 5-10 et surtout v. 9), au lieu de cracher seulement de- 
vant Im, ne cherchent qu'à entasser des difficultés sur une cé- 
rémonie qu'ils rendent d'autant plus rare qu'ils ont réduit 
davantage l'obligation du Icvirat. Les Phai'isiens, qui multi- 
pliaient les cas où le mariage avecla belle-sœur était ordonné, 
facilitaient en même temps l'acte qui pouvait en dispenser'. 

Lorsqu'un soupçon a été élevé le lendemain de son mariage 
contre la vertu d'une jeune femme , le père a le droit d'accuser le 
calomniateur de sa fille devant les anciens de la ville [ibid. xxii, 
l'à-Kj). Les Sadducéens auraient admis la preuve matérielle 
de l'innocence de la jeune femme, tandis que les Pharisiens 
ne permettent que les moyens d'examen ordinaires pour par- 
venir à la vérité -. 

Il est curieux que dans ces trois différences, ainsi que dans 
celle concernant la célébration de la Pentecôte, le débat entre 
les deux partis roule sur l'interprétation des passages de la 
Bible, que les Sadducéens prennent dans le sens littéral , tandis 

' D'après les Sadducéens, lelévirat n'était ordonné qu'à l'é{|ard de la fiancée 
(nCl"lN) du frère mort, et cessait de l'être dès que le mariage était consommé. 
(Voyez Geiger, J/rr/. Ze/7sf/)7-î/V, 1,2/1 et suiv. II, 19 et suiv. Hahaloittz ,M , 2 6 et 
suiv.) 

^ Les ouvrages thalmudiqnes présentent ces deux manières d'interpréter Dou- 
téi-on. XXII, 17, mais sans les attribuer aux Pharisiens ni aux Sadducéens. (Voyez 
5!/re,sur ce verset,S 287; Mechilta sv^r Exode, xxi, 19 et xxii, 2 ; j. Ketubot, iv,l\. 
Voir aussi Geiger, Jûd. Zeits. II, 29.) R. Ismaël, qui n'aime guère à s'écarter de 
la lettre du texte et qui s'accorde souvent, comme prêtre, avec les opinions des 
Sadducéens, fait ici exception et préfère prendre notre verset au figuré. Les pa- 
roles : h'^'^2 n-nna r-nxrù' nripD niirVw't: -nx nî Vni'Dw"' 'i ''Zd, 

ttR. Ismael dit que ce verset est un des trois qui sont dits au figuré dans le Pcn- 
lateuquen (j. Ketubot, iv, i), confirment plutôt la manière habituelle de ce doc- 
teur (ju'olles ne la contredisent. (Voyez cliap. xxiii.) 



lâO HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

que les Pharisiens appliquent une exégèse plus large. Nous de- 
vons encore faire observer que, pour ces mêmes dilTérences, on 
parle plutôt des Boéthusiens, ces Sadducéens de la dernière 
heure, qui n'entrent dans l'histoire que du temps d'Hérode, 
c'est-à-dire à une époque où la direction de la vie religieuse 
était définitivement acquise aux Pharisiens. Ces Boéthusiens 
avaient, par leur haute position à la cour, le pouvoir de 
tourmenter les docteurs par les opinions qu'ils émettaient; 
mais ils étaient privés de toute autorité pour faire appliquer 
leurs doctrines^. 

A ces trois différences se rattache encore une divergence 
d'opinion qui repose aussi sur un désaccord cjuant à l'inter- 
prétation d'un verset; seulement ce désaccord ne provient pas 
de la diversité de l'esprit qui a présidé à l'exégèse, mais des 
deux manières dont les deux pai-tis ont lu un même mot. Les 
Pharisiens regardent l'accouchée comme complètement impure 
pendant les premiers huit ou quinze jours, selon que l'en- 
fant appartient au sexe masculin ou au sexe féminui; [)assé 
cette période, il est encore défendu à l'accouchée de tou- 
cher aux choses sacrées et d'entrer au sanctuaire pendant 
trente-trois ou soixante-six jours, selon que l'enfant est un 
garçon ou une fille; mais ses rapports avec son mari sont par- 
faitement libres dans ce second intervalle. Les Sadducéens 
étendent aussi la défense du commerce conjugal à ce der- 
nier temps, et n'appliquent les deux degrés d'impureté que le 
Pentateuque établit pour ces deux périodes qu'à des objets d'un 
autre ordre. Les Pharisiens traduisent donc : ^ (Pour un mâle, 
la femme) restera ensuite pendant trente-trois jours avec ini sang 
pur.. . (pour une fille, la fennne) restera pendant soixante- 

' Voir le cliapitre siiivanl. 



CHAPITRE VIII. l/il 

six jours avec un sang pur; v mais les Sadducéens, au con- 
traire, traduisent : r. avec le sang (^nécessaire) pour sa purifica- 
tion, 75 laquelle, par conséquent, n'existe qu'à la fin de ce terme. 
En héiireu, ces deux façons de traduire dépendent des deux 
prononciations distinctes d'une consonne ^ Cette différence, 
toute minime qu'elle peut paraître à première vue, a une 
portée très-grande. Elle révèle le souci de la vie intérieure 
qu'avaient les soferim et dont nous avons vu plus haut des 
preuves éclatantes dans les dispositions prises par Siméon ben 
Schatali; les Sadducéens, peu expansifs entre eux, ne l'étaient 
pas d'avantage dans la famille-. 

Nous avons déjà exposé les théories des deux partis quant au 
châtiment des faux témoins, que les uns reconnaissent punis- 
sables dès que le jugement rendu par suite du faux témoi- 
gnage est prononcé, tandis que les autres exigent que In sen- 
tence ait été exécutée^. 

Nous allons, en dernier lieu, parler d'une différence entre 
les Pliarisiens et les Sadducéens qui se rattache à une habi- 
tude de la vie juive, dont la connaissance nous paraît avoir 
un intérêt plus général. Les prêtres, qui tour à tour venaient 
faire le service du temple à Jérusalem, y vivant loin de leurs 
familles, prenaient leurs repas ensemble; la dignité des com- 
mensaux et la nature particulière des aliments qui étaient 

' Geiger, Hahaloutz, V, 29(1860); VI, 28 (1860) ■,Jud. Zfiitsch. I, 5i; II, 27. 
Il s'agit des mots hébreux mUtO "'DID, que les Sadducéens prononçaient mnî3 "2 
et les Pharisiens, mnîû '2 • ces derniers créaient ainsi un nom nouveau à côté de 
intO (cf. '7DÏ<==n'7DX • ']D'n = nDtyn etc.), qui seul paraît avoirétéen usage 

dans ce sens spécial. 

* Voir ci-dessus, p. 108 , note 1 . — D'après Nidda, 33 b, les femmes des Sad- 
ducéens auraient souvent exigé de pouvoir s'adresser à des docteurs pharisiens , 
lorsqu'elles avaient quelques doutes concernant leur pureté légale. 

^ Voir ci-dessus, p. io5. 



\'rl mSTolHK l)K LA IMLKSTFNE. 

servis et qui provenaient des odrandes, des dîmes et des sa- 
crifices, prêtaient à ces repas un caractère tout particulier de 
solennité et commandaient un soin scrupuleux rpiant à la pu- 
reté des personnes et des choses. On se lavait avant de se 
mettre à table, on bénissait le vin et le pain, la farine et le 
vin faisant partie de tous les sacrifices; on bénissait encore 
Dieu après le repas, et l'on transformait ainsi la table en une 
sorte d'autel. Les jours de sabbat et les fêtes étaient surtout pro- 
pres pour ces syssities, ou repas en commun, et leur sainteté 
ajoutait encore à la physionomie religieuse de ces réunions. 
Cependant le modèle de ces repas était fourni par une céré- 
monie qui ne concernait pas le sacerdoce seul. L'a/jneau pascal 
devait être mangé entièrement avant Taurore; on se réunis- 
sait par groupes, au moins de dix personnes (Josèphe, B. J. 
VI, IX, 3), pour le consommer ensemble; la bénédiction du 
vin et des azymes, et le chant bruyant de cantiques tradition- 
nels, accompagnaient le festin^. Les docteurs songèrent donc 
à établir à leur tour des confréries et des repas en commun à 
l'instar de ceux qui existaient parmi les prêtres. On v bénit 
aussi le vin et le pain, et, si les aliments n'avaient et ne 
pouvaient pas avoir la même origine sacrée que ceux des 
prêtres, on les préserva du moins de toute souillure, on les 
entoura des soins qu'on ne prodiguait d'ordinaire qu'aux sa- 
crifices, on se lava aussi avant de se mettre à table, et l'on 
sanctifia ces si/ssilies par des conversations pieuses et instruc- 
tives-. Remarquons cependant que ces repas n'eurent jamais, 

" On trouvera loiis les passages relal ifs à ces rAinions (mil^n) dans Geige?', 
Urxchrift, p. ig3 et suiv. Otzar Nehmad, IV (i863), 9-1 et suiv. Le passage, tos. 
Pcsnhim, c. iv, cité par Geiger (cf. Jos. B. J. V, ix, 3), se retrouve Mldrasrli 
s:ir Echa, 1,2. (Voir aussi le chaUlL-en sur I Saw. xv, '1 : X^ûCî ^Tt2kV2 pji'n 
pour traduire D\x'?I33 DipD'''!.) 

- Prendre des repas dans dos condilions souiblaMcs lUail appela p'P'n ri'?^rN 



CHAPITRE VFII. 143 

chez les Pharisiens, l'austérité cénobitiquo que leur donnèrent 
les Esséniens, et que la gaieté décente n'en fut janiais exclue. 
Mais les Pharisiens eurent à cette occasion une difficulté à 
surmonter qui ne paraît q)as avoir gêné leurs adversaires. Le 
repos ordonné pour le sabbat motiva la défense d'aller hors do 
la ville à plus de 2,000 coudées, et de porter quoi que ce fût 
d'une maison à l'autre {Exode, xvi, q Cj ] Jérémic , xvii, 21 et 
suiv. Néhémic, xiii, i5). Comment se réunir quand les con- 
frères demeuraient à des distances plus considérables, et, tout 
en habitant près l'un de l'autre, comment transporter les ali- 
ments de la propriété de chacun dans la salle où l'on devait 
se rassembler? Ces empêchements paraissaient d'autant plus pé- 
nibles qu'ils frappaient justement les repas en commun au jour 
du sabbat ,'dont ils devaient rehausser la sainteté. Les Pharisiens 
cherchaient un biais. Pour doubler la distance qu'il était per- 
mis de parcourir, et la porter à /i,ooo coudées, on déposa la 
veille un aliment à l'extrémité des premières 2,000 coudées; 
on se créa ainsi un domicile fictif d'où l'on pouvait parcourir 
la mesure légale en tous sens, et l'on obtint la faculté de se 
rendre, le samedi d'abord, de sa demeure réelle à ce domicile 
factice, et ensuite de là encore "une fois à une distance égale. 
Pour pouvoir transporter les aliments dans la salle commune, 

ïl?"pn mntO ^7". Onse réunissait, commopourragneaupascal, de préférenceau 
nombre de dix pour te moins; mais on descendait jns([uVi trois. La Ibrnuiie de la 
liétiédiclion de lible chanffeait et devenait moins solennelle, quand il y avait moins 
de dix convives. Voy. m. Abot , 111 , 3 , où il est dit : rt Trois personnes qui mangent 
ensemble sans avoir parlé de la Loi ressemblent à ceux qui mangent des victimes 
immolées à des idoles. . . mais (rois convives qui s'entretiennent pendant leur 
repas de la Loi ressemblent à ceux qui mangent de la table de Dieu (de l'autel ).'i 
On portait sur la table jusqu'à des parfums (IDJ'ID) pour rappeler l'encens brûlé 
sur l'autel, et Ton tenait à parfaire ainsi la resssemblanco entre le sacrifice et le 
repas; on possédait des appareils parliculieis pour les sabbats et les jours do fête, 
où la loi s'opposait à l'arlion d'allimier les aromates. (Voy. j. Brl:fi, 11, 7.) 



14/i HISTOIRK DK LA PALESTINE. 

cliacun y déposa, la veille du sabbat, un aliment, afin do simu- 
ler matériellement une sorte de communauté entre les diverses 
maisons habitées par les confrères; on plaça des poutres et des 
linteaux aux extrémités des rues, afin qu'elles présentassent 
de grandes maisons pourvues d'une porte de chaque côté. Cette 
singulière pratique s'appelle éroub (^i"!"'!', f' mélange 75 j, et est 
destinée à pouvoir satisfaire au besoin de fraternité qu'on 
éprouvait, tout en se gardant d'une profanation du sabbat. Les 
Sadducéens s'opposèrent à l'introduction de cet usage, non pas 
parce que ce moyen détourné d'échapper à un cas de cons- 
cience leur déplaisait, mais parce qu'ils ne favorisaient pas 
cette ])rétention des laïques à la sainteté sacerdotale, tandis 
que, pour eux, ils considéraient le transport des victimes desti- 
nées à leurs repas comme une continuation de leur service 
du temple, auquel le repos du sabbat n'opposait aucun obs- 
tacle légal '. 

V éroub, quelque bizarre qu'il soit et quel que soit le blâme 
qu'il a encouru delà part des rabbins, même orthodoxes, met 
néanmoins en lumière une tendance importante des Pharisiens, 
celle de transiger avec les obligations de la Loi dans l'intérêt 
des nouveaux besoins. Ils ont été souvent, sous ce rapport, d'une 
grande hardiesse ; ils n'ont pas toujours seulement biaisé avec 
le sabbat, puisque la maxime, il est vrai, timidement appli- 
quée, wle sabbat t'est donné, à toi, mais toi, tu n'es pas donné 
au sabbat'^, ?5 leur appartient, et aussi cette autre : wfais de ton 
sabbat un jour profane pour que tu n'aies pas besoin de re- 
courir à ton prochain ^. w 

' Voir surtout Geiger, Hahaloutz, VI, i5 et suiv. Jùd. Zeitscliri/t , II, 2^-27. 
2 Mpchilta sur Ki-tissa, c. i : nn^i'V QniDD CnX ""NI iTTlCD D2V DD^ . 
(Cf. Marc, 11, 27.) 

' Pfsfihim, 112 a : mnn"'? -j-)î32in haï "^in -[n^u nii'i?. 



CHAPITRE IX. 145 



CHAPITRE JX. 

HÉRODE. LES FAMILLES PONTIFICALES D'ALEX ANDIilE. 

LES DERNIERS COUPLES. 

Les révolutions successives et rapides qui s'accomplissent à 
Rome et exercent leur influence sur les provinces n'ébranlent 
cependant pas la fortune d'Antipater ni de son fils Hérode. 
Pompée, César, Cassius, Antoine et Auguste, qui représentent 
des idées et des aspirations si diverses, sont tous, tour à 
tour, flattés, attirés et servis par les rusés Iduméens, qui ne 
reculent devant aucune lâcheté, devant aucun crime, pour 
satisfaire leurpropre ambition et arriver au pouvoir. La journée 
de Pharsale(/i8), l'assassinat de César (/i/i), la bataille de Phi- 
lippes (/i 1 ) et celle d'Actium ( 3 i ), leur suscitent des soucis et 
des embarras dont ils triomphent bien vite en s'attachant au 
char du nouveau maître. Une invasion des Parthes en Syrie, 
il est vrai, pendant qu'Antoine était retenu en Egypte par sa 
folle passion pour Cléopâtre, semble favoriser pendant quelque 
temps un rejeton des Asmonéens. Antigonus, fils d'Aristobule , 
conduit par les anciens amis et alliés de son grand père , entre 
dans Jérusalem, réussit à en chasser Hérode et à s'y main- 
tenir pendant plus de trois ans (Zio-Sy). Mais tandis que ce 
Matathias (c'est le nom hébreu qu'An tigonus porte sur les 
monnaies ^ ), si peu semblable à son pieux aïeul, fait couper 
les oreilles à son oncle Hyrcan H , pour le rendre , par ce dé- 
faut corporel, impropre aux fonctions du pontificat [Lévitique, 

^ M. de Saulcy, Numwuatiqrir judaïque , p. 109. M. A. Levy, Jûdi.iche Mùnzm, 
p. 65. 

I. 10 



I4C HISTOIKE DE LA PALESTINE. 

XXI, 1 y et suivants), et le livrer ensuite prisonnier aux Parthes, 
Hérode, après avoir erré de l'Arabie Pétrée à Alexandrie et de 
là à Rome, parvient, h force d'intrigues, à s'y faire nommer, 
par le Sénat, roi de Judée (3 9). Il quitte aussitôt la ville 
éternelle, débarque à Acco, se rend maître de la Galilée; mais 
il est arrêté sur la route qui conduit à Jérusalem. Pendant deux 
ans on se bat avec des chances diverses, jusqu'à ce que Sosius 
lui amène des secom-s plus efficaces que ceux fournis d'abord 
parles autres généraux romains. Hérode met le siège devant Jé- 
rusalem, et va, pendant que les travaux s'exécutent, à Samarie, 
pour y célébrer son mariage avec la belle et malheureuse 
Mariamne. Cette fille d'Alexandre, fds d'Aristobule II, et 
d'Alexandra, fille de Hyrcan II, était issue d'une union qui peut- 
être aurait scellé la paix entre les deux frères, fils de Janée et de 
Salomé, si Antipater n'avait pas entrevu dans leur discorde une 
chance favorable pour son propre succès. L'Iduméen avait mis la 
main dans la triste fin du père de Mariamne, et Hyrcan II n'avait 
pas craint de fiancer la fille de la victime avec je fils de celui 
qui en était considéré comme le bourreau. Hérode revient au 
camp, mais la ville ne se rend qu'au bout de cinq mois, et la 
montagne du temple doit être prise d'assaut. Les Romains font 
payer à Jérusalem sa longue résistance par le meurtre et le pil- 
lage, et Antigonus, dernier roi de la famille asmonéenne, est 
décapité, sur la demande d'Hérode, le nouveau roi de Judée. 
Nos sources ne nous ont conservé de cette époque que le sou- 
venir d'un seul événement et encore est-il singulièrement trans- 
figuré. « Pourquoi, demande le Thalmud, le sanhédrin ne doit- 
il pas soumettre à son tribunal les rois d'Israël? Pour le fait 
suivant : Un esclave du roi Janée commit un meurtre. Siméon 
ben Schatah dit alors de s'occuper de ce serviteur et de le ju- 
ger. Ils envoyèrent auprès de Janée le message suivant: Ton 



ClIAPITHE 1\. 147 

esclave a commis uii meurtre. Le roi leur livra Tesclave. Aussi- 
tôt les docteurs firent dire de nouveau à Janée : Viens, toi 
aussi! 11 est dit dans la loi : Si le maître du bœuf a été averti, etc. 
[Eœode, x\i, 28), eh bien! que le propriétaire du bœuf vienne 
et réponde de son bœuf! Le roi vint et s'assit. Roi Janée, re- 
prit Siméon ben Scbatali, lève-toi pour qu'on dépose contre toi; 
car tu ne te tiens pas devant nous , mais devant celui qui ordonna , 
et le monde fut. N'est-il pas dit aussi : Les hommes qui ont un 
procès, se tiendront, etc. (^Deutéron. xix, 1 7)? H ne sera pas fait, 
répondit le roi, selon ton avis, mais selon celui de tes collègues. 
Janée se tourna à droite et à gauche, et le respect ferma la 
bouche à tous. Mais Siméon ben Schatah :Vous êtes, leur dit-il, 
plongés dans des réflexions, Dieu, qui est le maître de toute ré- 
flexion, viendra vous châtier de votre silence. A l'instant même 
Gabriel lesjeta par terre et ils moururent ^ v Comparons, avec ce 
récit, les faits racontés par Josèphe(i4. /. XIV, ix, 3-5) : Hé- 
rode ayant fait exécuter sans jugement un certain Ezéchias et 
sa bande, accusés de brigandage, le sanhédrin, ému de tant 
il'audace, le cita devant son tribunal. Hyrcan présida et l'accusé, 

' Sanhrdrin, 19 a : ]rJl2'J "inV ICN* Nîl'Di i^'p ND^D W:"'" H^ID^' 

min rï^.'ûit ";"'bi*23 -rim aznh ■'D: tijN Kn n^b inVc inb n^n-z' 
w:-' iTOu; p ]VJD^ -)izii 3\-i^"! Nnx i-)!'^' b'J mer"'! ir^'n b'J2 ni2"' 
^D 'Z^h N'bx -^vj nnx i:^:î:V n'^t "j^ 'rr'J'i i^''?:") '?:-' ~'^v "Scn 
^nn Dnb lUTN □■'u*:Nn '-I2y: -icn:w* ik:ivj nnx nSirn n\-n '^'Oii'C 
i:^D"'S n:D: -jn-'^n -nCiVi:' n^2 aba nnx iDxnu'D n"? ^b idn iji 
yrj'ou in'? ")!:n ypipa □n-'jD Vw'33 ibxDu'b n:D3 yp~ip3 □~"':d vc22 

N3 T^D DDC 'J'^Z'^I n"lDwTi!2 bv2 N'T OnN' m^'w n^r "'b"2 n'i^o' ]2 
IDDl i*p1p2 "LÎZm bN"'"13J. (SurlesmotsmU,' hv ~1Di?"'1, voy.GeigerJ.'rs- 
clirifl, i65 note.) La phrase enlière a passé en proverbe, Sj/rc sur Dpittérmwmc, 
S 190. Nous avons traduit Î?p^p3 □PT'jD "iC'3D "le respect, leur forma la bonclie,:" 
lifliMMlcment : "ils allacbèreni ionr fignro à lerro" (rf. Mpimlini . 110 a). 



U8 iiisToiui': i)K i.A i'.\m:s ri.NE. 

:iM licii (le se présenter liumblemonl devant sesjujjes, [)ariil 
velu de pourpre et entoiin'' d'une garde nombreuse, ce qui frap- 
pait (le sliipenr tous les docteurs, excepté Saméas, (pii, après 
a\oir blâmé énergiquement le roi Hyrcan et ses propres col- 
lègues, les menaça de la colère de Dieu et du cbàtiment qu'ils 
encourraient un jour de la part de celui-là jneme qu'ils al- 
laient absoudre. II n'y a guère de doute que le Janée du Thal- 
mud ne soit b^ Hyrcan II de l'bistorien , que le serviteur ou 
esclave meurtrier ne soit Hérode, auquel les rabbins infligent 
souvent ce sobriquet injurieux \ cjue le meurtre commis ne se 
rapporte à l'exécution d'Ezéchias, et que le nom de Siméon 
ben Scbatali, qui sans doute était déjà mort à cette époque-, 
ne remplace le Saméas de Josèpbe, ou bien Scbemaïa , cpii. 
comme nous l'avons déjà vu , ('tait alors, avec Abtalion, à la tète 
du sanliédrin^. La francliise courageuse de Scbemaïa ne sur- 
prendra pas, quand on se rappellera la maxime dans la(pielle 
il recommande l'amour du travail, qui donne l'indépendance, 
et la baine de la grandeur, qui asservit. Le silence prudent 
d'Abtalion n'étonnera ])as davantage, quand on connaîtra la 
maxime de ce maître : «Sages, disait-il, soyez circonspects dans 
vos paroles (ou bien, dans vos afl'aires); autrement vous 
pourriez être punis de l'exil et bannis vers un lieu d'eaux stag- 
nantes (de mauvaises doctrines); vos disciples qui vous sui- 
vraient seraient exposés à boire de ces eaux et à mourir, ce 
qui serait une profanation de Dieu*, w 

' Bnha-bathra, 3 h et ci-après, p. 1 59 , note i . 

^ Nous avons déjà remarciué plusieurs fois que le nom de Siméon hen Schalali 
se rencontre souvent dans les ouvrages Ihalmudiques à la place d'autres noms 
moins connus. 

■'* Pescihim, 66 a, 70 b, ils sont appelés «les grands lioinmos de leur siècle 'i 
(TTin ■''^lU). (Voyez ci-dessus, page 117.) 

' III. MiiU . I, 10. Nous (lifTeroiis (■oinplé(em''Mt , pour le sens que nous don- 



CHAPITRK IX. Uy 

Les prédictions de Scheniaïa (vers ^7) s'accoiiipJiroiil dix 
ans plus tai^d, après la prise de Jérusalem, et Hérode fit mas- 
sacrer tous les membres du sanhédrin , à l'exception de c^ Pollion 
le Pharisien, et de Saméas, son disciple ^ (Jos. A. J. XV, 1,1). 
Pollion est, sans doute, le nom d'Abtalion, grécisc par Josè- 
phe selon son habitude; le cauteleux docteur avait mérité, par 
son silence, la grâce du maître. Mais, quoi que Josèphe en 
dise lui-même, le Saméas auquel Hérode laisse la vie sauve 

nous à ceUe maxime, des anciens commentateurs. Voici celui de Maïmonide : 






'D 



(jyj^Lcj ç-^ij^ ("L?^' '-^'~*^ (jj^ -^^ iS^' ^y^ jU^^f à^ 05^ 

JJ ^yjt^y^ f~^^ »jA£U' iS3 tVj-'-XJf Ljj-Cli. jAiUuiif c_>.u.:>> <J^ 

^ DwH bibn eUi j ijj-^j vsfSlajvcI yk^fojfc q[ uy\i,^ rrîj^D 

Din'iajpnS ç* DIjPÛJXJ iSy^ *>'• (^ On entend, par les eaux stagnantes, rhé- 
résie. Abtalion dit : Prenez garde en vous adressant à ia foule qu'il n'y ait rien 
d'équivoque ni de vague dans vos paroles; autrement, si des hérétiques étaient 
présents, ils pourraient les interpréter selon leurs (fausses) croyances, et les dis- 
ciples qui les entendraient répétées par eux seraient exposés à accueillir l'hérésie 
et à supposer faussement que c'est là votre croyance. Il y aurait une profanation 
de Dieu et (il vous arriverait) ce qui est arrivé à Antigonus avec Saddok et Boé- 
thos.n On ne comprend pas, ce que signifient alors les mots : 131 m 73 'i3inn ]D. 
Je m'imagine que le lieu des mauvaises doctrines pourrait bien être ici x\lexan- 
drie. 

' Nouspensonsque ]r^î33}< estunnomhébreu,for;uéde 7Î3^3N,parraddilion 
de la terminaison n^,et signifiant «père de la rosée de Dieu,?! comme Abital veut 
dire «père de la rosée.» Pour le changement de cette terminaison en ]V, nous 
avons un autre exemple dans p^3in3, pour îT'jTnj (j. Nedarim, vi, 8; j. San- 
hédrin, 1, 2). On comprend, de cette façon seulement, comment Josèphe a pu le 
changer au point de le transformer en Pollio. Il est curieux que Josèphe nomme 
deux fois Pollion et Saméas ensemble (A. J. XV, i, 1, et x, i), en ajoutant au 
nom de Pollion sa qualité de Pharisien , mais en ne mettant qu'au premier passage, 
derrière le nom de Saméas, les mots è io\noD fza0r)Trfs. Nous serions disposé à 
croire aussi à deux Pollion, et à entendre, par le second de ce nom, Hillel, le Ba- 
bylonien. (Voy. la note vu à la fin de ce volume.) 



150 IllSTOIHK l)K LA l>ALKSTI.\F. 

n'est pas, il nous semble, Scheniaïa. D'abord celui-ci n'étaii 
[)as disciple d'Abtalion, et le nouveau roi de Judée n'était pas 
de ces hommes qui pardonnent à la vertu courageuse d'un ad- 
versaire malheureux. Nous pensons plutôt au célèbre Scha- 
maï, qui, assis alors encore sur les bancs de l'école, pouvait 
bien avoir reçu ce nom abrégé, afin d'être distingué de Sche- 
maïa, le chef du sanhédrin'. 

On connaît les crimes qui se succèdent dans la vie d'Hé- 
rode, avec ce terrible enchaînement c[ui veut que chaque méfait 
en engendre un autre. Le jeune Aristobule III, frère de Ma- 
riamne, est la première victime qui lui porte ombrage; Joseph, 
l'oncle d'Hérode, le suit; l'extrême vieillesse ne préserve pas 
Hyrcan II des soupçons du roi, et le plus débonnaire des 
princes asmonéens est accusé et condamné à mort, pour avoir, 
à quatre-vingts ans, tramé un complot contre l'Iduméen-; le 

' Voy. ci-dessus p. gS , noie i . Nous connaissons de même deux Zacliarie à Vé- 
poque où le père de R. lohanan ben Zacaï vivait à Jérusalem et il se peut que le 
nom de ce dernier ait été pour ce motif abrégé en Zacaï : l'un est Zacbarie ben Ba- 
rucli, que les zélotes tuèrent avant la prise de Jérusalem (Jos. IL J. IV, v, i), et 
l'autre Zacbarie ben Kabutal ou Kabutar (m. lonia, i, 6; j. ibid.; h. ibicl. 19 b; cf. 
ci-dessus, p. 1 29). — R. Elaï ('^Ny'l'N) était disciple de R. Éliézer (m. Eruhin , 
11, 6, Ahotderabbi Nathan, xv/n. : W^Vn mU;D "iDNîy "•N^'jX "13 îll^îl^ 1 

'piun irj-^hit "1 mt^D -idn^ rax). 

^ « A la demande d'Hérode , le lâche sanhédrin , dominé par les fils de Betlbyra , 
prononça l'arrêt de mort contre Hyrcan, etc^i Ces mois se lisent chez M. Graetz, 
nr, 172, et, dans une note, il cile, à l'appui de cette assertion, A. J. XV, vi, 
1-5. Je n'ai pu trouver ni à l'endroit cité, ni ailleurs, un seul mot de l'intervention 
du sanhédrin dans le ténébreux procès de Hyrcan, ni de la domination que les 
Bené-Betthyra exerçaient sur le sanhédrin. On ne saurait assez protester contre 
une telle légèreté dans l'histoire de la part d'un honmie à qui son autorité, du 
reste bien méritée en général, impose le devoir de ne rien avancer qui ne soit pas 
fout à fait exact. Tout le monde ne vérifie pas un fait qu'on croit emprunté à Jo- 
sèphe. He'rode ne demandait pas ses condamnations au sanhédrin, dont il ne res- 
pectait pas i'aulorilé, et qui. quoi qu'en dise M. Gr«!lz, n'aurait jamais été assez 



CHAPITRE IX. 151 

morne cijagrin que la mort violente des siens fait éprouver à 
Mariamne aiguillonne la jalousie inquiète de son mari, et, 
sur la déposition de témoins subornés , elle aussi est condam- 
née et exécutée; Àlexandra, la mère de la reine malheureuse, 
la rejoint un an après. L'âme infernale qui inspire tous ces 
meurtres est Salomé, la sœur d'Hérode, qui, cette fois, livre 
au bourreau Costobare, son propre mari, et les fils de Baba, 
parents collatéraux des Asmonéens , auxquels Costobare était 
accusé d'avoir donné un refuge. 

De cette première série de cruautés commises par Hérode , 
le Thalmud n'a retenu que la mort de Mariamne, en la colo- 
rant d'une teinte légendaire, k Hérode, l'esclave de la famille 
asmonéenne, jeta les yeux sur la jeune fille (de cette maison). 
Un jour, il entendit une voix mystérieuse qui dit : Voici le mo- 
ment favorable pour l'esclave qui veut briser ses chaînes. Aus- 
sitôt il se leva, égorgea tous ses maîtres, et ne laissa en vie 
que cette jeune fille. Celle-ci, s'apercevant qu'il voulait l'é- 
pouser, monta sur le toit en s'écriant : Quiconque prétend des- 
cendre de la famille des Asmonéens n'est qu'un esclave, car 
il n'en reste qu'une jeune fille, et moi, qui suis cette jeune 
fille, je me précipite de ce toit à terre. Hérode la conserva 
pendant sept ans dans du miel, d'après les uns, à cause de la 
passion qu'il éprouvait pour elle; d'après les autres, pour faire 
accroire qu'il avait épousé la fille d'un roi. Puis il demanda : 
Qui a enseigné ce verset : D'entre tes frères, tu te choisiras un 
roi (^Deuléron. xvii, i5)? Les docteurs (répondit-on). Il fit 

lâche pour les iui accorder. Lors de l'arrêt contre sa femme Mariamne, Josèphe 
dit expressément qne le tribunal était composé de ses familiers {(njva-yayùv tous 
olxeioiijovi auTÔï). Nous démontrerons bientôt que le sanhédrin suspendit ses 

fonctions vers celte époque. (^4. /. XV, vu, h. cf. ii, 7 : axiWoyov tùv 0iXcov: 

XVII , III , 1 : avvéSpiov . . . tcïv Ç>iXci}v). 



15:2 HISTOIHK DE LA I»ALKST1.\K. 

égorger tous les docteurs, exceplé Baba ben Bula, voulaiil lui 
demander conseil; mais néanmoins il lui fit crever les yeux', v 
C'est ce Baba ben Bouta qui, d'après une tradition, aurait 
conseillé au roi de se concilier le peuple par la construction 
d'un temple somptueux à la place du sanctuaire simple et mes- 
quin qu'avait élevé, quatre à cinq siècles auparavant, la pauvre 
colonie revenue de Babylone^. Cette pieuse entreprise devait 
servir en même temps' d'expiation pour le meurtre commis con- 
tre les sages d'IsraëP. «Du temps d'Hérode, est-il dit ailleurs, 
pendant qu'on était occupé de la réédification du temple, la 
pluie tombait durant la nuit; mais, le matin, le vent soufflait, 

' Baba-bathra , 3 b. La phrase, et Quiconque prétend, elc. " *1DN"1 ^nXT ]XD /D 
Nin Kiay NJTNp \y:iDîyn r\^212, se trouve encore Kiddomchin, 70 b; ie 
récit y est abrégé. Mais la règle fui établie, sans doute, pour marquer ie mépris 
(ju'on éprouvait pour Hérode, et aussi pour répondre aux prétentions des faux As- 
nionéens. Nous avons traduit un peu librement les mots : ÎT^^y N3 H? ^IDNI 

iT^IÎJ""? iT'Sin'''? n^Dlûl NH, pour en adoucir le sens; ils veulent dire littéra- 
lement : «Il y a des docteurs qui soutiennent qn'Hérode eut commerce avec Ma- 
riamne et qu'il la conserva dans du miel pour assouvir encore sa passion sur elle." 
M. Gciger [Otzar-Nelitnad, III, j-2. Vienne, 1860) prouve que cet acte révol- 
tant du roi était connu des tlialmudistes sous le nom de Dimn n^i?D, «acte 
d'Hérode, n mots qui, n'étant plus compris plus tard, ont été changés en ntyvD 
D^TITTl. (Voyez Sif ré sur Deutéronome , xxii, 22; cf. l'édition de M. Friedmann, 
Vienne, i86i, p. 118, qui a retrouvé la bonne leçon dans un manuscrit du Sifré; 
Sanhédrin, 66 b; R. Nathan, Aruch, s. v. Dinn); Maimonide, Commentaire 
sur m. ibid. iv, /i.) — Peut-être IlITTl rTi^ (m. loma, vi, 9, d'après la leçon 
babylonienne, car celle de Jérusalem porte faussement ]T)in D^D), ou ^"llin n^3 
(comme on lit ce mot dans le Pseudo-Jonathan sur LévUique, xvi, 10, 21), em- 
ployés pour le rocher sur lequel on envoyait le bouc émissaire (H^n^ XTi^'? 

mm n-is xim piîJT NiaiDm lî^pi tr^pn nnxn ddd'?), désignent-ils 

aussi un DlTin IT^S; ce serait le fameux Hérodium! (Voyez la Partie géogra- 
phique, s. V.) 

^ Baba-bathra, ibid. 

3 Bamidbar-rahha, c. xiv : -]'7D n"' Vv HJDat? DT)in INjD'J ]"'j3n 



CHAPITRE IX. 153 

les nuages se dispersaient, le soleil reparaissait et les ouvriers 
reprenaient leur travail ; ils reconnaissaient ainsi qu'ils avaient 
entre les mains un ouvrage religieux. 55 Josèphe confirme ce 
récit du Thalmud, en ajoutant naïvement «qu'il n'y avait là 
rien d'incroyable ^ 55 [A. J. W,^ne.) Il fallait bien des signes 
extraordinaires du ciel pour que les Juifs pussent croire à une 
telle construction de la part du roi; aussi furent-ils inquiets 
qu'une fois l'ancien édifice démoli , on n'éprouvât des obstacles 
pour construire le nouveau [ib. ix , 2 ), et cette inquiétude trouve 
son écho dans cette discussion des rabbins : t^ Comment Baba 
ben Buta a-t-il pu conseiller à Hérode de démolir le temple? 
B. Hasda n'a-t-il pas dit qu'il ne faut pas jeter bas une syna- 
gogue avant d'en avoir élevé une autre? C'est que Baba y avait 
remarqué une crevasse; ou bien le cas est différent, lorsqu'un 
gouvernement se mêle de la construction, parce qu'il ne revient 
pas sur ses projets ^. » 

Mais, pour Hérode, le temple de Jérusalem fut une occa- 
sion nouvelle de satisfaire sa folle passion pour les construc- 
tions. Il avait doté la ville sainte d'un théâtre , un cirque s'éle- 
vait dans la banlieue, des jeux, comme les jeux olympiques, 
se célébraient en Judée, en l'honneur d'Octavie, avec une 

nDnn nmTi u^^vn T)îDn:i nnn nivi ^^D'? nb^'jn D'^Diyj îmi"" 

D.T'T'a W'DV riDN^DS; IVl"»! PDnVdV nyr\ 1N2Î''1. (Cf. Sifré sur Deuté- 
rnnome, 8 li-2; éd. Friedmann, p. 60 a, note 3.) Nous avons donne ce texie en 
partie à cause de l'expression D''D^ DDN'^D , qui , à côté de WID^ D^D^D , et UVJ 
W'TDV , devient fréquente à cette époque : dans toutes ces locutions, le ciel est 
l'équivalent de Dieu. 

^ Baba-bathra, 3 b. La dernière opinion s'appuie sur les paroles curieuses de 

Samuel, docteur babylonien dévoué aux princes Sassanides : NDID^D ")DN ""N 
iT'n ")in xbl """lltû Tpi? """nîû KJlpy. «Si un gouvernement dit: Je déplacerai 
des montagnes, il déplace les montagnes sans se ravise»- •■ 



I5A HISTOIIU: DE LA PALESTINE. 

magnificence inouïe; pourquoi ne pas augmenter l'éclat de la 
résidence par un nouveau monument, qui excitât l'admiration 
des autres peuples? Pourquoi ne pas consacrer au culte de 
Jéhova les mêmes richesses qu'on avait largement prodiguées 
dans Sébaste, dans Césarée et ailleurs, aux divinités du paga- 
nisme? Les Juifs ont conservé pour le sanctuaire la formule, 
«Quiconque n'a pas vu l'édifice d'Hérode n'a jamais rien vu 
de beau^ « 

La nation ne fut jamais dupe des avances qui lui furent 
faites par le roi. Entre les Juifs et l'Iduméen, il y avait un 
abime. Hérode avait beau brûler les archives de Jérusalem, 
afin de ruiner des prétentions généalogiques, il avait beau 
se faire passer pour descendant d'un juif étranger qui était 
rentré en Judée '^, personne n'oublia l'origine véritable de l'es- 
clave de la famille asmonéenne : c'est que sa conduite ne fut 
pas plus juive que son origine; c'est que ses mœurs rappe- 
laient constamment le proconsul romain plutôt que le roi d'Is- 
raël^. Les pires d'entre les Asmonéens étaient encore liés au 
culte par les fonctions du pontificat; Hérode put, grâce à la bien- 
veillance du sénat romain, usurper le titre de roi de Judée, 
mais aucune puissance au monde ne put lui donner la qua- 
lité de descendant d'Aron, condition nécessaire pour devenir 
grand prêtre. 

Si dans ces circonstances le pontificat était devenu de nou- 
veau la propriété d'une famille, si cette dignité, comme dans 
les temps anciens, héréditaire dans une branche sacerdotale, res- 
tait au titulaire jusqu'au moment de sa mort, le grand prêtre 

' SoHcca, 5i b; Baha-bathra, U a. 

-' Eiisèbe, Hist. Evangrl. 1,7; cf. Pesahiin, 62 b. (Herzfeld, Gpschwhie d. Vol 
kes Jisrael, I, 137). — A.J. XIV, 1, 3. 

' Voir, oniro tniit ilo passagfs, Jo.«. A. J. XV, ix, .">; XVI, \ , h. 



CHAPITRK IX. 155 

possédait un pouvoir considérable, avec lequel le roi avait 
d'autant plus à compter, qu'il n'avait lui-même ni racine, ni 
sympathie dans la nation. La prudence commandait donc à 
Hérode de se réserver la faculté de conférer les fonctions pon- 
tificales à qui bon lui semblait, de les avilir en les confiant à 
des hommes peu estimables, et de s'arroper le droit exorbi- 
tant de nommer et de destituer les pontifes selon ses conve- 
nances. Ses premiers choix montrent qu'il évite de prendre un 
prêtre né en Judée. Un Babylonien, Ananel ou Hananel, 
homme obscur (twv àavfxoTépcov, A. J. XV, ii, k), est le pre- 
mier qu'Hérode charge des fonctions remplies autrefois par Si- 
méon le Juste ^ Hananel les quitte pour peu de temps en fa- 
veur d'Aristobule III, et les reprend après le meurtre ignoble 
du jeune prince asmonéen. Josué, fils de Phabi, succède ù 
Hananel, et est à son tour suivi par Siméon, fils de Boéthos, 
d'Alexandrie, qu'Hérode s'attache par des liens de famille en 
épousant Mariamne, sa fille, renommée à Jérusalem pour sa 
grande beauté. 

L'élévation de cet Alexandrin, devenu à la fois pontife et 
beau-père du roi, et l'influence que garde sa famille longtemps 
encore après la disgrâce de Mariamne et la mort d'Hérode lui- 
même, ont certainement une raison d'être plus profonde que la 
passion inconstante d'Hérode pour la fille de Siméon-. Hérode 

' Rien ne prouve que ce Hananel soit le ''TÎJDn '^NDJn, mentionné m. 
Para, m, 5 (Grœtz, III, 166). Je pense, au contraire, que la série des pontifes 
venant d'Egypte, et particulièrement d'Alexandrie , ne commence que par Siméon , 
fils de Boéthos, et que le Hananel de la Mischna est identique avec cet Anan ou 
Hanan, qui lui-même, ainsi que cinq de ses fils , a rempli les fonctions du pontifi- 
cat. (j4. J. XX, IX, 1.) 

- Le récit de Josèphe concernant cette famille présente de grandes diflicullés. 
D'après A. J. XV, ix, 3; XVIII, v, 1, Mariamne était fille de Siméon, le premier 
grand prêtre des Boéthusiens. Mais {ih. XIX , vi , 2) , les njols ov ^v Q-vyarpi, ktX. 



15(i HISTOiHE l)F, LA PALESTINE. 

avait séjuuiiu^ plusieurs fois à Alexandrie et connaissait celte 
ville, qui pour la richesse de son commerce et la culture des 
lettres n'était égalée par aucune autre ville de l'empire ^ Nulle 
part les Juifs n'étaient entrés aussi avant dans le mouvement 
général de leurs concitoyens. Plusieurs païens , suivant en cela 
l'exemple donnée par les Ptolémées, lisaient avec intérêt les 
saintes Ecritures traduites dans leur langue, et les Juifs payè- 
rent cet accueil fait à leur littérature en cultivant, à leur tour, 

se rapportent évidemment à Boëthos, et, en ce cas, Mariamne n'aurait été que la 
sœur de Siméon. Deux autres passages de notre historien viennent confirmer 
cette dernière version, i" loézer, autre pontife choisi par Hérode, est appelé jih 
de Boéthos (XVII, m, i; XVIII, i, i), et était par conséquent frère de Si- 
méon. Lorsque ce loézer remplace Matthieu, fils de Théophile, de Jérusalem 
(voy. ci-après, p. i58), Josèphe dit : Kadiala [ÈpûSrjs) Id^apov àp)(^iepéet àSeX- 
<Pov yvvaiKoî Trfs aCtov , «Herode prit comme pontife loézer, frère de la fenmie 
de celui-ci, v c'est-à-dire, de Matthieu. Mais à quoi bon nous donner le degré 
de parenté qui lie le nouveau grand prêtre à son prédécesseur, qui avait, en 
outre, démérité du roi? Il paraît donc préférable de lire axnoîj, ce qui signitie 
«frère de sa femipe," savoir d'Hérode; seulement, d'après celte correction aussi, 
Siméon était le frère, au lieu d'être le père de Mariamne. 2°D'aprèsy4. J. XIX , 
VI, 3, Agrippa appelle au pontificat Siméon, fils de Boéthos, surnommé Kanlhé- 
ras; Josèphe fait à celte occasion la remarque que deux frères de ce Siméon et 
Boéthos le père [koI -muT^p Boindàs ov trj B-vyarpi pa.atXsxts avvûx-naev) avaient 
déjà rempli ces fonctions, et que cette famille avait ainsi joui de la même faveur 
divine qu'autrefois les trois fils de Siméon fils d'Onias (cf. XII, v, i ). Comme, 
en effet, Josèphe nous donne (XVII, xiii, i) encore le nom d'un Eléazar, frère 
de loézer, qu'Archelaùs, à son retour de Rome, nomme grand prêtre, l'obser- 
vation de l'historien n'est juste qu'autant que le premier pontife de la famille 
nommé par Hérode était Boéthos lui-même, dont la fille, sœur de Siméon, au- 
rait été épousée par le roi. — Nous verrons plus tard d'autres contradictions dans 
ce que Josèphe raconte du pontificat de loézer. 

' Voir le chapitre sur les Juifs en Egypte, chez Herzfeld, /. c. II , 636 et suiv. 
et surtout 665 et suiv. Grœtz, III, 37 et suiv. 262 et suiv. 638 et suiv. Le poème 
du Pseudo-Phocylide est sous ce rapport très-instructif. Si , au commencement du 
11* siècle avant J. C. un Juif osait déjà dissimuler sa croyance au point de mettre 
Q-éot dans ses vers , on peut deviner jusqu'où les Alexandrins ont pu aller du 
temps d'Hérode. 



CHAIMTRK I\. 157 

avec succès, toutes les branches de la littérature grecque, (l'est 
à Alexandrie que se rencontrent, pour la première fois, la pa- 
role révélée et la philosophie devant des penseurs sérieux qui 
se sentent la force et la volonté de tenter l'œuvre si difficile 
de leur réconciliation. Malgré la bonne foi et la conviction ar- 
dente qu'on y mit, il arriva ce qui est toujours arrivé en pa- 
reille circonstance : la philosophie y gagna peu et la religion 
y perdit ^ En donnant des sens allégoriques aux préceptes , on 
en diminua l'importance, puisqu'ils n'étaient plus imposés 
pour eux-mêmes, mais pour les idées qu'ils mettaient en re- 
lief. Comme les païens cherchaient alors la solution du même 
problème pour leur mythologie, et que la fable dut aussi se 
plier à l'interprétation des philosophes, il en résulta un cer- 
tain niveau , un fonds commun d'idées entre païens et Juifs , 
qui devint préjudiciable au judaïsme. Une grande indifférence 
à l'égard des pratiques religieuses fut suivie bientôt de déser- 
tions nombreuses et regrettables. L'Iduméen , en choisissant un 
Alexandrin comme grand prêtre , espérait sans doute rencon- 
trer dans Siméon la légèreté de caractère, la facilité de mœurs, 
et la lâche complaisance que Philon reproche vers cette époque 
à ses concitoyens. 

En ceci Hérode paraît s'être trompé. Si le fils de Boéthos 
a, comme il est probable, donné son nom aux Boéthusiens, 
qui viennent à cette heure s'enter sur le parti des Sadducéens, 
ces Alexandrins ne sont en aucune façon des allégoristes. Bien 
au contraire, dans les différences qui plus haut leur sont par- 
ticulièrement attribuées , ils montrent un attachement plus su- 
perstitieux à la lettre du texte que les Pharisiens ; mais ils sont 
royalistes par alliance et opposés aux Palestiniens par origine. 

' Les Juifs de l'Espagne au xiv' siècle présentent un tableau semblable , (|ui peut 
bien contribuer à expliquer ce qui a dû se passer à Alexandrie. 



158 lllSTOinK DE LA PALKSTI .\ K. 

Cepeiulaiil, Simëoii est destitué au moment où le roi répu- 
die Mariamne. A cette cour corrompue, où la délation est la 
règle, la discrétion devient une preuve de complicité. Dans 
les dernières années du règne, lorsque Hérode sévit contre sa 
propre race, cpiand Alexandre et Aristobule, les fds de la pre- 
mière Mariamne, sont enfin étranglés à la suite d'une trame 
odieuse, ourdie par Antipater, l'aîné des fils du roi avec l'Idu- 
méenne Doris, et que ce dernier est à son tour convaincu 
d'avoir voulu empoisonner son père, la fille de Siméon est ac- 
cusée d'avoir connu cette nouvelle conspiration contre la vie 
du roi et de ne pas l'avoir dénoncée. Cette fois c'est Matthieu, 
fils de Théophile, de Jérusalem, qui devient pontife. Mais les 
sentiments trop religieux et trop patriotiques dont cet enfant 
de la Judée est soupçonné font revenir Hérode vers un Alexan- 
drin, et loézer, fils de Boéthos, qui est nommé grand prêtre, 
garde ses fonctions longtemps encore après la mort du roi. 

L'effet produit par le long règne d'Hérode sur les partis de 
la Judée a dû être immense. Comme d'habitude, Josèphe et 
nos sources rabbiniques ne nous fournissent que des traits 
épars et de vagues indices. Mais les événements qui remplis- 
sent le siècle commençant vers l'époque où le vieux roi des- 
cend dans la tombe sont d'une telle importance, qu'un état de 
choses qui pourrait être considéré comme la conséquence natu- 
relle des temps antérieurs et expliquerait, jusqu'à un certain 
point du moins, les faits qui vont s'accomplir plus tard, aurait 
déjà, ce semble, par là même un haut degré de vraisemblance. 

Après tant de changements qui, depuis des siècles, s'étaient 
opérés en Judée, l'avènement d'Hérode était encore un fait 
inouï et anomal. Sous les rois de Perse, comme sous les Pto- 
lémées et les Séleucides, il n'y eut pas de royaume de Judée: 
mais à part les exactions fiscales, plus ou moins lourdes selon 



CHAPITRE IX. 159 

le tenipéraiiient des gouverneurs et les besoins du suzerain, 
les Juifs jouissaient d'une indépendance complète et d'une li- 
berté de culte entière. Les années funestes d'Antiochus Epi- 
phane sont suivies d'un gouvernement national, qui, sans être 
sympathique à tous, n'en était pas moins sorti d'une lutte où 
les intérêts les plus chers du judaïsme avaient été mis en jeu 
et avaient enfin tàomphé avec éclat. Les Asmonéens se trou- 
vaient à la tête de la nation par le libre choix du peuple, et 
Sadducéens comme Pharisiens, aristocratie et démocratie, leur 
lurent soumis comme Juifs à une autorité juive. Mais qu'est-ce 
({u'Hérode représentait pour ce peuple? Issu d'une race détes- 
tée, fils d'un père haï, Hérode doit au sénat de Rome de pou- 
voir fouler aux pieds toutes les libertés, toutes les institutions du 
pays, et d'usurper le titre de roi de Judée, qu'avant lui aucun 
étranger n'avait porté ^. Les instincts de cet Iduméen sont cruels 
et barbares , sa conduite et ses mœurs , païennes et voluptueuses , 
ses goûts antipathiques, et ouvertement hostiles à tout ce c[ui 
est juif. En face d'un tel maître, les deux partis, Pharisiens et 
Sadducéens, tous deux essentiellement juifs, tout en conser- 
vant leur divergence d'opinion sur un grand nombre de points, 
durent néanmoins se rapprocher. A l'exception des pontifes, 
qui étaient les créatures d'Hérode, des courtisans qui suivent 
tous les régimes, et des guerriers qui trouvaient leur compte 
sous un roi belliqueux, les Sadducéens quittèrent sans doute 
la cour pour revenir à l'étude de la Loi et, en tant que prêtres, 
s'occuper du culte, en cédant, comme nous l'avons vu, dans la 
pratique, aux opinions de leurs anciens adversaires. Le pon- 
tificat, du reste, leur est systématiquement enlevé. Pour la 
première fois, on nous parle de prédicateurs : on nous nomme 

' Cf. A. J. XV, 1,2, d'après Strabon. Eiisèbe, H. E. vi, i, le nomme Ilpcirov 

~o yévoi àXXoipv^ov. 



160 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

Judas, fils de Sariphée, et Matalliias, fils de Mar^alol, deux 
tribuns particulièrement aimés du peuple, qui poussèrent la 
masse énieutée à la révolte et l'engagèrent à arracher l'aigle 
romaine qu'Hérode avait placée au-dessus du grand portail 
du temple. Ces deux prédicateurs ou agadistes furent con- 
damnés à être brûlés vifs, et, à cette occasion, Matthias, fds 
de Théophile, fut éloigné du pontificat ^ Les hommes de cette 
trempe ne manquent plus dans la grande cité, et aucun sup- 
plice ne les arrête; ils deviennent, par leur parole, les auxi- 
liaires puissants des mécontents sans nombre qui se jettent 
dans les montagnes, se cachent dans les cavernes et harcèlent 
les armées d'Hérode. Ces mécontents n'ont fait défaut à au- 
cune époque des grands boul versements, et les prudents, qui 
savent se plier aisément à tous les ordres établis, leur ont tou- 
jours prodigué le nom de brigands^. Josèphe ne le leur épar- 
gne pas, et cependant si Ezéchias, l'instigateur des troubles 
dans l'Acrabatène , avait été, comme l'historien juif le prétend, 
un simple brigand, le sanhédrin se serait-il ému de son exé- 
cution au point de citer le jeune monarque devant son tri- 

' Jos. A. J. XVII, VI, 9 et suiv. B.J.l, xxxiii, 2-i. — C'est sous le pontificat de 
Matthias, fils de Théophile, qu'à la suite d'un accident nocturne, arrivé dans la 
nuit qui précéda le jour du grand Pardon, Joseph, fils d'Ellem, remplit les fonc- 
tions de grand prêtre ( A. J. XVII , vi ) , i . Ce fait est raconté aussi j. Megilla , i , 12; 
loma, 1,1; Horaïot, m, 2; h. Megilla, 9 b; loma, 1 a b; Horaïot, 12 b. D'après 
toutes les sources thalmudiques, Joseph (D*?^N p ^DV) était de Sepphoris, en 
Galilée. Les paroles qui sont attribuées dans le Thalmud de Jérusalem au roi , qui 
n'était autre qu'Hérode, "'JD'? mN nVC? r\r\Z"0'^^^ nVn "]"'n nV d'jW p 
(Y''T) O'jiyn HNm IDXe; "»D, «Ben Élam, ne te suffit-il pas d'avoir pendant 
une heure servi devant celui qui ordonna et le monde fut?n paraissent déplacées 
dans la bouche de l'Iduméen. 

^ Jos. A. J. XV, X, 1 ; XVI, ix, 1. Voy. Marc, xv, 7, sur Barabbas, et compa- 
rez ce verset avec Jean , xviii, do. 



CHAPITRE IX. 161 

bunaP? Grâce au gouvernement tyrannique d'Hérode, les 
deux anciens partis font trêve à leurs discussions, et un nou- 
veau parti, le parti politique, s'est formé : rLes adeptes de Juda 
le Galiléen, dit Josèphe, sont, pour toutes leurs opinions, 
d'accord avec les Pharisiens, mais ils ont une passion inébran- 
lable pour la liberté, et n'admettent que Dieu comme chef et 
maître; peu leur importe les supplices raffinés qu'ils endurent, 
les châtiments que supportent pour eux leurs pai'ents et leurs 
amis, pourvu qu'ils n'aient pas à donner le nom de maître à 
un homme ^.w Ce Juda était le fils d'Ezéchias'. «Nous avons 
à nous plaindre de vous, dit un de ses partisans aux Pharisiens; 
vous écrivez dans les actes le nom du maître à côté de celui 
de Dieu. — Nous nous plaignons à notre tour, répondirent fine- 
ment les Pharisiens; vous mettez le nom du maître et celui de 
Dieu sur la même page , en écrivant même celui-ci après celui- 
là; par exemple, dans le verset : Pharaon dit, qui est ce Jéhova 
dont je dois écouter la voix {^Exode, v, a)*?" Nous avons déjà 

' Voyez ci-dessus, p. 147. 

* Josèphe, A.J. XVIII, i, 6. On paraît avoir puni les parents et les amis, lorsque 
le coupable lui-même avait su échapper à l'action de la justice, conduite qui a 
été depuis imitée plus d'ime fois ; aussi ne pàrle-t-on que des Ttyiwpiat. 

^ Aurait- on pensé à ce martyr de la liberté dans ce passage du Midrasch 
sur Kohélet,t, 11: Î"'''1NT VD n-nn ''JDI D'-T'Dn PlDD N1M ") IDN 

'1D1 T'JSN? «R. Zéra dit : Combien d'hommes pieux et instruits dans la Loi mé- 
ritaient d'être comptés, comme Juda, fils d'Ezéchias (en lisant p ou ")3 pour 
"l"3)! C'est de lui et de ses semblables que dit l'Ecclésiaste : On ne se rappellera 
pas davantage ceux qui viendront après, etc. Mais, dans le monde à venir, Dieu 
choisira à Juda une société d'hommes justes comme lui et les placera auprès de 
lui, etc. 57 

* m.Iadatm, iv, 8. Nos éditions portent '^pns IDN; R. Ascher a |"'D. On 
sait déjà combien toutes ces dénominations sont vagues. 



!()'> IIISTOIIU'; l)K l.\ PMJ-.STINK. 

entrevu ce [)ar(i républicain dans ces liommes (jui, ù Damas, 
devant Pompée, nfTpTaident ni la cause d'Hyrcanni celle d'A- 
ristobule, mais celle du peuple de Dieu, dont les institutions 
n'avaient jamais favorisé l'établissement de la royauté; mais 
sous Hérode seidement ce parti prend un corps et devient 
puissant. C'est le propre des régimes moitié libres, moitié ar- 
bitraires, d'endormir les nations; ils n'ont ni la cliaude vita- 
lité rpii engendre des idées, ni cette froideur roide qui fait 
réagir le sang d'un peuple et pousse à la résistance. Telle était 
l'atmosphère qui, à peu d'exceptions près, avait entouré jus- 
que-là les Juifs. Hérode les fit sortir de leur torpeur; l'excès 
du mal créa une période d'activité qui surprit la nation elle- 
même'. Seulement Josèphe, qui connaissait peu son temps, s'é- 
carte de la vérité en voulant rattacher ce nouveau parti aux 
Pharisiens ; il est trompé par ce faux air de ressemblance qu'il 
remarquait entre ceux qui avaient dédaigné toujours l'autorité 
temporelle et ceux cpii la combattaient maintenant à outrance. 
La vérité est que, pour les meneurs de ce parti, il ne s'agit plus 
ni d'une question de culte ni d'un problème de jurisprudence; 
ils laissent volontiers la solution de ces difficultés aux chefs 
des deux écoles dont nous entendrons bientôt les vives discus- 
sions; ils sortent plutôt des rangs des Pharisiens, qui sont aimés 
du peuple, que des rangs des Sadducéens, qui, bien qu'éloi- 
gnés de la cour, doivent avoir conservé la morgue de l'aristo- 
cratie. Mais à ces meneurs il faut la foule, la multitude, cette 
matière première de toutes les révolutions; on ne se bat pas 
à la tele de savants légistes, de docteurs érudits, contre des 
légions aguerries, et Hérode, c'était déjà Rome. Le peuple, 
nous l'avons vu, avait toujours écouté avec soumission la voix 

' Voy. ri-dessus, p. i «7, iioto 1. 



CHAPITRE IX. 1C3 

des Pharisiens; il avait supporte, nous ne dirons pas avec pa- 
tience, mais avec orgueil, le joug de toutes les observances qu'on 
lui imposait dans les écoles, content cp'on voulût bien s'oc- 
cuper de lui et le considérer comme digne des devoirs qui pa- 
raissaient auparavant réservés au sacerdoce. Mais les subtilités 
des docteurs, leurs distinctions légales, le laissèrent nécessaire- 
ment froid; les Ezéchias, les Judas de Galilée, les Judas, fils de 
Sariphée, les Matthias ben Margalot, le passionnaient! Ceux- 
ci ne lui exposaient pas des halackôt, des décisions arides; ils 
prêchaient et excitaient: ce n'était pas quelque chapitre obscur 
de l'Ëxode ou du Lévitique sur lequel ils discutaient en public, 
c'étaient les paroles inspirées des prophètes, les exhortations 
éloquentes e( brûlantes d'Isaïe et de Jérémie qu'ils répétaient, 
commentaient et amplifiaient devant un auditoire avide de les 
écouter! Ces menaces, ces espérances, n'avaient point vieilli, 
elles ne s'adressaient pas à des générations passées depuis des 
siècles; elles avaient gardé leur éternelle fraîcheur, elles s'ap- 
pliquaient aux temps actuels : Joïakim était ressuscité dans 
Hérode, Rome remplaçait Babylone, et les lugubres prédic- 
tions de Jérémie allaient de nouveau s'accomplir sur le second 
temple. Une dernière fois la sève de l'inspiration paraissait re- 
monter dans l'arbre, presque desséché, de la nationalité juive; 
au soleil de l'admirable poésie de la Bible , le vieux tronc rever- 
dit et pousse encore quelques rameaux; mais tous les nouveaux 
voyants expient par une mort violente le don dangereux de la 
prophétie. 

Les partis se sont donc transformés. Les Boéthusiens, qu'on 
pourrait aussi nommer les Alexandrins, sont les royalistes; ils 
espèrent pouvoir, sous les Hérodiens et les Romains, mainte- 
nir le culte et conserver leurs privilèges; ce sont les familles 
des grands prêtres, dont les Evangiles et le Thahnud racon- 



164 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

lent la dureté et la violence'. Les Pharisiens et les Saddu- 
céens convertis vivent complètement détachés des affaires po- 
litiques; ils cherchent à se consoler des déboires de ce monde 
dans l'étude de la Loi, et à transporter la vie juive dans les 
écoles où ils enseignent et discutent. Les républicains, la jeu- 
nesse ardente qui les suit^, ne reculent pas devant la pensée 
de triompher dans une lutte aussi inégale que celle d'un peu- 
ple si petit contre les maîtres du monde; aucun danger n'ef- 
fraye leur foi courageuse, aucun sacrifice n'ébranle leur hé- 
roïsme. Aussi en tombant, après des prodiges de valeur, sous 
les débris fumants du sanctuaire, ils remplissent de stupeur 
un esprit calculateur comme celui de Josèphe , et d'une fureur 
sans égale les irrésistibles légions de Titus ^. 

La mort d'Hérode est inscrite dans la chronique àelaiMegillat 
Ta'anit comme une fête commémorative. «On raconte, dit le 
glossateur, que le roi Janée, étant tombé malade, fit saisir 



' Voy. ci-dessoua , ^.. .là^. 

^ Josèphe dit expressément tous véovs (A. J. XVII, vi, 3). Ailleurs, il parle 
des mères éplorées qui crient vengeance du sang versé {ibid. XIV, ix, 4). Il y a là 
comme un pendant au massacre des Innocents, dont parle Matthieu, ii, i6. 

^ Cette transformation des partis en Judée, que les historiens nous paraissent 
avoir négligée, est à notre avis d'une grande importance pour l'iplelligence des 
événements que nous avons à raconter dans les chapitres suivants, et pour l'ap- 
préciation d'autres faits bien plus considérables que nous n'avons pas à traiter, ei 
qui néanmoins exercent une influence sur l'histoire des Juifs dans les premiers 
siècles de l'ère chrétienne. Josèphe ne comprit pas le rôle des agadistes, qui se 
mettent en avant et qui puisent leurs idées dans les prophètes, un peu aban- 
donnés par les savants. La Bible tout entière n'a-t-elle pas le même sort, lorsque 
l'étude de la Mischna et du Thalmudse répand? (Graetz, IV, 2" éd. 1866, 621.) 
Dans ces improvisations coulaient à flots la vie et la chaleur, qui manquaient à la 
casuistique rabbinique. Elles avaient, sans doute, une large part dans les conver- 
sions qu'à cette époque le judaïsme fit parmi les païens. Tout en spirilualisant les 
préceptes, elles ne refroidissaient pas, comme les philosophes d'Alexandrie, le zèle 
pour les pratiques religieuses. (Voyez cependant notre chapitre vxi.) 



CHAPITRE IX. 165 

soixante et dix anciens d'Israël et les jeta en prison. Puis il donna 
l'ordre au geôlier de les mettre à mort s'il mourait. « Heureux 
de ma fin, dit-il, les Israélites s'affligeront du moins du sort 
de leurs docteurs. » Mais le roi Janée avait une femme bonne, 
nommée Salminôn, et, aussitôt qu'il eut succombé, elle retira 
l'anneau de la main du roi et l'envoya au gardien de la prison. 
« Ton maître, lui fit-elle savoir, t'ordonne de mettre ces anciens 
en liberté. 5? Lorsque ces docteurs furent rentrés chez eux, la 
reine annonça la mort du roi Janée ^» Josèpbe raconte une 
histoire presque semblable d'Hérode et de sa sœur Salomé 
[A. J. XVII, VIII, 2; B. J. I, xxxiii, 6). Il n'y a, ce semble, 
aucun doute que le commentateur de la chronique n'ait con- 
fondu Hérode avec Janée, et la pieuse femme du dernier avec 
sa terrible homonyme. 

' M. T. î 35. M. Grœtz, III, ^26. — Perse, Satires, V, v. 180 «t suiv. parle 
d'une fête célébrée par les Juifs sous le nom de Herodis dies; mais tout le con- 
texle montre qu'il s'agit dans ces \ers des jours de Hannouka (voy. p. 62), et 
que le poète romain a mis, à la place des Asmonéens, Hérode, nom répandu et 
connu à Rome. 



100 IllSTOIllE DE LA l'ALESTI \ E. 



CHAPITRE X. 



LES ESSENIE\S. 



Le tableau que nous venons de tracer des partis qui, à cette 
époque, s'étaient formés ou transformés à Jérusalem et dans 
la Palestine, serait incomplet, si nous n'y ajoutions pas une 
esquisse des Esséniens. A la vérité, les Esséniens ne sont pas 
un parti, mais un ordre; ils ont plutôt une règle que des 
principes; leur nombre restreint, ils étaient /i,ooo en tout^ 
ne devait leur donner qu'une force morale, la seule, du reste, 
qu'ils recherchaient. Les sources hébraïques parlent si peu 
des Esséniens, que le sens et l'origine du nom sont restés obs- 
curs, et qu'aucune des explications proposées n'a pu se faire 
généralement adopter'-^. Josèphe, Philon, queiqu*-^ Pères de 
l'Eglise en font mention, et le premier de ces < uns, en 
nous parlant des partis juifs, se complaît particulièi iient dans 

• Josèphe, i. y. XVIII, I, 5. 

" Hasidim ou Hasidim harischomm (□^jVi'NTi D^lTrî), voy. les passages 
réunis chez Frankel, Darké IIainiscli)ia, I, lio; un verset tiré d'une Megillat Ha- 
sidim , est cité Sifré sur Deitteron. S. i8 (86 b); j. Berachot, fin, et ailleurs. Cette 
Megilla ne difTère peut-être pas de la Mischiat Tlasidim, j. Tei-oumoth, viii, lo 
(Zi6 b); BereHchit-rahha , c. xciv. (Voyez note vi à la fin du volume.) — Toblé. 
Schaharit (IT'inw "''PUlîû ,Rhémérobaptistesn), tosefta /«daim, fin, surtout dans 
le commentaire de R. Samson de Sens sur m. ibid. it, 8. — Bannaim (D^Nj3, 
(t baigneurs , baptistes,7î d'après Sachs, Beitrwge, II, p. 199), m. Mikvaot, fii, 9. 
— Mekiyé hndda'al (Di?"!! ^^p3, rceux qui ont des pensées pures?'), m. Gittin . 
i.x , 8 ; Sanhédrin , 3o a ; lalkout , I , § 352. — Ilaschain) (CNu'il , " qui recherchent 
le secret"), m. Schekali)n. v, (>. Dans les notes suivantes, on verra encore quel- 
(pies autres noms. 



CHAPITRE \. 167 

la description des Esséiiiens'. Toujours plus préoccupé de l;i 
scène sur laquelle il fait monter ses personnages que de la vé- 
rité des rôles qu'il leur distribue, Josèphe place les Esséniens 
au beau milieu entre les Pharisiens et les Sadducéens : il leur 
octroie une croyance à l'immortalité de l'âme, mais sans la ré- 
surrection du corps , et à l'influence absolue de la volonté di- 
vine, mais sans le contre-poids du libre arbitre. Nous avons 
déjà dit notre opinion sur cette manière d'écrire l'histoire à 
l'usage des Romains, et sur cette passion pour la symétrie et 
la régularité des lignes en dépit des matériaux dont dispose 
l'architecte; l'exposition de Josèphe, sous ce rapport, ne doit 
pas être plus exacte à l'égard des Esséniens qu'elle ne l'a été 
pour les deux autres partis. Les détails que l'histoire nous 
fournit nous font reconnaître facilement que nous sommes 
en présence de philosophes pratiques, satisfaits de plier tous 
les instants de leur vie sous le lourd fardeau d'une règle ri- 
gide, sans songer à établir un système sur les rapports entre le 
corps et l'âme, ni entre la prescience divine et la liberté des 
actions. 

En comparant les usages que suivaient les Esséniens avec 
ceux que recommandent les docteurs, on est convaincu que 
les premiers ont changé en statuts, que chaque membre de l'or- 
dre est tenu d'observer, les prescriptions de piété que les Pha- 
risiens se contentent de pratiquer sans les ériger en règles. Les 
seules différences entre les deux portions de la société juive 
sont celles qui résultent de la communauté dans laquelle vi- 
vaient les Esséniens, et de la liberté que conservent les Pha- 
risiens'-. Ainsi celui qui entrait dans la confrérie y apportait 

' Le passage principal est B. J. H, viii, 2-1J. Puis, A. J. XIII, v, 9; X\1U, 
- Bien qu'il soit toujours malaisé et quelquefois même dangereux poin- la vérile 



168 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

tout ce qu'il possédait, et ses biens appartenaient dès lors à 
la société, qui les faisait administrer par des hommes intègres, 
et de préférence par les prêtres membres de l'ordre. Le Pha- 
risien méprise aussi la fortune, et «regarde comme pieux 
celui qui dit, le mien est à toi, et le tien est à toi^ v en d'au- 
tres termes, qui est prêt à partager son avoir avec son pro- 
chain; mais il ne pousse pas ce mépris jusqu'au communisme. 

Les repas des Esséniens étaient pris en commun, précédés et 
suivis de prières, et rehaussés par la dignité du maintien qu'ob- 
servaient les commensaux; nous avons vu les habourôt ou réu- 
nions à table des Pharisiens, et les efforts que ces Pharisiens 
faisaient pour sanctifier ces vulgaires occupations^. Le Thalmud 
nous parle même de certains degrés d'initiation nécessaires 
pour être reçu dans ces habourôt , qui ressemblent beaucoup 
aux années d'épreuves auxquelles étaient soumis ceux qui s'affi- 
liaient à l'ordre des Esséniens^. 

Dans la dureté que les Esséniens imposaient à leur corps 
ils allaient jusqu'à s'interdire l'huile pour s'oindre, bien que 
l'onction soit un acte très-nécessaire dans les pays chauds; les 

de comparer ensemble des institutions qui diffèrent par ie lemps et l'esprit, il n'en 
est pas moins vrai que, sous beaucoup de rapports, les Pharisiens sont à l'égard 
des Esséniens ce qu'est le clergé séculier à l'égard des ordres monastiques. Les 
dogmes ou les principes sont les mêmes , les pratiques aussi , à part une plus grande 
rigueur pour les derniers. 

• Abot, V, 1 1 : -"'Dn -pv:; •]bu^ ipv ^bu. 

* Voir p. 1^2. Comp. encore Ta'anit, iï b : m*i'D3 pir^'^D pX; il est vrai 
qu'on donne une raison différente. 

••' Bechorot, 3o b; j. Demat, ii, 2; losefla ihtd.s : "jD "inNI D-'DJdV ^"'bnpD 
minio'? ]'''73pD. «On reçoit (dans les habourôt) d'abord pour les kenafaïm, et 
après cela seulement pour les puretés. 5i Ce dernier mot désigne : manger les choses 
profanes de la manière dont les prêtres mangeaient les sacrifices. Mais le mot ke- 
nafaïm n'était déjà plus compris par les auteurs du Thalmud (voy. Sabbat, liga). 
M. Geiger, Urschrifi, 17/», compare Aggée, 11, 1 :i , et suppose qu'il s'agit peut- 



CHAPITRE X. 169 

docteurs ne s'en abstenaient qu'aux jours de jeunet — Ils 
n'admettaient pas les services des hommes à gage : ceci était la 
conséquence naturelle de la crainte qu'ils avaient de tout con- 
tact avec des personnes étrangères à l'ordre, afTn d'éviter la 
souillure qui pouvait en résulter pour eux et pour les mets 
qu'ils mangeaient. Nous avons dit plus haut que les Phari- 
siens, dans leurs agapes, s'appliquaient aussi à observer pour 
leur nourriture profane [xoivd, pbin) toutes les ordonnances de 
pureté qu'on exécutait pour les offrandes sacrées. — L'attitude 
religieuse dans laquelle les Esséniens attendaient le lever du so- 
leil se retrouve chez les dévots du Thalmud^. — Le respect dont 
ils entourent le nom de Dieu les empêchait de prêter serment , 
et leurs affirmations tenaient lieu de la foi jurée. La chose 
leur était facile, eu égard au peu de rapports qu'ils entrete- 
naient avec le monde. Les rabbins aussi ont entouré de règles 
sévères les cas où le serment doit être déféré, et exigent une 
grande réserve quant à la prononciation du nom de Dieu. 
«Les hémérobaptistes , c'est-à-dire ceux qui avaient l'habitude 
de se plonger dans l'eau tous les matins avant la prière, ou 

être d'une théorie sur une souillure propagée par les pans des vêtements. M. Grœtz , 
( m , 468 ) l'applique au tsepl^ufia ou tablier qui servait pour s'essuyer les mains 
après l'ablution. En ce cas, nous aurions la même gradation que celle que décrit 
Jos. B. J. II, VIII, 7. Il s'agirait alors. Sabbat, l. c. d'un Essénien, Elisée, sur- 
nommé D''ï)iD h^2. l'^"^hii. {\ oyez Schorr dans \e Hahaloutz, V, i5.) 

' Le passage où Josèphe parle de celte défense a été mal compris {B. J. II, 
VIII, 3). Il s'agit de l'huile avec laquelle les anciens se frottaient le corps en sor- 
tant des bains pour donner plus de souplesse à la peau. La HD^D , comme on ap- 
pelait cette friction en hébreu, était interdite pendant la durée du jeûne {Ta'anit, 
3o a; m. loma, viii, 1 ). Rien ne prouve donc que les Esséniens aient évité l'huile 
en général. 

- Les mois •apîv àvaa-j^s.lv tov ^hov {B. J. II, viii , 5) répondent exactement à 
nDnn yjn nnp ; si, par conséquent, il est dit dans une baraïla {Berachot, 9 b) 
DDnn yjn ay nmX |"'"1D'I3 Vn l'^pTIl, «Les dévots terminaient (la lecture 



170 HISTOIKK DE LA PALESTINE. 

les Essénieiis, reprochent aux Pharisiens de prononcer le nom 
de Dieu sans ce baptême. Ceux-ci répondent : " Vous le pro- 
f< noncez avec le corps, qui renferme toujours une impureté ^ n 
Probablement, les Pharisiens accusaient ainsi d'exagération 
ceux qui prétendaient arriver à un degré de pureté impossible 
à l'homme et qui osaient les blâmer de ce qu'ils n'entraient 
pas dans la même voie. Les Esséniens osaient-ils prononcer le 
nom ineffable de Dieu, et la réplique des Pharisiens renferme- 
rait-elle en même temps un reproche à cet égard^? 

du Schéma) au moment du lever du soleil," c'est quïls avaient commencé aupa- 
ravant et s'arrangeaient de façon à avoir fini à l'instant même où le disque du so- 
leil se montrait. Les 'srajpioi ev;^a< ne sont donc autres que le Schéma {Detit. vi, 
fi-g) avec les bénédictions relatives à la création de la lumière (TiN* l'SV) qui 
l'accompagnaient (m. Berachot, i, 6). Un docteur célèbre du ii' siècle se souhaite 
non ■'DIlDl ny IvbsriDnD "'p'7n TI^ «que son sort soit égal à celui des 
hommes qui font leurs prières avec les premières lueurs du soleil, i (Sabbat , 1 1 8 a. ) 
En effet, d'après un principe posé par les rabbins, les remercîments pour les 
merveilles de la création doivent être , autant que possible , rendus aussitôt qu'elles 
paraissent; les retarder, c'est faire preuve de négligence, et, passé un certain mo- 
ment, il est même interdit de les adresser à Dieu. Tout ce qui a été dit sur une 
sorte d'adoration du soleil de la part des Esséniens n'a donc pas le moindre fonde- 
ment. 

» tosefta/arfatm,fin : CU^TID □D"'bv i:'7:ip nnniy '•''731^ D^DIN 

nNDVLû 13 lyu? f]i3n p Qtrn nx □"'t»2îd nnxiy nnnir "Vmiû D3"''?i?. 

(!e passage est défectueux dans la Tosefla et se trouve complet dans le commen- 
laire de R. Samson de Sens sur m. ladaïm, iv, 8. Le sens des mots ri^in^ 13, 
était inconnu aux docteurs du m'' siècle, puisque R. Josué ben Lévi, malgré ses 
tendances incontestables vers les idées esséniennes , demande [Berachot ,22a): PlD 
IT^TnC? ^'^DIîD ^U ^3''13, rtQue veulent ceux qui se baignent lemalin?'i (Voy.à 
la fin du volume, note vi.) 

* Sur les variations qui se sont produites dans les opinions des docteurs au sujel 
du tétragramme, voy. Geiger, Urschrift, p. 268 et suiv. Le Thalmud raconte d'un 
■"DN (médecin , ou plutôt d'un Essénien) qui, possédant la vraie prononciation du 
(étragramme, aurait voulu la transmettre avant sa mort à un homme digne d'un 
dépôt aussi sacré, et qui mourut san« avoir réalisé cette intention. (\oy. j. loma . 



CHAPITRE X. 171 

La vénération que les Esséniens conservaient pour Moïse 
était partagée par les rabbins, dont aucun ne paraît avoir voulu 
porter le nom du divin législateur ^ — Pour leurs besoins 
naturels, ils suivaient les prescriptions de Deutèronome, xxni. 
1 3- 1 4 , et peut-être leur vie en commun leur rendait-elle la me- 
sure de' propreté recommandée plus nécessaire. Mais les Thal- 
muds ne dédaignent pas non plus d'édicter certaines règles 
relatives au même sujet '^. — Les Esséniens, et aussi les Phari- 
siens, recommandaient aux Juifs d'apprendre un métier et de 
vivre d'un travail manueP. D'après Josèphe , les Esséniens 
s'adonnaient surtout à l'agriculture ; ce qui confirmerait le 
récit de Philon*, qu'ils habitaient de préférence les villages. 

Bien qu'ils observassent le sabbat plus rigoureusement que 
les autres Juifs, on ne peut citer aucune différence réelle entre 
eux et les Pharisiens à ce sujet; la tendance à étendre le sens 
du mot « travail ii et à nommer ainsi l'occupation matérielle la 
moins fatigante existait généralement^. — Les rabbins préfé- 

III, 17 {l\o A). M. Frankel prend aussi cet ""DK pour un Essénien. (Cf. Hahaloutz, 
VU, 67.) 

' Le Séder-Haddorot ne mentionne qu'un ou deux Mosé , du reste parfaitement 
inconnus. Le nom de Hw'ND, contracté aussi en nU"'D ou NÎ^D, qui est 
sans doute identique avec ^Icouaffs , est aussi rare. 

^ Voyez Berachot, 61 b et suiv. 

^ Le passage principal se lit klddouschin , 33 a. On trouve lebamôt, 63 a, les 
opinions des docteurs sur les avantages que peuvent donner l'agriculture et le 
commerce. (Voyez aussi Hahaloutz, Vil, 67.) 

^ Voyez Graetz, III, ^70, 7. Cf. M. Munk, Palestine, p. 017, note 3. 

^ B. J. II, VIII, 9. La défense absolue de remuer un vase pendant le jour du 
sabbat paraît avoir été la règle ancienne, qui fut encore maintenue par l'école de 
Schamaï (tosefta Sabbat, c. xv); les docteurs y ont apporté plus tard des adou- 
cissements. (Voir sur cette matière Scborr, Hahaloutz, VU , 61.) Il n'y a aucune 
comparaison à faire entre cette interdiction et celle qui est mentionnée Marc, xi, 1 6 
(voy. Graetz, III, 328, note); la dernière ne se rapporte pas au respect du sabbal, 
niais à celui du temple, -qu'on ne devait pas traverser pour abréger son chemin?' 



172 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

raient, comme les Esséniens, faire leurs prières loin des assem- 
blées générales. Si ces derniers se tenaient volontiers éloignés 
du temple, ils le faisaient peut-être surtout depuis que les 
grands prêtres étaient devenus plutôt les fonctionnaires soumis 
d'Hérode et des Hérodiens, que les pieux serviteurs de Dieu; 
mais, en aucun cas, ils ne sacrifiaient hors du sanctuaire. — 
11 est possible que certaines cérémonies, comme celle des phy- 
lactères, qu'on attachait au front et au bras gauche, celle des 
franges, qu'on portait ostensiblement aux quatre coins des 
vêtements , et celle d'appliquer aux poteaux des portes une boîte 
renfermant deux chapitres du Deutéronome, aient été prati- 
quées surtout par les Esséniens. Les précautions qu'ils pre- 
naient, afin d'éviter la moindre souillure sur leurs personnes 
et dans leurs maisons, les rendaient plus aptes que d'autres à 
s'entourer, sans crainte de profanation, d'objets aussi sacrés; 
mais rien ne prouve que les Pharisiens n'en aient pas fait de 
même, et les Evangiles en témoignent clairement ^ 

(^f^^^JDp Ul^y^ nVi, lebamot, 6 b). La seconde défense, mentionnée par Jo- 
sèpbe à côté de celle-ci : ovêè (Q-appovatv) ànoitaTsTv , a été traduite : « nec (audent ) 
alvum exonerare. » Frappé d'une interdiction assez bizarre , M. Lœw {Ben-Chananiah , 
V, loo) propose de rendre le mot grec par : «commercium habere cum uxorew 
(cf. Schorr, ibid. 35). Mais le mot ne serait-il pas employé pour d-noëalveiv ou 
ino-nopevéadatl II s'agirait, en ce cas, de la défense de s'éloigner pendant le 
sabbat de sa demeure {Exode, xvi, 29), que les Esséniens auraient exécutée dans 
toute sa rigueur, sans admettre les facilités et les accommodements des docteurs. On 
trouve de cette façon un rapport parfait entre les deux points auxquels Josèpbe 
touclie dans cette phrase. Le passage qui suit immédiatement a fait penser au sens 
plus usité du verbe àifoitajelv; mais raïe Se aXXats riftépats est en opposition avec 
raJs èSSo(iâ(7tv, et précède les observances des jours profanes, qui sont énumérées 
après celles relatives au sabbat. — Pour l'babitude de cracher seulement à gauche, 
on peut comparer Hagiga , 5 a , où l'on compte parmi les actes dont l'homme , sans 
s'en douter, doit un jour rendre compte : «celui de cracher devant son prochain 
et de lui faire éprouver ainsi un dégoût. n 12 DXDJ1 n^DH ^JD3 "p")!] îll. 
' Voyez Schorr, Hahahutt, V, i5 et suiv. VII, 56, et surtout la paraphrase 



CHAPITRE X. 173 

Le cëlibat était une des conséquences de la vie en commun ; 
on ne pouvait qu'à cette condition prendre ses repas et de- 
meurer ensemble. Cependant tous les membres de l'ordre 
n'étaient pas d'accord à ce sujet, et une fraction d'Ësséniens 
ne renonçait pas au mariage. Seulement l'épreuve à laquelle 
ceux-ci soumettaient la future épouse, la modération et la 
décence qu'ils apportaient dans leurs rapports avec la femme 
mariée, montrent qu'ils voulaient, en se mariant, moins satis- 
faire à un besoin matériel que remplir un devoir sociaP. Sur ce 
terrain, les Esséniens se rencontrent encore avec les docteurs, 
qui, défavorables en général au célibat, désapprouvent néan- 
moins les relations trop fréquentes avec les femmes; tout en 
reconnaissant la douce influence que l'union de deux âmes 
exerce dans certaines liaisons bien assorties , ils n'en voient pas 
moins dans la procréation le but suprême du mariage^. 

Les Esséniens n'ont donc ni un principe ni une observance 
qui leur appartienne en propre. Ce sont des Pharisiens qui 
ont resserré entre eux plus étroitement les liens de la frater- 
nité et aggravé le fardeau de certaines observances, sans en 
créer de nouvelles , mais en poussant celles-là jusqu'à leurs plus 
rigoureuses conséquences^. Leur vie en commun elle-même 

chaldéenne sur le Cantique, viii, 3. Nous faisons seulement nos réserves sur ce 
que dit M. Schorr de l'influence que les Parses auraient exercée sur ces pratiques. 
On connaît le passage Matth. xxiii , 5. Voir aussi Winer, Realwœrterbuch , II, 260. 

' B. J. II, viii , i3. Ce que Josèphe dit, à la fin du S 2 , de la légèreté et de 
l'inconstance des femmes, n'est qu'un mauvais tour d'esprit pour égayer ses lec- 
teurs romains. 

2 Iebâmot,6S a: DIX "13\S' nUH ih \^ii^' mn"» "72. ^Vn Juif qui n'est pas 
marié ne mérite pas le nom d'homme.» — ,Ibid. 63h : m") Dllp NSlD DIN pN 
nJliyN") "îDCND X7N. «L'homme n'éprouve la vraie satisfaction que de sa pre- 
mière femme, n — Abot, 1, 5, etpassim. 

' Vov. à la fin de ce volumo, note vr. 



174 HISTOIHE \)E LA PALESTINE. 

n'était que l'exagération de la hahonra. Cependant la nature 
humaine ne supporte pas cette régularité triste oii les émotions 
de la vie sont transformées en oscillations du pendule. Le sé- 
rieux et froid devoir ne saurait remplir seul l'existence de 
l'homme, qui se roidit au contact glacial de l'impérieuse mo- 
rale s'il est privé de tout mouvement spontané. Les joies et les 
douleurs sont pour l'homme les stimulants indispensables, seuls 
capables de produire la chaleur nécessaire dans ses membres 
engourdis. Mais comment les éprouver quand on est sans 
souci, pour soi, sans sollicitude pour la famille, et qu'on a 
perdu la faculté des bonnes œuvres par la suppression de toute 
propriété individuelle? Et ces sensations continuent néanmoins 
dans l'âme des Esséniens en prenant une couleur religieuse : 
elles se transforment en extases et en ravissements. De là la 
croyance aux anges, dont ils savaient les noms, et sur lesquels 
ils paraissent avoir possédé des doctrines particulières qu'ils 
ne révélaient pas; de là aussi la prétention qu'ils avaient au 
don de la prophétie et les diverses prédictions que l'histoire 
nous a conservées^; de là peut-être un certain mépris que cet 
ordre et ses membres, plus tard dispersés, professent contre 
les savants pharisiens et la science elle-même". C'est un des 

' B.J. II, VII, i^.A.J. XIII, XI, g;XV, x,5;XVII,xiii,3. 

- Les épreuves auxquelles les novices étaient soumis avant d'être reçus dans 
l'ordre étant toutes pratiques, des gens du peuple, dépourvus de toute science et 
d'autant plus frappés par les dehors exiraordinaires de l'ordre, des yixn Di-', 
ont dû souvent se présenter pour être affiliés. La partie saine et instruite de la na- 
tion répugnait généralement aux abstinences. Nous avons déjà cité , p. 5 1 , la con- 
duite de Siméon le Juste envers les naziréens, qui ressemblent beaucoup aux 
Esséniens; celui d'entre eux que le pontife reçut exceptionnellement était lui- 
même un simple berger. Les prosélytes, surtout les femmes, peu initiées dans le 
véritable esprit de la religion qu'elles adoptaient, inclinaient au naziréat; voir m. 
Nazir, m , G , sur la fameuse reine d' Adiubène , Hélène : ihid. vi , 1 1 , sur Marie de 
Palmvre, f]ui prnbalilemenl était aussi une nouvelle convertie. Les docteurs disent, 



CHAPITRE X. 175 

effets du mysticisme ou de cette vie nourrie exclusivement par 
le sentiment religieux, de se croire en possession d'une science 
supérieure, des hauteurs de laquelle on peut dédaigner la 
pauvre science humaine. Le mysticisme le conduit aussi à la 
négligence des pratiques religieuses, bien qu'elles aient été 
d'abord les fondements sur lesquels il s'est édifié. En possession 
du résultat élevé de ses aspirations, il trouve bien petites les 
causes qui l'ont créé. Les Esséniens ont dû ainsi renouveler en 
Judée le spectacle que nous avons vu se produire à Alexandrie. 
L'imagination fit ici les mêmes ravages que la réflexion en 
Egypte, et il est probable que l'ordre lui-même en a été la 
victime puisqu'il s'eét dispersé, et qu'après Josèphe on n'en 
entend plus parler '. 

are sujet peut-être, Aboi, ii, 5 : T^DH ynxn Di* N?l NtOH XT» niD PX. 
«L'ignorant ne sait se préserver du péché, ni riionirae du peuple être un hasid.y^ 
Le Tlialniud, Sanhédrin, gg b, rapporte de la part d'une famille juive une 
sortie brusque contre les docteurs, ainsi conçue : T\'<D N'? D^^I^D ]^ linX ]Nt2 
nil^ ]*? nCK N*?! N3"n" ]"?. t'A quoi nous servent ces rabbins? ils ne nous ont 
jamais permis le corbeau ni défendu la colombe." Cette famille est appelée ^3 
N^DN ]''D''j3 , « la famille de Benjamin , le médecin, n Ou bien , est-ce VEssénien ? 
' Voyez cependant ce que nous dirons des habitants du Darôma ci-après , ch. xxiii. 
— Il est question d'une sainte réunion (Hî^llp mi?, N'C^^lp X'^Hp) à Jérusa- 
lem {Midrasch-rahbah sur Kohékt, ix, 9; Bétza, ti b; Taanit,iÇ)h).LeMi- 
drasch ajoute que deux hommes avaient été surnommés sainte réunion «parce 
qu'ils divisaient leur journée en trois parts, consacrant l'une à s'instruire, l'autre 
à prier et la troisième à travailler." Dans les autres passages, c'est encore R. Josué 
ben Lévi (vov. p. 170, note i) qui rapporte les faits qui sont mis sur le compte de 
cette sainte réunion. Ce docteur restait à la tête de l'école du Sud ou du Da- 
rôma , et avait conservé peut-être plus de relations avec Jérusalem. Si celte réunion 
doit rappeler les Esséniens, elle en serait un débris insignifiant. Mais j'incline 
plutôt à penser que, toutes les fois que la chose a été possible , des âmes pieuses se 
sont rapprochées des ruines du sanctuaire, et la vénération qu'on avait conservée 
pour ces restes de l'ancienne splendeur valait alors à ces pèlerins le nom Assainie 
réunion. — Dans la société arabe, lorsque Zamakhschari se fixa définitivement 
à la Mecque , il reçut le surnom de voisin de Dieu ( «uJ I y-^). 



t76 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

CHAPITRE XI. 

HILLEL ET SCHAMAÏ. LEURS ÉCOLES. 

Chaque période de l'histoire que nous traitons a possédé 
une institution qui lui convenait. Sous la domination persane 
et grecque, il y eut la Grande synagogue, cette réunion con- 
sidérable d'obscurs travailleurs qui recueillirent toutes les 
traditions, organisèrent la vie de la nation et fondèrent le ju- 
daïsme après l'exil. Après les victoires des Maccabées, le tri- 
bunal des Asmonéens fut comme l'introduction du sanhédrin, 
qui s'établit aussitôt que l'état indépendant fut définitivement 
assis. A des princes juifs, régnant sous le drapeau de la Loi, 
il fallut une assemblée de docteurs profondément versés dans 
cette Loi, et capables de prendre des décisions d'après la lettre 
et l'esprit de cette même Loi. Que les Sadducéens ou les Pha- 
risiens eussent la majorité dans le sanhédrin, peu importe; s'il 
se produisit des divergences de détail , la base resta immuable. 
Ce fut l'esprit politique et religieux des partis qui imprima sa 
direction à la constitution et en fit sortir des résultats diffé- 
rents; mais la constitution elle-même ne varia pas, elle de- 
meura judaïque. Un changement profond dut se faire de nou- 
veau, lorsque Antipater d'abord et Hérode ensuite arrachèrent, 
morceau par morceau, le pouvoir des mains des Asmonéens, 
jusqu'au moment où l'Iduméen devint maître absolu de la 
Judée. Un conseil juif n'aurait jamais exécuté les volontés 
d'Hérode ^; ses ordres sanguinaires s'adressèrent à ses affidés 

' Voy. ci-dossns, p. i.'iOjnole. 



CHAPITRE XI. 177 

OU au tribunal païen de Beryte. Aussi décima-t-il le sanhédrin 
dès son entrée triomphale dans Jérusalem, pour venger l'in- 
sulte qu'il lui avait faite en le citant devant son tribunal , et 
pour punir le dévouement qu'il avait témoigné pendant trois 
ans à Antigonus. Pendant tout le règne d'Hérode et de ses 
successeurs immédiats, le sanhédrin ne s'est plus relevé de ce 
coup ; Pharisiens et Sadducéens ne veulent plus du pouvoir 
et se réfugient dans les écoles. 

On se tromperait cependant si l'on pensait qu'aucune au- 
torité officielle juive ne siégeait à Jérusalem. Nous avons déjà 
vu qu'après avoir essayé d'un pontife babylonien, Hérode se 
décida définitivement pour la famille deBoéthos d'Alexandrie, 
qui conserva la dignité de grand prêtre pendant tout le règne 
du roi iduméen. D'autres familles puissantes alternent avec 
celle-ci aussi longtemps que les Hérodiens exercent une in- 
fluence sur la nomination des pontifes. Ces pontifes, en fonction 
ou destitués, leurs enfants, leurs parents et alliés, et d'autres 
prêtres qui se réunissent à eux, forment un sanhédrin qui 
s'occupe du culte, du temple, des offrandes, des questions re- 
ligieuses déférées à son tribunal et des événements importants 
dans lesquels il croit devoir intervenir. Nous réunirons plus 
loin tout ce que nos sources nous fournissent sur ce sanhédrin 
abâtardi. Mais le vrai judaïsme sous Hérode a fui ces régions 
qui avoisinent le pouvoir et s'est retiré dans les salles où de 
nombreux élèves se pressent autour des deux docteurs les plus 
grands de l'époque, Schamaï et Hillel. 

Cependant, après Schemaïa et Abtalion, nous rencontrons 
une autorité d'une origine inconnue et qui paraît avoir rempli 
l'intervalle qui sépare Abtalion, le second du dernier couple , 
de l'avènement de Hillel. Ce sont les Anciens ou les Fils cleBet- 
tyra (niTiD ■':3 ou "'ipî). 'x Voici, dit lo Thalinud de Jérusalem, 



178 HISTOHIK 1)1-: LA PALliSTINK. 

une décision ignorée des anciens de Bettyra. Le quatorze 
nissan tombant une fois sur un samedi, on ne sut pas si l'on 
pouvait, malgré le sabbat, faire le sacrifice de l'agneau pascal. 
On parla alors d'un Babylonien, nommé Hillel et disciple de 
Schemaïa et d'Ablalion, qui, on l'espérait du moins, saurait 
peut-être si ce sacrifice était permis ou défendu au jour du sab- 
bat. On le fit venir et on lui dit : As-tu jamais entendu dire si 
l'on doit, oui ou non, célébrer la cérémonie de l'agneau pascal 
quand le quatorze nissan tombe sur un samedi. — N'avons- 
nous, répondit Hillel, que cette seule Pâque qui l'emporte 
sur le sabbat? N'avons-nous pas un grand nombre de (victimes 

semblables à la) Pâque, auxquelles le sabbat doit céder? 

Nous avons donc dit, avec raison, reprit-on, qu'on pouvait 
espérer en toi. Hillel commença alors par appuyer sa décision 
sur l'analogie, sur une conclusion a fortiori et sur l'emploi 
égal d'un mot. Sur l'analogie : Le sacrifice quotidien est un 
sacrifice offert par la communauté et la Pâque en est un aussi; 
celui-là l'emportant sur le sabbat, celui-ci doit l'emporter 
aussi. Sur la conclusion a fortiori : Si le sacrifice quotidien, 
dont la négligence n'entraîne pas le châtiment de l'extermina- 
tion , l'emporte sur le sabbat , à plus forte raison la Pâque , dont 
l'omission est punie de l'extermination, doit-elle l'emporter 
sur le sabbat. Sur l'emploi égal d'un mot : Il est ordonné que 
l'acte s'accomplisse «à son temps w (nyiDa) pour l'un et l'autre 
des deux sacrifices; de même que ce terme signifie, pour le 
sacrifice quotidien, rr malgré le sabbat, w de même ce terme 
doit être interprété pour la Pâque , qu'il faut l'immoler malgré 
le sabbat. Là-dessus, on répliqua : Nous l'avons bien dit : Que 
peut-on avoir à espérer d'un Babylonien?'? Après avoir donné 
la réfutation de ces trois arguments, le Thalmud poursuit: 
ff Bien que Hillel continuât à discuter toute la journée, (les 



CHAPITRE XI. 179 

anciens du Betlyra) n'acceptèrent pas sa décision, jusqu'à ce 
qu'il leur eût dit : Je veux être puni si ma décision ne m'a pas 
été communiquée par Schemaïa et Abtalion. Aussitôt qu'ils 
eurent entendu ces paroles, ils se levèrent et le placèrent 
comme nasi, «chef, w à leur tête. Dès qu'il fut nommé, Hillel 
les réprimanda : A qui la faute, leur dit-il, si vous devez re- 
courir à un Babylonien? C'est que vous n'avez pas assez fré- 
quenté Schemaïa et Abtalion, les deux grands hommes du 
siècle, qui demeurèrent parmi vous^w 

M. Geiger a fait observer avec raison que le fond de cette 
histoire, dont l'authenticité est prouvée par un grand nombre 
de passages qui s'y rapportent plus ou moins directement, 
repose sur l'antagonisme constant entre le parti des prêtres et 

' j. Pesahim, vi, i. On peut lire aussi le texte dans la Jiid. Zeilschrijt, II, 44. 
Une version un peu différente se trouve b. Pesahim, 66 a. — M. (îraetz, III, 167, 
dit : «Hérode céda plus lard à la famille des Beni-Bathyra un petit territoire de 
la Batlianie, où elle fonda la ville de Balhyra sous son chef Zamaris.n Cette asser- 
tion ne repose pas sur Josèplie,/!. J. XVII, 11, i-3, qui est cependant cité à 
l'appui, car Thislorien raconte seulement l'établissement de celte ville comme 
rempart contre les incursions des Trachonites , et ajoute que le roi y plaça comme 
colons cinq cents cavaliers juifs de Babylone. Les rapports entre les Beni-Bathyra 
et la forteresse de Bathyra ne sont que le résultat d'une conjecture de M. Graelz, 
basée sur l'idenlité des noms. Les hypothèses ont un champ libre dans ces matières 
si peu connues, et tout le monde en fait; M. Grœtz a seulement le lort que nous 
lui avons déjà reproché, de donner aux siennes toute l'apparence de l'histoire 
avérée et d'égarer ainsi les lecteurs assez malavisés pour ne pas remonter aux 
sources. — Le sens du mot Bathyra ou Bettyra paraît résulter de sa composition; 
c'est N*")TI D^3 ou NTID "^2, spécula, fc observatoire," l'équivalent chaldéen de 
l'hébreu HDjÎD, nom qui a été donné a un grand nombre de localités, et par- 
ticuUèrement à la ville habitée par le juge Jephté dans le pays de Gilead (Juges, 
X, 17 et passim). Ce nom convenait à toute forteresse située sur une hauteur, d'un 
accès difficile, et propre à protéger le pays contre les incursions des ennemis. 
Betlyra est donc identique avec les différents Beltir, Belar ou Belhar, qu'on ren- 
contre dans les pays cisjordaniques. Si les anciens de Bettyra ont emprunté leur 
nom à une ville, on a donc le choix. 



180 HISTOir.K DE LA PALKSTI.NK. 

celui (les docteurs'. L'agneau pascal, qui est seulement tué 
dans le parvis du temj)le et mangé ensuite dans toute la ville 
par les propriétaires de la victime, ne devait pas, dans la pen- 
sée des sacrificateurs, jouir des prérogatives qu'on accordait 
aux victimes égorgées dans le sanctuaire et brûlées sur l'autel , 
ou mangées en partie par les prêtres. Toutes les déductions 
de Hillel échouèrent contre la ténacité des anciens de Bettyra. 
(|ui ne cèdent que devant une tradition formelle, qu'ils avaient 
du reste réclamée dès le début, en lui demandant : «As-tu ja- 
mais entendu dire, etc. w Plus tard, lorsque les descendants de 
Hillel, grâce à la célébrité de ce grand homme et à la science, 
devenue héréditaire dans cette famille, eurent obtenu le titre 
de 7iasi ou de patriarche, on rattacha volontiers cette éléva- 
tion à la discussion dans laquelle le Babylonien avait défendu 
la cause des docteurs et du peuple, et l'on alla jusqu'à combler 
d'éloges les anciens de Bettyra, qui, pleins d'humilité et 
courbant la tête devant tant de science, auraient cédé la place 
à un étranger inconnu, qui tout à coup s'était révélé devant 
eux-! Les anciens de Bettyra, comme avant eux le tribunal 
des Asmonéens, ne se présentent qu'à cette occasion dans les 
sources rabbiniques; mais ils n'en montrent pas moins cette fois 

' Jûd. Zeitsch. II, 42 et suiv. i\I. Geiger compare encore Matthieu, xii, 1-8. 
Marc, 11, 28-97, et Luc, ti, i-5, où Jésus combat aussi le privilège des prêtres 
quant à la violation du sabbat (vers. 87 et suiv.). Nous avons vu une lulle anîi- 
logue à l'occasion de ïéroub, à la fin du chapitre viii. 

= Baba-metzia, 84 b : ''i2^ Xlii ibni ]n |"':n"n:y n'ù'hv 2"! -)DN 
pDXI an '?X"'bD3 p p:.'D2? pT h'HV p p:ri n'T'n3.«Rabbi(Iehouda 
hannasi) dit : Il y a trois exemples de grande modestie, celui de mon père, celui 
des Bené-Bellvra et celui de Jonathan, fils de Saùl. L'exemple de R. Siméon ben 
Gamliel (père de R. lehouda) est celui qu'on vient de racnnlrr, etc.^ Pour les Fils 
de Retlvra, le Thalmud cite la discussion relative à l'agneau pascal. La conduite 
de Jonathan à l'égard de David est connue. (Voy. aussi j. Prsahim, vi, i (88 a. où 
Élazar ben Azaria est nommé à la place de Siméon b. Gamlid.) 



CHAPITRE XI. 181 

l'esprit dont ils sont pénétrés; ils sont de la famille des Boé- 
thusiens et leurs successeurs ne sont pas assis sur les bancs 
des écoles de Hillei, mais siègent dans ce simulacre de l'an- 
cien sanhédrin toléré par Hérode et ses descendants. 

Aucun personnage de l'antiquité raLbinique n'est plus 
connu que Hillel. Sa pauvreté et son abnégation, tant qu'il fut 
jeune; sa patience et sa mansuétude, lorsqu'il enseigna dans 
son école; la science et la sagacité qu'il déploya dans la dis- 
cussion , sont devenues populaires , et il sera ditlicile de démêler 
ce (ju'il y a de vrai dans les anecdotes que le Thalrnud a con- 
servées, et ce que la poésie légendaire de la nation y a ajouté ^ 
Mais il importe peu d'établir l'authenticité de ces petits faits 
qui, en tout cas, n'auraient été inventés que pour mettre en 
relief les grandes qualités et les vertus très-réelles de l'homme 
illustre qui domine et dirige les Pharisiens de son temps. 

Hillel eut soin de nous donner la formule de sa morale 
dans diverses maximes qu'il nous a laissées. « Range-toi parmi 
les disciples d'Aron, aime et recherche la jiaix. Aime les 
hommes et rapproche-les de la Loi^. n Les premiers mots ren- 
fermaient-ils un blâme indirect contre les descendants d'Aron 
de son temps, qui troublaient cette paix dont le premier pon- 
tife était le symbole? Les derniers contiennent, sans doute, 
l'expression positive de cette autre maxime qui, en termes 
négatifs, répète la même pensée : «Ce que tu n'aimes pas 
pour toi, ne le fais pas à ton prochain. » Hillel l'adresse à un 
païen qui lui demande un résumé très-succinct de la religion 
juive, et il ajoute : «C'est là la Loi tout entière, le reste n'en 

' Voyez Grœlz, III, 172. M. Trenel, Lecture sur Hillel, dans le Rapport sur le 
séminaire Israélite de France, Paris, 1867. Ewald, Jahrbiicher d. bibl. Wissen- 
schaft, X, (1859-18G0), p. 5G et siiiv. 

*. Abot , 1,11. L'explication de Maïmonide est singulièrement forcée. 



182 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

est que le cominentnirc; va maintenant et instruis-toi '. 57 Cet 
amour du prochain se traduisit à cette époque par le côté tout 
nouveau , ^ do rapiproclier les hommes de la Loi. 55 C'était l'effet 
des prédications dont nous avons déjà parlé, de l'attention 
que les agadistes consacraient aux prophètes, de l'éveil qu'ils 
donnaient partout où retentissaient leurs chaleureuses paroles. 
Le prosélytisme de Hillel fut tout empreint de la douceur de 
son caractère. t^Qui surfait son nom, dit-il encore, le ravale. 
Qui s'arrête (dans ses études) se tue. Qui n'apprend rien mé- 
rite la mort. Qui hante le pouvoir se perd'-. Ne suis-je point 

' Sabbat, 3i a. M. Ewald a traduit toutes les anecdotes qui sont réunies, ibid. 
3o 1j et suiv. dans les Jahrbilcher, X , p. 69 et suiv. 

^ j46o(, ibid. M. Ewald, /.c. p. 7Û, propose, pour les mots difficiles, "ÎDX NDC? "3j 
n^Dîy : rQui blasphème le nom (c'est-à-dire. Dieu) perd son nom.n Notre expli- 
cation repose sur celle de Maïmonide : j_^_jL_3 ^iic^ .^^f\Ji iU/l oJi^\ 1-1 
•vcUaAjvj. «Lorsque le nom d'un individu se répand et devient célèbre, tu peux 
lui prédire sa chute. n Du reste, les quatre courtes maximes réunies dans ce para- 
graphe, et écrites en chaldéen, sont très-obscures. Nous nous sommes éloigné 
pour la quatrième de toutes les interprétations que nous avons vues. Maïmonide 

dit : fo_ *^ i^-îL^suyo minif ùJiLi .f^ \S*^»r'. '■^^^^^■^. TT^'^^^i (^y^^-^. O^) 

TDbn ^o^j^-M^ (jî d.J j,^_ Jif dof ^J<su_ iij^')nii Ninj T'C'jri p''cJl 

»0».A^J' (J^^. (ji -^t D2n. (t Celui qui se sert de la couronne, périt; c'est-à-dire, 
qui se sert de la Thora comme moyen de vivre. C'est là le sens de cette maxime, 
comme il sera expliqué dans ce traité. D'autres ont soutenu que (le mot N3n) est 
une abréviation de Nj''~inN NT3J ~^D'7^I, «discipled'une autre personne, n et que 
Hillel veut dire qu'il n'est pas permis d'employer les services d'un savant à moins 
que cène soit votre disciple. n Ewald, l. c. traduit : «qui s'arroge le pouvoir pé- 
risse!" La première explication de Maïmonide est, sans doute, confirmée par /16o(, 
IV, 6. Mais R. Zadok peut avoir profité du sens vague du mot NiD == iriD, qui 
.s'applique tout aussi bien à «la couronne de la Loi» qu'à «celle de la royautés 
(ibid. i3), pour mettre son aphorisme sous l'autorité de Hillel. Le verbe ^D^C, 
îyDnîl'N, s'emploie souvent dans le sens de «avoir commerce, être en relation avec 
quelqu'un.» 



CHAPITRE XI. 183 

pour moi, qui serait pour moi? et lors même que je suis pour 
ma personne, que suis-je? et sinon maintenant, quand'?» 
Malgré la forme énigmalique de ces paroles, on y voit aisé- 
ment la recommandation d'avoir, pendant tous les instants de 
notre vie, grand souci de notre salut, et d'y songer toujours 
malgré la faiblesse inhérente à notre nature. 

Cependant, l'originalité de Hillel n'est pas dans ces pré- 
ceptes de morale; d'autres docteurs de la synagogue ne lui ont 
pas été inférieurs sous ce rapport-. Ce serait aussi aller bien 
au delà de l'intention du Babylonien, que de vouloir con- 
clure des mots «c'est là Ja Loi tout entière, » à une certaine in- 
différence pour les pratiques religieuses. En face de l'égoïsme 
honteux et de l'avarice sordide que Rome étalait surtout dans 
les provinces de l'Orient, ce précepte, de ne pas faire à autrui 
ce qu'on ne voudrait pas souffrir soi-même , pouvait être con- 
sidéré comme un premier pas dans la voie du bien et de la 
religion ^. La véritable importance de Hillel est dans son op- 
position persévérante contre le sacerdoce et dans la méthode 
nouvelle qu'il introduisit dans l'étude de la Loi. Sa conduite 

' M. Ewald (Z. c. p. 7a ) traduit : wSi je ne m'appartiens pas, qui m'appartient? 
et quand même je m'appartiens, que suis-je? et si (je ne cherche pas à m'appar- 
tenir) maintenant (de suite), quand donc (serai-je maître de ma personne)?» 
M. Ewald voit dans cette maxime le conseil donné à l'homme de conserver sa li- 
berté morale en ne la soumettant qu'à Dieu. — D'autres maximes de Hillel se 
trouvent ^6ot, 11, 4-7. 

^ Voyez M. Munk, Palestine, p. 565 a, note 1. 

■'' On s'est habitué , dans certaines écoles , à considérer Hillel comme l'adversaire 
des Pharisiens. Après avoir peint ces derniers avec les couleurs les plus sombres, on 
prodigue toute la lumière à la figure vénérable du maître. L'attachement exagéré 
aux pratiques religieuses. Ici fausse dévotion, les subtilités puériles, l'hypocrisie 
même, sont pour les autres; la morale pure, la piété simple, la sincérité des convic- 
tions, sont pour Hillel : c'est méconnaître complètement les tendances des Phari- 
siens et celles de ce chef d'école, et prêter également aux uns et à l'autre des opi- 
nions qu'ils ne professaient pas. 



184 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

à l'égard des anciens de Bellyra est. un exemple de l'une el de 
l'autre, mais elle n'en est pas le seul exemple. 

r^Hiilcl, l'ancien, racontent les Thalmuds, offrit un jour 
(de fêle) un holocauste au parvis du temple et y fit l'imposi- 
tion des mains. Mais les disciples de Scliamaï se liguèrent contre 
lui (parce que leur maître était d'avis que l'imposition ne 
devait pas être exercée par un laïque pendant un jour de fêle). 
Après quelque temps, l'école de Schamaï ayant le dessus, 
on chercha à prendre une décision conforme à son opinion; 
mais Baba , fils de Bouta , disciple de Schamaï , était là et savait 
que la pratique était établie selon l'école de Hillel. Rendu 
au parvis, Baha le trouva désert : Que les maisons de ceux, 
s'écria-l-il , qui ont transformé le temple de notre Dieu en un 
désert, soient désertes à leur tour! Aussitôt il fit venir trois 
mille têtes de petit bétail de première race et, l'examen fait 
qu'elles étaient sans défaut, il les plaça sur la montagne du 
temple et prononça ces paroles: Ecoutez-moi, mes frères, 
maison d'Israël! quiconque veut offrir des holocaustes, qu'il 
les offre en faisant l'imposition ; quiconque veut offrir des sa- 
crifices pacifiques, qu'il les offre et fasse l'imposition. La dé- 
cision fut donc prise définitivement dans le sens de l'école de 
Hillel, et personne ne dit rien^» Dans cette circonstance, 

« i,Bétta, II, /i; rr^Vy iDDi ri-)]:;h inVii' N^'^nir ipîn bhni nc'yD 
yi^pV wp2', ""DÎT n-'a h'C t""' 113: d-'D"' inwv'?---"'DC? n^D^n rb" nam 
r\:ihnv i-ir ^"O'a d'^-2 "'T'd'?^ ''^to''^ ]2 an du? n^n- ]n^i2i2 hdSt 
]n^D2 "itsu"» iPN HDCiu nniN nîjdi n-iîi*'? d:d: nnx dvd bhn rriaD 
w^ba T\^bv N"'3m nb'c n^^y ne u'-nbN ^"'2 iD-'i^'nu; l'px h^ 
•""•nx "'jirDr ]nb "iDN n^5n ini p-'Dvm ]^D',vd pr^^ ~^ip ]i<'ii2 jxs 
d"'d'?c; iVT -iiDci N''3"' mb'i' N''3"' n-m Ninu; ^d '?d ^s-ic^ rr-a 
■!3i DIX nDN ixVi bbn n"'3D iIdSi nyap: ni^w'n imxa ■idd"'! n''3\ Le 

môme passade se (roiive avec quelques variantes b. Bétza , 20 a; (os. Ilagiga, 



CHAPITRE XI. 185 

Hillcl combat encore un privilège que s'arrogeaient les prêtres, 
et Baba ben Boula, que nous avons déjà connu comme con- 
seiller d'Hérode, est obligé de lui céder, parce que la multi- 
tude élait avec le Babylonien et préférait s'abstenir de faire 
des offrandes volontaires que se soumettre aux exigences des 
prêtres. 

Voici encore un cas dans lequel Hillel cbercbe à diminuer 
l'autorité du sacerdoce. D'après le Pentateuquc (Lct/z/^mc, xiv, 
1 et suiv.), il appartient au prêtre de constater la guérison du 
lépreux et de le réintégrer dans la ville après la purification. 
Telle n'est cependant pas l'opinion de la Miscbna : «Tout 
le monde, dit-elle, peut examiner les plaies; la déclaration 
de pureté ou d'impureté appartient seule au prêtre; on lui dit 
donc, prononce il est pur, et le prêtre répèle // est pur, ou 
bien, on le charge de prononcer qu'il est impur, et le prêtre 
répète qu'il est impure?? Le Sifra {^sur Lévit. xiii, 2) s'ex- 
plique plus nettement encore : ^^ La pureté et l'impureté ne 
dépendent que du prononcé du prêtre, c'est-à-dire, un sa- 
vant en Israël examine les plaies et charge le prêtre, quand 
même celui-ci serait ignorant, de dire il est impur, ou il est pur, 
et le prêtre répète l'une ou l'autre déclaration 2. 55 D'après une 

c. u fin. Pour ie "l"ip |N*ÎÎ, voy. Isaïc, tx, 7. D'après m. Hagiga, 11, 2 , le débat 
sur l'autorisation des laïques d'imposer les mains sur les sacrifices volontaires 
pendant un jour de fête remonterait à l'époque de José ben loézer et de José ben 
lolianan; le premier, qui était prèlre, l'aurait refusée; le second, un habitant de 
Jérusalem, l'aurait accordée. Parmi les couples, il y aurait eu toujours divergence 
d'opinions à ce sujet. (Voyez aussi Temoura, 16 a.) ^^D^D est identique avec 
N*ÎÛ13, que porte le Thalmud de Babylone. 

' Negaïm, m, 1 

^ Sifra, sur Negatm, i, 9 (60 b de l'éd. de Vienne, 1862 ): ]"'Nvy ID??. . . 

iDiNi D"':?3:i-i riN nuM bi<^^'^2V ddh an pD -dd aba mntai hnciid 
js:in"i mn.:û -iidn >iD!:: "ii:'kX ^<^m îsiD'LO niDX niai'-r ''D b'J ^a ]nzb 



186 HISTOIIIK IJE LA PALKSTIMK. 

taraïla, celle victoire des Pharisiens est encore due à Hillel, 

le Babylonien '. 

Par ces infiniment petits, qui paraissent insigrnfianls, le 

sacerdoce exerçait son pouvoir sur la multitude et dominait la 

famille. Bien des privilèges lui étaient acquis d'une façon si 

incontestable, qu'aucune interprétation des textes, quelque 

habile qu'elle fût, ne pouvait les lui arracher. Devant des 

prêtres di^jnes et instruits, les docteurs s'inclinaient volontiers; 

ils cherchaient peut-être à se contenir en face des Sadducéens 

mêmes sous les rois asmonéens; mais contre les Hérodiens, 

« 
Hillel, à la tête de son école, employa tous les moyens que sa 

science et son habileté lui suggérèrent-. 

"lintS "ICIN. ]M. Geiger, Judischc Zeitschrift , II, d-] , compare très à propos 
Matth. VIII , h , Marc , i , /j 4 , et Luc , v , ili. 

' j. Pesahim, vi, i (3/i a) : N'H "lintD ^33?? bbûi ubu Cia" nZ'b'C: b'J 

]n2t'i . «Pour trois décisions, Hillel est venu de Babylone : Les mots (le lépreux) 
est pur (Lév. xiu,3']) pourraient faire croire qu'ilpçut simplement s'en aller; c'est 
pourquoi il est dit : Le prêtre do?t le déclarer pur {ibidem). Ces derniers mots 
pourraient faire supposer que la déclaration du prêtre suffit pour que le lépreux 
soit pur, quand même elle aurait été faite sur un impur; c'est pourquoi il est dit : 
(Le lépreux) est pur et le prêtre doit le déclarer pur. ti Les deux autres décisions 
concernent, l'une le sacrifice de pèlerin, que Hillel permettait d'immoler on un 
jour du sabbat, et l'autre, l'époque à-laquelle on commençait à compter les sept 
semaines jusqu'à la Pentecôte (voyez ci-dessus, p. tSy). ( Voyez l'exposition lucide 
et ingénieuse de M. Geiger (L c. ), p. Iiq et suiv. ) 

^ Une baraïta (Pesahim, 70 b) nous montre à quel pointées questions passion- 
naient les esprits à cette époque. La voici : NIH ÎI/'~1"'D ''NDII" p min'' N'^jf! 

•«Vn: ^:u Si* ^jncn 'b cnDix ^n ne n^^'D nr:- nr\::r\ ab nD'*:DD 

ni^n DU nmi nPJn Vn")^"''? ]nb. (tiehouda beu Dortaï s'en alla de 
Jérusalem avec son fils Dortaï s'étabbr dans le Daroui. il dit : Si (le propbèto) Klie 



CHAPITRE XI. 187 

iVoLis avons vu trois règles de déduclion ^ que le célèbre 
Pharisien mit en œuvre pour soutenir son opinion contre les 
anciens de Bettyra; il y en a à la vérité sept, que Hillei ex- 
posa devant eux, peut-être pendant la journée qui, d'après la 
tradition, fut remplie par les débats relatifs à la question de 
l'agneau pascal-. Nous ne saurions déterminer si Hillcl apporta 

venait et interrogeait Israël pourquoi le sacrifice de pèlerin n'a pas été immoK- 
pendant le sabbat, que pourraient-ils répondre? Je m'étonne comment les deux 
hommes les plus grands de leur temps, Schemaïa etAblalion, qui étaient éminents 
par leur science et leur argumentation, ne leur ont pas dit que ce sacrifice de pè- 
lerin l'emporte sur le sabbat.» Nous avons vu dans la note précédente que Hillei 
fit prendre une décision à la suite de laquelle le sacrifice de pèlerin pouvait être, 
comme l'agneau pascal, immolé le samedi; l'émigration de léliouda et de Dortai 
eut donc lieu pendant que l'école de Schamaïoulo parti des prêtres avait le dessus. 
On sera peut-être (enté devoir, dans le jeune Dortaï, qui accompagne son père 
dans cet exil volontaire, le Dortos (AopTos) «homme considérable," qui, avec 
quatre autres Juifs, fut pris par Quadralus à Lydda et mis à mort pour avoir excité 
les Juifs à la révolte contre les Romains (Josèphe, A. J. XX , vi, 2). On peut s'é- 
tonner que Josèphe nous donne le nom sous la forme hébraïque, tandis que 
■'Nmil semble être Aopodéos, de même que ""NriDn est la transcription de 
AocTtOéos. 

^ Voy. ci-dessus, p. 178. 

^ Ces sept règles d'argumentation se trouvent énumérées à la fin de l'introduc- 
tion du Sifrâ, tos. Sanhédrin, c. vu; Abot derabbi Nathan, c. xxxvii. Il y a quelques 
différences entre ces passages ; mais ils disent tous que ce sont là les sept règles que 
Hillei exposa devant les anciens de Rettyra ("'jpT ''jS7 7711 îl/'Tity miD ^"2^ 
N*")Ti3). Comme dans ].Pesahim, vi, 1 (p. 178), Hillei emploie trois de ces 
règles, et qu'on ajoute qu'il continua à discuter toute la journée, il paraît pro- 
bable que le célèbre Pharisien tâcha d'amener ses adversaires à son opinion en se 
servant encore des quatre autres règles d'argumentation. — Dans la baraita citée 
p. 1 06 , note 1, on voit Siméon b. Schatah employer déjà la règle de l'analogie; mais 
la tradition qui attribue à Hillei le système des déductions est tellement constante, 
que cet exemple ne saurait l'infirmer. Du reste, la règle a fortiori se trouve déjà, 
comme la sijrâ l'a fait observer, Nombres, xii, ik\ La logique est aussi ancienne 
que le monde, et la première fois que l'homme, dans une discussion, a remplacé 
la force brutale par un débat oral, il a dû s'en servir; elle date néanmoins, comme 
science, d'Arislote. Les réfutations des anciens de Bettyra montrent seulement une 



188 IIISTOIRK 1)K LA PALESTINE. 

de Bahyloiie cette mclliode d'argumentation, ou bien s'il en 
l'ut le créateur, ou bien encore s'il fut le premier qui l'eût em- 
ployée sur une vaste échelle. Mais, en tout cas, ce fut un coup 
porté par lui à la tradition immuable et à la rigueur exces- 
sive de la loi. Tout en possédant la décision de Schemaïa et 
d'Ablalion, Hillel ne la communique à ses interlocuteurs que 
lors(|u'il est à bout de ressources, et il préfère la déduire des 
textes mêmes par sa méthode, parce que celte formule, nous 
avons entoulu des docteurs, ne pouvait d'ordinaire servir qu'à 
étayer les prétentions de ses adversaires. 

Hillel ne nia pas la tradition, mais il chercha à la circons- 
crire. Dans l'héritage de tant de siècles, le judaïsme trouva un 
nombre considérable d'institutions, de cérémonies consacrées 
par le temps, vénérables par leur vieillesse, et pourtant sans 
racine aucune dans l'Ecriture. Quel docteur aurait jamais 
songé à les abolir? Cependant cet héritage devenait, entre 
les mains d'une caste privilégiée, un patrimoine qu'on cher- 
chait à exploiter; dans les cas douteux, on invoquait des tra- 
ditions, des antécédents favorables au parti puissant. Hillel 
arrêta ce courant en partant de ce principe que les décisions 
devaient, autant que possible, se rattacher à la Loi écrite par 
la voie de l'argumentation. La logique, malgré sa rigueur 
proverbiale, a toujours eu ses accommodements dans le do- 
maine de la théologie, et, une fois le raisonnement admis, 
on a su concilier les nécessités des temps avec la lettre de la 
Loi. Nous ne citerons que leprosbol (bl^Tnc), instrument intro- 
duit par Hillel pour mettre à néant l'effet produit par l'année 
sabbatique sur les créances, qui, d'après un texte clair et net 

terlaine lial)iliide à manier tes sept middot ou règles. Mais, sail-on bien ce qui est 
iuitlienlifiiie dans celle savante controverse, cl ce qui a été ajouté plus lard pour 
justifier l'Iirsilaliou de ces anciens une fois qu'on a eu commencé à les glorifier? 



CHAPITRE \I. I81> 

(^Deuti'roDome, xv, 2), ne pouvaient plus être réclamées à partir 
de cette époque ^ Mais ce principe de progrès fui loin de se 
développer d'abord au sein du sanhédrin , où , quoi qu'en disent 
des sources postérieures, Hillel n'est jamais entré, et qu'il a en- 
core moins présidé 2. Là fleurit dans toute sa vigueur le sacer- 
doce nouveau, le parti conservateur des Boéthusiens, les 
hommes officiels d'Hérode; les idées nouvelles sont élaborées 
'dans les écoles avant de monter au pouvoir. 

Une école rivale s'établit tout naturellement en opposition 
avec celle de Hillel, et maintint la tradition dans toute sa 
pureté exclusive. Schamaï, le chef de cette école, ne fut pas 
un courtisan, flatteur de l'Iduméen; la sévérité excessive de 
sa doctrine dut l'éloigner plus encore que Hillel de la scène do 
tant d'horreurs. Mais je m'imagine que le principe qu'il défen- 

' m. Gillin,y, 5: ùbvjn |ipTl "'jDD '713î"nD *''pnn '?'7n. ^Hillel inslilua 
l'acte nomm6 prosbol , pour le bon ordre du monde.-) — Voici un second exemple 
d'une disposilion qui, sans abolir une loi, en fait disparaître les inconvénienis. 
D'après Lévitiqiie, xxv, 29-80, le vendeur d'une maison située dans une ville a\ait 
pendant ime année entière le droit de rachat. Il paraît (pie l'acheteur éludait sou- 
vent ce privilège du vendeur en se cachant pendant les derniers jours de l'année; 
Hillel décida que le vendeur pouvait placer l'argent de la vente dans un dépôt 
public, puis enfoncer les portes de l'acheteur et rentrer dans sa propriété (m. Era- 
chin , IX, 6). 

- Ainsi encore Graetz, III, 177 : «Il se trouva àla télé du sanhédrin un homme 
qui releva cette dignité par les vertus les plus brillantes, etc.» — L'influence de 
Hillel était purement morale et ne s'appuyait sur aucune fonction. Dans les céré- 
monies solennelles, il ne parait qu'en simple spectateur. En assistant à la fête de 
la Schoéba (voyez ci-dessus, page i36), où les dévols se laissaient aller à la fougue 
des danses religieuses, il les voyait passer ; la danse était-elle trop violente, il di- 
sait : «Que nous soyons ici, qu'importe; Dieu a-t-il besoin de leurs louanges?..." la 
danse restait-elle dans les limites de la convenance, alors il disait : «Si nous n'y 
étions pas, qui y serait; car certes bien dos louanges montent veis lui, mais les 
louanges d'Israël lui sont plus chères que toutes les autres, n {']. Sonera , v, /i , d'après 
lequf'l il fiuil corriger, h. jV>jV/. .t3 a). 



100 HISTOIRK DE LA l'ALKSTIME. 

(lait lui attira nécessairement les membres dispersés du parti 
sadducéen , ainsi que les conseillers d'Hérode ; l'ancienne aris- 
tocratie juive, ainsi «jue les parvenus d'Alexandrie, a dû se 
trouver à l'aise sur les bancs de cette école. «Les scliamaïstes 
soutenaient, d'après une baraïta, qu'il ne fallait admettre h 
l'enseignement qu'un homme intelligent, modeste, de bonne 
famille et riche; les hillélites, au contraire, admettaient tout 
le monde, parce que, disaient-ils, bien des pécheurs en Israël, 
une fois instruits dans la Loi, sont devenus pieux, religieux et 
honnêtes '. n Ce choix , que le maître paraît avoir fait avant d'ou- 
vrir la porte aux aspirants , peint l'école , et la conduite qu'il 
observe à l'égard des prosélytes confirme ce qu'on a dit de sa 
roideur-, 11 voulut imposer à son fds, encore en bas âge, l'o- 
bligation déjeuner au jour du Pardon ^, et, sa belle-fdle étant 
accouchée d'un enfant mâle pendant la fête des Tabernacles, 
il fit enlever le plafond de la chambre et la transforma en 
tente, afin que son petit-fds, à peine né, pût remplir le devoir 
de la Soucca'^. La célébration du sabbat le préoccupa pendant 
toute la semaine ^ et le jour même il s'interdit jusqu'au trans- 
port inutile d'un vase d'un endroit à l'autre*^. Depuis le mer- 
credi, c'est-à-dire depuis le troisième jour avant le sabbat, il 

' Abat derabhi Nathan , c. ii , fin. 

^ Sabbat, 3i a, où sa conduite est mise en regard de celle que lient le doux 
Hillel. 

^ tos. loma, c. iv. Les docteur's, y est-il dit, le forcèrent de donner à manger à 
son jeune lils. 

'' Soucca, II, 9. La bru elle-même était dispensée de ce devoir, qui n'est pas obli- 
gatoire pour les femmes. 

* Betza, i() a. On y cite deSchamaï les paroles : "j'TaC^ y2'^ IHD, «-depuis 
le premier jour de tes semaines ( pense) à tes sabbats ;n mais Hillel aurait dit : "J1"I2 
DV QV n, «que Dieu soit loué chaque jour! 51 (P.Ç. Lxviii, 90). 

« Voyez Hahaloulz,\ II, p. 61; ci-dessus, p. 171, note 5. D'après ce que nous 
avons dit des Esséniens, on roinprend facilement le.s nombreux rapports qu'on dé- 



CHAPITRK XI. 191 

défendit de faire porter une lettre par un [)aien, parce (pi'elle 
pourrait ne pas encore être arrivée à destination le samedi, 
et que le travail se ferait alors, dans l'intérêt d'un Juif, pendant 
le jour du repos. 11 fut de même défendu de s'embarquer sur 
mer et de commencer l'attaque d'une ville trois jours avant 
le sabbat ^ Nous avons vu déjà qu'il ne permit pas à un laïque 
l'imposition des mains sur une victime volontaire pendant les 
fêtes '^. 

Dans le recueil des maximes, nous n'en trouvons qu'une 
qui soit attribuée à Scbamaï. «Que ton enseignement se fasse 
à heure fixe ! Parle peu et fais beaucoup ! Reçois tout le 
monde avec aménité ^. v La dernière recommandation, qui pa- 
raît peu conforme à l'humeur sombre qu'on reproche au maître, 
serait-elle à l'adresse de la classe élevée de la société juive, 
que Scbamaï accueillait dans son école? 

Quoi qu'il en soit, ni la sévérité tenace de l'un, ni la fef- 
meté mêlée à une grande douceur de l'autre, ne paraissent 
avoir excité les soupçons de l'ombrageux Hérode sur les deux 
chefs d'école. On les dispensa même du serment que le roi 
demandait à ses autres sujets*. C'est qu'ils s'abstenaient de 

couvre entre les opinions de ces anachorètes et celles de Schamaï. (Cf. encore m. 
Sabbat , i, 8-12.) 

' ]. Sabbat, i, 1 1 (4 a) ; Sijré sur Deutéronome , S 1 16 (98 b de l'édition Fried- 
mann); Schorr, /. c. p. 62. 

* tn. Bétza, 11, 3 et ci-desbus, p. iSi. 

' m. Abot, I, i3. Ainsi Buxtorf, Lexicon chald. col. i960. D'après Màimonide : 

qÎ 2_*_>Lj- ciULa_it ^.0 »f^^ l'iX^ J-^-^f nmn iid^pd Js^\ JU 

«v.j'ji (j iLjM v^i ^fti-o l (j^ fj^!>-'->\ i^jij'l- wll dit : Que l'étude de la Loi 
soit la chose principale, tandis que toutes les autres occupations ne forment que 
l'accessoire; arrivent-elles à point, c'est bon; n'arrivent-elles pas à point, il n'y a 
pas de mal qu'elles ne réussissent pas. t? 

* Jos. A. J. XV, X, i. Voyez la note vu à la fin du volume. 



192 HISTOIME DE LA PALESTINE. 

s'ingérer dans les affaires politiques et qu'ils étaient pénétrés 
de la conviction que l'avenir du judaïsme n'était point dans 
la puissance matérielle, mais dans l'influence morale que sa 
doctrine exercerait, directement ou indirectement, sur le 
monde entier. 



CHAPITRE XII. 193 



CHAPITRE XII. 

ARCHÉLAUS. LES PROCURATFXRS, LES POMIFES ET LES ÉCOLES. 

JÉSUS. 

Par son dernier testament , Hérode morcela le royaume de 
Judée en le partageant entre trois de ses fils. Le Midi, com- 
posé de la Judée proprement dite et de la Samarie, fut donné 
à Archélaûs, fils d'une Samaritaine, dernière insulte que le 
restaurateur deSébaste lança contre les Juifs; le Nord, depuis 
les sources du Jourdain à l'ouest, jusqu'à la Trachonitide à 
l'est, devint la part de Philippe, fils d'une Hiérosolymitaine; 
Hérode Antipas reçut la Galilée et la Perée, deux pays situés 
entre les possessions de ses frères. Hérode, fils de la seconde 
Mariamne, et, par conséquent, parent des pontifes issus de 
Boétlios, qui un instant avait été l'héritier désigné par Hérode, 
fut complètement oublié. Archélaûs s'efforça d'abord de gagner 
les habitants de Jérusalem par une diminution des impôts; 
mais, en refusant au peuple la destitution du pontife loézer, 
le Boéthusien, qu'on considérait comme l'instigateur des exé- 
cutions de Matthias et de Judas, les agadistes, il fit naître un 
soulèvement des masses, accourues vers la capitale pour y 
célébrer la Pâque. Une lutte s'engagea, dans laquelle trois 
mille Juifs périrent. Les troubles augmentèrent encore lorsque 
tous les membres de la famille d'Hérode eurent quitté la Pa- 
lestine pour plaider chacun leur cause à Rome devant Auguste. 
Un succès momentané que les Juifs remportèrent sur Sabinus 
et les troupes romaines fut cruellement vengé par Variis, gou- 
verneur de la Syrie, qui entra en Palestine avec deux légions, 

1. i.S 



194 IIISTOIUK l)K LA l'ALIiSTlNE. 

défit partout les rebelles, dispersa les prétendus brigands, 
et fit crucifier deux mille d'entre eux. Le souvenir de ce cbâ- 
timent atroce est peut-être tout ce que les rabbins ont con- 
servé du règne d'Archélaûs^ Ils ne parlent pas même de la 
députation juive qui se rendit alors à Rome pour demander à 
l'empereur l'éloignement des Hérodiens et la réunion de la 
Palestine à la province de Syrie'-. Du reste, la mission échoua 
et Auguste confirma le testament de son ami Hérode, avec 
cette restriction, toutefois, qu'Archélaùs se contenterait du titre 
A'ethnarque et n'obtiendrait celui de roi qu'après qu'il s'en 
serait rendu digne. Mais la conduite d'Archélaùs fut si tyran- 
nique, que, dans la neuvième ou la dixième année de son 
règne, sur les plaintes réitérées de ses sujets, il fut appelé à 
Rome, destitué, et exilé à Vienne dans les Gaules (6 ou -y ans 
après J. C.)^. Josèphe nomme trois pontifes dans ce court in- 
tervalle : loézer, fils de Roéthos, révoqué de ses fonctions, 
«parce qu'il avait fait cause commune avec les séditieux*,» 
Eléazar, son frère, et Josué, fils de Sié (2te). 

^ M. Grœtz (III, ^83) propose de lire, dans la chronique du Scder Olam rahba 

(vers la fin), Dm ^ù' 007130, à la place de CTlIDN ^^ 'DD, mois qui ne 
donneraient aucun sens. D'autres solutions ont été proposées pour ce passage diffi- 
cile par M. Zunz, Gottesdicnstliche Vortrà^e, p. i38 , note b, et par M. Rappoport, 
Erech Millin, p. i5i et iSg. Pour le fond, M. Ewald, G. d. V. I. IV, p. Sgi, est 
d'accord avec M. Graetz. 

^ Jos. A, J, XVII , XI , 3. Il est intéressant de comparer la demande de celte dé- 
putation à celle que font les envoyés juifs auprès de Pompée {ibid. XIV, m, a). 
Il n'est plus question dans leur demande du pontificat. (Voy. ci-dessns, p. 1 17.) 

^ Voy. Grifitz,IlI, I18U, note a2. 

* Ce sont les mots de Josèphe, A. J. XVII, xiii, 1, qui n'ont pas trouvé grâce 
devant les historiens, puisqu'on a préféré dire qu'Archélaùs avait enfin voulu céder 
au désir du peuple ( M. Munk , Palestine, 562 a ; Graetz , III , aoS ) , ce dont Josèphe 
ne parle pas. C'est qu'il a paru étrange que loézer eût changé d'allure au point de 
s'allier au parti patriote. Mais, pendant l'absence d'Archélaùs, il y eut des sédi- 
tieux de toute couleur, et le mécontentement que le pontife éprouva sans donle de 



CMAPJTUE \11. ]{)-) 

La Judée et la Sauiarie furent incorporées à la Syrie et 
gouvernées par un procurateur ayant son siège à Césarée. Le 
dernier vestige de l'indépendance disparut. Coponius remplit 
le premier ces fonctions difficiles que Quirinus rendit plus 
pénibles encore par le recensement qu'il ordonna dans la 
nouvelle province romaine. Celle opération fiscale excita le 
peuple au plus haut degré, le dénombrement ayant toujours 
été considéré en Israël comme un acte funeste'; Judas, le 
Galiléen, et Sadok, le Pharisien^, profitèrent du méconten- 
tement général pour propager l'agitation. Nous retrouvons 
dans ces circonstances loézer, le Boéthusien, qui, redevenu 
pontife, calme et apaise les esprits; aussi la révolte n'éclata- 
t-elle pas pour le moment. loézer fut néanmoins destitué par 
Quirinus, dès que le recensement fut terminé; selon Josèpbe, 
«parce qu'il était en désaccord avec les masses, r L'instru- 
ment de l'acte impopulaire fut brisé après avoir aidé à accom- 
plir cet acte. Hanan, fils de Seth^, fut nommé à la place de 

l'oubli qu'avait subi le fils Hc la seconde Mariamne, a pu l'engager à favoriser une 
des nombreuses entreprises dirigées alors contre l'étbnarque. Le sort de ce ponlife 
est néanmoins obscur. Sans qu'il soit question de la révocation de Josué , fils de Sié , 
on le trouve de nouveau en fonction lors du recensement, où, quoiqu'il soit si pou 
populaire, il sait calmer les susceptibilités du peuple! 

' On se rappelle le recensement sous David, II Sam. xxiv, i et suiv. lonm, 22 b. 
(Voir aussi les passages cités ci-dessus, p. 1^2, note i.) Les rabbins croyaient pré- 
venir l'effet fâcheux du dénombrement en comptant les objets donnés par chaque 
individu; ainsi, dans le cas raconté I Sam. xv, 4, on demandait, d'après le 
Thalmud, /. c. à chacun un agneau, et le nombre des tètes de bétail ainsi obte- 
nues servit à déterminer celui des hommes. D'après le chaldéen, on prenait pour 
mesure l'agneau pascal, en supposant dix convives pour chaque tête de bétail. 

2 M. Gncli (III, 908 et 685) identifie ce Sadok avec le TVlbn \:>)i:i "1 
^ND^' {lehamot , i5 b). En effet, il ne me paraît pas douteux que les Schamaïtes 
ne se laissassent facilement entraîner dans les rangs des zélateurs. Nous dirons 
plus bas dans quelle mesure nous adoptons cette pensée. 

^ Les noms de ^éO et de yité sont singuliers. Celui -ri serait- il identique avec 

1.*?. 



196 HISTOIRE DK LA PALESTINE. 

loézer; on ne dit rien sur l'origine de Hanan, mais probable- 
ment il n'était pas plus Palestinien que son prédécesseur. Sa 
puissante famille, qui donna encore au sanctuaire six pontifes, 
cinq fils et un gendre, ne paraît pas avoir été sympathique 
aux écoles de Jérusalem. Sous son pontificat, quelques Sama- 
ritains se glissèrent, pendant la nuit de la Pâque, dans l'en- 
ceinte du temple et y répandirent des ossements humains, 
pour empêcher les fidèles de faire leurs dévotions habituelles 
durant la fête. Les Boéthusiens, nous l'avons déjà dit, profes- 
sai:ent des opinions exagérées sur les cas d'impureté légale, 
et les Samaritains arrivèrent ainsi à leur but d'inquiéter les 
Juifs. Lorsque, plus tard, les écoles pharisiennes eurent le 
dessus, on s'opposa, dans un cas analogue, à la déclaration 
d'impureté qui avait été lancée'. 

le p^2» ]2, dont les actes arbitraires sont relatés m. Eduïot, vin, 7? Peut-être 

Hanan est-il le '^"lîJDn '7NDin de m. Para, m, 5. (Voy. ci-dessus, p. i55,note 1.) 
' A. J. XA III , Il , 2. Ce passage de Josèphe témoigne de la sévérité extrême que 
les prêtres appliquaient à tout ce qui concernait la pureté du temple. Lorsque les 
docteurs exercent le pouvoir, on devient plus facile, comme on peut le voir par 
une baraïta où il est dit : ^Vp^2^ D'^ayn -in riD2?''?3 mDîfi? IN'iD DnK DVD 

n\x Si3D "TiD n^K liTiiaN i"'y Sy nNDiîo 1112:2? Vjb n\-i hd'iVdi 
^Dm csy asy îsp'^D an'^v no:! i:d: ny:y nmN3i 12:1312: tid 

nnî3. tr On trouva un jour des ossements dans la salle où le bois était empilé et l'on 
voulut déclarer Jérusalem impure. Mais R. Josué se leva et dit : Ne serait-ce pas 
une honte, un opprobre pour nous de déclarer impure la ville de nos ancétjres? Où 
sont donc les cadavres du temps du déluge? Où sont les cadavres de l'époque de 
Nabuchodonozor? On vota aussitôt et l'on décida qu'on ramasserait les os l'un après 
l'autre, et que le tout serait déclaré purn (t. Eduîol, m). Le sens des paroles de R. 
Josué , malgré la discussion de Zebahim , 1 1 3 a , est évidemment que des ossements 
anciens, qui ne sont plus couverts de chair, n'entraînent pas d'impureté après eux. 
(Voy. cependant m. Eduïot, viii, 5.) R. Josué, qui avait vécu, comme lévite, à 
Jérusalem dans les dernières années avant la destruction du lemple, serait donc 
parvenu à vaincre la roideiir des grands prêtres. 



CHAPITRE XII. 197 

Marcus Ambivius remplaça Goponius et eut bientôt pour 
successeur Annius Rufus, le troisième et dernier procurateur 
sous le règne d'Auguste. Tibère envoya en Judée Valérius 
Gratus, qui conserva ses fonctions pendant onze ans. Gratus 
paraît avoir de suite remplacé Hanan par Ismaël ben Phabi , 
qui resta pontife à peu près pendant neuf ans. Eléazar, fds de 
Hanan, lui succéda durant un an; Siméon ben Kamhit, qui 
suivit Eléazar, garda cette dignité juste autant et fut remplacé, 
peu de temps avant la retraite de Gratus, par Joseph, sur- 
nommé Kaïphas ou Caïphe, gendre de Hanan, De ces quatre 
grands prêtres, deux seulement sont mentionnés dans les 
écrits rabbiniques, ceux qui n'appartiennent pas à la race de 
Hanan : Ismaël, qui est donné comme un des rares pontifes 
sous lesquels on brûla une vache rousse ^ et Siméon , dont six 
frères, d'après une tradition, avaient comme lui exercé les 
fonctions pontificales ^. 

Si Gratus occupa son poste pendant la première moitié du 

' m. Para, m, 5 : '•3N"iD p boDS-'V 

* Ce riTlDp p pyD2? eut l'aventure qu'à la veille du grand Pardon, dans 
une conversation qu'il avait avec le roi des Arabes, la salive sortant de la bouche du 
roi tomba sur ses vêtements, et les rendit impurs et impropres au service du len- 
demain. Un frère, nommé tantôt lehouda, tantôl Joseph , tantôl léchébab , le rem- 
plaça. ( Tanhouma, p. 46 b; Vayyikra-rabba , xx, fin ; Bammidbar-rabba , c. ii, fin; 
j. Megilla ,1, 12(723); j. loma, i , 1 ; j. Horaîot, m , 3 ; b. Iotn<i , h'] a (cf. Nidda, 
33b); Abot derabbi Nathan , c. xxxv. ) Le nom de Siméon est quelquefois remplacé 
par celui d'Ismaël, ce qui arrive encore ailleurs. Le roi d'Arabie était probable- 
ment Haretou Arelhas, dont Hérode Antipas épousait à cette époque une fille 
{A. J. XVIII , IV , 1 ). Ce pontife était connu pour la grandeur excessive de sa main ; 
elle pouvait contenir jusqu'à quatre hab. j. loma, v, 1 ; b. ibid. h'] a. Kamhit fut le 
nom de la mère; aussi est-il dit : WD''U ]b^2^ n'-HOp'? nV Vn D^l^ H^nC? 

'm n'jns nJinD3; ailleurs :'"i3i J' HD n^:a ^:u? pN nnNT cm imx. 

Josèphe ne nomme de cette famille que Siméon et Joseph (A. J. XX, v, 2 ). Les 
autres ne paraissent avoir servi qu'en qualité de suppléants de leur frère. 



198 HISTOIHK DE LA PALESTINE. 

règne de Tibère, Ponce-Pilatc gouverna la Judée durant la 
seconde moitié, et Joseph resta aussi longtemps en possession 
du j)ontificat. Les plaintes de la province romaine sur le poids 
écrasant des charges paraissent avoir été entendues de Tibère, 
dont la politique extérieure était relativement douce, r^Un bon 
berger, disait cet empereur, tond ses brebis, mais en évitant 
de les écorcher. n Deux procurateurs seulement dans l'espace 
de vingt-deux à vingt-trois ans; c'était là un avantage incalcu- 
lable pour la Judée , car, «s si l'on chasse les mouches qui dévorent 
le sang d'un homme blessé, disait encore Tibère, au moment 
où elles sont rassasiées, celles qui les remplacent sucent la 
plaie avec une nouvelle avidité K Sous Gratus surfout, les Juifs 
jouirent d'une grande tranquillité, et ils purent croire qu'en 
réclamant contre les Hérodiens pour entrer sous la domination 
directe des Romains, ils avaient bien compris leurs intérêts. 
Ce fut déjà différent sous Ponce-Pilate. Cette créature de 
Séjan jeta, dès son arrivée en Syrie, un trouble profond dans 
les esprits en introduisant furtivement à Jérusalem pendant 
la nuit, les enseignes romaines ornées des images iiapériales. 
On lui demanda de les faire sortir, mais il ne céda que de- 
vant la fermeté inébranlable du peuple, qui se rendit à Césarée 
et déclara vouloir plutôt mourir que souffrir une telle profa- 
nation. Pilate entreprit ensuite la construction d'un aqueduc 
pour faire venir l'eau à Jérusalem , aux frais du trésor sacré 
conservé au temple. De là une nouvelle agitation dans les 
masses, que le procurateur comprima en mêlant à la foule 
juive des soldats romains déguisés et armés de poignards, 
qui se jetèrent indistinctement sur les séditieux et sur les 

' Ces passaffc? de Tacilo, Annales, n , /12 , el de Suétone, in Néron. S Sa , sont 
filés d'après la fiaduclion qu'en donne M. Salvador, Histoire de la dominution ro- 
vHiino en Judée. I , '11 C^-h \i. 



CHAPITRE \II. 199 

hommes paisibles ^ Ponce-Pilate donna ainsi l'exemple aux fu- 
turs sicaires! 

Les écoles étaient sans doute étrangères à ces mouvements. 
Schamaï et Hillel étaient probablement morts vers l'époque 
où Hérode expira à Jéricho '^; ni l'un ni l'autre de ces docteurs ne 
paraissent avoir eu de successeur remarquable, puisque au- 
cun chef d'école qui les eût remplacés n'est nommé. On parle 
seulement de wla maison, v ou des disciples de Schamaï et de 

' A.J. XVlII,iii, 1-2. Le méconloiilement de la foule, ?^qui n'aimait pas ce qui 
se faisait au sujet de Veaun {ro7s ayi(p\ to USeiyp SpùjyLsvot?), avait peut-être surtout 
sa raison dans la crainte que l'aqueduc ne changeât complètement les conditions 
de la défense de la ville. La ville paraît avoir toujours possédé la quantité d'eau dont 
les habitants avaient besoin; d'un autre côté, l'aridité du sol et le manque d'eau 
dans les environs de Jérusalem étaient en tout temps vivement sentis par ceux qui 
l'assiégeaient. (Voy. Strabon, Géographie, XVI, vi, 36; Gesenius, Commentai- 
ùber den Iesaïa,l, 276.) Robinson, Biblical researches in Palestina (édition de 
i856), I, SaS, présente à ce sujet des observations fort judicieuses. 

^ Une vieille baraïta historique s'est conservée, Sabbat, i5 a; elle est ainsi 
conçue : (Raschi lit ^iDD) "^lïih ]r\Mi^U2 13n3 ]^V12U^ hii^bl2: ]"li*Dï;i hbn 
r\2V nXD rT'Sn, «Hillel et Siméon, Gamliel et Siméon, occupèrent le patriarcat 
avant la destruction du temple, pendant cent ans. 11 Réserve faite pour le titre 
de nast ou patriarche , qui pourrait faire penser à la présidence du sanhédrin tan- 
dis qu'il s'agit en réalité de la direction d'une école , il n'y a aucune raison pour 
ne pas adopter cette période d'un siècle pour les quatre premiers membres de la 
famille de Hillel. Les quarante ans qui sont assignés à Hillel en particulier, S(/"re' 
sur Deutéronome , S 3.57 ( i5o a), sont beaucoup plus problématiques; le passage 
porte tout le caractère d'une agada. Cependant comme R. lolianan ben Zacaï, 
(jui prend la direction de l'école de Hillel après la destruction du temple (70), est 
généralement considéré comme un dos derniers disciples de ce docteur, il faudra 
descendre la mort de Hillel aussi bas que possible et reconnaître que R. lohanan 
était au moins octogénaire lors de la prise de Jérusalem. On pourrait aussi, il 
est vrai, ne pas prendre à la lettre les mois qui font deR. lohanan ben Zacaï 
un disciple direct de Hillel, el n'y reconnaître qu'une indication pour l'esprit que 
ce docteur avait puisé à l'école du grand Babylonien-, et d'après lequel il enseignait. 
Du reste Si/ré, 1. c. donne à Hillel, à R. lohanan et à R. Akiba , le même âge que 
celui attcitit par Moïse, savoir 120 ans. Cet âge est encore attribué par Hégésippe 
au martyr Siméon, fils de Klopa , évèque do Jérusalem. (Eusèbe. H. E. m, 82.) 



200 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

Hillel. L'esprit des deux maîtres se transmit à leurs fidèles 
élèves; autant on était sévère et rude d'un côlé, autant on 
était doux et conciliant de l'autre'. Malgré la divergence des 
opinions relatives aux mariages défendus, les Hillélites et les 
Schamaïtes épousaient, mutuellement, les uns les filles des 
autres. La même tolérance réciproque régnait au sujet de la 
nourriture et de la pureté légale^. Les Thalmuds connaissent 
bien quelques docteurs qui méritèrent d'être signalés parmi 
les disciples de Schamaï; mais aucun ne se distingua particu- 
lièrement 3. La tradition a bien conservé le nom du fils de 
Hillel; Siméon figure parmi les prétendus patriarches comme 
le deuxième; il est naturel qu'une famille devenue dans la 
suite aussi illustre ait conservé sa généalogie, mais aucune 
décision, aucun règlement, n'est rapporté à Siméon, fils de 
Hillel*. 

Le pontificat demeura encore plus calme sous Ponce-Pilate. 
Pour que Joseph Caïphe restât grand prêtre depuis la dernière 
année de Gratus jusqu'après le rappel de Pilate, il fallut 

' Voir les passages cités, Grœlz, Ut, 206-207. 

^ m. Eduîot, IV, 8. Comme les Hillélites étaient plus sévères pour les mariages 
interdits, les enfaDts issus de ces alliances auraient pu être considérés par les dis- 
ciples de Hillel comme illégitimes. Il n'en était rien. (Voy. aussi m. lebamol , 1,6, 
où le Thalmud de Jérusalem ajoute: Dl'7C'31 riDN*3 ^"'JmJ N^N, «c'est qu'ils 
pratiquaient la vérité et la paix.») 

^ Voy. M. Frankel, Hodogetica in Misclmam, I, 53, noteS. Les premiers et plus 

anciens disciples des deux écoles sont nommés: ^^r\ ÎT^ID ^3pî1 ^NDll' fl^D ^jpî, 
"les anciens des Schamaïtes et les anciens des Hillélites.» (m. Soucca, 11, 7, et 
Frankel, /. c.) 

* On en a cependant retenu une maxime : «J'ai passé, dit-il, toute ma vie 
parmi les docteurs , et je n'ai rien trouvé qui vaille mieux pour l'homme que le 
silence. La doctrine n'est pas l'essentiel, mais la pratique. Qui fait beaucoup de 
mots, tombe dans le péché. « Dans le cas où Siméon a suivi cet aphorisme , on com- 
prend que la tradition n'a pas pu conserver beaucoup de lui. { Voy.' ci-après , p. 27 1.) 



CHAPITRE XII. 201 

qu'un accord parfait régnât entre la famille de Hanan et le 
procurateur. Cette famille dut même l'emporter, par son in- 
fluence, sur celle des Boéthos et des Kamhit, puisque le san- 
hédrin, où siègent les fds et les alliés des grands prêtres à la 
place et où s'asseyaient autrefois les docteurs célèbres par leur 
science, est maintenant à sa dévotion. Au lieu de tenir ses réu- 
nions dans la salle en pierres taillées, c'est dorénavant chez Hanan , 
dans les bazars établis par lui, dans le quartier qui porte son 
nom, que le sanhédrin dégénéré des pontifes étrangers se 
rassemble ^ 

C'est ce sanhédrin qui a jugé et condamné Jésus^ avec la 
sévérité connue des Boéthusiens, avec une précipitation dont 
un tribunal pharisien était incapable. La conduite que tient 
quelques années plus tard seulement le même sanhédrin, lors- 
que le petit-fils de Hillel, Gamliel, arrivé déjà à une grande 
notoriété, est admis dans ce conseil et peut y faire entendre sa 
voix', serait suffisante pour le prouver, si tout l'esprit du code 
juif ne protestait pas contre les exécutions fréquentes et hâ- 
tives^. D'un autre côté, on retrouve de nouveau la même du- 
reté inflexible' dans le sanhédrin qui, convoqué dans l'inter- 
valle entre la mort de Festus et avant l'arrivée d'Albinus , fait 

' Voir note viii , à ia fin du volume. 

'^ Jean, xviii, i3. 

^ Actes, V, 34 suiv. D'après notre exposition, ia question si Gamliel présidait 
déjà le sanhédrin n'a plus aucune raison d'être. L'admission du Piiarisien dans 
le conseil était déjà un acte de condescendance de la part de ces prêtres orgueilleux 
envers un homme protégé par la femme d'Agrippa et exerçant une grande in- 
fluence sur le peuple; mais le pontife seul eut la présidence. (Voyez ci-après, 

p. 3l3.) 

* On connaît le sobriquet de D^j/SD pi ri^D, «tribunal violent,» dont on 
stigmatisait les cours de justice qui avaient une fois en sept ans, ou même, d'après 
une autre opinion, une fois en soixante et dix ans, prononcé la peine capitale (m. 
Maccol , 1 , 1 ). 



'20-2 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

lapider Jacques, frère de Jésus, selon Josèphe, ^«au grand dé- 
plaisir des citoyens les plus modérés et des observateurs de la 
Loi les plus rigides;» c'est que le pontife qui préside ce tri- 
bunal est encore un membre de la famille de Hanan'. 

Nos sources rabbiniques sont presque muettes sur le fonda- 
teur du christianisme, et les rares passages qui traitent de 
Jésus datent d'une époque où l'esprit de parti a dû altérer la 
tradition. Pour les contemporains, don aucun n'a pressenti 
l'immense portée des événements qui se préparaient, Jésus fui 
au début un agadiste, tel que Judas et Matthias, puisq-ue lui 
non plus ne prenait pas ses textes dans le Pentateuque, mais dans 
les prophètes. Comme ces doux victimes de la tyrannie d'Hé- 
rode, il était chéri du peuple, qui préférait aux discussions 
arides des docteurs ces enseignements pleins de chaleur et 
de vie, s'abritant sous les paroles inspirées de l'Ecriture^. Seu- 
lement, lorsque plus tard il fit des miracles, que ses discours 
parurent empreints d'une couleur étrange, et que certaines 
expressions figurées des anciens voyants reçurent dans sa bou- 
che une application qui heurta et troubla les sévères croyances 

' Jos. A. J. XX, IX, 1. 

^ Les docteurs regardaient d'un mauvais œil ces prédications qui avaient pour 
eux le double tort de leur retirer une partie de leur auditoire et d'affaiblir la foi 
dans l'importance des pratiques. Bien des passages tirés des prophètes ont dû leur 
paraître dangereux. De là un certain mépris pour l'agada, qui grandit peut-être 
sous l'influence des progrés que fit le christianisme. (Voy. ch. xxi.) — Nous ne pou- 
vons pas admettre , comme on est assez disposé à le faire aujourd'hui, que Jésus 
ait été un iUeltrr, en d'autres termes, qu'il ait ignoré ou négligé le Pentateuque et 
les débats auxquels les prescriptions de la Loi donnaient lieu dans les écoles. Nous 
avons dans quelques notes (voy. par exemple, p. i85, note a) indiqué en passant 
comment les paroles du maître galiléen s'expliquent par la doctrine rabbinique. 
Son respect du temple se voit ci-dessus, p. 171, note 5. Ses opinions sur le sabbat, 
bien pesées et non interprétées à la lumière du paulinisme, sont d'accord avec 
celles que nous avons citées, p. ii/i. Sa méthode elle-même, dans les courtes dis- 
cussions qu'il a avec les Pharisiens, est celle qui est employée par ses adversaires. 



CHAPITRE Xll. 203 

monothéistes des Juifs, le tribunal lui appliqua la loi de 
Deutéronomc , ch. xiii, v. i et suiv.^ L'histoire évangélique se ré- 
sume pour le Thalmud dans la courte phrase, «Jésus fit des 
prodiges, séduisit et égara les masses^. 11 est fort douteux 
que le procédé exclusivement réservé aux séducteurs et aux ini- 

' Dans ie récit des Evangiles, les mots «fils de Dieipi ont dû émouvoir pro- 
fondément les juges. Si, une fois l'autorisation du procurateur obtenue, les Juifs 
élaient lihres d'appliquer le genre d'exécution prescrit par la loi, Jésus devait être 
lapidé (voyez Lévitiqup, xxiv, 16; m. Sanhédrin, vu, 5), comme le fut plus 
tard Etienne, d'après le récit des Actes, vu, 56 et suiv. La Judée ne connais- 
sait pas le supplice romain de la croix, et l'on n'y attachait au gibet que le cadavre 
de l'exécuté jusqu'au coucher du soleil; on le livrait ensuite à la sépulture 
{Deutéronome, xxi, 92 et 28; Josèphe, B. J. IV, v, 2). Il est probable qu'il 
dépendait de la volonté et du tempérament du procurateur de réclamer le mode 
d'exécution romain pour le condamné, ou bien de l'abandonner aux juges juifs. 
Ponce-Pilale peut donc avoir exigé contre Jésus ce que Marcellus , qui le remplaçait 
temporairement et qui était plus débonnaire, ne demanda pas contre Etienne. Dès 
que l'autorité romaine ne les gênait pas, les Juifs, qui évitaient généralement le 
raffinement cruel dans les châtiments, devaient sans doute suivre les prescriptions 
du Pentateuque, qui sont ouvertement pour la lapidation. Si Ben-Stada désignait 
Jésus dans certains passages du Thalmud, on lirait même , y Sanhédrin , vu, i5 
(25 c) en toutes lettres, rtelon le lapidail.75 (Mais voyez note ix, à la fin du volume.) 
Le Thalmud b. Sanhédrin, 69 b, cite une baraïta qui établit expressément la dif- 
férence entre une exécution romaine et une exécution juive: «Si [Deutéronome, 
XXI, 28) il était dit : Si un homme a mérité la mort, tu le pendras, on aurait 
prétendu qu'on pendait d'abord et qu'on tuait ensuite, comme fait le gouverne- 
ment (des Romains) : c'est pourquoi il est écrit : il sera mis à mort et tu le pen- 
dras, c'est-à-dire on exécute le coupable et on le pend après cela." l'?''N ]j3T IjD 

pr-'DD ip inNi "imx ]"''?in idin "'D"'^-l iT'Vm [mo î3D*^d] ai^n "idn: 

^ D"'n")n nX N'^'iOnm r^'m n"'Cm ?] CiD vu"' Sota ,'41 a-, Sanhédrin ,107a, 
et ailleurs. Nous avons déjà parlé plus haut de la signification du mot ï]U''Ii. 
L'É^ypte passait pour le pays où l'on apprenait à faire des prodiges. ( Voyez 
j. Sabbat, xii, 4, h.ibid. ici b; j. lebamot, i5 b; b. Sanhédrin, 67 b; Josèphe. 
A.J.W, viii, fi: B. J. Il, XIII, 5). Aussi les Évangiles font-ils séjourner Jésus, 
dans sa jeunesse , en Egypte. 



204 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

posteurs , de leur faire arracher des aveux par un faux ami en pré- 
sence de deux témoins cachés par le tribunal, lui ait été réelle- 
ment appliquée Une autre tradition n'a certes eu qu'un but 
apologétique, c'est celle qui raconte ce qui suit : «Pendant 
quarante jours, un crieur public annonça que Jésus allait être 
lapidé parce qu'il avait fait des prodiges, séduit et égaré Israël, 
et que quiconque saurait dire quelque chose en sa faveur de- 
vait faire sa déposition ; aucune justification n'ayant été trouvée , 
il fut pendu la veille de Pâques^. Jésus porte déjà dans les sources 
rabbiniques le nom de fils de Bandera^, ri mais on n'y lit nulle 
part les explications aussi odieuses que ridicules qu'une bio- 
graphie apocryphe y a ajoutées*. 

Mais si la personne du Christ passe inaperçue devant les 
écoles qui florissaient alors, il n'en a pas été de même de ses 
adhérents ni de ses doctrines. L'histoire des siècles qui vont 
suivre nous montrera souvent l'influence qu'exerce le christia- 
nisme sur les docteurs et sur leur doctrine, soit qu'il s'agisse 
de le combattre en face, soit qu'on ait à cœur de se protéger 
contre ses envahissements par des dispositions nouvelles et tu- 
télaires. 

' Voyez à la fin du volume, note ix. 
' Sanhédrin, A3 a, et Graetz, III, 2/j9,note. 
' Voyez Winer, Bibl. Realwœrterbuch , I, H07. 
* W'^ nibin , éd. Wagenseil. 



CHAPITRE XIII. 205 

CHAPITRE XIII. 

AGRIPPA ET CYPROS. 

Ponce-Pilate et Joseph Caïphe abandonnèrent leurs fonc- 
tions vers la même époque : le procurateur fut envoyé à Rome 
pour se justifier devant Tibère des plaintes qui avaient été 
portées contre lui; Vitellius, gouverneur de Syrie, le rem- 
plaça par Marcellus. Le grand prêtre fut destitué et eut pour 
successeur Jonathan, fils de Hanan, qui, au bout d'un an, 
céda sa dignité à son frère Théophile. On dirait que, dans les 
familles sacerdotales de ce temps, chaque membre tenait à 
honneur d'avoir occupé, pendant une année, les fonctions 
pontificales '. 

En ce moment, la fortune sourit, pour la première fois, à 
un rejeton d'Hérode, Agrippa, qui, jusque-là, avait mené une 
existence bien aventureuse. Fils d'Aristobule^, qui en même 

' On comprend ainsi mieux le prix qu'attachent les pères à faire conférer le 
pontificat à plusieurs de leurs fils. (Voyez /l. 7. XX, ix, i, et la lettre par laquelle 
Jonathan , fils de Hanan , pria Agrippa de nommer, à sa place , son frère Mathias au 
pontificat, iftj'd. XIX, vu, 4; pour la famille des Kamhit, voy. p. 197, notes.) 

* Voici un petit tableau généalogique de cette partie de la famille hérodienne: 

Amipateb. 
Malthacé, la Samarilainc, Mariamne, épouse d'HÉRODE, Phasaël, 



une des femmes d'Hérode. fille de Hyrcan II. 



mari de Salampso. 



HÉRODE AsTiPAs, Aristobule. Sal\mpso , 



mari d'Hérodias. 



épouse de Pbasaël. 



HÉBODiAS, AoRippA V, moii de Cypros. 

épouse d'Hérode Aniipas. 



•20G HISTUIHK l)K i.A l»\ LKSTI NK. 

(en)|)s ([lie son livre avait t'ié, à Berytc, contlaiiiiu' à iiiori sur 
les accusations de son propre père, et petit-fils de l'Asmonéenne 
Marianine, il avait gaspillé son bien et sa jeunesse à la cour de 
Rome en compagnie des princes dissipateurs. Il vécut ensuite à 
Tibériade des aumônes de son oncle et beau-frère Hérode An- 
tipas, le mari de sa sœur Hérodias; on le rencontre plus tard à 
Jamnie, d'où il s'écbappe afin de ne pas être arrêté pour dettes, 
puis à Alexandrie, où il réussit à faire de nouveaux emprunts, 
et enfin encore à Rome , où il recommence sa vie de libérali- 
tés et de magnificences, en société du jeune Gaïus, le futur 
empereur. A la suite de quelques paroles inconsidérées sur la 
fin prochaine de Tibère, il est jeté en prison; mais, à l'avéne- 
ment de Caïus Caligula, il est mis en liberté et obtient, avec le 
titre de roi, la tétrarchie de Philippe, mort trois ans aupara- 
vant, et dont les provinces au nord de la Palestine avaient 
été pour un instant réunies à la Syrie ^ Hérode Antipas, le té- 
trarque de la Galilée, aiguillonné par la jalousie de sa femme, 
et aspirant aussi au titre de roi se rend à Rome, mais ne 
réussit qu'à se faire exiler à Lvon. La Galilée vient augmenter le 
rovaume (l'Agrippa (3()). 

La folle passion qui domina Caligula , de se voir adorer comme 
un dieu dans l'empire, devint un sujet de tourments pour les 
Juifs de l'Egypte et de la Palestine. Pétrone, qui gouvernait alors 
la Syrie, reçut l'ordre de faire placer la statue de l'empereur 
dans le temple. Mais aucune menace ne put fléchir la résis- 
tance inébranlable des Juifs, et Pétrone était dans un cruel 
embarras entre les ordres précis qui lui venaient de Rome et 
la volonté ferme qu'on lui opposait à Jérusalem. Heureusement 
Agrippa, qui était alors à Rome, sut obtenir de Caligula qu'il 

' Josèplic, 1.-/. X\l[,v, 'i :'i VI, )(>. 



CHAPITRE Xlil. 207 

renonçât à cette extravagance quant aux Juifs; Pétrone n'é- 
chappa cependant au châtiment dont on le menaçait pour avoir 
été trop indulgent envers la nation juive, que par la mort vio- 
lente de l'insensé tyran. 

Cette mort fut inscrite comme un événement heureux dans 
la vieille chronique de la Megillat Ta'anit (§96). «Le 22 sche- 
bat, y est-il dit, fut interrompu l'ouvrage que l'ennemi avait 
ordonné de porter au temple. Le deuil est donc interdite w Le 

1 Voir, à la fin du volume , note i. — Miih-asch-rahha sur Cantique , viii , 9 , ajoute 
à cette formule empruntée à l'oracle que Siméon le Juste entendit de l'intérieur du 
Saint des Saints, les mots suivants: TTII")"'*: [1]bî3D1 CplV LVi 3nn:i, ret 
Caïus Loukis ( lisez Caligula) a été tué et ses ordres ont été abolis. » j. Sota, ix , 1 3, on 
lit le nom de Dp^'?13, pour celui de D"'pl'?, ce qui s'approche davantage du nom 
du troisième empereur, et ne laisse plus de doute sur l'exactitude du glossaleur 
pour ce paragraphe. (Voyez aussi b. Sota, 33 a.) Nous avons cru devoir traduire, 
en comparant Ezra, iv, ai (NH^K 7\^'2 riT'Si.* ri'?"'î33) : «Le travail fut inter- 
rompu que l'ennemi, etc. n II s'agit à notre avis de la statue de Caligula qui avait 
été commandée aux artistes de Sidon et à laquelle on devait prodiguer d'autant 
plus de soin qu'elle était destinée au sanctuaire de Jérusalem. On sait par Philon, 
Legatio ad Caium, H, p. 582, édit. Mangey, que Pétrone, pour gagner du temps, 
avait engagé les statuaires à mettre autant de lenteur que possible dans l'exécution 
de l'ouvrage qui leur avait été commandé ; on l'interrompit complètement lorsque 
les ordres de Caligula furent retirés. M. Frankel (.Vonatesc/irj/î, III, /i4o,note) 
traduit: tTidolàtrie fut troublée," ce qui est contraire au sens du mot N'DT'ZV = 
nDN?D; le mot miDi? serait rendu en chaldéen par in'jTD. Il est difficile de 
déterminer quel est le Siméon qui figure dan.s ce récit; car le surnom de Juste qui 
lui est donné repose sur une confusion. (Voyez ci-dessus, p. hli.) Le fils de Hillel 
était probablement mort; car, à l'avènement d'x\grippa, comme roi de la Judée, 
nousvoyonsGamIiel, fils de Siméon, jouir d'une grande autorité (voyez ci-après), et 
d'après les Actes, v, 3/i, la voix de ce docteur aurait déjà été écoulée lors de la pre- 
mière persécution dirigée contre l'apôtre Pierre, en 36. Josèphe, A. J. XVII, siii, 
3, connaît un Essénien, Siméon, qui interprète un songe d'Archélaiis; le même 
historien (ibid. XIX, vu, k) cite un lliérosolymitain appelé ainsi et exerçant une 
grande influence sur le peuple, à cause de sa piété et de sa science. M. Graelz 
{Monatssch. 1. c.) se décide pour ce dernier. (Voyez cependant sur le passage des 
Xcte.'!, ci-après , p. 21 3, note 3.) 



208 HISTOIRE DE LA PALESTINE, 

commentateur que nous avons si souvent cité ajoute : « La 
nouvelle, que Caïus Caligula avait envoyé ses statues pour 
les faire placer dans le sanctuaire, se répandit à Jérusalem 
la veille du premier jour des labernacles. Mais Siméon le Juste 
dit aux siens : Célébrez votre fête avec joie, il n'en sera rien 
de tous ces bruits que vous avez entendus. Celui dont la majesté 
habite cette maison nous fera encore des prodiges en ce temps 
comme il en a fait de tout temps pour nos ancêtres. Aussi- 
tôt une voix se fit entendre de l'intérieur du Saint des Saints : 
Il ne sera pas achevé, cet ouvrage que l'ennemi a ordonné de 
porter au temple ; Caïus Caligula a été tué et ses ordres ne 
seront point exécutés. L'heure fut exactement notée. (Siméon), 
voyant qu'on tardait à venir, dit : Allez à la rencontre (des 
Romains). Aussitôt tous les hommes considérables de Jérusalem 
sortirent avec lui (Siméon) de la ville, en déclarant : Nous 
mourrons plutôt tous que d'admettre une chose semblable. Ils 
adressèrent des cris et des supplications au légat; mais Siméon 
leur dit : Au lieu de supplier le légat (Pétrone), suppliez et priez 
votre Dieu dans le ciel pour qu'il vous accorde son secours. 
Arrivé près des châteaux forts, (le légat) vit la foule s'avancer 
de tous côtés. Cet aspect l'étonna : Quelle multitude! dit-il. Ce 
sont, répondirent les espions, les Juifs, qui viennent à ta ren- 
contre de tous les endroits. Dans une ville, il aperçut les habi- 
tants couchés sur les places publiques, en cilice et couverts de 
cendres. Mais il n'avait pas encore atteint Antipatris qu'une 
lettre lui annonça la mort violente de Caligula et l'annulation 
de ses ordres. Les Juifs jetèrent bas les statues et les traînèrent 
(par les villes). Ce jour fut donc institué comme fête^ w 

' Le texte du glossateur présente des difficultés et des incorrections. Le nom de 
l'empereur y est écrit Di7pDJ pour DJ'^pDJ , abréviation de DJ'Pp DVJ ( voy. la 
note précédenlo); puis je lis pKDI ]"'îi'Dw'DD poiii- '3* pC'DtyC. Le mol î"'nr, 



CHAPITRE XIII. 209 

Ce i-L'cit, qui leiul justice aux sentliiieuls d'iiuiiianité de Pé- 
trone, est suffisamment d'accord avec ce que raconte Josèphe. 
Chez ce dernier, c'est surtout Aristobule, frère d'Agrippa, as- 
sisté de Helkias, surnommé le Grand ou rAncien, qui inter- 
cède en faveur des Juifs auprès du gouvernement de la Syrie. 

Claude, qui, selon Josèphe, dut en partie son avènement à 
l'empire aux efforts d'Agrippa, ne fut pas ingrat envers son 
compagnon de plaisir, et lui accorda encore l'ancienne ethnar- 
chie d'Archélaûs, la Judée et la Samarie, augmentée de l'A- 
bilène et du district du Liban. Agrippa réunit ainsi de nouveau 
le royaume tel que l'avait possédé Hérode. Le bonheur inat- 
tendu de sa situation parait avoir affermi et corrigé un peu le 
caractère léger du roi; Cypros, sa femme, petite-fdle de l'As- 
monéenne Mariamnepar Salampso, la sœur du père d'Agrippa, 
qui avait épousé Phasaël, son oncle, le meilleur des fds d'An- 
tipater, eut certainement une large part dans ce changement. 
Arrivé à Jérusalem , le roi suspendit au temple une lourde chaîne 
d'or qu'il avait reçue autrefois de Caligula^ Les sentiments pha- 
risiens d'une partie des femmes de la famille hérodienne n'a- 
vaient pas été inconnus à Hérode: sa sœur Salomé, si peu 

que nous avons rendu par «les châteaux forts,'' doit cependant désigner un pays 
particulier; nous trouvons même ailleurs pDID "'u'jX, «les habitants des \illes 
fortes." En comparant, A. J. XVIII, viii, 3 , et B. /. II, x, i, on supposerait qu'il 
s'agit de Ptolémaïs, ou Acco. Le mot n'''?d~l, legatits, nous a semblé devoir être 
pris ici dans le sens de légat ou gouverneur. — Le récit de Josèphe présente une 
coniradiclion qu'il importe aussi do faire ressortir : d'après A. J. XVIII, viii, 3, 5, 
les Juifs, abattus par les menaces de Galigula, n'ensemençaient pas même leurs 
champs, et une famine dans le pays était imminente; aussi Pétrone, après avoir 
rassuré le peuple, l'engage à se livrer aux travaux des champs. Mais [ihid. 6) on 
parle seulement d'une sécheresse qui aurait frappé la terre et d'une pluie forte qui 
aurait suivi les bonnes paroles prononcées par le gouverneur. A quoi pouvait servir 
cette pluie, tant qu'on n'aurait pas semé? 

' Voy. m. Middot, m, 7, où il est question «des chaînes d'or qui étaient sus- 
pendues aux colonnes de VOnlam , ou portique devant l'entrée du temple." 



!>10 niSTOlUK OK LA PAI>KST1\K. 

accessible aux mouvements de douceur, mit néanmoins, comme 
nous l'avons vu, en liberté les prisonniers pharisiens aussitôt 
qu'IIérode eut expiré. Peut-être attira-t-elle même quelques 
docteurs célèbres dans la ville de Jamnia ou labné. que son 
frère lui légua, et devint-elle ainsi la première cause de l'école 
importante qui, avant la destruction du temple, y était déjà 
établie. Gypros' paraît avoir été tout aussi favorable aux Phari- 
siens, et a, sans doute, engagé Agrippa à une certaine défé- 
rence envers ce parti. 

Les deux passages suivants, qui paraissent se rapporter à 
un même fait, jetteront quelque lumière sur la situation. c^Le 
roi et la reine étant assis ensemble, le roi dit que le chevreau 
était préférable, tandis que la reine soutint que l'agneau mé- 
ritait la préférence. Qui décidera? firent-ils. Le grand prêtre, 
puisqu'd sacrifie tous les jours des victimes. Lorscpie Issachar 
de Kefar-Barkaï vint, il fit un signe de la main en face du roi, 
ce qui n'est pas convenable, et dit: Si le chevreau valait mieux, 
on s'en servirait pour le sacrifice quotidien. Le roi, ayant trouvé 
qu'Issachar ne s'était pas montré assez respectueux pour la 
royauté, ordonna qu'on lui coupât la main droite. Mais Issachar 
corrompit l'exécuteur pour qu'il lui enlevât la main gauche : 
le roi l'apprit et lui fit aussi couper la main droite^, w Voici le 

' Cinq femmes de la famille d'Hérode portent ce singulier nom , qui était celui 
de la femme d'Antipater, mère d'Hérode lui-même. Elle descendait d'une famille 
arabe (B.J. I, viii, 9), ou plutôt nabatéenne, et son nom tire probablement son 
origine de "IDD, syr. ) »P^a*> , xd-npos (v), nom du henné, qui, comme «la 
fleur de lis'i (Susanne, nJl!/''î!;') , a été employée comme nom de femme. 

2 Pcanhm, 57 a (d'après la leçon d'En Jacoh) : ■•nri"' IIH SîDdVdI SiS^D 

;nD HDiD ]N'D ni:x w-» niidw niDN* Ntri^*?!:! ■'X'^ n"'i: idn nd^d 
■•inN \yp"iD nDD cw "idîI/'U,*"' Ninx ^s:!3^"' "12 m:3"ip p-'CD xpi Viu 
no ~)DX n::^d ■'Dp nn^D "^^nub Ni-iN udh Mib) nd'^d ^d^d n-^i^i 
Nîncw n^'? mn ^>î'?^ '^win îsîd^d ncx c:n"'î:nb pc ny Nin: "in 



CHAl'lTRE XIH. 2H 

second passage : '^ Un roi et une reine ayant commandé à leurs 
serviteurs d'aller immoler pour eux les victimes de Pâque, 
ceux-ci en tuèrent de deux sortes (un chevreau et un agneau). 
Ils demandèrent ensuite au roi (s'ils avaient bien fait); le roi 
les envoya auprès de la reine, et celle-ci auprès de Rabban 
Gamliel. Les serviteurs vinrent donc trouver Rabban Gamliel , 
qui donna la décision suivante : La reine et le roi ayant été 
certainement indifférents (quant au choix entre l'agneau et le 
chevreau, et, par conséquent, leur intention n'ayant été en 
aucune façon contraire au fait accompli parleurs messagers), 
ils mangeront delà victime qui a été sacrifiée la première ^?? 
La discussion soulevée dans le premier passage, entre le roi et 
la reine, sur la valeur relative des deux sortes de petit bétail, 
ne se comprend qu'en la rapportant à la victime de Pâque, 
pour laquelle l'agneau et le chevreau étaient également admis. 
Nous supposons donc que les deux récits nous parlent d'un 
même événement et se complètent mutuellement. Le roi et la 
reine ayant appris, par les serviteurs qui en avaient été chargés, 

n^j"'D^'? rT'pCDI. Ce récit se retrouve, avec quelques variantes Kerilàt, 20 a. Le 
roi V est appelé Janée; mais on sait déjà que le Thalmud appelle ainsi tous les rois 
asmonéens ou hérodiens. 

• Pesahim , 88 h : 1î3n2;i INi* Ciinsy'? nDNU? 112^121 1^1122 riE-'i'i: 

-(?i2r\ nx i^Ntîn ixs □'•ncD ^i^' ^nibi» itsnu-n 1x2:^1 nocn nx i:'^'?i* 
-S?:' HD^D inh 1DN '^N-'bcj ]n-i nx -ibaz'^ mu bH^bi2:i p-) nx iVx-ù'i. 

poN'in ]D l'?2N"' ]r)^b^ n'7p |rii?~T. il est bon de savoir, pour Tintelligence 
de ce passage, qu'on pouvait choisir pour la victime pascale un agneau ou un che- 
vreau; mais le sacrifice devait être conforme à l'intention de celui qui le faisait ac- 
complir; si, par conséquent, une personne chargée par un chef de maison de lucr 
pour lui un agneau avait au contraire choisi un chevreau, le sacrifice était con- 
sidéré comme nul. 



2ll> HISTOIRE DK LA PALRSTIM;. 

que deux espèces de victimes avaient été tuées pour eux, con- 
çoivent des doutes sur celle cpii devait élre préfér('*e; ils s'a- 
dressent d'abord au pontife Issachar, dont la réponse irrite le 
roi, et viennent ensuite consulter Gamliel, qui rend un arrêt 
parfaitement motivé. Il ne peut pas y avoir d'incertitude sur les 
personnes de ce roi et de cette reine. Ce sont sans doute les 
contemporains du fameux docteur que nous venons de nommer, 
Agrippa et Gypros ; ce sont des Hérodiens , puisque les princes 
asmonéens étaient eux-mêmes pontifes et n'avaient pas à pren- 
dre des informations chez d'autres; mais ce sont des Hérodiens 
qui, mari et femme, prennent souci de l'observation rigide 
des pratiques religieuses. Nous reconnaissons cepenaant au fond 
de ces deux narrations , chez le roi , des fortes traces de l'Agrippa 
cruel et violent, élevé à l'école de Tibère et que n'ont pas 
encore assoupli les mœurs juives, infiniment plus douces; 
chez la reine, au contraire, ces relations intimes avec les doc- 
teurs pharisiens que nous avons cru rencontrer souvent chez 
les femmes de la famille hérodienne' ; aussi Cypros envoie-t-elle 
chez Gamliel, tandis qu'Agrippa consulte le même grand prêtre 
dont le Thalmud dit ailleurs, qu'il était tellement soigneux de 
ses mains, qu'afin de ne pas les salir par la chair et le sang des 
victimes, il les enveloppait devant l'autel'^. Le roi connut peut- 
être cette faiblesse d'issachar, et l'ordre de couper les mains du 
prêtre renfermerait un raffinement de cruauté de sa part. 

Toujours est-il que nous croyons devoir placer cette anec- 
dote an commencement du règne d'Agrippa, et nous pensons 
avoir ainsi obtenu l'époque exacte du pontificat de cet Issachar 

' Rien n'est indifférent dans ces courts récifs du Thalmud, et certes R. Gam- 
liel, dans sa réponse, a nommé la reine avant le roi à cause do Tamilié qu'il vouait 
à Cypros, connue de longue date comme amie du parti pharisien. 

^ Pi'xaliiin , n'y a. \ons donnerons ce passage important ci-après , p. î>33 , note s. 



CHAPITHE XIII. 213 

de Kefar-Barkaï, que Josèphe a passé sous silence. Peut-être 
répugnait-il à l'ami humble et un peu rampant d'Agrippa H, 
de nous racon'er la façon dont le père avait châtié un pontife 
pour le crime d'avoir fait un mouvement trop familier en pré- 
sence de la majesté royale; il préférait alors nous donner Si- 
mon Kanthéra, fils de Boéthos, comme successeur inmiédiat de 
Théophile, fils de Hanan. Nous mettrons Issachar entre ces deux 
grands prêtres, et, si l'on accepte notre appréciation, que les 
membres de la famille de Hanan n'aspiraient qu'à jouir pen- 
dant une année des honneurs du pontificat, nous pourrions as- 
signer à Issachar les années /lo et 61 ^ 

Dans cette occasion , comme dans une autre racontée par le 
Thalmud, où à cause d'un lézard trouvé dans les cuisines 
royales, on est incertain sur la pureté légale des comestibles^, 
Cypros met sa confiance dans Gamliel, le petit-fils de Hillel, 
qui dirigeait, avec plus d'éclat que son père Siméon, l'école 
fondée par son aïeul. Grâce sans doute, à l'influence de la 
reine, il avait su pénétrer dans le sanhédrin des prêtres, où, 
d'après les Actes, il fit prévaloir l'esprit de douce modération 
dans le procès intenté aux apôtres^. Agrippa se maintint au con- 

' Ainsi s'expliquent facilement les changements fréquents que Josèphe nous ra- 
conte et qui ne pouvaient avoir aucune raison séiieuse fondée sur les principes 
(jue ces pontifes professaient. 

* Pesahim , 88 b. Il s'agissait d'un festin donné par Agrippa , et le Thalmud ajoute 

avec une certaine satisfaction : nD'^Da nbn "j^D (lisez NîJJDJ) nNL'DJ 

mi^Dn Sd nxsD: Sn^^dj pia nn^i hd^d (lisez nx-^D:i) nsd:*. 

7X^7D3 P"'^ rTil^n. rtAinsi le roi dépendait de la reine, la reine de Rabban 
Gamliel, et le sort de tout le festin dépendait finalement de R. Gamliel.» 

^ On connaît les deux difficultés que soulève le discours que les Actes, v, 3.5 et 
suiv. prêtent à ce docteur. D'après Luc, l'arrestation de Pierre aurait eu lieu peu 
de temps après la mort de Jésus, et cependant Gamliel cite non-seulement 
l'exemple do Judas le Galiléen, mais aussi celui du faux prophète Theudas, qui. 



214 JIISTOIP.K DK LA PALESTINE. 

traire clans ses clinix pour le pontificat, aussi bien que dans sa 
conduite envers les sectateurs de Jésus, du côté des prêtres et 
de l'aristocratie. Il nomma, après Siméon Kanthéra, Jonathan, 

selon Josèplie, A. J. XX, v, i, ne surf^il qu'après la mort d'Agrippa, sous le gou- 
verneur Cuspius Fadus [hli-k']). Puis Luc fait parler Gamliel de Theudas, comme 
d'une personne qui aurait paru il y a peu de temps {-apo jàp tovtuv tùv vitepàv, 
V. 36) , et place néanmoins Judas le Galiléen , l'agitateur du temps du recensement 
nprès Theudas {(lejà toUtov ivéali) lov^ots, v. 37). Cependant Valesius, dans ses 
notes sur Eusèbe {H. E. u,iîi, éd. de Cambridge, p. 59-60) prouve que la prépo- 
sition fiera, peut être employée, dans une série de faits remontant à partir d'un 
certain temps, pour l'événement qui prend place antérieurement à celui dont on 
>ient de parler, ce qui fait disparaître la seconde difficulté. Mais la première 
subsiste, et, pour la tourner, on a supposé deux Theudas, ou bien on s'est déclaré 
pour Luc contre Josèphe, ou pour Josèplie contre Luc. Si nous avons eu raison 
d'attribuer l'entrée d'un Pharisien dans le sanhédrin des prêtres à l'influence puis- 
sante de la reine Cypros, si nous devons même supposer que Gamliel seul n'au- 
rait pas pu modifier le sentiment de ce tribunal si dur et si sévère, et que la faveur 
dont il jouit a dû déterminer encore l'adjonction d'autres membres de son parti, 
le discours que donnent les Actes n'a pas pu être tenu en 35 , puisque à celte époque 
Agrippa n'avaitencore aucun pouvoir. 11 pouvait, au contraire, avoir été prononcé 
lors de la seconde arrestation de Pierre dans l'année même où mourut Agrippa et 
où Cuspius Fadus inaugura ses fonctions en faisant périr Theudas et les siens. En 
elTet, dépouillons le chapitre xii des Actes du merveilleux qu'il renferme, et nous 
voyons, après l'exécution de plusieurs chrétiens, Pierre de nouveau incarcéré et en- 
suite relâché sous le règne d'Agrippa , qui, comme ses nominations au pontificat le 
prouvent, ne rompit pas avec l'aristocratie boéthusienne ; nous apprenons en 
même temps la mort soudaine d'Agrippa. Qu'y a-t-il de plus simple que de rattacher 
à la mort du persécuteur la sortie de prison du persécuté? Puis le roi mort, et eu 
égard à la faveur que Claude conservait à la famille d'Agrippa, la reine et les Pha- 
risiens conlre-balancent enfin le parti des prêtres; le discours de Garahel produit 
de l'effet, et Pierre est mis en liberté. Du reste, à la place où se lisent aujourd'hui 
les paroles du docteur pharisien, on pourrait se demander : comment s'est-il tù 
devant le tribunal qui jugea un ou deux ans plus tôt Jésus, et qui peu de temps api'ès 
fit lapider Etienne? Quel événement, survenu entre 33 et 35, a pu produire un 
tel changement au sein du sanhédrin? Tout s'expfique, au contraire, si l'on adopte 
notre supposition : entre les condamnations que nous venons de citer et l'acquitte- 
ment de Pierre se place l'inPiience que Cypros procure aux Pharisiens au sein du 
sanhédrin. 



CHAPITRE XIII. 215 

fils de Hanan, qui lui présenta à sa place son frère Matthias' ; 
celui-ci eut bientôt pour successeur Elionée, fils de Siméon 
Kanthéra, d'après Josèplie, oubien fils de Joseph Caïphe, d'après 
le Thalmud '-. Ce dernier présida probablement le collège des 
prêtres qui condamna Jacques, frère de Jean l'évangéliste , et 
fit jeter en prison l'apôtre Pierre^. On voit qu'il y eût autant 
de grands prêtres que d'années pendant le règne d'Agrippa; 
au bout de quatre ans {àk), ce roi mourut peu de jours 
après qu'il eut assisté à Gésarée aux jeux qu'il y fit célébrer 
en l'honneur de l'empereur. 

Le sang d'Hérode se reconnaît parfaitement dans son petit- 
fils. Ni le jugement de Josèphe, qui, pour plaire à Agrippa 11, 
établit une comparaison entre le premier roi iduméen et 
Agrippa, tout à l'avantage de ce dernier, ni celui de Luc, 
qui attribue sa mort prématurée à un châtiment céleste, ne 
sauraient être accueillis sans restriction '^ Agrippa avait un goût 
prononcé pour le luxe et sa prodigalité passait toutes les bornes ; 
des constructions, peu conformes au sentiment juif, comme 

' A.J. XIX, VI, 6. En lisant avec attention le petit billet, de Jonathan à Agrippa, 
on verra que ces prêtres mondains se soumettaient volontiers, par ambition , pen- 
dant une année aux devoirs austères et à la vie rigide du pontificat, mais qu'au bout 
de ce temps ils étaient pressés de se débarrasser de ce frein gênant et de reprendre 
une existence plus libre 3t plus conforme à leurs goûts. On a bien gratuitement 
cherché des causes politiques ou religieuses à cette succession continuelle de grands 
prêtres. (Voyez ci-après, p. 981, note 1.) 

^ Jos. ^. J. VIII, i:ÈXtù}vixïovTov To^iKavdnpS 'BsaïS(x;m. Para, m , 5 : ''j^i'T''7N 
fj^pn p. Hakkaïph en hébreu est bien identique avec ND^p , iTai/^An en chaldéen. 
Nous avons là l'orthographe sémitique exacte du surnom donné au pontife qui pré- 
sida le collège lors de la condamnation de Jésus. Cela aura toujours l'avantage 
d'écarter une moitié des explications souvent extravagantes qu'on a cherchées pour 
ce sobriquet. Toutes celles qui se rattachaient à la transcription du K par un kapk 
ne sauraient plus être produites. 

' Actes, xu, 2-3. 

* Jos. A.J. XIX, vu, ."^5 etylctes, xii , •ii—ï?>. 



216 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

les ihcàtres, les cirques et les temples, s'élevaient à ses Irais 
sur tous les points de son royaume. Sa conduite envers le pon- 
tife Issachar, racontée par le Tlialmud, et son ingratitude en- 
vers un ami aussi dévoué et aussi fidèle que Silas, rapportée 
par Josèplie\ trahissent un cœur dur et irascible. L'Eglise le 
compte parmi les persécuteurs les plus cruels du christianisme 
naissant, et les pontifes de la famille de Ijanan, ainsi qu'un 
fils de Caïphe, ne doivent avoir soumis que des jugements im- 
pitoyables à l'approbation du roi. Heureusement, la douceur 
de la reine mitigea l'àpreté native de ce caractère, et si les 
anecdotes que nous lisons dans l'Archéologie Juive^ et dans 
nos sources rabbiniques ne sont pas conlrouvées, Cypros sut 
y développer une certaine sensibilité. D'après un midrasch ^, 
«Agrippa avait offert en un jour, probablement celui de son 
avènement, mille holocaustes,» lorsqu'un pauvre se présenta 
avec la modeste offrande de deux pigeons. Le prêtre la refusa 
d'abord en prétextant l'ordre formel qu'il avait reçu de ne sa- 
crifier en ce jour que les victimes royales; mais il céda enfin 
aux instances pressantes du nécessiteux , qui déclarait apporter 
journellement ainsi la moitié du produit de sa chasse. Agrippa 
approuva avec effusion le prêtre qui avait contrevenu à ses or- 
dres. Une autre fols, nous apprend une mischna*^, à la fin du 

' A. J. XIX, VII, 1. Celait aussi la trop granile familiarité de Silas qui déplut 
au roi. 

^ Jhid. VII , 3-/i. Sur le Siméon ([ui y est nonim(>, voy. ri-dessus, p. 307, noie 1. 

4 m. 5offl,vii, 8 : inzn -•'D minn ")Dd pn) 'jn-'pi -iDy i^Dn dd^jn 
u\x yh:} nnb bsin n'?'? y-'jnc'Di o^D^n imn^'^i:*'! ii^vj Nnpi {b-mn 

nnX Ij^DN nnX IjTIN. (Voy. aussi Slfré sur Deiitéron. S 157.) En attribuant 
ce récit à Agrippa I"', nous avons suivi Jost, Geschichte dev îsraelilm seit der Zeil 
dfir Maccahœrr (BevVm , i8ao). I, ^-17; M, Munk, Palestine. 571 a; GrîPtz, III, 



CHAPITRE XIII. 217 

premier jour des Tabernacles, r^ Ajjrippa , debout, reçut (le 
rouleau de la Loi de la main du grand prêtre) et fit la lecture 
de Deutéronome, xvii, 1/1-20, sans s'asseoir; ce dont les doc- 
teurs le louèrent. Arrivé au verset, Tu ne peux pas placer sur 
toi, comme roi, un étranger qui n'est pas ton frère, ses yeux 
débordèrent de larmes; mais l'auditoire lui cria : Ne crains 
rien, Agrippa, tu es notre frère, tu es notre frère.» Il est 
vrai que, plus tard, les rabbins ont jugé sévèrement cette 
flatterie; ils l'ont considérée comme un signe de dégénéres- 
cence qui devait amener la perte de la nation ^ On vante 
encore ce roi d'avoir toujours cédé le pas à un cortège nup- 
tial^, et de s'être chargé de son panier de prémices comme un 
simple Israélite^. 

Agrippa eut-il des velléités de se rendre indépendant de 
Rome? Marsus, le successeur de Pétrone dans le gouverne- 
ment de la Syrie , paraît avoir conçu des soupçons à cet égard ; 
il fit du moins à Claude des rapports sur une réunion de plu- 
sieurs princes voisins, tenue à Tibériade, et qu'il avait cru 
devoir dissoudre, puis sur une nouvelle muraille que le roi 
de Judée éleva autour de Jérusalem. En effet, un nouveau 

•273. 11 y a cependant de fortes présomptions qu'il s'agit plutôt d'Agrippa II. 
(Voyez la note suivante.) 

' Celle désapprobation est exprimée en termes aussi généraux .S'o/a , ii b; lo- 
sel'la ibid. c. vit et ailleurs. Mais le j. ibùL vu , 7 (39 a) , est plus précis ; on y lit : 

iD'':n.-ny orn imxD ^hï>: W'hhn nain "idix bN^'^DJ p n:^:n "i '':n 

ih . «On raconte dans une baraïta, au nom de R. Hanina ben Gamliel : Il y eut 
beaucoup de victimes pendant ce jour où Ton avait flatté ainsi le roi. 71 Ceci paraît 
se rapporter à Agrippa II, sous lequel les luîtes entre les Juifs et les Romains ne 
cessaient guère, tandis que rien de semblabe n'eut lieu sous Agrippa I". Il faut 
remarquer que ce Hanina parle en contemporain du second Agrippa. (Voyez ci- 
après, p. 2O9, note 2.) 

- Ketiibol, 17 a. 

' )n. Biccourim , m , A. 



218 HISTOIRE UE LA PALESTINE. 

quartier, celui de Bezétha ou Belh [ladta s'était formé depuis 
quelque temps ^ au nord, en dehors du second mur qui en- 
tourait la ville. Agrippa y annexa ce faubourg considérable et 
enferma Bezétha dans cette troisième enceinte qu'il construi- 
sait et que, sur un ordre venu de Rome, il fut forcé de sus- 
pendre. Les Thalmuds expliquent très-bien pourquoi le roi 
avait tenté cette entreprise : rt parce que de ce côté, disent-ils, 
était la faiblesse de Jérusalem, d'où la ville pouvait être facile- 
ment prise^.» Cependant les docteurs se sont refusés à recon- 
naître la même sainteté à ce nouveau quartier, qui n'avait 

' Josèphe, B.J. V, iv, 2, dil expressément que Bezétha (Be^eôa) veut dire en 
grec «ville nouvelle," Katvi) tsoXU^ et l'on peut s'étonner que des écrivains mo- 
dernes, très-autorisés du reste, veuillent donner une leçon d'hébreu à Josèphe, et 
soutenir que ce nom dérive de Bé zétha (Nn^I ^3), «plantation ou jardin d'oliviers. '^ 
Les mots chaldéens dont Bezétha est formé sont N*mn IT^S; le mot Nmn est la 
traduction du Tl^lTi, qu'on rencontre comme nom de ville, Josiié, xv, 87 (cf. 
vers. 35) et m. Eroubin, v, 5 (voy. notre Partie géographique, s. v.), et comme 
Josèphe rend le n par e, la transcription grecque en serait èSôd, èaBd ou èOi. 
On ne doit pas oubher que Bé ou Bel est l'équivalent de Kefar (TDD) , «village,^ 
et qu'aucun accord grammatical ne doit exister entre ce mot et celui qui lesuit: on 
dil donc TDD ou n^lD IT^D, comme on dit nUin "1"'V, m. l. c. Le composé 
donnerait plus exactenaent /SeôeOa, dont on a fait, grâce au son sifflant du 3- et 
pour éviter le concours des deux aspirés ^e^edd. M. Munk (Palestine, p. ^5, a, 
note 1) dit : «Je ne doute pas que le passage où Josèphe paraît rendre ces mots par 
ville neuve ne soit tronqué; cet auteur, dans le IP livre de la Guerre des Juifs (xix, 
U ) , distingue lui-même Bezétha de la ville neuve, i) Mais les paroles de Josèphe ont 
été mal rendues parla version latine qui traduit vTiepnhp-ncrt rrjv re be^eOàv ■npoaa- 
jopevofiévvv xai Tr)v Ka<t>oiroA(i; Kai to HaXov(isvov Aokùov dyopdv , par : «et Bo- 
zetham qua; appellatur, et Cœnopolin, et quod dicitur materia; forum, incendit. 'i 
Une telle énumération de trois endroits par t^, xa/, xa/, serait à peine correcte; 
il faut traduire : il incendia Bezétha, qui est aussi surnommé Kainopolis, etc. et 
bien loin de distinguer les deux endroits entre eux, Josèphe les identifie. On trouve 
une construction analogue, ibid. xx, 6. (Voyez la Partie géographique, s. v. Ac- 
bari.) 

2 j. Sanhédrin, i, 3 : n^lD^ nîT^m DU? D-'^^Un'^ DDTin nn\"lu* ''^DD 
put? C73D"''?. Le mot HDTin a ici le sens du mot hébreu m"li* (Genèse, xlii. 



CHAPITRE XIII. 219 

pas été inauguré «par la présence d'un roi, d'un prophète, 
des ourim-ouetoummim, d'un sanhédrin de soixante et onze 
membres, de deux processions et d'un chœur^55 

9 ) et répond exactement à ce que dit Josèphe de la nouvelle ville : ^-nep vv -nâaa 
yv^vv {B. J. V, IV, 3). (Comp. Scheboiiot, 16 b et tosefta Sanhédrin, c. m.) 

' Voyez les passages cités dans la note précédente, et m. Schebouot, 11, 3; mais 
aussi m. Sanhédrin, i , 5. 



220 HISTOIRE UE LA PALESTINE. 



CHAPITRE XIV. 

LES JUIFS KT LES PAÏENS. 

A la mort d'Agrippa I'", son fils, élevë à Rome, n'avait que 
dix-sept ans. On décida donc Claude d'en revenir aux pro- 
curateurs; on réussit d'autant plus aisément que les derniers 
actes du roi avaient éveillé des craintes que la malveillance 
de son entourage savait entretenir dans l'esprit de l'empereur. 
H paraît qu'Agrippa était détesté par les Romains; les soldats 
imitèrent du moins la conduite tenue par les Grecs de Césarée 
et de la Samarie, en se livrant, aussitôt que sa mort fut con- 
nue, à des manifestations de joie indécentes et en se laissant 
aller à des plaisanteries révoltantes sur ses filles'. On ne sau- 
rait nier que la haine tracassière des païens contre les Juifs, 
dont nous avons ici le premier exemple sur le sol de la Pa- 
lestine, et qui s'était montrée d'une façon éclatante aupara- 
vant à Alexandrie et même à Rome^, ne soit un fait triste 
par sa nature et par ses conséquences, et qui mérite d'être 
noté et expliqué.' Entre le judaïsme et le paganisme, il n'y 
avait pas de rapprochement possible; ni les croyances, ni le 
culte, ni les mœurs, n'offraient le moindre rapport. Le Juif 
n'avait que du mépris pour les pratiques païennes; pour les 
païens, la vie juive était un spectacle curieux, auquel il ne 
comprenait rien. Tant que la nationalité juive était debout et 

' Jos. ^. J. XIX, XIX, 1. 

^ Ibid. XVIII, VIII i; XIX, v, 2. Pour Rome, ibid. XVIII, m, 3. La raison que 
Josèphe donne de rexpiilsion des Juifs sous Tibère esl puérile, comme Ta très-bien 
r»'mnr(|ué M. Salvndoi-, Jflslolre de la domiiHolion romaine, I, '\-i']-'i3ç). 



CHAPITRE Xn. 2-21 

s'afïirtnait avor iino vigueur incontestable, le inonde romain 
('prouvait pour son étrange alliée un étonnenient auquel se 
mêlait un peu de respect. Mais ce sentiment changea de na- 
ture lorsque les Asmonéens se furent insensiblement affaiblis et 
éteints, lorsque Hérode gravit les marcbes du trône soutenu par 
le bras romain et en transigeant à tout propos avec les prin- 
cipes de la foi qu'il représentait cependant, alors que la Judée, 
province soumise et humiliée , n'en conservait pas moins son 
indépendance religieuse et son altier dédain pour le culte de 
ses maîtres, (^e qui avait étonné jusque^à révoltait mainte- 
nant; ce qui n'avait paru que singulier semblait ridicule; ce 
qui avait excité la curiosité produisait une profonde aversion. 
Un dieu qui résistait lorsque la nation qu'il avait protégée était 
vaincue, qui prétendait même être encore la divinité suprême, 
quand le peuple qu'il avait élu était courbé sous le joug d'un 
maître étranger, c'était presque un blasphème, dans un siècle 
où l'on n'était dieu que parce qu'on était puissant, et oii il 
suffisait d'être puissant pour être un dieu. On ne supportait 
pas, dans un peuple brisé et étendu dans la poussière, cette 
fierté, qui avait sa racine dans la conscience et ne reposait 
sur aucune force matérielle. Cependant on tolérait le docteur 
vivant dans la retraite de son école et même le prêtre se ren- 
fermant dans l'enceinte du sanctuaire, en traitant également 
de folie la science de l'un et les cérémonies de l'autre. La haine 
des Romains s'allumait surtout aux allures luxueuses, aux exis- 
tences bruyantes et aventureuses de ces êtres hybrides qui, 
comme tous les Hérodiens, étaient Romains à Rome, et Juifs 
en Judée, qui, comme Agrippa, après avoir versé des larmes 
abondantes sur le parvis du temple à Jérusalem, allaient s'as- 
seoir, entourés d'un cortège royal, sur les gradins du cirque, à 
Césarée; qui n'imposaient pas le respect de leurs croyances 



222 HISTOIHE DE LA PALESTINE. 

par l'austérité de leur vie, et qui ne satisfaisaient pas davan- 
tage les païens par la déférence forcée dont ils semblaient leur 
faire l'aumône. Tous les mejisonges, toutes les calomnies et 
toutes les absurdités, débités contre le nom juif sur toute l'éten- 
due de l'empire , et propagés non-seulement par les poètes sa- 
tiriques, intéressés à faire ressortir les travers et les ridicules 
de l'espèce humaine, mais aussi par des esprits sérieux et ré- 
fléchis , depuis Cicéron jusqu'à Tacite , ont leur première source 
dans la conduite équivoque et anti-nationale de la famille idu- 
méenne. Il est vrai que, déjà plus d'un siècle avant cette épo- 
que, une littérature vague et indécise, flottant incertaine entre 
le paganisme et le judaïsme \ et qui, par complaisance pour les 
dieux de l'Olympe, oublie parfois le Dieu du Sinaï, avait pro- 
duit à Alexandrie un eflfet semblable ; elle y avait engendré un 
grand nombre de pamphlets dirigés contre les Juifs de l'E- 
gypte, qui possédaient influence et richesse. Mais l'inimitié ne 
se transforma à Alexandrie en faits sanglants que lorsque 
Agrippa, avant de se rendre en Palestine, se donna la puérile 
satisfaction d'étaler son luxe royal à l'endroit où naguère il 
avait traîné une si honteuse misère. Cette race maudite d'Hé- 
rode a semé un mal dont la moisson empoisonnée se lève 
encore par-ci par-là de nos jours-! 

Cependant si le judaïsme des princes et des littérateurs re- 
pousse les païens, celui des Pharisiens et des modestes prédi- 
cateurs ou agadistes a maintes fois l'heureux privilège de les 
attirer. Philon, Josèphe et même, des auteurs romains nous 

' On n'a qu'à ciler, comme exemple, le poëme du Pseudo-Phocylide ; car, bien 
que M. Bernays ait réussi à faire disparaître de ces vers ce qu'ils paraissaient con- 
tenir de païen, il n'en a pas moins reconnu qu'on en avait exclu syslémaliquement 
jusqu'aux deux premiers commandements du décalogue. (Voyez Jahresberichl d. 
jùd.-theolo(r. Seminnr.f, Brcslau, iSâô, p. xxi cl suiv.) 

' Josèplio, Coiitrn Apionrm. 11,7. 



CHAPITRE XIV. 223 

parlent de quelques conversions qui se firent à Rome, du 
temps de Tibère , surtout parmi les femmes. Leur nature sensi- 
ble se pliait difficilement à la philosophie dure et désespérée du 
Portique, et des cœurs moins fortement trempés que ceux d'Oc- 
tavie, la chaste fille de Claude; de Fannia, la sublime épouse 
d'Helvidius Priscus; d'Arria,la courageuse compagne dePétus^ ; 
des pécheresses même, qui cherchaient dans le repentir une 
douce consolation , préféraient à la philosophie stoïcienne 
la foi sereine de Moïse^. Les Thalmuds, composés à une époque 
011 le judaïsme a des raisons toutes particulières pour se retirer 
de la scène du monde et pour se garder soigneusement de toute 
expansion, nous vantent néanmoins la piété de Marie de Pal- 
myre et de la famille royale de l'Adiabène. 

Marie s'était soumise aux abstinences du naziréat et venait 
d'arriver à Jérusalem pour y accomplir les devoirs que la Loi 
prescrit dans ce cas, lorsqu'elle reçut la nouvelle que sa fdle 
était dangereusement malade. Elle retourna chez elle et revint 
ensuite dans la ville sainte pour y terminer les sacrifices qu'elle 

' Voir les belles pages que M. Renan a consacrées à ce sujet dans Les Apôtres , 
3o6-3o8. 

^ D'après Josèphe ( B. J. Il , xx , 2) presque toutes les femmes de Damas s'étaient 
faites juives. Je suppose qu'il en a été de même pour celles de la Ratanie et du 
Hauran. Le Thalmud connaît dans le i" siècle trois docteurs, appelés l'un José, 
fils de la Dainascénienne (rCpCDIIl), l'autre Abba Saijl, fils de la Ratanienne 
(IT'JISD), et le troisième lohanan, fils de la Hauranienne (n''2")"inn). Ces rabbins 
furent, contrairement à l'habitude, nommés d'après leurs mères, probablement 
parce que, prosélytes sans le consentement de leurs maris, elles s'étaient séparées 
de leurs enfants qu'elles envoyaient à Jérusalem pour les y faire instruire dans la loi 
juive. On conçoit facilement que la douloureuse opération de la circoncision entrait 
pour beaucoup dans l'opposition que les hommes faisaient à l'adoption du judaïsme. 
Saint Paul, abrogeant la périlomie, sut mieux gagner les maris à ses nouvelles 
croyances et trouver un terrain de conciliation sur lequel ils pouvaient se rencon- 
trer avec leurs femmes. (Voy. mon article sur les trois Tanaïtes, etc. dans icsTal- 
mudische Forschungm , du Ren-Chanania, année 1867,) 



22^ mSTOIRK DE LA PALUSTINK. 

avait été l'onéo d'interrompre ^ Hélène, la reine de l'Adiabène, 
et ses deu\ fils, Monabaze et Izate (Zoutous), sont souvent nom- 
més dans les sources rabbiniques. La Mischna fait mention 
d'un vœu de cette mère,, qui consistait ^h rester pendant 
sept ans naziréenne si son fils, probablement Izate, revenait 
sain et sauf de la guerre^ p' on ajoute même qu'elle doubla ou 
tripla ce temps. Ailleurs il est dit qu'Hélène fit don d'un chande- 
lier en or, qui fut placé à la porte du sanctuaire, et d'un tableau 
du même métal , sur lequel on grava le paragraphe de la Loi re- 
latif à la femme soupçonnée d'adultère {^Nombres, chap. \')^. 
De ses deux fils, les Thalmuds ne décorent du titre de roi que 
Monabaze, et ne mentionnent qu'une fois en passant Izate, 
qui, chezJosèphe, règne pendant vingt-quatre ans, avant son 
frère aîné*. Il est curieux rjue, toujours d'après Josèphe, Ana- 
nias (Hanania), le marchand juif qui avait enseigné à Izate «'à 
vénérer Dieu selon la coutume juive, w ait jugé la circoncision 
superflue pour achever la conversion et en ait dissuadé même 
le prince; seulement un Galiléen, Eléazar, entrant un jour chez 
Izate, qui lisait la Genèse, lui fit observer qu'il ne suflisait pas 
d'étudier la Loi, qu'il fallait aussi la pratiquer, ce qui décida 
Izate à se soumettre en secret à l'opération prescrite. Instruits 

' m. Nazir, vi, ii. J'avoue que je ne saurais prouver péremptoirement que 
celle femme fût une prosélyte. Cependant la plupart des Juifs habitant Paimyre 
n'étaient pas Juifs d'origine, et c'étaient surtout des femmes converties ou repen- 
tantes qui semblent s'élre imposé le nazirat. 

2 m. ibid. m, 6 : W^ZL' ^SIT n',^U NHN HDnbDn p iJD S4T C2iS*. Je 
suppose qu'il s'agit d'Izale, dont Josèphe énumère plusieurs expéditions guer- 
rières. 

3 m. loma, m, 8 : h'J 3.1? Sc ni^lD: H^VV (î3:iD b^) 1DN ""iV^n 

" A.J. \\, IV, 3. 



CHAPITRE XIV. 225 

du fait après coup , Hélène et Ananias furent saisis de crainte 
que les habitants de l'Adiabène' ne refusassent dorénavant à 
obéir à un roi circoncise Sans nous parler de la divergence d'o- 
pinion entre Hanania et Eléazar, divergence qu'on retrouve 
du reste dans nos sources rabbiniques^, le récit thalmudique 
n'en confirme pas moins la tradition que les deux fils d'Hélène 
s'étaient déjà convertis depuis quelque temps avant qu'ils 
fussent circoncis. «Le roi Monabaze, raconte le Midrasch^, et 
Zoutous (Izate), les fds du roi Talmi, étaient un jour à lire la 
Genèse; arrivés au verset où il est dit : Vous circoncirez la 

' Jos. A. J. XX, n, 6-5. 

* lebamot, l\6 a. R. Josué, partisan des doctrines liiiléliles, y soutient que, 
pour être converti, il suffit de s'être plongé dans l'eau du bain légal sans avoir 
encore opéré la circoncision ("13 HT ""in "ICIK VC/'in'' ""DT "70 N*?! ^2^; comp. 
j. Kiddouschin , m , i 6 (64 d) el Masséchet Guérim{U'*1Ji 'D) , dans \es Septeni libri 
Thalmudici parvi Hierosolymitani , éd. Kirchheim, Francfort, i85i, c. i, p. 38). 
En combinant les trois passages , nous croyons trouver trois opinions , celle de R. 
Éliézer, qui fait dépendre avant tout la conversion de la circoncision ("Jvin /DH 
n"?"'Dn "iriN); celle de R. Akiba, qui exige Timmersion et la circoncision comme 
également indispensables, et celle deR. Josué, qui jugea l'une ou l'autre des deux 
pratiques comme suCGsante pour que le païen fût déclaré converti. Nous faisons 
observer la coïncidence entre le nom de ce R. Eliézer et celui du Galiléen qui se 
présente à la cour de l'Adiabène. (Voyez du reste sur ces trois docteurs ci-après.) 

3 Bei-éschit-rabba, c. xlvi (5i d):b^ V22 D1131Î31 "f^lDn Î2J1D3 îl^^D 

r^tn piDDb iv^:n:y ]V2 n^uann idd p^^p^ pao'v vnt; -[bon ^D'jn 
-|Dn nn r\2^'2 S^nnm SnDb r:D ht icn DDnbnv ntyn nx nn^DJi 

-!2in DN 1^3 ^iN ah ^2 -\b w nN iV idn ^r.N -p \v n^irnb ina ^Dx 
•'Dii nnbi* yj2 ]r\^2iib mcxi nsbn p"'N ]n2 nv:in^' ]V2 nib nr 

"îblD"' n'? ~)DX lblD"'îy NDinn 1U^ pil^Sa. Le nom de Talmi, donné ici au 
père, vient probablement de Tbabilude qu'avaient les écrivains juifs d'appeler les 
rois Ptolémée. D'après Josèpbc (/l. J, XX , ii, i), le père s'appelait Monobaze, 
surnommé Bazée. 



226 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

chair, etc. (wii, 1 1), l'un tourna son visage vers le mur et se mit 
à pleurer, et l'autre aussi tourna la face et versa des larmes. 
Tous deux allèrent se faire circoncire. Plus tard ils lurent de 
nouveau la Genèse , et s'arrêtant au même verset : Quel malheur, 
dit l'un, pour toi, mon frère! — Pour toi, répondit l'autre, 
pas pour moi! Ainsi ils se confièrent ce qu'ils avaient fait. Aus- 
sitôt que la mère en fut instruite, elle alla dire au père que 
leurs fils étaient rongés d'un ulcère et que le médecin devait 
leur faire une opération, v 

La largesse de Monabaze est vantée en même temps que 
celle de sa mère; une mischna dit «qu'il fit faire en or les 
manches de tous les vases qu'on employait au service du 
temple pour le jour du Pardon ^w Les actes de générosité 
pendant la famine qui désolait le pays, que Josèphe attribue à 
Hélène età Izate^, sont aussi mis par les Thalmuds sur le compte 
de Monabaze. «Le roi Monabaze, racontent-ils^, prodigua ses 
propres trésors et ceux de ses ancêtres pendant les années de fa- 
mine. Mais ses frères et les membres de sa famille se réunirent 
pour lui faire des reproches. Tes aïeux, lui dirent-ils, ont thé- 
saurisé et augmenté leur patrimoine , et toi , tu le gaspilles ! — 
Il leur répondit : Mes ancêtres ont thésaurisé pour la terre, je 

thésaurise pour le ciel mes ancêtres ont déposé leur bien 

dans un endroit où il courait des dangers, j'ai mis le mien dans 

un lieu inattaquable leur fortune ne produisait rien, la 

mienne porte des fruits ils entassaient de l'argent , moi , je 

recueille des trésors d'âmes ils épargnaient pour d'autres , 

mes économies sont pour moi ils ramassaient pour ce 

monde, moi, je ramasse pour un monde à venir! 55 On parle en- 

' m. loma, m, 8. Tosefta itiW. c. 11, ne parle que des manches de couteaux. 

2 A.J. XX, II, 6. 

^ Baba-hathra . 1 1 ;i. Comp. j. Peu, i, i ; el tos. tind. c m (in. 



CHAPITRE XIV. 227 

coro d'une fête des Tabernacles que la reine , entourée de sept 
fds, aurait célébrée à Lydda, dans une cabane qui avait une 
hauteur de vingt coudées ^ Ce fait, raconté par R. lehouda, 
pour appuyer son opinion dans une question de casuistique, ac- 
quiert par là un haut degré de vraisemblance. 

Si Monabaze a fait cette réponse admirable, il montre parla 
que son judaïsme est puisé à la source de l'école de Hillel, et le 
marchand juif qui alla prêcher sa religion jusqu'à l'embouchure 
du Tigre fut peut-être un disciple du célèbre docteur. Tou- 
jours est-il que l'importance que Hanania attache aux préceptes 
moraux, en les plaçant même au-dessus du commandement de 
la circoncision, rappelle le couit résumé de la doctrine de 
Moïse, que nous avons déjà rapporté au nom de Hillel , de même 
que l'exigence d'Eliézer se ressent de la sévérité excessive des 
Schamaïtes. Mais y avait-il des docteurs «qui couraient la mer 
et la terre pour faire un prosélyte^? v Y avait-il une propagande 
organisée pour prêcher le judaïsme aux païens? JNi la conver- 
sion des Iduméens par Jean Hyrcan, ni celle des Ituriens, sous 
Aristobule, n'étaient des conversions religieuses: c'étaient des 
actes politiques et rien de plus ^. D'un autre côté , une conversion 
qui n'était pas sincère, «qui était motivée par un mariage, par 
un sentiment de crainte ou d'affection , était considérée comme 

' j. Snttcca , 1 , 1 ; b. ibid. a b. D'après la première version : □'' j3 fiySC* H^îl'i 
r\^ Vn D'^DDn ''T'C'7n. — • On lit encore le nom de la reine Hélène à Toccasion 
d'une pluie féconde, Sifré sur Deutéronome , $ liz; mais c'est probablement par 
erreur pour "'2îD'?D' , ou Salomé, la femme de Janée (voy. la note de M. Fried- 
mann, /. c. p. 80). Le nom de Monabaze se rencontre aussi Sifré, 70 a, et Sche- 
bouot, 36 b; mais il s'agit, sans doute, dans ces passages des membres de la fa- 
mille royale de l'Adiabène, mais pas du roi lui-même, comme dans Josèpbe B. J. 

II, XIX, 9. 

- Matthieu, xxiii, iT). Les autres évangiles n'ont pas ce verset, qui renferme 
une de ces antithèses si fréquentes chez Matthieu. 

3 A. J. XIII, IX, t; XV, VII, 9; puis XllT, xi, .3. 



228 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

nulle ' . r) Les sobriquets de « Prosélytes des lions , " qu'on donnait 
aux nouveaux Juifs que la frayeur avait convertis, et le surnom 
de «Prosélytes des tables royales^, » qu'on infligeait à ceux que 
les faveurs des princes attiraient, marquent le mépris avec le- 
quel on accueillait ces néophytes^, suspects de n'avoir adopté le 
judaïsme que mus par des intérêts mondains. Josèphe, comme 
les plus anciennes parties du Thalmud, ne nous montre que 
quelques hommes isolés prêchant par-ci par-là leurs croyances 
dans les pays lointains qu'ils parcourent pour leurs affaires, 
écoutant en cela la voix de leur cœur, sans être chargés d'aucune 
mission; ils nous présentent, d'un autre côté, quelques pieux 
docteurs qui attirent vers eux des païens et des païennes par la 
bienveillance et la douceur de leur caractère, par l'autorité de 

' Mass. Guérim, c. i : H^HN Olî^b HN-li UV^h Hî^N UV^^h T'^'^DCn ^D 
i: UW n^DC' Die*"? -)"'''3nD I^ND* SdT •••■ n: i:\X. Les fiHes d'Agrippa I" 
attirèrent , comme on sait , plusieurs princes , leurs époux , vers le judaïsme. ( Voyez 
entre autres, Jos. A. J. XX, vu, 3, la conversion de Polémon, roi de Cilicie, qui 
épousa Bérénice , la veuve d'Hérode , roi de Chalcide et frère d'Agrippa I". ) 

2 j. K{(ldouschin,iv,i (65 b) : ■••• D^^b'D ^nblîi' n"'3 pi mnN "'T'a pi 
|mî< P'jDpD !"•{<; b. lebamot, 2 A b. — Les opinions des thalraudistes à l'égard 

des conversions changèrent avec les circonstances. Au i" siècle on fut plus ou moins 
bien disposé à accueillir les païens; mais ceux qui se présentèrent avec l'intention 
bien arrêtée de se soumettre librement au joug de la Loi furent admis par tout le 
monde. Après la destruction du temple, et surtout depuis les persécutions sous 
Adrien , on crut devoir avant tout avertir les païens qui désiraient entrer au sein du 
judaïsme; on leur parla des dangers auxquels ils s'exposaient, des difficultés sans 
nombre qu'on suscitait aux Juifs, et si, malgré cela, ils persistaient dans leur vo- 
lonté , on les introduisait dans la Loi. ( Jehamot, h'] a ; Mass. Guérim, initio.) Lorsque, 
plus tard encore, le judaïsme devint souvent le pont qu'on traversait pour arriver 
au christianisme, on regarda les conversions d'un mauvais œil, et l'on dit «que les 
prosélytes étaient pour Israël comme une lèpre.» {lebamot, h'] b et ailleurs.) 

^ Celte expression répond à ce que disent les Rabbins : IDV pD NID '''in 
[Guérim, c. n), ou ^Dl "'PUC ]ÎOpD [lehnmot, A8 b), nii est comme un enfant 
qui vient de naître, « 



CHAPITRE XIV. 229 

leurs noms et le respect qu'ils inspirent autour d'eux. Ces voya- 
geurs et ces rabbins sont entraînés, sans doute, par l'influence 
des chaleureuses inspirations qu'ils puisent dans les livres des 
prophètes, dont les paroles s'adressent si souvent à toutes les 
nations de la terre, au lieu de se borner au peuple d'Israël. Ils 
quittent alors le champ de la halacha pour devenir agadistes. 

Schamaï et son école ont toujours été opposés à ces prédica- 
tions de la foi juive parmi les gentils, et surtout aux facilités et 
aux adoucissements qu'on voulait accorder aux convertis. Nous 
apercevons un» grande roideur dans la conduite que le chef de 
l'école tient à l'égard des païens qui se présentent chez lui\ et 
les Schamaïtes n'admettent sous aucun prétexte une transac- 
tion avec les devoirs que le judaïsme impose^. Nous verrons en- 
core au même moment où saint Paul fait tomber une à une les 
barrières qui séparent les Juifs des païens, où il permet l'usage 
de la chair des victimes immolées aux idoles^, l'école de Scha- 
maï créer de nouvelles aggravations et de nouvelles défenses, 
qui doivent rendre tout rapport avec les païens impossible. 

' Voy< Sabbat, 3i a et ci-dessus. 

^ Ainsi les Schamaïtes exigent une opération, quand même le converti est con- 
lormé de manière à rendre la circoncision superflue ('7inD l7l3); les Hillélites 
l'en dispensaient dans ce cas. Plus tard, on interpréta cette divergence d'opinions 
de telle façon que, pour la question principale, les Hillélites parurent d'accord 
avec les Schamaïtes. Mais cela \ient de ce qu'on ne pouvait plus supposer une in- 
dulgence semblable à l'égard des prosélytes. (Guérim, c. ii, init. Sabbat, i35 a.) 

^ Epist. ad Galatas, u, 12; Epist. ad Corinthios, viii, 1-8. — Voyez ci- 
après, p. 973-276. 



230 HISTOIRK DE LA PALESTINE. 



CHAPITRE XV. 

Ij;s l'IlOCURATEUIlS JUSQU'À FELIX. LES l'OMll'ES. 

LES ZÉLOTES. lî. GAMLIEL. 

Le premier procurateur envoyé de Rome après la mort d'A- 
grippa I'" fut Cuspius Fadus ; il eut ia direction des affaires po- 
litiques, tandis que la garde du temple et de ses trésors, et le 
droit de nommer les pontifes, furent réservés à Hérode, roi de 
Clialcidc ^ (^lià-à'jy Hérode remplaça aussitôt Elionée par 
Joseph ben kamhit-. Fadus eut pour successeur un neveu du 
philosophe alexandrin Philon, Tibère Alexandre , qui avait dé- 
serté le judaïsme pour se faire païen (^7), <?t qui céda la 
place, au bout d'un an, à Ventidius Gumanus ('^8). Félix, 
affranchi de Claude, devint procurateur, en 62 , deux ans avant 
la mort de Claude, et resta en fonction, sous Néron encore, 
jusqu'en 60. Hérode, avant de mourir (^8), donna le ponti- 
ficat à Hanania ou lohanan, fils de Nebedaï^, connu pour son 

' Jos. A. J. XX, I, 1-3. 

- ToC Kafxe/ chez Josèphe, ce qui répond exactement à TîDp; Kaiiidov {th. 
XVin, II, 2) est plutôt égal à ri^nDp. On nomme donc ces frères Siméon et Jo- 
seph, tantôt d'après leur père, tantôt d'après leur mère. Par les passages cités 
ci-dessus, p. 19^, note 9, et ci-après, p. 2 35, note t, on voit que les mères étaient 
particulièrement sensibles aux nominations de leurs fils comme grands prêtres. 

' Il s'appelle Hanania ou Ananias, chez Josèphe, ibid. v, 2 , et lolianan dans les 
Thalmuds. C'est la base ou la racine pn devenant ^jm"* ou îT'jJn, comme ]^3'' 
a formé ^""ST et n">33"' (Ézéck. 1,2, alEsther, 11, 6), comme TDN a donné 
naissance à THNin"" et à "in^nN* (II Chv. xxi, 17), etc. Comme il est peu pro- 
iiable qu'un même homme ait constamment changé son nom, il faut supposer, 
à notre avis, que la hase (Hanan, lachin, Ahaz, Scliaphat, etc.) ait été |)ortée par 
tous ces hommes dans le cuninierce ordinaiir^ de la vie, tandis que le nom plus 



CHAPITRE XV. 231 

extrême gloutonnerie. Agrippa II reçut de Claude la Chalcide, 
laissée par son oncle, et, quatre années plus tard, en échange 
de cette principauté , la tétrarchie que Philippe avait possédée 
au nord de la Palestine. Il hérita en même temps des fonctions 
d'Hérode à Jérusalem; mais Josèphe ne nous parle d'aucune 
nomination de giand prêtre avant celle d'Ismaël ben Phabi 
en 5 9 ^ 11 est cependant peu probable que le jeune roi soit resté 

pompeux , plus solennel , commençant ou se terminant par leho ou lo était réservé 
aux actes ou aux écrits publics. Encore aujourd'hui , le nom de Nathan varie ainsi 
avec celui de Jonathan pour la même personne. 

' A. J. XX , VIII , 8. Josèphe n'emploie pas à cette occasion sa façon ordinaire de 
dire, «il destitua tel pontife et mit tel autre à sa place;" mais il raconte seulement, 
«Agrippa conféra, etc." ce qui pourrait justifier l'intercalation d'un pontife entre 
Hanania et Ismaël, comme nous le supposons pins loin. — Dans une affaire san- 
glante entre les Juifs et les Samarilains, dont nous aurons à parler tout à l'heure, 
et qui força Quadratus, le gouverneur de la Syrie, à envoyer à Rome le procura- 
teur Cumanns en même temps que les députations des deux sectes , Josèphe nomme, 
comme représentants de la Judée, tantôt «le grand prêtre Ananias et le comman- 
dant(du temple) Ananos"(il. J.XX, vi, 2), tantôt «Jonathas, Ananias, et Ananos, 
le fils de ce dernier» {B. J. Il, xii, 6). Puis, à un autre endroit(y4. J. XX, viii, 
5), on voit qu'en effet Jonathas ou Jonathan avait fait partie de l'ambassade. Il me 
paraît hors de doute que' ni Jonathan ni Hanania n'étaient alors en fonctions. De- 
puis que le déplorable abus de nommer et de destituer arbitrairement les pontifes 
était devenu la règle, tous ceux qui avaienfété une fois élevés au pontificat con- 
servèrent leur titre pour le reste de leur vie; c'était là l'ambition des familles riches. 
Ce sont là les àpyjepsîs dont parlent les Évangiles, et les D"''?n3 D'^^ilD des Thal- 
muds; car d'après l'ancienne institution il était impossible que plusieurs grands 
prêtres vécussent en même temps. Les représentants étaient tous les trois de la 
même souche : Jonathan , fils de Hanania (ou plutôt de Hanan, fils de Seth) , le 
même qui, au lieu de se charger une seconde fois du pontificat, recommande à 
Agrippa l"son frère Matthias (voy.p. 3o5), son père et Hanan, le plus jeune des 
fils de Hanania, qui à cette époque n'est encore que commandant {alpatvyôs) 
et qui , plus tard aussi , sera grand prêtre. Josèphe n'indique pas la parenté (jui lie 
Jonathas à Hanania, de même qu'il passe, dans l'Archéologie, sur celle qui existe 
entre Hanania et Hanan, tout en la donnant dans son exposition de la Guerre 
juive. C'est un nouvel exemple de l'importance de ces Bené-Hanan , qui avaient 
transféré le tribunal ou sanhédrin dans les bazars. Jonathan doit avoir eu des re- 



232 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

onze ans sans user de sa prérogative, et quand même on vou- 
drait placer l'élévation du fils de Nebedaï, qui se fit en /i 8 , sur 
le compte d'Agrippa II, on admettrait encore difficilement, 
dans un temps si agité, une stabilité si grande pour le pontifi- 
cat, à moins que la fortune immense de cet ami de la bonne 
chère ne l'eût protégé au milieu de ces luttes continuelles. 

Quel triste et lugubre tableau que celui que nous présentent 
Jérusalem et la Judée après la mort d'Agrippa! D'un côté, quel- 
ques familles sacerdotales , aristocratie puissante et brillante , 
qui n'a aucun souci pour les intérêts et la dignité de l'autel, 
qui se dispute les places, les influences et les richesses; de 
l'autre, des hommes fanatiques, que l'horreur du nom romain 
excite et passionne, qui, à leur tour, excitent et passionnent les 
masses, et ne reculent ni devant la rapine, ni devant l'assassi- 
nat, dans la poursuite de leur seul rêve, l'indépendance natio- 
nale. 

Le Thalmud nous a conservé quelques passages d'une haute 
importance, relatifs à l'abaissement de ces familles pontificales. 
c^Abou Saùl ben Batnit rapporte, au nom d'Abba Joseph ben 
Honeïn (habitant de Jérusalem), l'anathème suivant sur les 
pontifes de son temps : Quel malheur que la famille de Boéthos; 
malheur à leurs lances! Quel malheur que la famille de Hanan; 
malheur à leurs sifflements de vipères! Quel malheur que la fa- 
mille de Kataros (Kanthéra); malheur à leurs plumes ! Quel mal- 
heur que la famille d'Ismaël ben Phabi; malheur à leurs poings! 
Ils sont grands prêtres eux-mêmes, leurs fils sont trésoriers, 
leurs gendres commandants, et leurs serviteurs frappent le 
peuple de leurs bâtons! ' w Le commentaire, pour cette dernière 

lations parliculièreinenl puissantes à Rome puisque Félix croit devoir le faire as- 
sassinei" pour s'en débarrasser. (Josèphe, A. J. XX, viii, 5.) 



CHAPITRE XV. 233 

assertion, nous est fourni par Josèphe, qui raconte que wdes 
valets misérables, escortés de quelques hardis compagnons, se 
ruèrent sur les granges , enlevèrent de force les dîmes pour leurs 
maîtres et maltraitèrent les récalcitrants Kn — « Le parvis du sanc- 
tuaire , continue le Thalmud , poussa quatre cris ; d'abord : Sortez 
d'ici, descendants d'Eli'-^, vous souillez le temple de l'Eternel! 

bni^v^v rr-^D •''7 nx iddVipd ^b "-in onnp rfSD ^b -'ix ]nîy^n'7D ^b 
|n"':nm ]^^2V} an-':!) □•'bn: □"•jhd dhe; pnjND ••'7 "'liX ^nN-iD p 

mVpDa DVn PN |"'tû2"in |n"'13:i?1 î"»bD1DN. Tosefta Memhot, fin, donne la 
même baraïta, avec quelques variantes; la désignation d'Abba Joseph comme Hié- 
rosolymitain lui appartient. Abba Saùl ben Batnit avait un commerce à Jérusalem 
du temps d'Agrippa I", ou un peu plus tard. (Voy. j. Betza, m, 8.) Ce passage est 
traduit aussi Geiger, Urschrift, p. 118. 

' A.J. XX, VIII, 8; IX, 2. 

" Pesahim, ib. et Kerttôt, 28 a : 1N2 njr.yNT mî^H nmîî mmiS y3")K 

-NT'iyn nn"' -j^d mm d-'Dc; •'lyip SbnDi iDsv dn "i2DDîy \xp-i3 
'-'k:?de?'' djd''i QD''?yx-) nnyu 'nv mTi'n nmîj myi miny T'a:?! 

"NpJD Vu? n"'DSn(i. "'^f^^J)''N^^: p-pnr d:^^^ dd'-^n-) ony^ inc? 

□''DC? "'îyipD ^D"'^D Nî'JD^I. Les fils d'Éli sont les représentants des pontifes 
indignes et prévaricateurs. (Voy. I Sam. 11, 22 et suiv.) Nous avons déjà parlé 
d'Issachar de Kefar Barkaï, ci-dessus, p. 210. Ismaël ben Phabi parait ici comme 
un pontife digne, ce qui serait en contradiction flagrante avec le passage cité 
p. 282; il est vrai que, Kerttôt, 28 a, on lit, à la place de ce nom, i^Dl^vN 
""XD^D p; mais on voit facilement que les noms d'Ismaël et d'Eiisama sont iden- 
tiques et ne présentent qu'une métathèse du nom de Dieu (bH), placé une fois à la 
tête, et une autre fois à la fin du mot ^DC?' (voy. p. 280, note 3), et que ^ND^D 
n'est qu'une erreur pour ""iO^D^^nN^D. Je serais plutôt disposé à considérer cet 
éloge de «disciple de Pinehas,n c'est-à-dire, du prêtre qui, pour l'antiquité juive, 
est le symbole delà paix et de la concorde (Nombres, xxt, 12; Maléachi, 11, 5, 
et les Midrascbim sur ces passages ) , comme une amère ironie contre ce pontife , qui 
flottait indécis entre la doctrine des prêtres et celle des Pharisiens (voy. tosefta 
Para, c. 11, citée par R. Simson de Sens, Comment, sur m. Para, m, 8), et 



234 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

puis : Sortez d'ici , Issacher de Kefar Barkaï , qui ne respectez 
que vous-même et profanez les victimes consacrées au ciel! car 
il s'enveloppait les mains de soie en faisant son service. Un troi- 
sième cri retentit du parvis : Elargissez-vous, portes (du sanc- 
tuaire), laissez entrer Ismaël ben Phabi, le disciple dePinehas, 
pour qu'il remplisse les fonctions du pontificat ! On entendit en- 
core un cri du parvis : Elargissez-vous , ô portes , laissez entrer 
lohanan, fds de Nedebaï, le disciple des gourmands, pour 
qu'il se gorge des victimes ! v Ce qui est rapporté ensuite sur 
la gloutonnerie de ce singulier personnage touche à l'impos- 
sible ^ 

Le luxe et l'impudeur de quelques pontifes étaient poussés 
si loin, qu'on raconte d'Ismaël ben Phabi, que sa mère lui fit 
faire une tunique de loo mines. Ismaël s'en revêtit, remplit 
un des services auxquels le public n'assiste pas, et l'abandonna 
ensuite au vestiaire commun. La mère d'Eliézer ben Harsom fit 
fabriquer pour son fils une tunique de 20,000 mines, (qui était 
d'une telle finesse) que les autres prêtres ne lui permirent pas 
de la mettre, parce qu'il paraissait nu (tant l'étoffe était trans- 

qui croyait être conciliant en suivant tantôt les opinions des uns, tantôt celles des 
autres. La baraïla appelle bien , en plaisantant et en jouant sur le mot de Pinelias, 
lohanan, fils de Nebedai, «disciple de Pinekaï,n nom qui a bien tourmenté les 
commentateurs, et qui n'est qu'un dérivé fabriqué exprès du verbe panak (p3D), 
très-usité en chaldéen, et signifiant : «satisfaire complaisamment tous ses goûts, et 
surtout ceux pour la nourriture." — Les cris attribués au parvis du temple sont 
l'amplification du fj.eTa€aivù)vev èvisvBsv , «allons-nous-en d'ici," que, selon Jo- 
sèphe (B. J. VI, T, 3), les prêtres entendirent, le soir de la Pentecôte, en entrant 
au temple afin de se préparer pour le service de la fête. (Voyez aussi sur les excla- 
mations de Josué, fils de Hanan (ou Hanania, Eusèbe, H. E. m, 8), dans les rues 
de Jérusalem , Josèphe , ibid. 

' Le Thalmud, Pesahim, 1. c. parle de trois cents veaux, d'autant de tonneaux 
de vin , de quarante saa de jeunes pigeons, qu'il fallait pour son entretien; il est 
vrai qu'on n'ajoute pas pour combien de temps. Le nombre de trois cents signifie, 
du reste, souvent "une grande quantité." (Voyez ci-après, p. ■^■()(y, note.) 



CHAPITRE XV. 235 

parente^), w La légende s'est plu à exagérer outre mesure la for- 
tune d'Eiiézer ben Harsom-. Un rabbin du iii° siècle, qui est 
souvent un excellent traditionniste, le mentionne dans le pas- 
sage suivant, qui caractérise en peu de mots le triste souvenir 
que ces pontifes avaient laissé dans la mémoire de la postérité : 
çt R. Johanan dit : A quel temps se rapportent les mots : La crainte 
de Dieu prolonge la vie [Prov. x, 27)? A l'époque du premier 
temple, qui resta debout k\o ans, et où ne fonctionnèrent que 
dix-huit pontifes. Et à quel temps s'appliquent ces autres mots : 
Et les années des impies sont abrégées? A l'époque du second 
temple, qui dura 4 20 ans, et où plus de trois cents grands 
prêtres firent le service ; car, en déduisant quarante ans pour Si- 
méon le Juste, et quatre-vingts ans pour (la famille de) Jean 
(HjYcan) le pontife, dix pour Ismaël ben Phabi et, d'après 
quelques-uns, onze pour Eliézer ben Harsom, et en faisant le 
compte pour les autres , il ne reste pas une année entière pour 
chaque pontife^, w On voit facilement tout ce qu'il y a d'inexact 
dans un calcul où l'on a passé sous silence, par exemple, les 
onze ans de Joseph Caïphe ; mais on peut s'étonner néanmoins 
que Josèphe se taise sur cet Eliézer ben Harsom, dont nos 

' loma, 35 b : IDN' t) nn'^'iX' •'^ND ]3 Sn'I'DL;"' (")) Sv V^'J'J IIDX 

nDX ■nn"'^'? mcDi -"'n'' rrnny 7\i laiyi n'jnV'?! njD nxD y^' nains 
N*'?! NID"! "'nt^D n:inD idk ib nnu?:?;^' mc-^n p •wj'^'m ('i) h:i vh'j 
on^D nxn:iy ""jOD ne^aiV'? □"':nDn vnN* in in>:n.(Voy. aussi j.tè. m, g.) 

^ loma, 35 b. 

' Ibid. 9 a. Nous ne donnons que le texte de la seconde partie : mj^'1 

î^b^'D inv n Wû'^^'i n:D* D"n "îd^'j '':*j cnpD ht n:-)*ipn o'^ym 

n"? nDX"i "'2ND p SNi'DU?"» îTD-'îyi:? mcii? Sn; ;nD pnr Z'r^'^z'^ 
inx bs aiiym xs -'7^x1 ]KDD mcnn p lî^^bN ('1) udî^î:' miyy nnx 

inJU N''2iin N*? NI. Nous avons déjà parlé des nombres d'années accordées à 
Siméon le Juste et à .[eau Hyrcau, ci-dessus, p. 80, note 1. 



236 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

sources rabbiniques parlent si souvent. On a remarqué que les 
dix ans donnés à Ismaël ben Phabi peuvent s'accorder avec la 
vérité^ ; les onze ans d'Eliézer rempliraient très-bien le vide que 
nous avons signalé entre 68 et 69 avant la dernière nomination 
d'Ismaël et pendant les premiers temps d'Agrippa II. Cet inter- 
valle coïncide, du reste, avec la partie de sa vie que Josèphe a 
passée, soit avec l'Essénien Banus, soit avec les Pharisiens, soit 
à Rome, où il accompagne quelques prêtres que le procurateur 
Félix fait lier et y envoie «pour une misérable et insignifiante 
peccadille ^. v Ces prêtres étaient de ceux qui, grâce à la rapacité 
des familles opulentes, se mouraient presque de faim; ils se 
nourrissaient, pendant une traversée longue et difficile, seule- 
ment de figues et de noix, afin de ne rien manger d'impur. Quel 
fut leur sort à Rome ? Josèphe a mieux à faire qu'à nous en 
instruire. Il recherche les bonnes grâces de Poppée, la belle 
courtisane de Néron, qu'il nomme par anticipation sa femme, 
et s'initie aux mystères de cette cour corrompue , dans laquelle 
il doit trouver un jour faveurs et richesse. 

L'agitation croissante du parti national, l'activité que dé- 
ploient les ennemis de la domination étrangère sur les deux 
rives du Jourdain, dans la Galilée comme en Judée, a laissé 

' M. Munk, Palestine, 563 b, note 1. 

2 Jos. Vita, 2-3. Josèphe quitte Jérusalem à l'âge de vingt-six ans, alors que 
Félix est encore procurateur, et arrive à Rome quand Poppée jouit déjà de la 
faveur de Néron. Comme Félix quitte la Palestine en 60 , et que les relations entre 
Poppée et Néron ne remontent qu'à 58 (Tacite, Annales, xiii, 45), le départ de 
Josèphe n'a donc pas lieu avant 58 , ni après 60 ; il serait donc né entre 32 et 36. 
Cependant il fixe comme année de sa naissance celle de l'avènement de Caligula 
(ibid. 1), ce qui serait 37. Il dit du reste qu'il a vécu trois ans loin de la ville, 
avec l'anachorète Ranus, et sept ans avec les Pharisiens, avant de se rendre à 
Rome. — Quant à Éliézer ben Harsom , nous devons faire observer que c'était peut- 
être un simple prêlrc excessivement riche , que la légende avait transformé en 
ponlifc. 



CHAPITRE XV. 237 

peu de traces dans nos sources rabbiniques^ On n'y découvre, 
ni les noms des quatre premiers procurateurs que Rome envoya 
en Palestine après la mort d'Agrippa, ni ceux des principales 
victimes qui payèrent de leur vie leur résistance audacieuse. On 
n'a gardé aucun souvenir, ni de ces brigands, qui comme Tho- 
lomée^, parcouraient avec leurs bandes l'Idumée et l'Arabie, et 
f[ue Fadus mit à mort, ni du prophète Theudas, dont l'exécu- 
tion paraît avoir marqué l'entrée en fonctions de ce procura- 
teur^. Jacob et Siméon, fds du fameux Judas, le Galiléen, qui 
s'était révolté contre le recensement de Quirinus, et petits-fds 
d'Ézéchias, qu'Hérode, avant d'être roi, fit mourir sans juge- 
ment*, sont crucifiés par le renégat Tibère Alexandre, et nous 
avons encore dans Josèphe le seul témoin de cet acte de 
cruauté. Sous Cumanus , l'acte indécent d'un soldat romain ré- 
volte les fidèles réunis au temple pendant la solennité de Pâ- 
ques, et devient la cause d'un carnage qui coûte la vie à plu- 
sieurs milliers de Juifs ^; bien d'autres luttes qui suivent en 

' Sur un combat dans la Perée, voy. Jos. ^. /. XX, i, i. Josèphe mentionne 
trois chefs des Juifs : Annibas, Amram et Éiéazar. Graetz (III, 278) change le 
premier nom en celui de Hannibal, ce qui paraît un nom singulier pour un Juif. 
Si nous n'avons pas devant nous une de ces erreurs de copiste , si fréquentes dans 
les ouvrages de cet historien, je préférerais Hanniboschet , abrégé en Hannibas. 
(Voy. Geiger, Zeitsch. d. D. m. G. XVI, 729 et suiv.) Nous avons déjà fait remar- 
quer une tendance analogue chez les Arabes , à l'égard de leurs ancêtres du temps 
du paganisme dans mes notes sur les Séances de Hariii, p. igf), col. 1. 

2 Jos. yl. J. XX, i, 1. Ce nom rappelle bien un ^roVri "13, filou mal famé, 
dont il est question Vayyikra-rabba , c. vi ( 172 a). 

' Jos. ibid. V, 1 , ne rapporte cette affaire qu'à la fin de la gestion de Fadus ; mais 
on voit bien que Tbistorien n'a aucune inleiilion de fixer par là chronologiquement 
le moment où l'apparition et la défaite de Theudas ont eu lieu. Les faits de cette 
nature inspirent peu d'intérêt à Josèphe, et il semble même en ignorer la date. 
(Voyez ci-dessus, p. aii, note.) 

'' Comp. ci-dessus , p. 168. 

■■' Jos. /l. J. XX, v, 3. 



238 HISTOIRE DK LA PALESTINE. 

auront effacé la mémoire. Un attentat contre un rouleau de lu 
Loi, commis par un autre légionnaire, paraît avoir été consigné 
dans la Mischna, et le châtiment sévère du coupable, chose 
rare à cette époque, a peut-être, plus que le méfait, contribué 
à faire retenir l'événement ^ Les légions stationnant alors en 
Syrie avaient donné, lors de la mort d'Agrippa, la mesure de 
leurs sentiments haineux contre les Juifs; aussi Claude avait-il 
songé d'abord à les faire partir. Malheureusement, elles réus- 
sirent à obtenir leur pardon de l'empereur, et plus exaspérées 
encore par la punition dont elles avaient été menacées, elles 
ne laissèrent échapper aucune occasion pour harceler les habi- 
tants juifs du pays, lasser leur patience et les pousser à la ré- 
volte^. Le nom lui-même que portèrent les républicains, celui 
des Zélotes, en hébreu Kannaïm, ne se rencontre que dans un 
livre très-moderne , qui , il est vrai, paraît l'avoir emprunté à un 
document ancien^; autrement ce sont les Evangiles seuls qui 

' Voy. ci-dessus, p. 58, note 9. 

* Graetz, III, 277-978, note 1. 

^ Abot derahbi Nathan, c. vr. Le passage est cilë chez Grœtz, III, 5o3, et nous 
y reviendrons. Mais m. Sanhédrin, ix, 11, les Kannaïm ne sont pas des zélateurs 
politiques, mais ceux qui, comme Pinehas, se sentent pt)ussés par une ardeur re- 
ligieuse à venger la loi do Dieu sur ses transgresseurs ( voy. Nombres , xxv, 11, 12). 
Voici du reste celte mischnah : Svnni CDDpn H'bpDm mDpH HN 3:i3n 
p |''2?J1D pNjp IT'DTN. «Quiconque enlève la couverture (qui sert à couvrir 
les vases sacrés), blaspbème Dieu par des sacrilèges et entretient un commerce 
avec une femme non juive, est frappé par les zélateurs.:^ Le dernier péché est 
celui de Zimri, vengé par Pinehas; il nVst entré dans la loi de Moïse que p§r 
une fausse interprétation (m. Megilla, m, 9, et Texpiication que fournit M. Gei- 
ger, Urschrifl, .3o3; comp. Jos. A. J. XII, iv, 6 : Èitei ical v6(t<f) xexâXvrat Tsapà 
Toïs iovSaiots i).)^o(^6Xcf) -sTÀriffia^eit» yvvaiKi). Le premier péché, exprimé d'une 
manière très-obscure, paraît se rapporter à ,\ombres, iv, 16, 20 (voyez le Tar-* 
gum et les Thalmuds). — Comme le dit très-bien Josèphe (B. J. IV, m, 9), le 
nom de Kannaïm, employé toujours en bonne part , n'était appliqué aux partisans 
de le révolte que par eux-mêmes. 



CHAPITRE XV. 239 

l'ont placé derrière le nom d'un apôtre qui avait appartenu au 
parti républicain avant de suivre Jésus ^ 

C'est que les traditions conservées dans les écrits thalmudi- 
ques sont puisées à la sources des écoles qui restèrent encore 
fermées au bruit et à l'agitation qui régnèrent au dehors. Là 
siégeaitle paisible Rabban Gamliel, dont nous avons déjà appris 
à connaître le caractère doux et conciliant, lorsque, au milieu 
du sanhédrin des prêtres, il intervint en faveur de Pierre. Sim- 
ple membre du tribunal , presque un intrus dans cette réunion 
de privilégiés, sa voix calme domine cependant, par son auto- 
rité, les passions déchaînées des pontifes, et l'apôtre est, 
comme par un miracle, mis en liberté. Gamliel poursuivit cette 
œuvre de sagesse dans l'enceinte de son école. Plusieurs dispo- 
sitions qui lui sont attribuées sont motivées par la nécessité ou 
w l'intérêt général^, v Elles sont relatives à l'acte de divorce, que 
Gamliel entoure de nouvelles garanties, afin d'empêcher égale- 
ment que la femme se remarie avant que les nœuds de sa pre- 
mière union soient complètement et légalement dissous, ou 
bien qu'elle soit au contraire indûment empêchée de chercher 
dans un nouveau mariage le bonheur et la protection qu'elle 
n'a pas trouvés dans le premier^. Une disposition est destinée à 
améliorer la position de la veuve en lui facilitant la perception de 
son douaire. Une autre établit que la déposition d'un seul té- 
moin suffit pour constater la mort du mari et faire accorder à la 
femme la permission de convoler à un second mariage*. 

' Matth. X, ti ; Luc, vi, i5. — M. Geiger (Jiidische Zeitschrift, II, p. 38) ex- 
plique aussi le nom du père de R. Nehounia ben Hakkanua (NipH), par «le fils 
du zélateur, n 

^ D'?'!!*!"! ppTI "'jDD. On se rappelle que le même motif a guidé Hillel dans 
certaines mesures qu'il a prises. (Voyez p. 189, noie 1.) 

^ m. Gittin, iv, 2, 3. 

' m. ïphatiiot, XV, y. 



■240 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

Dans le monde juif, le veuvage de la femme était considéré 
comme un état de désolation, et les plus grands docteurs ne 
dédaignèrent pas de s'occuper sérieusement des moyens légaux 
par lesquels on pourrait le faire cessera Des communautés s'é- 
taient formées sur les différents points du vaste empire , à Rome , 
dans l'Asie Mineure , sur la côte de l'Afrique. Plus d'un père de 
famille, qui s'était embarqué pour un de ces pays lointains, pé- 
rit dans les flots; plus d'un mari noua de nouvelles relations 
dans ces parages et se détacha des anciennes qu'il avait con- 
tractées dans sa première patrie. Dans les combats que se livrè- 
rent les Romains et les Juifs à cette époque, on ne reconnut pas 
toujours les hommes restés sur le champ de bataille, et surtout 
on ne put pas constater ces morts par des formes tout à fait 
régulières. Gamliel cherchait donc les moyens de faire obtenir 
dans tous ces cas, à la femme délaissée, la liberté, sans cepen- 
dant négliger les garanties dont cette liberté devait être en- 
tourée pour ne pas dégénérer en licence. L'autorité qui se rat- 
tachait au nom de Hillel, l'éclat de son école, et la réputation 
dont jouissait le petit-fils du fondateur, le chef actuel de cette 
école, suflTirent pour faire accepter ces dispositions, comman- 
dées par les circonstances. Le rang élevé qu'occupait plus tard 
après la destruction du temple la famille de Gamliel, assura 
à toutes ces dispositions la stabilité , qu'elles méritaient du reste 
par l'esprit de sagesse qui les avait dictées. Elles appartiennent, 

' Onappelie les mesures tendant vers ce but m JlJy ppTI, (Voy. fiu«/i,i, i3). 
Le soin que prend l'Eglise naissante dans l'intérêt des veuves n'a donc de racines 
dans la synagogue que pour la pensée qui la dirige et le but qu'elle poursuit; 
mais l'Église et la synagogue diffèrent complètement quant aux moyens qu'elles 
recommandent pour proléger les veuves. L'Église a adopté plutôt l'idée romaine, 
(jui faisait consister la chasteté de la femme en ce qu'elle ne se remarie pas; 
on connaît l'éloge que renfermait pour les matrones romaines le mot univira. 
Les lettres de Jérôme reviennent souvent sur les dangers d'un second mariage. 



CHAPITRE XV. 241 

sans contredit à ce Rabban Gamliel , surnomme ordinairement 
Hazzâken , « l'Ancien , » et ne doivent pas être attribuées à son 
petit-fils, qui portait le nom de R. Gamliel de Mme ou Jamnia. 
Cette certitude nous fait quelquefois défaut, et les deux Gamliel 
ont été souvent confondus. 

Dans deux endroits du Thalmud, R. Gamliel est représenté 
comme placé sur une marche de la montagne du temple. La 
première fois « on lui apporta la version clialdéenne du livre 
de Job, et il donna l'ordre au maçon de l'enterrer sous une 
rangée de pierres ^ v La seconde fois, il fit écfire trois lettres, 
l'une aux habitants de la Galilée supérieure et de la Galilée 
mférieure; la seconde, aux Juifs du Daroma supérieur et du 
Daroma inférieur, et la troisième aux exilés de Babylone, de 
la Médie, de la Grèce et des autres pays. Les deux premières 
missives engageaient les Juifs de la Palestine à payer la dîme 
des olives et des blés; la dernière fait connaître à ceux qui de- 
meuraient hors de la terre sainte que, le printemps étant en 

' Sabbat, ii5 ai^'aT S^ÎX "l^ni^ Sîns'^n tst3N3 n'C^i'D "-Dr "I -)DX 

ï]iî:n pnr hu i:nbty h:: niyr n\-)îy la^iD-i n^n^i^b ^2^11 Sn^Vdj 
"•nx hii^%2 pnn ijn iidî ib idn 12 N-np xim Di:nn nrx nDo n-iaT 
m^in 3"i\y idd v:zb ix^am rr^nn -ina nVi*D3:ibr icn* n^n^y y^a 
iîJjI vhy m2j Nin î]n* -]m:n nnn 'iny\>^' \x:3b ncxi. Vojez aussi So- 

ferim, v, i5, qui porte pJSn pourn'7i''D, ce qui s'accorde avec j. Satèaf, xvi, i, 
qui raconte seulement l'histoire de Gamliel l'Ancien. Ce jertischalmi ajoute aussi 
le mot 2^DD avant celui de DI^IH; il s'agirait, en ce cas, du texte écrit avec des 
caractères non hébraïques. Le mol îT'TSÎû'? , qui se lit aux deux endroits déjà cités 
et, en outre, losefta Sabbat, c. xiv, doit être changé en H^S'^^, la ville de Tibé- 
riade n'ayant été recherchée par ks docteurs juifs qu'après la guerre d'Adrien. 
Le surnom Hannazovf, donné à lohanan, signifie «qui a été réprimandé.» La 
nD"'TJ (nezi/a) est une sorte d'avertissement ou censure ecclésiastique; elle est 
inférieure au ■'IT'J {niddoui) ou à l'excommunication. (Voyez Wiesner, Der Bann 
in seitier geschichtlichen Entwickelung , etc. Leipzig, 186/1.). La Tosefta porte p 
^V2 pour r|"iîjn. 

I. 16 



242 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

retard, on avait décidé qu'on ajouterait trente jours, ou un 
mois, à l'année ^ 

On se rend difficilement compte de la raison qui peut avoir 
décidé Gamliel à un acte de rigueur pareil contre le Targoum 

' j. Sanhédrin, i, 2 (cf. j. Ma aser-schéni , v, 6): ^N^'^DJ p")3 nt/'i?D 

■)DiDn |n:n ]:nr ^\''^\^ n-'Dn nna n'?:'D 2: bi? ^"'32?r vnu D"'jpîm 

"':3 Ninx''? N"''73''*J nDI^C iVl^yO ]ipDn H^VJ^I ]DT wXlîDl pD^ Ni^TlD 

^Nntm pnrmV: bj "iNtyi jn xmVj ""iDi non KmV: ■':m bnni ambi 

Nt^Dm ppV î^"'"'?T"!3T pD^DI N^DWI ]"12"'? ^s*:N i'TID K3D"' pDDlVc 

NîHD' Si' NDD1D ""'"T'Dn ■'DJN31 """DiNn N:nb"'D ^D'Jl ■'•OD xb Nn"'DN- 

pDP pn^^n DT. «Rabban Gamliei et les Anciens étaient assis sur une marche 
de la montagne du tenople, et devant eux lohanan Haccohen, le secrétaire. Ils 
lui ordonnèrent d'écrire ce qui suit : A nos frères, les habitants de la Galilée su- 
périeure et de la Galilée inférieure, puisse votre salut s'augmenter ! Nous vous fai- . 
sons savoir que le moment du prélèvement est arrivé; vous ôterez donc la dîme 
des cuves d'huile. A nos frères les habitants du Daroma supérieur et du Daroma 
inférieur, puisse votre salut s'augmenter! Nous vous faisons savoir que le moment 
du prélèvement est arrivé; vous ôterez donc la dîme des gerbes de l|lé. A nos 
frères, les exilés de Babylone, les exilés de la Médie, les exilés de la Grèce et les 
exilés d'Israël dans les autres pays, puisse votre salut augmenter! Je vous fais sa- 
voir que les brebis sont encore faibles, que les poussins sont jeunes, que l'époque 
de la maturité n'est pas arrivée; il m'a donc plu, ainsi qu'à mes collègues d'ajou- 
ter à cette année trente jours." Ces lettres ont un caractère d'authenticité incon- 
testable. On trouve le même formulaire employé par Siméon, 61s de R. Gamliel 
de labné, b. Sanhédrin, lia; seulement ce dernier patriarche termine par les 
mots: "131 n"'D"'D*K1 "'"'DJND Nn'?''D DIDU^I , «il m'a donc plu d'ajouter, etc.'' 
ce qui inspire à un docteur du iv' siècle l'observation suivante : ç^ Regarde quelle 
diCférence il y a encore entre l'orgueil des anciens et l'I^umilité des nouveaux !?' En 
efiPet, Siméon ne mentionne pas ses collègues. Si R. Gamliel II a dicté ces lettres, 
les mots : «assis sur une marche, tî etc. devront être considérés comme une inter- 
polation. Le j. Ma' aser-schéni , 1. c. détermine même cette marche comme une de 
celles qui conduisaient à VOulam ( D'?TXn m'?yD '?i'). 



CHAPITRE XV. 243 

de Job. Cependant Halafta, père de R. José, auteur de la chro- 
nique du Séder 'Ohm, rencontrant un jour le petit-fils de ce 
Gamliel, R. Gamliel de labné, qui lisait cette même version 
de Job, lui cita la conduite de son aïeul et parvint ainsi à lui 
faire condamner ce même ouM'age. Ce dernier acte prouve, en 
tout cas , que c'est bien le premier Gamliel qui a ordonné d'en- 
terrer ainsi le Targoum dans les constructions du temple, qui, 
selon un témoignage exprès de Josèphe^ ne furent terminées 
que sous Agrippa II. Il n'y a rien de surprenant, ni à ce qu'il 
se soit trouvé sur la montagne du temple, où les Pharisiens se 
promenaient volontiers sous les portiques, le vrai forum de 
Jérusalem, ni à ce qu'on lui ait présenté la version de Job, 
comme au chef d'une école aussi renommée. 

Mais il paraît de prime abord impossible d'admettre que 
l'ancien Gamliel ait fait écrire les trois lettres dont nous avons 
parlé'-, véritables circulaires d'une autorité constituée. Les mots, 
çtil m'a plu ainsi qu'à mes collègues, 57 qui y sont employés, 
dénotent un pouvoir qui ne repose pas sur la confiance seule 
librement accordée; puis ces lettres se rapportent à des me- 
sures administratives dune importance capitale, telles que les 
dîmes et l'intercalation d'un mois. Le sanhédrin des prêtres 
aurait-il déjà alors renoncé en faveur de l'école de Hillel au 
droit si recherché de fixer le calendrier? Ou bien les Pharisiens 
se seraient -ils sentis assez forts pour lutter d'influence avec 
les prêtres et pour envoyer leurs arrêts dans les provinces, 
sans égard aux décisions différentes que pouvait prendre le col- 
lège des pontifes? La Mischna porte, il est vrai, les traces d'un 
antagonisme entre le tribunal des prêtres et celui des docteurs 
au sujet d'une déposition de témoins relative à la fixation de la 

' Jos. A. J. XX, IX , 7. 
- (ii-desftus, p. a'i I . 



2lxU HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

néoménie; accueillie par les uns, la déposition est rejetée par 
les autres'. Il y est, en outre, question d'une grande enceinte 
située dans la ville de Jérusalem, où furent réunis et interrogés 
tous ceux qui venaient déposer pour la nouvelle lune, et où, 
pour les attirer, on leur fit des festins splendides^. Dans le 
même but, Rabban Gamliel accorda des facilités particulières 
aux témoins arrivés le samedi, afin qu'ils pussent retourner 
chez eux avant la fin du sabbat , s'ils étaient des environs de 
la ville ^. Nous avons vu plus haut que les prêtres ou les Boé- 
thusiens s'opposaient à toute transaction semblable (p. ihlx). 
Il s'agirait donc d'un moment où le sanhédrin des prêtres avait 
subi un échec qui le rendit moins exclusif et qui permit aux 
Pharisiens de relever la tête et d'affirmer leur autorité en face 
d'eux. Nous fixerons ce moment avec une grande probabilité 
au commencement du chapitre suivant (p. a AS); mais alors 
Gamliel était déjà mort. Nous devons encore faire observer 
que, si la place où ces lettres auraient été écrites, une marche 
sur la montagne du temple, plaide en faveur de Gamliel l'An- 
cien , l'écrivain chargé de les écrire est, par contre, un certain 
lohanan, nom que nous retrouvons dans l'entourage de Gam- 
liel II; car celui-ci était assis à la table d'un lohanan portant, 

' m. Rosch-haschaiiah , 1,9. 

2 m. ibid. Il, ii; FiNip: nn\-i pîi'"' D^ii £z:Vti'i"i^3 nr\^n r\h)iy li'n 

NuV ]'''7"'J"1 lî'i'^V '7"'au'3 on'? p'ù'iy. Le Thalmud hésite entre les leçons pîi"' 
et J>V. 

^ m. ihid. 5. La mischna commence par nous dire que r dans les premiers temps 
on ne bougeait pas pendant toute lajoiirnéen {^2 Dï!/'D ]''îî ITi N"? nj12^KT3 
nrn). En effet, ayant dépassé la mesure du chemin sabbatique pour venir faire 
leur déposition , les témoins ne pouvaient plus légalement s'éloigner de l'enceinte où 
ils étaient réunis. 



CHAPITRE XV. 245 

il est vrai, le surnom de Hannâzouf à la place de celui de Hac- 
cohen, lorsque Halafla le surprit lisant le Targoum de Job'. 
L'dcole de Scharaaï n'a produit aucun docteur qui puisse 
être mis en ligne avec R. Gamiiel. Elle ne paraît à cette époque 
qu'en corps collectif, et il ne s'en détache aucune individua- 
lité remarquable qui puisse ou qui veuille contre-balancer 
l'influence exercée par l'éminent petit-fils de Hillel; du reste, 
en lisant l'aphorisme de Gamiiel dans le traité à'Abot, on se 
demande si le docteur, dans son amour ardent pour la paix , 
n'a pas, autant qu'il le pouvait, arrêté les discussions entre les 
deux écoles rivales^. «Fais-toi une autorité pour te débarras- 

' m. Péa, II, 6, on parle d'un Siméon, de Mizpah, intendant de Rabban Gani- 
Hel, qui se rend avec son maître dans la salle des pierres taillées, afin d'y cher- 
cher la solution d'une question légale. Ils y rencontrent A^a^oum l'écrivain (DIFIJ 
^73*7(1), qui la décide d'après une tradition qu'il tient de son maître Miascha ou 
Moïse (peut-être, de R. Miascha), qui la tenait, etc. Celte mischna présente plus 
d'une obscurité : d'abord il paraît étrange que R. Gamiiel soit allé demander une 
décision au temple; puis, qui sont ce librarius ("1737, at dans certaines édi- 
tions t'JS^'?), ou secrétaire Nalioum, et son maître Miaschal Si les données de la 
mischna sont exactes, il serait question d'un fait arrivé avant l'époque où le sanhé- 
drin avait quitté la salle du temple pour s'installer dans les bazars do Hanan; 
Gamiiel , encore jeune , se serait adressé à Nahoum , secrétaire du sanhédrin , chargé 
de communiquer au public les traditions pendant l'absence du tribunal. — Il est 
superflu d'ajouter que la chaîne des traditions qui se voit en tète du Sepher Taghin 
(Paris, i866),p. i , et où se lisent également les deux noms de Nahoum et de 
Miascha , n'a aucune valeur historique. ( Voy. Journal asiatique, 1 867 , I , p. 9 ti3. ) 

* Abot, 1, i5. Voici le texte de Maimonide, en arabe : ^L^u U* ^.^i (j jJl 

h'] iD'7u;n''Jf J *-'j-5 j^ JjXliif 1^ o.j[ ç^y^ f'r^b J-^^' <J 

(JjSCdl ^ cA}':^ ^jyCJ ^J^;*iiJL nnC/l^DJl. Cette tendance de R. Gam- 
iiel à se soumettre, dans les questions de casuistique, à une autorité reconnue 
plutôt que d'enirer dans des discussions sans fin, expliquerait sa démarche, cili'c 



246 HISTOIRE DE LA PALESTINK. 

ser du doute; ne donne pas trop de dîmes au hasard, v — «11 
ne s'agit pas ici, explique fort bien Mairaonide, de prendre un 
maître pour étendre ses connaissances, mais de choisir une 
autorité qu'on puisse suivre pour ce qui est permis ou dé- 
fendu, de manière à ne pas être embarrassé par le doute. 
Gamliel dit ainsi dans le Thalmud de Jérusalem : Amène-moi 
un ancien du dehors auquel je puisse me fier, et je t'accor- 
derai la permission. Il recommande de même d'éviter le paye- 
ment des dîmes par supposition, car ce serait là encore se sou- 
mettre au doute, n 

dans la note précédente; elle ferait comprendre comment le nom de ce docteur 
ne se trouve mêlé à aucun débat thalmudique. Une tendance semblable n'exclut 
pas l'énergie nécessaire pour prendre les mesures commandées par les circons- 
tances dont nous avons parlé; elle atteste plutôt cette largeur de vue qu'on a 
loujoiirs admirée dans le petit discours que rapportent les Actes. La tradition 
chrétionno, après avoir faussé l'image du Pharisien, ne croit pouvoir expliquer 
l'avis modéré de Gamliel qu'en le présentant comme intérieurement favorable au 
flirislianismo et même commo converti plus tard par Pierre et Jean. (Winer, 
lUhl. Realiroprlerhuch , I. 389.) 



CHAPITRE XVI. 247 

CHAPITRE XVI. 

LES DERNIERS PROCURATEURS. L'INSURRECTION. 

L'avénement de Néron ne changea rien à la situation de la 
Palestine. L'a fortune d'Agrippa 11 s'accrut de quelques villes 
importantes sur le lac de Tibériade, qui furent ajoutées à ses 
possessions^ Félix, nous l'avons déjà dit, resta procurateur 
de la Judée, grâce à l'influence puissante qu'exerçait son frère 
Pallas à la cour de l'empereur. Il prolongea ainsi impunément 
ses actes de déprédation et de cruauté. Cependant il fut rem- 
placé, en 60, par Festus, qui mourut à son poste en 62. 
Rome envoya alors Albinus (63 ), dont les mesures fiscales pa- 
raissent avoir exaspéré le peuple. Gessius Florus lui succéda 
au bout de deux ans (65). C'est le dernier procurateur de la 
Judée, car sous lui éclata l'insurrection, et son départ {&^) 
fut le signal d'un soulèvement général. 

Les pontifes se succèdent presque d'année en année. Ismaël 
ben Phabi, qui occupe les fonctions du pontificat pendant la 
dernière année de Félix, fait place à Joseph, surnommé Kabi, 
fils de Siméon le grand prêtre^, qui paraît remplir le temps de 

^ Jos.A. J. XX, vin, li. 

* Id. ibid. VIII , 1 1 fin. Comme il y a deux pontifes du nom de Siméon , l'un de la 
famille desKamhit, et Tautre de celle de Boéthos, il est impossible de déterminer à 
laquelle de ces deux familles Joseph appartenait. Le surnom Kabi est obscur comme 
la plupart des noms ou surnoms des grands prêtres qui nous sont donnés par Jo- 
sèphe. On ne s'étonnera pas que l'explication des sobriquets nous échappe , si l'on 
voit à quelles circonstances insignifiantes ils doivent souvent leur origine. Ainsi un 
prêtre à Sepphoris s'étant un jour, dans une distribution , approprié sa part et 
celle de son camarade, reçut pour toute sa vie, le surnom de |ifDn p, «l'accapa- 



248 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

Festus. Hanan, fils de Hanan, le dernier des cinq fds de cette 
maison opulente, est chargé de celte dignité dans l'intervalle 
qui s'écoule entre la mort de Festus et l'arrivée d'Albinus'. 
Sous ce dernier, Josué, fils de Damnée, est nommé pontife; 
mais bientôt Agrippa II lui préfère Josué ben Gamala, séduit 
par les sommes énormes que lui offre, en échange de cette 
dignité, la femme délicate et ambitieuse de Josué, Miriam ou 
Marlha, fille de Boéthos, probablement de la riche famille 
pontificale des Boéthusiens^. Cependant Josué ne garda pas 

reur, •) par allusion à Psaumes, cxxi, li. (Voyez j. loma, vi, 3, où pDNn, de 
|Dn, «le poing, 71 remplace le mot ]!iDn , qui se lit b. loma, Sg a.) 

' Jos. A. J. XX, IX, 1. Ce pontifical fut probablement, comme plus lard celui 
de Josué ben Gamala, acbelé parla famille ambitieuse de Hanan. — Sous Albi- 
nus, Josèpbe {ibid. ix, 3) nomme Eléazar, fils de Hanan, comme commandant du 
lemple; ce n'est certes pas le même qui, sous Gratus, avait été pontife (ci-dessus, 
p. 197). Leszélotes, raconte cet historien, lui enlevèrent son secrétaire et ne le 
rendirent que contre des prisonniers des leurs que le procurateur dut mettre en 
liberté. La transaction fut conduite par le grand prêtre Hanania, qui, par sa for- 
tune immense , avait su se concilier les grâces du ponlife et d'Albinus. Ce Hanania 
ne peut élre que le fils de Nebedaï, que nous avons vu en fonctions, p. 23o, et 
rien dans le récit de Josèpbe ne s'oppose à ce qu'il fût le père d'Éléazar; on pour- 
rait dans ce cas changer Avdvov en Xvaviov. Quant à Eléazar, fils de Hanania 
mentionné B. J. 11 , xvii , 2 , voyez note x à la fin du volume. 

* Ce Josué est le seul de ces pontifes dont le nom se retrouve dans les récils rab- 
biniques. Le nom de N7D3 , « Gamala , n est un abrégé de Gamliel ( '?N^'?D3 ). (Voy. 
ci-dessus, p. C) 5, note 1.) Sa femme est nommée tantôt Miriam ou Marie (D"'~lD 
Din^3 ri3, Echa rahbati, 67 c), tantôt Marta (KHID, m. lebamot, vi, h; Sifra, 
gi a; Sifi'ésar Deutéronome , S 281 ; j. Retubot, v, 1 1 ; b. Soucca, 62 b; loma, 
18 a; lebamot, 61 a; Gittin , 56 a). On voit que les témoignages pour le nom 
de Marta l'emportent de beaucoup, c Josué ben Gamala se fiançait avec Marta, 
fille de Boéthos; lorsque le roi l'eut nommé grand prêtre, il l'épousan (ni!/'yD 

^HD r\vr\b ■^'^Dn ini^Di cin^"'^ ns xmD rx '^i^p^' n^dj p i'iyiiT'n 

nDj"'31 ?"l"13 m. lebamot, vi, l\). «Marta apporta au roi Janée (c'est-à-dire à 
Agrippa) un boisseau de dennars pour qu'il fît de Josué b. Gamala un grand prêtre w 

(n'^DpiXT ni* nîdVo ^n^'^b cin^n m xmD n^b ab^^v nm ii2j>nr\ 



CHAPITRE XVI. 249 

longtemps celte dignité, puisque Josèphe mentionne encore 
sous Florus, avant le commencement des hostilités, Matthias, 
fils de Théophile, probablement le dernier pontife qui fut ré- 
gulièrement nommée 

L'aristocratie pontificale n'a de plus en plus que la timi- 
dité, l'abattement, mais aussi les rancunes et les haines d'un 
parti vaincu, ou plutôt expirant. Que signifie, en effet, une 

''3")3"l ■':n23 N^DJ pl^îl^in'''?, hma, 18 a; lebamot, 61 a). Nous avons déjà 
fait observer plusieurs lois que le nom de Janée était enaployé pour tous les 
princes asmonéens et hérodiens. M. Munk {Palestine, 677 b) suppose avec rai- 
son que Josèphe, peut-élre pour ménager Agrippa, n'a pas mentionné ce motif peu 
honorable de ses préférences subites pour Josué. On raconte de Marta (Miriam), 
que, «désirant aller voir son mari au moment où il devait (comme pontife) faire 
la lecture (de la Bible) au jour du grand Pardon dans le temple, elle fit mettre 
des tapis depuis la porte de sa demeure jusqu'à celle du sanctuaire» (nii*yD 

n''3 nriD ny nr\^2 nncD nvtoDia nb ii^sim ^'ipDn n^22 amcDH 

IS") DTpDn, Midrasch sur Echa, 1, 16). Voyez du reste, sur le sort de Marta, 
ci-après (p. 298). Pour Josué, la m. loma, m, 8, vante sa libéralité, en disant 
trque l'urne qui se trouvait au temple renfermait deux bulletins en buis (portant 
l'un les mots «à Jéhova,» et l'autre, «à Azazel,-? voyez Lévitique, xvi, 8), et que 
Ben Gamala les fit faire en or» {b^ DlVli: ''W .131 DV nn^H "'D^VI 
nnî bv Xbaa p ]HV:^^ Vïl :?nDirN).-La même misclma continue: «Ben 
Katin fit mettre douze robinets à la cuve, qui n'en avait eu que deux; il fit aussi 
fabriquer un appareil pour la cuve afin que les eaux qui s'y trouvaient ne fussent 
pas gâtées en y passant la nuit.» Ce Ben Katin est tout à fait inconnu. — Ailleurs 
{Baba-bathra , 21a), Rab lehouda, au nom de Rab, docteur du iii^ siècle, loue 
Josué ben Gamala «d'avoir pris des mesures pour qu'on établit des maîtres d'école 
dans chaque contrée et chaque ville pour les enfants de six à sept ans» (IpTt 

131 i'a^' ]3D '\DL' )3D îmX ]''D"'JDD1). A l'époque de ce pontife cependant, il 
paraît bien difficile d'admettre que les Juifs aient pu se consacrer à une institu- 
tion de celle nature. 

' Nous connaissons déjà un pofttife de ce nom sous Hérode; voyez ci -dessus, 
p. 160. 



250 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

aristocratie qui n'a ni pouvoir ni influence? Elle avait partagé 
toute la gloire des Asmonéens, elle avait adulé les Hérodiens; 
mais Agrippa II était lui-même sans force et sans énergie. 
A Jérusalem il n'avait que la garde du trésor sacré, qu'il ne 
savait pas toujours préserver de la cupidité des procurateurs, 
et la nomination des pontifes, qu'il paraît avoir transformée 
en une source de revenus pour satisfaire les goûts du luxe et 
des constructions, héréditaires dans sa famille. Cet humble 
serviteur des Romains, qui se traîne lâchement à la suite de 
leurs généraux et se prête à toutes leurs bassesses , blesse pro- 
fondément dans ces prêtres la fierté instinctive et la dignité 
naturelle qui survivent dans toute aristocratie , et dont plusieurs 
membres du pontificat font preuve. L'hostilité du sacerdoce 
contre les Romains et Agrippa II éclate en plus d'une occasion. 
Sans parler de Jonathan, fils de Hanan, que Félix fait assassi- 
ner, parce que ce prêtre lui avait reproché avec franchise sa 
conduite indigne envers les Juifs, et lui avait conseillé plus de 
modération dans l'exercice de ses fonctions, Josèphe ^ nous 
raconte une lutte ouverte entre le roi et le pontife Ismaël, au 
sujet d'une construction qu'Agrippa avait fait dresser au-dessus 
du château qu'il habitait, en face du temple, construction 
d'où il pouvait voir tout ce qui se passait dans l'intérieur du 
sanctuaire. Les prêtres élevèrent à leur tour la muraille du 
temple, bien que Festus eût ordonné de l'abattre, et ils en- 
voyèrent à Rome une dépulation, à la tête de laquelle se trou- 
vait Ismaël lui-même. Poppée obtint de Néron une décision en 
faveur des prêtres, mais probablement pour prévenir les frot- 
tements entre ce pontife et Agrippa, Ismaël fut retenu à Rome, 
ce qui paraît avoir décidé la nomination de Joseph Kabi^. 

' A. J. XX, VIII, 5. Voyez ci-dessus, p. 28 1-, note 1. 

* Ibitl. vin, 1 1. Josèphe dit bien qu'Ismaël et Hilkia, le gardien du trésor 



CHAPITRE XVI. 251 

Après la mort de Festus, avant que le nouveau procurateur 
fût arrivé, l'ardent Hanan, sans doute le même qui, selon le 
Thalmud, se révolta contre les pratiques pharisiennes aux- 
quelles on l'obligeait à se soumettre', fit rassembler son san- 
hédrin et condamner Jacob, frère ou parent de Jésus, malgré 
les docteurs mécontents de ce nouvel acte de fanatisme^, et 
aussi malgré Agrippa, s'il nous est permis de juger ce roi 
d'après la conduite indécise et équivoque que les Actes^ lui 
attribuent lors de l'emprisonnement de Paul. 

( IIU ) , qui i'accompaguait , étaient gardés à Rome comme otages {ôfivpsûaovTcts) ; 
mais pour garantir quoi? La demande des prêtres était accordée, et le mur élevé 
par eux devait être conservé; il n'y avait aucun traité, aucune convention, dont le 
maintien eût besoin d'être assuré par un gage. On voit donc que Josèphe, en 
parlant d'otages , s'est servi maladroitement d'un terme impropre dans cette cir- 
constance. Nous pensons plutôt qu'on n'aura pas voulu humilier Agrippa en lais- 
sant en face de lui à Jérusalem le pontife qui avait remporté la victoire dans cette 
petite lutte engagée entre le roi et le sacerdoce. Ainsi tombe l'observation de 
M. Grœtzdans ia MonatsschriftdeM. Frankel, 1,689. (Voyez du reste sur Ismaël, 
ri-dessus, p. 233.) 

' Voyez le passage de la Tosefta cité ci-dessus, p. ici , note 3. 

* A. J. XX , IX, 1 . L'expression Kadiiei awéêpiov, dont se sert Josèphe, répond 
exactement à celle de ^''TirijC ^S'^Î^ID, employée souvent dans les Thalmuds. 
La conduite des Pharisiens après cette exécution confirme , comme celle de R. Gam- 
liel lors de l'emprisonnement de Pierre, la manière dont nous avons exposé plus 
haut, p. 201, la condamnation de Jésus lui-même. Peut-être faut-il placer dans le 
même court intervalle l'exécution c d'une fille de prêtre, qui s'était prostituée, et 
qu'on brûla en l'entourant de fagots. n Ce fait, attesté par R. Éliézer b. Sadok, 
qui dit y avoir assisté étant enfant et monté sur les épaules de son père, est en op- 
position avec le mode d'exécution prescrit par les docteurs, ce qu'on exphque 
«par les connaissances insuffisantes du tribunal qui siégeait alors." N7ty "'iSD 
■•pa îl'JU nn'Ul'ù' \'^1 rr'n riMm. Saiilmlrin,\ii, 2 elï.ibid. (Voyez cepen- 
dant ci-après, p. 2 63, note.) 

^ xxT, i3-26 Jin Al. iosl {Geschichte (I. Isr. seit d. Zeit d. Maccabœer, II, notes, 
p. 82) pense que le mécontentement d' Agrippa est indiqué expressément dans les 
mots de Josèphe (/. r.) , x,^ph tvs èxetvoH yvMfJLV^ , où èneivoxi se rapporterait au 
roi. 



252 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

Agrippa II paraît avoir éprouvé plus de sympatliie pour les 
Pharisiens, bien que leur modération politique n'eût rien de 
commun avec la lâche complaisance du roi envers les oppres- 
seurs du pays. Les rabbins nous ont conservé plusieurs ques- 
tions qu'Agrippa adressa à R. Eliézer, docteur célèbre de cette 
époque, k Puisque Dieu aime tant la circoncision, lui deman- 
da-t-il, comment ce précepte ne se trouve-t-il pas dans les 
dix commandements? — C'est que Dieu, répondit R. Elié- 
zer, l'avait recommandée avant le décalogue, en disant : Et 
maintenant si vous écoutez ma voix et si vous observez mon 
alliance, etc. (^Exode, xix, 5). . . . . Cette alliance est celle de 
la circoncision ^ w Les prédications de Paul contre la circon- 
cision auraient-elles appelé l'attention du roi sur ce point? 
On se rappelle la divergence d'opinion qui régnait à cet égard 
autour des prosélytes de la famille royale d'Adiabène, di- 
vergence dont nous avons déjà parlé"^. 

Le même R. Eliézer ayant soutenu l'opinion que pendant 
les sept jours que dure la fête des Tabernacles, les Juifs sont 
obligés de prendre chaque jour deux repas sous la tente, le roi 
Agrippa lui fit faire cette question : «Moi qui suis habitué à 
ne prendre qu'un seul repas par jour, aurai-je ainsi satisfait à 
mon devoir? Le docteur répliqua : Tu te donnes bien chaque 
jour du superflu pour ton propre plaisir, et tu ne pourrais pas 
t'en donner en l'honneur de ton créateur^ ! ■'i — R. Eliézer exi- 

> Tanhonma (éd. Amslerdaiu, 1783), p. 7 a : T DN "j^Dn CD^JN SxC; 

nsriD îoi'? ne'? n'^'^^n nx 3Dn njih -^iid ci-pnc; inxD "di "lîy^'pN 
n''7''D nna iî idijt ti-'id nx DmDC'i ■''7ip2 ivDun i-^Cï; dn* nnri 

■^ Ci-dessus, p. 2 2 5. 

•■ Soucca, 27 il : |T:2 -lîi*"'^N "'Il TN "V^H DD^XX S^ DDniDDN Vk^T 



CHAPITRE XVI. 253 

gea aussi qu'on passai toute la fête sous une même cabane. 
«Là-dessus Agrippa lui fit demander : Eh bien, moi qui ai 
deux femmes, l'une à Tibériade et l'autre à Sepphoris, puis-je 
m'acquitter de mon devoir en me rendant d'une cabane à 
l'autre ?w R, Eliézer répondit : «Non, parce qu'en sortant d'une 
première cabane pour aller dans une autre, c'est comme si l'on 
avait manqué au commandement pendant le temps qu'on a 
passé dans la première '. •>■> Ces deux dernières questions, faites 
par l'intendant du roi, sont sans doute soulevées par lui au 

miSnD-)2 HDD yc^i2 nnN nri Dr '^22 -ii idn iîûdnt (nDica) ara 

Ijlp -"Î3D7 nnX mD^D yù^OlD nnX \S* VÙ'D:;! ip'Hy 112dV. Le nom d'un 
ETrfTpoTros d'Agrippa est donné par Josèphe, Vita, 26; B. J. II, xxi, 3; il s'ap- 
pelait Ptolémée. 

"iDiN "'JNu: N*'? 'h noN TtDDXi nDiD*? n^icD N'iNC iHD mD^îja nnxi 

n^ll^K") -Vl? nnrjD VîOn HDIdV HDIDD Nî'rn Sd. Ces cas de bigamie n'ont 
rien d'étonnant pour Agrippa, qui menait une vie fort dissolue, et qui, en pu- 
blic, ne se montrait guère qu'en société de sa sœur Bérénice (voyez Actes, xxv, 
i3; Josèplie, B. J. II, xvi, 3) , la belle pécheresse {A.J. XX, vu, 3), qui, comme 
presque toutes les princesses de la famille hérodéenne, cherchait ensuite, dans les 
actes de dévotion et d'abstinence, le pardon et la réconciliation (B. J. II, xv, 1). — 
Il se peut bien que ces questions d'Agrippa n'aient été adressées à Eliézer qu'après 
la destruction du temple; elles n'en prouveraient pas moins les bons rapports que 
ce roi entretenait avec les Pharisiens. Nous savons du reste que R. Eliézer a célébré 
une fois la fête des Tabernacles à Césarée de Philippe, dans la Galilée supérieure, 
quifut la tétrarchie d'Agrippa II. (Voy. Soucca, 9.'^h:D2'C\u "lîy^?N ^2~)3 n^ifD 

^viD-'pD nb ''"iDiXi •'^^''pn ■'Ny'jw ""n'a pnr b^ iddid^ ]vbifn b'^bin 

131. ) Kisri ou Kisrin est , dans les Thalmuds , le nom de Césarée ( CœsareaAugusti), 
située sur le bord de la mer; mais Kisrioiin désigne toujours Cœsarea Philippi (voy. 
la Partie géographique, s. v.). Je vois dans cette terminaison ^V une forme dimi- 
nutive , du grec lov , comme si l'on avait appelé cette dernière ville la petite Césarée , 
par opposition avec la ville bâtie par Hérode. (Comp. ]'l"'D7ri et ''D'?n, I^Jini 
et DIDJ. L'ignorance des Babyloniens pour ce qui concerne la géographie de la 
Palestine peut seule faire comprendre le doute exprimé dans ce passage; Césarée 
d'Auguste n'était pas dans la Galilée supérieure! 



254 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

nom (l'Agrippa lui-même. Nous avons pour cela le témoignage 
d'une ancienne baraïta, où il est dit : ^Le roi Agrippa lui- 
même , qui est habitué à manger à trois heures de l'après-midi, 
ne peut prendre son repas avant la nuit (la veille du premier 
jour de Pâques • ). » Ce repas de trois heures était évidemment 
le seul que le roi prît chaque jour et le même qui avait pro- 
voqué la question que nous avons mentionnée. 

Ces passages trahissent une grande légèreté de mœurs unie 
à une puérile préoccupation d'observer avec rigueur certaines 
minuties de la Loi. C'est bien là le caractère de cette race mixte 
dans laquelle le sang hérodien est mélangé avec celui des As- 
monéens. En voyant Agrippa en face de R. Eliézer, on dirait 
un seigneur frivole du temps du grand roi, vers le déclin du 
règne , devenant catholique sévère devant son austère confes- 
seur. Depuis l'acte de fanatisme de Hanan, Agrippa dut favo- 
riser la rentrée des Pharisiens dans le sanhédrin; il n'eut qu'à 
suivre en cela l'exemple de sa mère. Les quatre ou cinq familles 
pontificales qui depuis près d'un siècle avaient presque seules 
fourni les pontifes pour le sanctuaire de Jérusalem paraissent 
écartées, puisque les trois derniers grands prêtres ne descen- 
dent ni des Hanan, ni des Karnhil, ni des Kanthéra, ni des 
Phabi, ni des Boéthos. La modération des docteurs offrit au 
roi des garanties de tranquillité et de paix. En effet, malgré 
les éléments divers dont se composait la population de la capi- 
tale, malgré les aspirations si différentes, disons même si op- 
posées entre les prêtres et les docteurs , les aristocrates et le 
peuple, les hommes calmes et les zélateurs, les exactions les 
plus révoltantes des procurateurs ne provoquèrent à Jérusa- 



CHAPITRE XV F. 255 

iem, où les Juifs habitaient seuls, que quelques émeutes et 
des rassemblements, surtout vers l'ëpoque des grandes fêtes; 
mais ces mouvements étaient sans portée et les Romains en 
avaient promptement raison. 

L'insurrection du pays entier partit de Gésarée. Cette ville, 
bâtie par Hérode \" près de l'emplacement de l'ancienne Tour 
de Straton, et ornée avec profusion de cirques et de temples 
païens, attira dès le début un grand nombre de Syriens et de 
Grecs, et cette population augmenta encore lorsque les pro- 
curateurs, fatigués de séjourner à Jérusalem, la choisirent 
pour leur résidence. Des rixes continuelles éclatèrent entre les 
habitants Juifs et les idolâtres, qui trouvaient un appui facile 
dans les légions romaines et chez les procurateurs eux-mêmes. 
Ainsi , à l'occasion d'une contestation qui s'engagea entre les 
deux partis au sujet du droit de bourgeoisie, Félix envoya ses 
soldats contre les Juifs qui avaient pris les armes, et en fit tuer 
un grand nombre ^. Ge droit leur fut ensuite enlevé par un dé- 
cret impérial lorsque Félix, remplacé en Palestine par Festus, 
put à Rome employer auprès de Néron l'influence de son frère 
Pallas^. Le privilège accordé ainsi aux Grecs, les enhardit à 
des nouvelles tracasseries : un d'entre eux, qui possédait un 
terrain près de la synagogue, y fit construire des ateliers qui 
obstruaient les abords du temple. Les Juifs se plaignirent au- 
près de Florus, qui, après avoir reçu d'eux huit talents, fit des 
promesses, et partit aussitôt de Gésarée sans rien faire. Le len- 
demain, un jour de sabbat, un païen plaça un vase de grès sur 
les marches de la synagogue et y égorgea quelques oiseaux : 
c'était le sacrifice ordonné par Moïse pour la purification des 
lépreux. L'acte accompli par ce Grec devait rappeler la fable 

' Jos. A. J. XX, VIII, 7. 
^ Id. ibid. 9. 



25G HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

inventée par Manéthon, que les Juifs avaient été chassés de 
l'Egypte à cause de la lèpre, dont ils avaient été affectés. La 
jeunesse juive, piquée au vif, courut aux armes; les Grecs l'at- 
tendaient; un combat s'engagea , dans lequel les Juifs eurent le 
dessous. Munis de leurs livres sacrés, ils quittèrent tous la 
ville pour se rendre à Narbata, qui était à une petite distance 
de Césarée. Une députation qui fut envoyée auprès de Florus, 
au lieu d'obtenir justice de l'insulte, fut fortement répriman- 
dée et jetée en prison ^ 

Le nom d'une synagogue ancienne de Césarée, qui signifie 
peut-être : Synagogue de révolte, est le seul témoignage thal- 
mudique qui pourrait se rapporter à ce dernier événement ^. 
Mais les conséquences terribles que ces luttes entre les païens 
et les Juifs à Césarée produisirent sur les esprits à Jérusalem 
paraissent avoir frappé les rabbins; les deux villes se pré- 
sentent à leur mémoire comme deux ennemis inconciliables. 
«Si quelqu'un prétend, dit un midrasch, que Césarée et Jéru- 

' Jos. B. J. II , XIV , l)-5. Voyez sur INarbata , ci-dessus , p. 78 , note. D'après Jo- 
sèphe , Florus reprochait aux Juifs d'avoir emporté les livres de la Loi hors de Césa- 
rée. Y avait-il là-dessous quelque superstition romaine? ou Lien , le procurateur se 
rappelait-il le châtiment exemplaire qu'on avait exigé et obtenu contre le légion- 
naire romain qui avait déchiré et brûlé un rouleau de la Loi, etblàmait-il les 
Juifs d'avoir exposé ainsi à une nouvelle profanation leurs livres sacrés en les por- 
tant hors de la ville pendant l'exaspération de la lutte ? 

2 j. Biccourim, m, 3 (65 a), il est question de la ncpi NmiD Nn^"'J3 
yo^ez aussi ]. Berachoi , ni, 1 (6a); Aazir, vu, i; Bammidhar-rabba, c. xn; Mi- 
drasch sur Lamentions, i , 3 , etc. L'orthographe du second mot est incertaine et 
varie entre NDTID, NPOnD, Nm"7D et NTIIID; cette dernière leçon offrirait 
le sens que nous avons donné dans le texte. Notez que la racine marad se prend 
aussi en bonne part pour une résistance courageuse au mal; ainsi on dit de Caleb, 
(t qu'il s'est opposé au sentiment des explorateurs w (Q'''?2")D rijJVS T"lDï/'), etl'on 
appelle les monnaies frappées sous Bar-Cochba ttla monnaie de la révolte» (y3t3D 

lIDîy, probablement pour TIC ^fD). 



CHAPITRE XVI. 257 

sylein sont toutes deux dévastées ou toutes deux floiissantes, 
ne le crois pas; mais s'il raconte que Césarée est en ruines 
et que Jérusalem est debout, tu peux le croire ^ w — Ailleurs 
on dit : «Depuis que Jérusalem est détruite, Césarée, Tri- 
poli, etc. se sont relevées^. » Le verset des Lamentations (iv, q i), 
«Sois heureuse et joyeuse, fille d'Edom,r est appliqué à Cé- 
sarée^, la ville fondée par l'iduméen Hérode et pleine d'allé- 
gresse parce que Jérusalem, sa rivale, est tombée. 

A Jérusalem tout le monde fut indigné de la conduite de 
Florus; mais le procurateur ne garda pas plus de ménage- 
ments envers les habitants de la ville sainte qu'il n'en avait 
montré pour les Juifs de Césarée. Il enleva dix-sept talents du 
trésor du temple, maltraita sans distinction les habitants pai- 
sibles et la foule remuante, ordonna à ses soldats le meurtre et 
le pillage dans le quartier le plus riche, l'insulte et le massacre 

' Talkout, I, 110 : QHTIî:' niH CDIN ^S IDN"' CX cVcn^l ncp 

jDvxn o'^ï/'n'^ ^\2U''^ piDp nmn ]DNn ba idc"' in. 

* Midrasch sur Echa , i, 5 : ;"'''7D"'")Î3T J"'"lD''p pC'V: cbc'l-l"' mniïD 
"10131. Certes une partie de faversion qu'inspirait Césarée doit être mise sur le 
compte du christianisme, qui y fonda de bonne heure une église importante. Mais 
les prosélytes que le diacre Philippe fit à Césarée (Actes, viii, lio; comp. xxi, 8) 
étaient probablement des Samaritains, qui habitaient toujours celte ville en très- 
grand nombre et qui n'étaient peut-êlre pas étrangers aux ennuis dont on y abreu- 
vait les Juifs. L'habitude de sacrifier des pigeons pour la purification des lépreux 
n'était guère connue des Grecs, sinon à la suite de renseignements fournis par les 
Samaritains. Philippe fut du reste l'apôlrc de la Samarie [ibid. viii , i ). 

3 Midrasch, ib. iv, ai : jncp 1î DIIN n2 T\12^^ ^a""?:'. — D'après Tan- 
houma, 46 a, eiVayykra-rabba , c. xx(i87 c), le grand prêtre aurait, au jour du 
grand Pardon , consacré une prière particulière «aux frères de Césarée, pour (ju'ils 
ne cherchent pas à dominer les uns sur les autres^ (Nj'?îl,* |^"lDp2iy IjTIN /i' 
I7N 7i? I^N n~l~lîy liT'DJl"'). Si ce passage est authentique, les Juifs, probable- 
ment fort riches, de cette ville, auraient été très-ambitieux et souvent en lutte 
même entre eux. 

I. 17 



258 HISTOIRE DK LA PALKSTl.NK. 

;ui\ |)()rtes de la ville, et, dans sa fureur, il repoussa jusqu'aux 
prières de Bérénice, sœur d'Agrippa, qui aurait presque payé 
de sa vie sa courageuse et inutile intercession^. Le peuple n'en- 
tendit plus que la voix du désespoir; il se jeta sur les nouvelles 
troupes arrivant de Césarée, les accabla de flèches et de pierres 
et les força à se retirer. Les guides du peuple pendant cette 
résistance vigoureuse paraissent avoir été quelques jeunes 
prêtres qui se mirent à la tête de la multitude et, une fois les 

' Josèplie, B. J. II, XV, 1. — Il me semble qu'à ce jour de pillage se rap- 
portent les mots attribués à Zacharia ben Hakkatzab, m. Kptiihol , ii, lo: ~) "iCX 

1N2»''ÎI'* l'J dVCI")''?. «Je jure par ce temple que la main de ma femme n'a pas 
quitté la mienne depuis l'heure où les païens sont entrés dans Jérusalem jusqu'au 
moment où ils en sont sortis. •" Ce prêtre cherchait par ce serment {comp. m. Km-ilot, 
I, 7) à échapper aux conséquences de la loi qui interdit au coJwn tout commerce 
avec sa femme lorsqu'elle est restée seule dans une ville envahie par des païens , 
quand ils y sont entrés avec des intentions de meurtre. Zacharie vivait à cette 
époque et son nom se trouve associé à celui de R. José ou Joseph Haccohen {Edutot, 
vin, 2), pour un témoignage relatif à une jeune fille de race sacerdotale qui 
avait été placée pendant quelque temps dans une maison païenne ( H jrmn) à As- 
calon. De même ce R. Joseph voyait encore le temple debout, puisque la Mischna 
{Hnlla, IV, 2) parle des prémices de vin et d'huile qu'il avait offertes à Jérusalem, 
et qu'on y refusait; il est aussi question, dans la même mischna, qu'il avait 
«amené à Jérusalem ses fils et les gens de sa maison pour y faire la petite Pâque» 
(celle du i5 lyyar, voyez }<omhres, ix, 6 et suiv.), probablement empêché de cé- 
lébrer la première ou la grande Pàque par une souillure qu'il avait contractée à 
la suite de la mort de sa femme, qui avait eu lieu la veille de la fêle des azymes 
( voyez Sifra sur Lévitique , xxi , h ). Dans un autre passage (j. Baha-bathra , viii , 1 ), 
R. Zacharie b. Hakkatzab rapporte une opinion de R. Siméon ben lehouda, doc- 
teur du II" siècle (comparez aussi tosefta ibid. vu). Mais il y a une erreur dans 
notre texte, et les mots Iph Hakkatzab doivent être rayés; le disciple de R. Siméon 
b. lehouda était un autre Zacharie, ou, comme il est nommé ordinairement, un 
R. Zacaï (voyez ci-dessus, p. gS, note 1). Voyez m. ladaïin, m. 3 et la Tosefta, 
toile qu'elle est citée par R. Simson de Sens; car, dans les éditions, le texte est 
corrompu. Comparez aussi Bprachot , 35 b, et surtout Sabbat, 79 b. ()oyez mes 
observations dans les Thalmudische Forschungen . i8fî6, p. i/i5, et celles de 
M. Geiger, Jiid. Zcitschrifl. V. p. 75 et suiv.) 



CHAPITRE XVI. 259 

Romains repousses, s'emparèrent de l'enceinte du temple. En 
démolissant le portique qui liait le temple au château Antonia, 
les zélateurs occupèrent un point parfaitement fortifié, d'où ils 
dominaient la ville et cherchaient à diriger les affaires du pays 
entier K 

Florus, après avoir rendu le mal irrémédiable, retourna à 
Césarée, ne laissant à Jérusalem qu'une seule cohorte au ser- 
vice des hommes modérés qui cherchaient à rétablir la tran- 
cjuillité dans la ville. Les efforts des anciennes familles sacerdo- 
tales, qui s'adjoignirent dans cette occasion quelques docteurs 
pharisiens, échouèrent; Agrippa II, qui accourut à la hâte, 
espérant encore conjurer le danger d'une rupture complète 
avec Rome, ne fut pas plus heureux. On l'écouta d'abord avec^ 
déférence; mais, dès que le roi eut conseillé de se soumettre 
à Florus jusqu'à l'arrivée d'un nouveau procurateur, des mur- 
mures éclatèrent, et Agrippa fut forcé de quitter précipitam- 
ment Jérusalem ■^. On refusa les impôts, et l'on cessa de faire le 

' B. J. II, XV, 2-6. Les mots de Josèphe, êmmov Se ■boaXoI (ièv inso Pcofiaicov 
T«w7o(jtero< , -srAe/ous Se t5ir' dX^-^Xav ^ta^6(iîvot. Asivos Se tsepl Tas 'ssvXas ùQia{j.os 
^v,«tA, se complètent peut-être par ce passage du tha!mud&oî/iw, i5 a:njlîli'N"i3 

nî ipm ]nnnN c^^-'ik ic:3:t ]r"'î "'biî biiû"''? ic:;:"! □n-'iriN ism 
ij'pnn ni'u' nmxs c^'^ik i3"^nw' hdd "inv ht nx ht i3^m ht ns* 

]j"'"'î ■''733 JDIpD? p"!î*n "iiT'C. "Autrefois (en revenant pendant le sabbat 
d'une sortie qu'il fallait faire pour se défendre), on déposait les armes dans une 
maison près du mur (de Jérusalem). Un jour, les ennemis, ayant aperçu des Juifs, 
les poursuivirent et entrèrent après eux (dans la ville), pendant que les Juifs 
allaient prendre leurs armes. La presse était alors telle que le nombre des victimes 
qui périrent étoufifées fut plus grand que le nombre de ceux qui reçurent la mort 
de la main des ennemis. A cette occasion, on prit la mesure que cbacun dorait rap- 
porter ses armes chez soi." 

* Jos. ibid. XVI, 3 et suiv. Bérénice assistait à celte réunion assise sur le palais 
des Asmonéens. Agrippa comptait sur l'affeclion que les liabilants de Jérusalem et 



2G0 lUSTOIRK DE LA PALESTINE. 

sacrifice ([u'on avait coutume d'iininolei' journellement pour 
l'empereur; on s'interdit même d'accepter dorénavant les vic- 
times qui seraient offertes par des païens pour le temple de 
Jérusalem. L'âme de ce mouvement fut f^léazar, fils de Hana- 
nia, commandant du temple, prêtre d'une grande hardiesse, 
(|ui réussit à faire accepter son interdiction par fous ceux qui 
s'étaient enfermés avec lui dans l'enceinte sacrée. 

Une députation, à la tête de laquelle se trouva Siméon, fils 
de Hanania, peut-être frère d'Eléazar, fut envoyée par les 
modérés à Florus, pour demander du secours contre les re- 
belles; mais le procurateur n'en tint aucun compte. Des 
membres de la famille d'Agrippa se rendirent auprès de ce roi, 
qui consentit à envoyer à Jérusalem trois mille hommes, qui 
occupèrent la haute ville. Mais déjà les zélateurs les plus ar- 
dents, conduits par Menahem, fils de Judas le Galiléen, et 
profitant des chances favorables (|ui s'offraient à leurs desseins, 
étaient entrés dans la capitale. Une lutte s'engagea, dans la- 
quelle le parti exalté remporta la victoire; la haute ville fut 
prise, le feu et le glaive dévastèrent tout, la foi jurée elle- 
même fut violée et, malgré une capitulation, les Romains 
furent impitoyablement mis à mort. Hanania et son frère Ezé- 
chias, les deux chefs du parti pontifical modéré, ne trouvèrent 
pas grâce devant les bandes de Menahem et furent massacrés. 
Ces actes de tyrannie dépassèrent les intentions d'Eléazar, qui 
attaqua Menahem et ses acolytes, s'empara de leurs personnes 
et les fit mettre à mort^ 

Mais la haine profonde de Florus contre les Juifs se com- 
muniqua aux Romains stationnés dans les différentes vdles 

les Juifs en général éprouvaient pour les femmes de la famille d'Hérode qui des- 
cendaient de Mariamne l'Asmonéenne. 

' Jos. U. J. II, XVII, 2-q. Voir note x à la fin du volume. 



CHAPITRE XVI. 261 

de la Palestine et aux païens cjui les habitaient. Une {juerre 
de races éclata partout : on s'attaqua, on s'entre-tua des deux 
côtés du Jourdain; à Césarée, d'oià était sortie la première 
étincelle de ce vaste incendie, vingt mille Juifs furent massa- 
crés. Cestius, le gouverneur de la Syrie, ne put plus rester 
spectateur impassible de cette lutte, qui prenait de jour en 
jour des proportions plus grandes. L'armée romaine quitta An- 
tioche, se divisant en deux corps, dont l'un longea la côte, 
tandis que l'autre traversa la Galilée; réunie de nouveau près 
de Lydda, elle fut arrêtée par une défaite à Bet-Horon sur la 
route de Jérusalem. Agrippa, qui avait accompagné le général 
romain dans cette expédition, crut le moment favorable pour 
l'engager à traiter avec les Juifs. Mais les zélateurs s'oppo- 
sèrent à toute transaction et la guerre continua. Les premiers 
travaux d'un siège régulier furent commencés et ils semblaient 
prendre une tournure favorable aux Romains, lorsque Cestius 
fit tout à coup sonner la retraite ^ Elle fut désastreuse pour 
l'armée et se changea en une déroute complète. L'honneur de 
la victoire des Juifs dans les défdés près de Bet-Horon revint 
à Siméon, fils de Giora; celui du dernier triomphe, à Eléazar, 
fils de Siméon, issu d'une famille sacerdotale. L'un et l'autre 
étaient appelés à jouer le premier rôle dans la lutte suprême 
que le petit peuple de la Judée allait engager avec les maîtres 
du monde. 

' Sans doulc craignait-il les bandes qu'on réunissait sur ses derrières. Aussi 
Vcspasien n'enlreprit-ij rien plus lard contre Jérusalem qu'après avoir anéanti 
toutes les forces dans le nord et l'est de .lérusalem , et en se conservant des rela 
lions sûres et faciles avec les poris de mer .situés à l'ouest de la rapilale. 



'J62 IIISTOIRK Dr. I, \ l'A LK STI N K 

CHAPITRE XVII. 

I.A LUTTK. LES ZKLOTES. LES OOCTELItS ET li. lOHANAN BEN ZACAÏ. 

L'issue d'une lulle aussi inégale n'étail pas douteuse. Que 
pouvait, contre les légions nombreuses et si bien exercées au 
métier de la guerre, toute la population réunie de la Judée et 
de la Galilée, qui n'avait ni l'expérience des armes, ni des 
chefs capables de la conduire ? Encore si cette population n'a- 
vait pas été tiraillée en tous sens par les hommes placés à sa 
tête, si la résistance avait été organisée avec l'unité des vues 
cjui double la force, et soutenue partout avec la conviction ar- 
dente qui enflamme les masses. Malheureusement cette foule 
insurgée contre les Romains voit et entend à Jérusalem se 
produire et se croiser les opinions les plus opposées, depuis 
celle de la riche aristocratie, qui, après la déroute de Gestius, 
rêve encore la paix et la conciliation, jusqu'à celle ta fana- 
tique zélote se jetant tête baissée dans le gouffre béant de la 
révolution qui doit l'engloutir. 

Au début de la guerre le prestige qu'exerçaient encore le 
sacerdoce et ses alliés fut tel, que le sanhédrin, qui quittait 
alors les bazars pour retourner dans la ville ', et qui, par l'ab- 
sence de toute autre autorité, rentrait dans la plénitude de 
ses anciens pouvoirs'-, se peupla exclusivement de membres 

' Voyez ci-ilessus, p. 201. 

^ Ainsi s'explique comment la Misclina (Sanliédriit , v, 2) pouvait vanter 
rexlréme circonspection de R. loliauan ben Zacaï, docteur célèbre de ce temps, 
dans Texamcn des témoins (jui tléposaicnl dans les causfs capitales, sans avoir 
besoin d'av(tir recours à la solution lorcéf ijuc propose le Tlialiniid, ibid. !\^ a. 
( \'oye7. ri-nprès. p. 978. note 1.) {]e lut pciit-t'lri' |K'iuliiiil lo li'inpsde la ;;uerri' (pif 



CHAPITRK XVll. 263 

des riches familles pontificales et de quelques Pharisiens d'une 
illustre naissance'. Pour l'administration de la ville et du 
temple , ainsi que pour la direction supérieure des districts ou 
toparchies, le parti exalté fut systématiquement écarté; on lui 
préféra les modérés, qui. n'ayant pris aucune part aux derniers 
événements, étaient plutôt propres à pacifier sous-main le 
pays et à amener une conciliation, qu'à exciter davantage les 
esprits et à étendre la révolte '^ Seulement lorsque, grâce aux 
demi-mesures de Josèphe, qui avait été envoyé en Galilée, ce 
boulevard de la Judée fut irréparablement perdu, une émeute, 
excitée par les zélotes, éclata dans les rues de la capitale; les 

R. Éiiézer ben Sadok put assister à l'exécution de la fille d'un prêtre qui s'était 
prostituée; elle fut brûlée, entourée de sarments liés en fagots. (Voy. ci-dessus, 
p. 25i , note 2.) D'après une baraïla citée j. ibid. R. Eiiézer n'aurait eu alo.'S que 
dix ans, ce qui ne s'accorde ni avec j. Bétza, m, 8, d'après lequel ce docteur 
était, en même temps qu'Abba Saùl ben Batnit, à la tête d'un commerce à Jéru- 
salem (D'jîyn^S D'^JUin m^y), ni avec j. MegUla, III, 1, qui raconte que 
R. Eiiézer « acheta la synagogue que les Alexandrins avaient occupée dans la ca- 
pitale, n D"'''-)-:ddVn bu nC^DH n"'3 np'jiy. (Cf. ibid. 26 a; où l'on dit que 
c'était l'oratoire des juifs de Tarse : ""a H'^nU D"'"'Dniî3 b'^ DDaDH rT'D.) Dans 
le m. Sabbat, xxiv, .5, on parle même du «rpère de R. Sadok, ^ '3T ^V V3N 
pn2i, ce qui est encore impossible, d'abord, parce qu'il s'agit dans ce passage 
du même commerce que j. Bétza, et que ce nom y est aussi associé à celui d'Abba 
Saùl; puis il résulte de Moéd-Katon, 20 a, que le père de R. Sadok mourut à 
Gazaca (pîi^J), en Babylonie, d'où cette famille vint à Jérusalem, peut-être 
avec celle de Hillel, à laquelle R. Sadok, ainsi que son fiis R. Eiiézer, était 
frès-altaché. (Voyez ci-après, p. 3^2.) La question, s'il y avait encore un second 
R. Eiiézer ben Sadok un siècle plus tard a été résolue négativement par le Sédev 
Haddo7-ôt, s. V. et affirmativement par M. Frankel, Darhé Hamfnischna , I, 98, 
178. Nous l'avons traitée p. îififi , note h. 

' Hanan, l'ancien (ô yspaiTaTos tc5v ip-^iepéuv , B. J. 1\, m, 7), Hanau ben 
Hanan, Josuében Gamala, Simon ben Gamliel, Joseph ben Gorion, etc. 

^ Parmi les noms qu'on peut hre dans Josèphe, ibid. 11, xx, 4 , il n'y a qu'E- 
liézer ben Hanania qui ait été mêlé aux tentatives de l'insuireclion. Mais voyez 
sur hii note x à la lin dn volume. 



264 lliSTOIHE DE LA PALESTINE. 

pontifes furent massacrés, et ie parti de l'action et de la ré- 
sistance outrée fut porté aux affaires '. 

Cette succession dans l'avènement des partis doit être vraie , 
parce qu'elle n'est pas seulement attestée par l'histoire; mais 
parce qu'elle est aussi conforme à la nature des choses et à la 
loi qui préside à toutes les insurrections qui, n'étant pas étouf- 
fées à leur naissance, grandissent et se transforment en révo- 
lutions-. La vérité devient autrement difficile à démêler, dès 
qu'il s'agit d'entrer plus avant dans les détails de cette guerre 
longue et acharnée, de mesurer la responsabilité qui revient 
à chacun des partis qui y ont joué un rôle et de juger les per- 
sonnes qui, politiquement ou militairement, y ont pris une 
part active. Nous sommes réduits alors aux témoignages de 
Josèphe, si intéressé à voiler les fautes volontaires ou invo- 
lontaires par lesquelles il a précipité la chute de Jérusalem; 
de l'historien qui raconte, impassible et sans émotion, les 
dernières heures de sa patrie écrasée, assis dans le palais 
somptueux qu'il doit à la munificence du vainqueur; du poli- 
tique, qui a commencé son éducation dans le boudoir de Pop- 
pée et qui l'achève dans les antichambres de Domitien; de 
l'homme, enfin, qui poursuit encore de sa haine et de sa ran- 
cune des adversaires qui depuis longtemps avaient scellé une 
vie entière de dévouement par une mort glorieuse sur le champ 
de bataille ^. Nos sources rabbiniques ne jettent que de faibles 
rayons dans ce chaos obscur; peu de noms cités par Josèphe 
se retrouvent, on pourrait dire se découvrent dans les ou- 

' B. J. IV, III, (); V, a. 

' CeUe ressemblance entre les événements pendant la guerre judaïque et ceux 
de la Révolution française vient d'être mise en lumière par M. F. de Saulcy dans 
son beau volume intitulé : Les derniei-s jours de Jérusalem, Paris, i866. 

^ Voir noie \i à la fin du volnmo. 



CHAPITRE XVII. 265 

vrages thalmudiques ^ ; par contre, ces derniers présentent 
une série de noms qu'on chercherait en vain chez Josèphe. 
Les événements se sont enveloppés dans le voile de la lé- 
gende; on ne se rappelle plus distinctement que le dernier 
acte de ce drame terrible, l'ennemi furieux qui égorge dans 
les rues de Jérusalem, et les flammes dévorantes qui con- 
sument les débris vénérés du sanctuaire. 

Les passages suivants, tirés de nos sources, et se rapportant 
à la première période de la guerre, présentent un exemple frap- 
pant de la façon dont, deux siècles à peine après la destruc- 
tion du temple, l'imagination bizarre des docteurs dénaturait 
les événements, en les transformant en un conte amusant. 

' Ni Jean de Gischaia, ni Éléazar ben Simon, ni Simon ben Giora, ces trois 
héros de la liitle, ne sont mentionnés dans les Thalmuds ni dans les Midraschim. 
Les monnaies mêmes portant les noms d'Éléazar et de Siméon, si elles appar- 
tiennent aux deux chefs de la révolte, ne nous fournissent pas les noms de leurs 
pères. Cependant il serait curieux de savoir à quel mot chaldéen répond la trans- 
cription grecque Tiwpa. Répondrait-elle à NIT^J, çtprosélyte?» La transcription 
latine Bargiora {HlVi 13, Tacite, Histor. V, i 2) n'est pas empruntée à Josèphe, 
(jui pour ce nom n'a nulle part remplacé le mot vlés par bar, mais à une autre source 
où le terme chaldéen était employé. (Voy. aussi Dion, lxvi, 7.) L'erreur commise 
par Tacite, qui dit «Joannes quem et Bàrgioram vocabant," prouve aussi que 
l'historien romain n'a point suivi Josèphe, mais un auteur qui pour Siméon se 
servait tantôt de ce prénom seul, tantôt du nom de Bargiora, ce qui facilitait la 
méprise et pouvait faire attribuer à Jean un surnom qui appartenait à Siméon. 
Par Josèphe, nous savons que Siméon était de Gérasa {B. J. IV, ix, 3); le Thal- 
mud connaît un Nimos (D1D''J), frère deR. Josuéde Gérasa CD"!!! H Vî^in'' '")), 
contemporain de R. Eliézer, de R. José et de R. Akiba (Bechorot, 12 b:'") IDN 
■'D")Jn IX'in"'") hwUH DID'^a ^b no 'Or, et Erafem, 21b), et vivant, par 
conséquent, immédiatement après la destruction du temple. Il me semble que 
nous n'avons ici qu'un changement du nom de Siméon (pD^D), changement fait 
avec intention par un proche parent de l'agitateur, qui craignait de réveiller les 
haines des Romains contre lui en conservant le nom dangereux de Siméon de Gé- 
rasa, considéré comme l'âme de la révolte et conservé seul pour orner le triomphe 
des vainqueurs {B. J. VII, v, 6). (Voyez sur un autre Nimos, ou plutôt Abni- 
mos, M. Gra-lz, IV (2" édition), p. '169.) 



266 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

«K. loluiiian dit: Le verset (^Prov. xxviii, ik), Heureux 
l'homme qui craint toujours! mais celui qui endurcit son 
cœur tombe dans le malheur, s'applique à Komza et à Bar- 

Komza, qui sont la cause de la destruction de Jérusalem 

Voici comment Jérusalem a été détruite par Komza et Bar- 
Kon]za : Un homme qui avait Komza pour ami et Bar-Komza 
pour ennemi fit un festin, et ordonna à son domestique d'invi- 
ter Komza; mais le domestique invita Bar-Komza. (Le maître) 
vint et trouvant Bar-Komza déjà assis : Cet homme, dit-il, 
n'est-ce pas mon ennemi? Que veux-tu ici? Lève-toi et va-t'en! 
— Puisque je suis là, répondit l'autre, laisse-moi, je te don- 
nerai le prix de ce que je mange et de ce que je bois. — 
Non , dit le maître. — Je payerai la moitié du repas. — Pas 
davantage. — Eh bien! je me charge des frais de tout le fes- 
tin. — Non, fut encore la réponse du maître du logis, et, en 
même temps, il le prit par la main, le fit lever et le mit de- 
hors. Puisque les docteurs assis ici, dit Bar-Komza, ne se 
sont pas opposés, ils ont donc approuvé, eh bien! j'irai les 
dénoncer chez l'empereur. Il alla dire à César : Les Juifs se 
sont révoltés contre toi. — Qui le dit ? — Envoie-leur une 
victime et tu verras s'ils l'immoleront. — César le chargea 
(pour le temple) d'une génisse de choix, à laquelle (le guide), 
pendant le trajet, fit une lésion à la lèvre ou, selon d'autres, 
à l'œil; lésion qui constitue un défaut chez nous, mais qui 
n'en est pas un chez les païens. Cependant les docteurs vou- 
lurent l'offrir dans l'intérêt de la paix avec l'Empire, lorsque 
R. Zacharia ben Abkoulos leur fit observer que , si l'on ad- 
mettait la génisse, on dirait que des animaux défectueux peu- 
vent être sacrifiés sur l'autel. On voulut alors mettre à mort 
(le guide) pour qu'il ne fît pas de dénonciation; mais R. Za- 
charia dit encore, qu'on pourrait ensuite soutenir qu'il faut 



CHAPITRE XVII. 267 

tuer celui qui fait une lésion à une victime. R, lohanan con- 
clut : La timidité extrême de R. Zacharia ben Abkoulos est 
cause que notre temple est détruit, notre sanctuaire consumé 
par les flammes, et que nous sommes exilés loin de notre 
pays ^. V 

Dans ce passage nous rencontrons un souvenir vague de la 
mesure proposée et maintenue par Eléazar ben Hanania de 
refuser les sacrifices offerts par les païens (p. 260). Komza et 
Bar-Komza rappellent beaucoup le nom de Kompsos, fils de 
Kompsos, qui, d'après Josèphe^, fut un des habitants notables 
de Tibériade restés fidèles aux Romains : ce nom aurait été 
coupé en deux par la fable, qui aurait fait de Kompsos et de 
fils de Kompsos deux personnages différents. Enfin R. Zacha- 
ria ben Abkoulos appartient encore à l'histoire : c'est, sans 
doute, Zacharie ben Amphikalos, le collègue d'Eléazar, fils 
de Siméon, chef des zélotes à Jérusalem^. Bien que Zacharie 
semble n'avoir joué qu'un rôle tout à fait secondaire dans les 
affaires publiques, il doit à ses connaissances rabbiniques 
d'être mentionné dans le Thalmud, qui ne nomme nulle part 
Eléazar. 

Lorsque Jean de Gischala, en Galilée, conçoit des soup- 
çons contre les sentiments patriotiques de Josèphe et qu'il en 
avertit le gouvernement central, siégeant à Jérusalem, les 

' Gittin, 56 b. Comparez tos. Sabbat, xvii. 

- Vita, 9. Ko(i^6s et XSDp sont bien identiques. Il parait difficile d'admettre 
l'explication donnée tout récemment dans les Fnrschiingen , n° 7 {Beilage zu Ben 
Chanania, n° Sg), par M. Zipser, qui identifie Kompsa avec Hanania, et Bar- 
Kompsa avec Eléazar ben Hanania , parce que le premier est dépeint par Josèphe 
comme un homme riche et cupide, ce qui lui aurait attiré le sobriquet de 
Kamza, mot qui signifie, en chaldéen , «homme avare. t? 

^ B. J. IV, IV, 1, où la bonne leçon pour (t>aXéKos est kyL(p(xdiXoi. Celte iden- 
tité entre les deux noms a déjà clé remarquée par Jost, Geschichte der hraeliten, 
H, notes, p. 9S. 



268 IHSTOiniC DE LA PALESTINE. 

hommes modérés, mais honnêtes, qui étaient alors encore à la 
tète des afl'aircs, envoyèrent quatre commissaires dans cette 
contrée pour examiner de près la conduite du chef accusé. 
Parmi eux il y avait un loézer, désigné, à la fois, comme 
prêtre et Pharisien. Nous croyons le retrouver dans une mi- 
schna, où est cité «un commandant du temple loézer, disciple 
de l'école de Schamaï, et adressant une question de casuis- 
tique à Rabban Gamliel devant la porte est du temple ^ w A un 
moment où le vieux Hanan et Josué ben Gamala paraissent 
avoir dirigé le sanhédrin, et où un Hérodien, Antipas, pos- 
sédait encore la garde du trésor, loézer pouvait bien être un 
des successeurs d'Eléazar ben Hanania, qui avait été envoyé 
en Idumée. loézer doit aussi bien que Zacharie , à une con- 
troverse thalmudique, d'être inscrit dans un document hé- 
braïque. 

La démolition à Tibériade d'un château ayant appartenu 
au tétrarque Hérode fut ordonnée par le sanhédrin de Jéru- 
salem, parce qu'on avait représenté des images d'animaux sur 
les murs du palais, et Josèphe, au moment de partir pour la 
Galilée, fut chargé de l'exécution de cet arrêt. 11 s'agit proba- 
blement des sculptures défendues par la Loi, et peut-être est-il 
question de ce palais dans un passage du Thalmud qui cite 
une divergence d'opinions sur l'usage qu'on peut faire des 
pierres et des matériaux d'édifices condamnés pour ce motifs. 

Aussitôt que les zélotes eurent pris possession du pouvoir, 

' m. 'Orla, ii, 19 : Tlbxï; IDXI \XDG* "'T'C^DD n^n H'I^in VU ITIT 
131 mîDn-lVîyn IDiy ^pîn Sn^^Sd:! pn nu. il peut paraître étonnant 
qu'un disciple de Schamaï se soit adressé à R. Gamliel. Mais les exemples no sont 
pas rares que des disciples du premier se soient conformés, pour In pratique, aux 
doctrines de récoic de Ilillel. (Voyez ci-dessus, p. 2/1 5.) 

- Vdvez Ahoda zarn, 5o a : *31 3'î'în NT'^D Wj' "'2. 



CHAPITRE XVII. 269 

ils choisirent une branche peu considérée de la race sacerdo- 
tale, celle de lachin, et tirèrent au sort celui à cjui serait con- 
férée la dignité de grand prêtre. Josèphe raconte que le pon- 
tificat échut de cette façon à Phannias ben Samuel, du 
village d'Aphtha, campagnard ignorant, qu'il fallut entraîner 
de force à Jérusalem, habiller des vêtements sacrés et ins- 
truire pour les fonctions qu'il avait à remplir. L'historien dé- 
peint ensuite la consternation de tous les hommes de bien à 
la vue de ce paysan transformé en pontife, et surtout des 
deux grands prêtres qui eurent encore le commandement de la 
ville'. Ce fait se retrouve à plusieurs endroits de nos écrits 
rabbiniques. Le pontife y est appelé Pinehas, et l'on ajoute 
que les autres prêtres lui fournirent, aussitôt après sa nomi- 
nation, l'argent nécessaire pour soutenir dignement son rang ^. 
Parmi les hommes considérables en dehors du sacerdoce 

' B.J. IV, 111,8. 

* Tos. loma , c. i ; Tanhouma , i8 a ; lalkont , I , S 63 1 ; Sifra sur Lévitique, xxi , 
10. Voici ce qui se lit à ce dernier endroit : nnsn C\S* CD^'^D 7^ "1"''?^ T)DN 

imxirDi pbiDiDi Q"'-)3T"'3 mnx ^2bil^ hi'Ji jriD nvnb i^^ii: nb:fu 

DHÎ nin 2'an'ûn riN Vbv ibDl 32Jin. «On raconte de Pinehas de Habta, 
que, nommé grand prêtre par le sort, il fut cherché par les trésoriers et les com- 
mandants; ils le trouvèrent occupé à tailler des pierres, et lui remplirent la car- 
rière de pièces d'or.ii Le nom de l'endroit est aussi écrit NriDD et nDDK. Dans 
une version, Pinehas porte le surnom nnCH, rie tailleur de pierres. 15 Dans le 

Sifra, on ajoute : ij^'^nn Nîbm n"'n nno ""Di hit-^biD: p n^::n n idx 
Nim vzï^b D'AIDS iv:; d^zv) iDurc v-du aba imNi'D n'? nShi n-'n 

TC'y D"'^îl?3 «R. Hanania (ou Hanina) hen Gamliel observa : Est-ce que ce Pi- 
nehas fut un tailleur de pierres? N'était-il pas un de nos alliés? On Ta trouvé seu- 
lement labourant la terre, comme (Elie trouva Elisée) ayant douze paires de 
bœufs devant lui et il était lui-même à la douzième"' (I Rois, xix, 19). Hanina, qui 
cherche à sauver l'honneur de son allié, paraît^lus d'accord avec Josèphe, quant 
à l'état qu'il attribue à Pinehas. Maisuious pensons qu'à la place de wben Gamliel," 
il faudrait peut-être lire «ben Antigonos" (D1J3''Î3JN p). (Voyez nie^ observa- 
tions dans Fomchungen , année 1867. 



270 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

qui furent affligés de cette nomination, Josèphe cite aussi 
R. Siméon ben Gamliel et Joseph ben Gorion. Nous ne con- 
naissons ce dernier, qui était l'un des deux chefs du gouver- 
nement à Jérusalem, que par le courage qu'il paraît avoir 
déployé contre les partis extrêmes et par la mort violente 
qu'il reçut de la main des zélotes ^ R. Siméon. le descendant 
de HlUel, dont nous avons déjà parlé, avait le caractère plus 
conciliant, et rien ne fait supposer que la fureur de la ven- 
geance se soit tournée aussi contre lui^. Il siégeait, sans doute, 
comme son père dans le sanhédrin , mais certes il ne le prési- 
dait pas ^. Quatrième rejeton d'une famille dont les membres 

' Il nous paraît évident , que B.J. IV, m , 9 , il faut lire , à la place de Gorion , 
fils de Joseph: Joseph, fils de Gorion, et de même, if», vi, 1, Joseph pour Gorion. 
Ce Joseph avait été nommé au commandement de la capitale , en même temps 
que Hanan, dont il partagea le sort. M. Graetz (III, 857) fait descendre Joseph 
d'une famille de prêtres; c'est une erreur, car rien dans les relations de Josèphe 
ne l'indique, et il est même probable que l'hislorien n'aurait pas manqué de le 
dire {ib. II, xx, 3), s'il en était ainsi. Mais, dans l'opposition que le fils de Go- 
rion fait à cette occasion, en même temps que Siméon ben Gamliel , au nouveau 
grand prêtre, il est expressément placé en dehors des races pontificales. En efifel , 
tandis que les chefs envoyés dans les districts semblent tous appartenir au sacer- 
doce, la bourgeoisie de Jérusalem était trop puissante pour qu'il ne fût pas pru- 
dent et politique de choisir dans son sein un des deux membres du gouvernement. 
Sur la famille des Gorion, voyez encore ci-après, p. 281 , note 1. 

* M. Griclï {Monalsschrifl , I, p. 3i5 et suiv.) démontre parfaitement que R. 
Siméon n'était pas au nombre des martyrs qui tombèrent sous la main dos Ro- 
mains. En dehors des autres arguments contre une telle supposition , le silence 
de Josèphe dans cette occasion nous paraît concluant. 

•'' Le contraire est encore soutenu par Frankcl, Grœtz et d'autres savants esti- 
mables. Cependant il n'y a absolument que le passage Sabbat , 1 5 a , que nous avons 
cité ci-dessus , p. igg, note 1, qui puisse être allégué en faveur de leur opinion. Jo- 
sèphe dit seulement «que Siméon était d'une naissance très-illustre et qu'il appar- 
tenait à la secte des Pharisiens, qui semblent se distinguer entre tous par une ob- 
servation rigoureuse des lois héréditaires {Vita, 38). Il parie ensuite des dé- 
marches qu'il fit en faveur de son ami Jean de Gischala. Est-il admissible que 
l'historien se serait tu sur sa dignili' do chef du sanhédrin, la première de toutes 



CHAPITRE XVII. 27! 

s'étaient distingués depuis près d'un siècle par leur science et 
leurs vertus , Siméon paraît avoir augmenté encore ce précieux 
patrimoine par ses propres qualités, et avoir ainsi exercé une 
influence incontestable sur tous les partis entre lesquels il servit 
plusieurs fois d'intermédiaire habile et considéré; il lui aurait 
été bien plus difficile, sinon impossible de remplir cette tâche, 
s'il avait été revêtu d'une fonction officielle. Sincère dans ses 
convictions, il aime autant la franchise et la bravoure de Jean 
de Gischala, qu'il hait le faux patriotisme et l'hypocrisie de 
Josèphe et se tourne contre lui; blessé dans sa piété par les 
souillures que les zélotes faisaient subir au temple, il harangua 
une fois le peuple contre ces hardis profanateurs; mais, après 
cet élan généreux de son indignation, il se retira dans la vie 
privée et vécut, comme presque tous les Pharisiens, dans la 
solitude, loin des affaires et du tumulte de la place publique. 
L'aphorisme qui lui est attribué dans le traité d'Abot \ s'il est 
en effet de lui, exprime fort bien la règle que R. Siméon sui- 
vit : «Elevé depuis ma naissance au milieu des savants, je n'ai 

à celte époque, si Siméon l'avait réellement_possédée? En nommant les deux com- 
mandants de Jérusalem qui, Siméon étant nasi, lui auraient été subordonnés, 
Josèphe n'aurait pas manqué da nous signaler ce lien de dépendance. — Il résulte 
de cela que les monnaies portant l'inscription de wlC^ î»sî^îi?j J'i'Dîy ne 
peuvent en aucun cas être attribués à ce Siméon. (Voyez M. de Saulcy, Reime nu- 
mismatique, année i865, p. 16 du tirage à part. Quant aux monnaies qui montrent 
le nom de Siméon seul, nous y reviendrons ci-après, chap. xxiv. 

' I, i5. On a soutenu que ce paragraphe devait suivre le S 1 2 , qui renferme 
les maximes de Hillel, de sorte que le Siméon qui y est mentionné serait le pre- 
mier de ce nom, c'est-à-diro le fils de Hillel. On ne saurait nier que cette opinion 
n'ait quelque chose de séduisant; car ie S 16 renfermant une maxime d'un R. Si- 
méon ben Gamliel, une fois le S i5 placé après le S 12, nous posséderions une 
série continue d'aphorismes appartenant à Hillel (11 et 12), à Siméon I" (16), à 
Gamliel 1" (i5) et à Siméon II (16), et interrompue seulement par le S i.3, qui 
renferme un aphorisme de Schamaï, le contemporain et le rival de Hillel. 



272 HISTOIRE DK LA PALESTINE. 

rion trouvé qui vaille mieux pour l'homme ^ que le silence; la 
doctrine n'est pas la chose principale, mais l'œuvre; qui fail 
beaucoup de mots, doit souvent se tromper-, w Une maxime 
pareille autorise à se demander si R. Siméon a jamais présidé 
l'école de Hillel; elle convient peu à un maître dirigeant les 
discussions bruyantes d'un grand nombre de disciples. En 
effet, à part une mesure pratique, prise dans l'intérêt des fa- 
milles pauvres contre la rapacité du sacerdoce ^, les Thalmuds 
n'attribuent pas une seule décision à ce docteur, ni ne citent 
nulle part une opinion émise par un autre docteur au nom 
de R. Siméon. 

Et les discussions des écoles devaient être bruyantes alors ! 
Le tumulte de la place publique avait pénétré dans les asiles 
autrefois si calmes de la science, et, s'il faut en croire une 
tradition qui paraît authentique, le cliquetis des armes y au- 
rait remplacé la force des arguments. 

A propos de quelques aggravations introduites dans le 
repos du samedi, la Mischna ajoute: «Elles font partie des 
décisions (halachôt) lont on parla dans la salle de Hanania 
ben Hiskia ben Garon, lorsque les docteurs y montèrent pour 
lui faire une visite. On alla aux voix, et l'école de Schamaj 
l'emporta pour le nombre sur celle de Hillel. Dix-huit choses 
furent ordonnées en ce jour^w Le Thalmud de Jérusalem 

' En hébreu ^M^, iittéralement: «pour le corps.n Cependant le mot doitavoir 
ici le sens «pour l'individu, n bien qu'on s'attende plutôt au mot DIN?. 

* Peut-être faut-illireNîûn n2")Dà la placede NÎSr) N"'3D, et traduire: «plus 
on fait des mots, et plus on s'expose à des erreurs. n 

^ Voyez m. Keritot ,1,7; Frankel , Darhé Hammischna , I , p. 63. 

* m. Schabbat, 1, 7 : ]3 H^^pin p n^iin n"'"'by3 nCXC' DIdSiD iVn 

i3n luy n:D^"i VS~i n-'Z h'j ■'NDu? rr^n mi udj npD'? iVrcs p^J 

□ V3 13 nT3.(VovP7, note xii à In fin dn volume.) 



CIIAPITRK XVH. 273 

remarque sur cette mischnah : «Ce jour fut funeste aux Israé- 
lites comme celui où ils firent le veau d'or. R. Eliézer (un 
Schamaïte) dit : En ce jour on remplit la mesure; R. Josué 
(un Hillélite) soutint : En ce jour on la fit déborder. R. Eliézer 
dit alors à R. Josué : La mesure avant été incomplète, on a 
bien fait de la remplir; un tonneau plein de noix peut encore 
contenir autant d'huile de sésame qu'on veut y en verser. 
Mais R. Josué répliqua : Non, la mesure avait été pleine, et 
il aurait été juste de la diminuer. C'est comme pour un vase 
rempli d'huile, en y versant de l'eau, on répand l'huile! On 
lit dans une baraïta au nom de R. Josué (fils de) Unia : Les 
disciples de l'école de Schamaï guettaient en bas (de la maison 
de Hanania) les disciples de l'école de Hillel et en tuèrent quel- 
ques-uns. Dans une autre baraïta on lit : Six d'entre les Hillé- 
lites montèrent, les autres furent attaqués par des épées et des 
lances ^ v 

«Ces dix -huit mesures, dit plus loin un Thalmudiste, ne 
peuvent pas mémo être abolies par l'autorité la plus grande, 

' j. Sabbat, i, 7 (3 c) : .Tù'i-Jw' CVZ bx^îr"''? iTvi'P .T'H UVn iriuV 

niN"' "!n'iNb"'D'. .-n"'cn nn\i ibx nî^b "'3") "iS -îck nniN ipno nvn 
NîTi rî2î-'*î^i'^' nDinV^m: nnxc* ne hz piiax nx'^D ^sî^•^îy n^nn'? 
nn^nc rr'DnV mx"' nncm nah'o nn-'n iVw rtrin"' 'i ^b iidh npîno 
N:n ]iDZ'n na mTCC k\-) d^d nztDb jm: nnn'c na hz pc? nN"''?D 
l-'j-nn rm dî^dSd ]nh ne:; ■'nod' n^3 n-'obn iS'^"':"iN y^in'^ 't 

DTiDTZ". Peut-être faudrait-il traduire wR. Josué d'Onôn (IjIK) à la place de : 
wfiis d'Unia.n Les verbes gadasch et mahah signifient l'un «dépasser la mesure, n 
et l'autre «raser la mesure.» Le Thalmud de Babyione {Sabbat, 17 a) attribue 
la discussion à Hillel et à Schamaï eux-mêmes, ce qui est certainement inexacl. 
11 ajoute : N2i"' bn N^ViT! CjD"' C:r:n u'inOn n"'32 mn V^'J:. tOn planta 
l'épée dans la salie de l'école, (et l'on dit :) Chacun peut entrer, mais personne 
ne sortira.» 



'274 HISTOIUK \)K LA PyM.KST I NK. 

[)arce que les docteurs les ont scellées de leur vie '.» Comme 
R. Eliézer et R. Josué furent tous deux témoins de la catas- 
trophe qui mit fin à la nationalité juive, et qu'ils parlent 
des dix-huit mesures prises, comme on s'entretient de dispo- 
sitions récentes que le temps n'a pas encore consacrées et 
soustraites, par son autorité, à toute discussion 2, il paraît 
évident que le jour indiqué par la Mischna tomba dans ces 
années où la surexcitation des partis répandit partout la pas- 
sion et la violence. 

La nature des dix-huit mesures elle-même s'accorde par- 
faitement avec cette supposition. La Mischna, il est vrai, ne 
les énumère pas, et les Thalmuds engagent de longs débats 
à ce sujet; mais une baraïta nous fournit, au nom de R. Si- 
méon ben lohaï, docteur de la première moitié du 11* siècle, 
une liste qui porte les caractères d'une grande authenticité. 
D'après cette liste, on défendit d'acheter le pain, l'huile, le 
fromage, le vin, le vinaigre et d'autres comestibles, chez les 
païens, de parler leur langue, d'accueillir leur témoignage et 
leurs offrandes, etc. ^ Il s'agit donc de rédiger une nouvelle 
et plus sévère interdiction de tout commerce avec les idolâtres, 
surtout en Syrie, et les scènes de carnage dont nous avons 
déjà parlé, et qui eurent lieu à cette époque à Césarée, à Bet- 
séan, à Damas et ailleurs, expliquent et justifient ces rigueurs 
extrêmes. L'opposition que, malgré la cruauté des païens, ces 
mesures rencontrent chez les Hillélites, prouve seulement 
que l'esprit de douceur et de patiente résignation cjui avait 

' j. Sabbat, i, 7 (3 d) : "'^DD bïDDD i:\S* '7T!3 ib-'DN* mU-'i' il^lDî:' I^Dn 

* Voyez m. Aboda-zara, ii, 5 et 7. 

■' j. Sabbat, 1, 7 (3 c). Voyez les observalions do M. Gnelz sur telle lisle, 
m, /i 9^1 -'19 5. 



CIIAI'ITRE XVII. 275 

animé le fondateur de l'école, et que nous avons retrouvé chez 
Gamliel, ne cessait pas de planer sur ses disciples. 

Peut-être aussi la conduite des chrétiens fut-elle pour 
quelque chose dans l'adoption de ces mesures. L'œuvre de la 
conversion des païens à la nouvelle religion fit de grands pro- 
grès sous Néron, et les Juifs durent soufTrir en voyant d'an- 
ciens frères tendre la main aux Syriens, aux Grecs et aux 
Romains, au moment même où ils étaient accablés et harcelés 
par ces ennemis acharnés de leur religion. Plus les chrétiens 
se rapprochaient des idolâtres, plus les docteurs juifs son- 
geaient à s'en éloigner, et la haine de ces derniers pour les 
païens et les propagateurs de la doctrine paulinienne s'accrut 
à mesure que le christianisme envoya ses apôtres et répandit 
ses croyances parmi les idolâtres. Du reste le mot de R. Si- 
méon, et La doctrine n'est pas la chose principale, mais l'œu- 
vre," pourrait bien aussi être dirigé contre l'abolition et la 
suppression des lois de Moïse que poursuivait saint Paul K 

Nous allons plus loin : nous affirmerions volontiers qu'une 
élude attentive de nos sources , et une appréciation exacte et 
impartiale des données qu'elles nous fournissent, font croire 
qu'à l'époque où nous sommes arrivé il existait encore des Hil- 
lélites et des Schamaïtes , mais qu'il n'y a plus deux écoles dans 
lesquelles on enseigne, dans l'une la doctrine de Hillel, et 
dans l'autre, celle de Schamaï. On entend par les «Bèt-Scha- 
maï» et les ç^Bèt-Hillel, j5 termes encore usités pendant long- 
temps, les nombreux savants et juges qui, dans leurs opinions 

' On ne peut pas douter que Tessor pris alors par la nouvelle religion, et la 
rupture définilive qui se fit entre la synagogue et l'église, n'aient exerce une cer- 
taine influence sur les décisions et les maximes des Juifs. Seulement cette influence 
est rarement avouée et exprimée; souvent on n'en avait peut-être pas même la 
conscience. 

18. 



270 IIISTOir.K DK LA l>A I, K STI \K. 

cl lems jMjjciiicnts, se ronfornionl au\ ()])ii)ions et aux jujjo- 
nients dos deux chefs d'école, qui les transmettent à d'autres 
dans leur enseignement spécial, qui les soutiennent toutes 
les fois qu'un débat s'ouvre sur une question de la législation 
lahbinique, et qui se présentèrent dans la salle d'Eléazar ben 
I lanania . partisan de Schamaï , lorsqu'on v discuta l'opportunité 
de prendre des mesures nouvelles à l'égard des païens. Le seul 
docteur f|ui paraît avoir réuni à Jérusalem un certain nombre 
de disciples dans les dernières années avant la destruction du 
temple fut R. lolianan ben Zacaï, Hillélite quant à ses prin- 
cipes, mais qui nen compta pas moins parmi ses élèves R. Elié- 
zer et R. Josué, deux docteurs appartenant, comme nous l'avons 
déjà remarqué, aux deux directions opposées. 

R. lobanan fut. d'après le Thalmud, disciple de Hillel lui- 
même, ce qui ne serait possible qu'en accordant à ce docteur 
une longévité extraordinaire'. Il est peu probable aussi r qu'il 

' Soticrn , zS H : ■■■■ ]pîn '^''in'? ^b VH □^-"'Dbn □"':ir:î:' p^n 1:^ 
r"?i* nDN \s'2î p pnr pi ]b'':n'c pj" ha^rrj p jn:r |'?idd*ù* h'rù 
• ••• mn^Ni niD^-i nidj n:c?t:i wsnpD n^:n i<hv wdt p pm"' pi Sv 
]2 ]DjV b'J vb'J nDN VDxr ]bv^2'C bn: -jd i^idsc? ]^pv nnxc ^21 
Fjie;: """D vby mis^; ^vj b^ minn pciyi 3w'rîy nycn bii'''VJ. ^Les. 

sa{;es racontent, : Hillel l'Ancien eiil quatre-vingts disciples — Le plus grand 
d'entre eux tous était Jonathan ben Ouziel, le plus petit de tous, Rabban loba- 
nan ben Zacaï. On dit de R. lolianan ben Zacaï qu'il n'ignorait ni un verset ni une 
mischna, (qu'il savait) la Gemara, aussi bien la portion balacbique que les Agag- 

das et puisque le plus petit de ses disciples était aussi instruit, que devait 

être le plus grand! Aussi raconle-t-on de Jonathan ben Ouziel, que, pendant 
(|u'il était assis pour s'occuper de la Loi, (il bridait d'une telle ardeu") qu'un oi- 
seau volant au-dessus de lui en fut immédiatement consumé." (Voyez aussi Raba- 
balhrn, iZh a.) Ce passage, comme plusieurs autres concernant ce docteur, porte 
dans son ensemble un caractère légendaire. Pour que R. lolianan pût être un dis- 
ciple direct de Hillel, il faudrait admettre l'authenticité historique d'une autre ba- 
raïla, d'après laquelle (til aurait alli'int ci'iil vingt ans, dont il aurait consacré qua- 



CHAPITRE XVII. '277 

ait été assis à l'ombre du temple pour enseigner toute la jour- 
née ', ?? comme on l'a raconté; l'agitation, qui régnait surtout 
aux environs du sanctuaire, les rendait alors peu propres 
à la méditation et aux études. Les Rabbins parlent, comme 
Josèphe, des signes précurseurs qui, à ce moment, semblaient 
présager la destruction du temple, et, «les portes du sanc- 
tuaire s'étant ouvertes toutes seules, R. lolianan ben Zacaï 
les réprimanda. Sanctuaire, sanctuaire, dit-il, simules-tu la 
frayeur? Je le sais, tu seras dévasté. Zacharie, fils d'iddo le 
prophète, l'a bien prédit : Ouvre tes portes, Liban! que le feu 
consume tes cèdres {^Zachnr. ii. i)-!^^ Mais il est certain que 

raille au commerce, quarante à s'instruire lui-même et quarante à instruire les 
aiilresi {Roscli-haschaiia, 3i h). Mais on voit trop facilement l'intention de la 
iéjjende de mettre les docteurs célèbres au niveau de Moïse pour l'âge et pour le 
temps qu'ils auraient consacré à l'enseignement. L'agada dit presque la même 
chose de R. Akiba. On ne peut donc retenir de ce récit que le seul l'ail parfaite- 
ment exact, que Rabban lohanan suivait les principes de Hillel. 

• PpsflAwi, 26 a 1*722 2'cv n^Hu* wzî p ]:nr ]2-) '"^y vh'J nCN 

^^'2 DVD ^D îm"!"! ^D^n ""Pw. Nous faisons remarquer les mots "")DX 
V^^' , par lesquels les récits relatifs à R. lohanan sont introduits dans ce passage 
el dans celui que nous avons cité dans la note précédente. Nous retrouvons les 
mêmes mots une troisième fois, Berachot, 17 a : Î^/C* î"3^T t^' 'wV nCN 
p'U-'S nZj "'7TN"! !r;'?"I"D Clbu û~N "iD^'Ipri. «On dit de R. lohanau ben 
Zaccaï, cjue jamais homme n'a pu le saluer le premier, pas même un païen au 
marché." Il v avait donc, sur ce docteur célèbre, toute une série de contes ré- 
pandus parmi les Juifs. 

•' loma, 39 h : ]n3 liTû' "i^ '^n^bn'D ïTinriD: '"-^^'nn miT?- vm 

v-v ip'i:^ rr-yaD nnx no ^:^id hzT] S:m ih "iDx "-ndî ]2 ]:nv pi 
;i:d'7 nnc a'nv p h-'idî yhiJ i<2:nj -5321 i^rt^h i^n-j "|D"dc' -\2 ^la 

D''Î1N2 wK '^ZNm "jT!*?". Le Liban désigne souvent, pour les docteurs, Jé- 
rusalem et son sanctuaire. (Voy. ci-après, p. 288.) Les autres signes de la déca- 
dence et de la chute imminente du temple racontés dans ce passage sont, à un 
autre endroit, rapportés à l'époque de la mort de Siméon le Juste (\oy. ci-dessus, 
p. II']). Quant à Josèphe, voyez B. J. VI, v, .S. 



278 HISTOIRK DE LA PALESTINE. 

loluman siégeait au tribunal de Jérusalem, puisqu'on vante sa 
scrupuleuse loyauté en interrogeant les témoins dans une af- 
faire capitale \ et il doit avoir joui d'une grande considération 
dans le sanhédrin, puiscpi'il a pu abolir ou suspendre l'usage 
des «eaux amères.w commandé par le Pentateuque ^. 

Cependant l'activité de R. lohanan comme chef de l'école, 
tombe surtout dans les premières années qui suivirent la fin 
tragique de Jérusalem, et nous aurons alors à faire voir com- 
ment ce docteur adapta le judaïsme à l'état de choses nouveau, 
qui fut la conséquence de ce grand événement. A cet endroit, 
R. lohanan nous servira de modèle pour les Pharisiens en gé- 
néral; sa conduite, au milieu de ces circonstances graves, fut 
sans doute celle qu'adoptèrent tous les docteurs pendant la 
guerre avec les Romains. 

Par Elazar ben Simon et Menahem, nous avons appris à 
connaître les deux fractions du parti révolutionnaire à Jéru- 

1 Sanhédrin, v, 2 : n'':iS*n ^'H'p'Wl "iN3î p pim nwi'D.ttll arriva que (R. 
lohanan) ben Zacaï examinait (les ténioins)par les queues de dattes. 7> Unebaraïta 
explique la mischna ainsi : wll dit aux témoins (qui avaient fait la déposition que 
l'assassinat avait été commis sous un dattier) : Ce dattier avait-il des queues minces 
ou des queues grosses? étaient-elles blanches ou noires??! [ibid. i 1 a). En plaçant 
ce fait à Tépoque de la guerre, comme nous l'avons fait pour celui qui a été 
attesté par R. Éléazar ben Sadok (p. 963, note), la question soulevée par le 
Thalmud au sujet du jus gladii tombe d'elle-même. L'interrogatoire des témoins 
raconté ici rappelle singulièrement celui auquel le sage Daniel soumet les faux 
témoins dans le petit livre de Sinamip , v. 5i et 58. 

= m. 5o«rt,ix, 9: pnr pm nn-iNDn □"'Dn ipoD pDN':Dn imcD 
1D131 na-iarn -«d DD^m:3"'-?y TipDX nV -idn:^ ^p'-deh •'••dî p. «Depuis 

que les adultères augmentaient, les eaux amères n'étaient plus données; c'est R. 
lohanan ben Zacaï qui les fit interrompre, en s'appuyant sur le verset : Je ne 
châtierai pas vos filles lorsqu'elles se prostitueront, etc." (Osée, iv, i4). Le com- 
mandement des eaux amères se Ut Nomhrrs , v, 1 1 et suiv. L'orthographe de "'^Dî , 
à cause du yod prononcé, ou de ""Dî, est celle du Thalmud de Jérusalem, pour 



CHAPITRE XVII. 279 

salem, les hommes doux et les hommes violents, les zélotes 
ou kannaïm ^ et les meurtriers ^ ou sicaires. Animés les uns et 
les autres d'une haine profonde et implacable contre la domi- 
nation romaine, les premiers cherchaient à obtenir l'affran- 
chissement par la conciliation et l'union de toutes les forces 
vives de la nation , les derniers ne croyaient pouvoir y atteindre 
qu'après l'épuration énergique et intolérante de la nation elle- 
même. S'il nous était permis d'employer des noms plus mo- 
dernes que ceux de zélotes ou de sicaires, nous les désignerions 
aisément par des noms connus de tous, ceux de Girondins 
et de Jacobins. Le parti modéré présente aussi deux formes 
très-diverses, les modérés politiques et les modérés savants. 
Convaincus les uns et les autres de l'inutilité de la lutte 
contre une puissance aussi formidable que celle des Romains, 
les politiques agirent en vue de la paix et de la soumission, 
et, tout en ayant l'air d'organiser la résistance, ils la paraly- 
sèrent; les docteurs se retirèrent de la scène du monde, 
espérant que les passions, épuisées par la lutte, s'useraient 
et finiraient par se calmer, que l'agitation fébrile et ardente 
des partis serait suivie d'un état tranquille et normal qui per- 
mettrait l'exercice du culte et l'élude de la loi. 

Le Thalmud connaît à peine les zélotes. Eléazar ben Dinaï , qui 
à cette époque avait succombé depuis longtemps, y représente 
vaguement les exaltés ^ le parti de Hanan ou des modérés po- 

' Voyez ci-dessus, p. 2 38, noie 3. 

* Voir sur ces deux noms la note suivante. 

•'' m. 5otrt,ix,8 r'iîy'^x ^iDî^'D r-iDTiy nh:y r\b^2 ]"':n!:nn imîTD 
insnn p innpb nm î>i-ip: r\^n rw^m p na^nm \s':"'t ]2. «Lors- 
que le nombre des meurtriers fut augmenté, on abolit l'habitudede briser ia nuque 
à une génisse (voy. Deutérotiome , \u, i). Lorsque Eléazar ben Dinaï fui venu. Il 
était nommé Tehina ben Perischa; on le nomma de nouveau fils de meurtrier.» Le 
premier paragraphe de celte mischuuh ne présente aucune difficulté; le second en 



280 IIISTOIRK DE LA PALESTINE. 

liliquos, V iii;ui(|ue tout à lait. R. lolianan ben Zacaï. nous 
l'avons (lit, y est le type du modéré savant ou du Pharisien. 

parait èiro le commentaire et veut jirobabloment dire que la iimltiplication des as- 
sassinats fut TelTet de l'apparition d'Eléazar hen Dinaï, que Josèplie (II. J. II, xii , 
^4 ; xiu , 12 ; -4. J. XX , VI , i) mentionne pour ses actes de brigandage. Mais que veut 
dire ce nom de Tefiiiin hen Perischa? Ni le nom du père ni celui du fils ne se ren- 
contrent nulle part dans des écrits hébraïques, excepté un Abba Teijiniia Ilasido 
(Xl^Dn rijnri NSN, Mùh-ascli sur Kuhélpt, ix, 7); ils paraissent être plutôt des 
sobriquets signifiant la Miséricorde , fille de l'Abstinence, que des noms propres. 
(Voyez un autre exemple ci-après, p. 336.) Puis, que veulent dire ces mots : «On le 
nomma de nouveau??' Si Ikin no veut pas admettre une lacune dans la Miscbna, ce 
<|u'on peut d'autant moins supposer que (à part D^JDÏTn pour ]n2Jin) le texte 
se retrouve cxaclement le même, Sijré suv Deiiti'rononie, § 2o5, il faudrait ima- 
giner qu'Eléazar ben Dinaï avait été d'abord, à cause de ses actes de déprédation , 
surnommé Fils de tneurtrier, qu'ensuite, revenu à des sentiments plus cli'menls, 
il avait reçu le sobriquet signilicalil de Tehina ben Perischa , eX, qu'enfin, ayant 
repris son ancien métier, il avait été de nouveau qualifié de Fils de meurtrier. Le 
nom de ""Nj""! est, je pense, pour '7N"'j1. Le ïhalmud j. contre son habitude, et 
sans que fliébreu offre la moindre difficulté, n'ajoute à cette miscbna que la tra- 
duction chaldéonne des deux derniers mots, N'?'l2P[1] îT^IU; y aurait-il là un 
signe de confusion entre Ben Dinaï et le chef des Iduméens, qui s'appelait Siméon 
ben Kathla, v'tos KaOAà, B. J. IV, iv, 2 elpassim? (Voy. cependant note xii à la fin 
du volume.) D'un autre côté, Ketubol, 27 a, on donne, comme exemple d'une 
épouse faite prisonnière par Tennemi et menacée de mort (voy. p. 268, note 1), 
"la femme de Ben Donaï CNjH p ^V TlwN* ^T^ID)," que Bascbi identifie, pro- 
bablement avec raison , avec Eiéazar ben Dinaï. La femme prisonnière rappelle bien 
celle deSiméonben Giora, Jos. B. J. IX, ix, 8. La mémoire incertaine des docteurs 
confond ainsi les personnes et les choses. — Les Sicariens ou sicaires s'appelaient, 
en hébreu , pTpD. Le mot se trouve m. Maelischlrin, 1,6: D7U/''T^ ^C JN*3 Du'i'C 
]''"lp"'Dn ""jDD D''122 în7''31 "IjDîOvi'.tf Les habitants de Jérusalem cachèrent un 
jour leurs cabas de figues dans de l'eau afin de les préserver des sicaires. n II faut 
sans doute lire |''"1pD à la place de ^''''Dp dans le Midrasch sur Kohrlet, vu, 11, 
cilé dans la note suivante, et où le fils de la sœur do R. lolianan ben Zacaï est dé- 
signée comme nbl^TT^SlL/' (1. pipC) |"'"lDp CX"). Ce midrasch a échappé der- 
nièrement encore à M. Zipser [Forschungen , col. 1 20 dans Ben-Chanania , 1866), 
(pii cite Giltin, 50 a, où se trouve la forme moins correcte de N"lpD NDN, que 
le Thalmud paraît avoir prise pour un nom propre. On Iroiive enfin ]^p^TpD. 
pour ]^"lpC, m. fhrrniirim . 1, 2. 



CHAPITRE Wll. 281 

ç^A Jérusalem, dit une tradition', vivaient trois conseillers, 
Ben Tsitsit Haccassat, Nakdimon (Nicodème) ben Gorion et 
Ben Calba Schebou'a; chacun d'eux aurait pu entretenir et 
nourrir la ville pendant dix ans. Mais Ben Batiali, fils d'une 
sœur de R. lolianan ben Zacaï, était préposé aux greniers d'a- 
bondance et chef des sicaires de Jérusalem; il mit le feu à 
toutes les provisions. R. lohanan ben Zacaï, l'ayant appris, 
poussa un profond soupir. Cela fut rapporté à Ben Batiali : 
ççTon oncle, lui dit-on, s'est fortement plaint, w Ben Baliah le 
fit venir et lui demanda de quoi il s'était plaint. «Je n'ai pas 
poussé une exclamation de douleur, répondit R. lohanan, 

' Midrasch-rabba sur Kohclpt. vu, i i : p □bli'"n"'3 Vîl ]^^vb2 n^'bu 

"•ai h'O imnx p u^ni p d'ù* n-^m u^:v "ic'i* nz^iizb D:iDbi pDcS 
□'7wn"'3î:' (1. pipe) pnop îtx-i nninxn by hjidd n'^m \s*dî p pnp 
piDxi pbîN "«n "iDx "'NDT p ]:nv 'n 'j'ov m-i*^iN*n riN* ^'^^c^ idi*i 
niDiV rx r\K)b n-^b -idn n"'n"'n''"'NT nVu' ""n '^n idn* -jn^nn n^'û^ pS 
(p-ip"') nniJ-iNn^iy pi b:c' nnrN* mi n'7N ""n n-incx ab n^b "iDX ■'n 
pnr ■-) îûVd: rrn'? ■'n p3 stnip lyjiDb pn^Dij pnn"» s:'? r^'^V- Le 

fond de cette histoire se retrouve Gittin, 56 a; seulement on cherche à y expli- 
quer les noms des trois conseillers, ou «des trois hommes richesn (Nri/D H^n 
"•ITIJ?), comme ils sont appelés, et les provisions, y est-il dit, auraient suffi 
pour vingt et un ans. On la lit encore Midmach-rahha sur les Lammtations , i, 5. 
Le nombre des conseillers s'y est accru, il y en a quatre : on a l'ait de Nakdimon 
ben Gorion deux personnes, un Ben Nakdimon et un Ben Gorion. — Josèpho (li. 
y. V, I, 4) et Tacite (Histor. v, i a ) parlent aussi des provisions dévorées par les 
flammes; Josèphe connaît en outre («6. II, xvii, lo) un Gorion, fds de Nicodème, 
et (ib. XX, 3) un Joseph, fils de Gorion, qui {ib. IV, m, g; vi, i) paraît changé 
en Gorion, fils de Joseph. — Parmi les chefs des Iduméens figure un Pinebas, fils 
de Clousoth {KXovaclod, ib. iv, a), qui rappelle peut-être Ben Haccassat! Quant 
au Ben Kalba Scheboua, dont le souvenir se conserve encore aujourd'hui parmi 
les Juifs à Jérusalem (voyez Ritter, Erdkunde, XVI, 678), Josèphe ne mentionne 
aucun nom qui en approche, excepté peut-être celui de Josué, fils de Sapphie 
{B.J. II, XX, /i). 



282 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

mais un cri de joie; car aussi longtemps que les provisions 
seront en abondance, m'étais-je dit, on ne se sacrifiera pas 
pour faire la guerre. 5? Sur ces entrefaites R. lohanan prit la 
fuite. 55 

La tradition continue : «Trois jours après, R. lohanan ben 
Zacaï, en se promenant sur la place publique, vit les Juifs 
faire bouillir de la paille dans de l'eau, qu'ils buvaient ensuite. 
Des hommes, dit-il, qui sont réduits à faire bouillir de la 
paille pour en boire le jus, comment pourront-ils résister aux 
armées de Vespasien? J'en conclus, ajouta-t-il, que je dois 
m'en aller. Il fit donc demander à Ren Ratiah de le faire sortir 
de la ville. Mais on lui répondit : Nous avons décidé entre nous 
que personne ne devait quitter la ville, à moins d'être mort. 
Eh bien, reprit R. lohanan, faites-moi passer pour mort! En 
effet (il fut placé dans un cercueil), R. Eliézer le prit par la 
tête, R. Josué par les pieds, et Ren Ratiah marchait devant. 
Arrivés (à la porte, les gardiens) voulurent se servir de leurs 
lances (pour examiner le corps) ; mais Ren Ratiah leur fit cette 
observation : Vous voulez donc qu'on dise : Un de leurs doc- 
teurs est mort de ce qu'ils l'ont transpercé! Là-dessus on leur 
livra passage. Une fois sortis, R. Eliézer et R. Josué le portèrent 
plus loin, le déposèrent dans un cimetière et rentrèrent en 
ville. R. lohanan alla se promener au milieu du camp de Ves- 
pasien, en demandant où était le roi. On vint dire à Vespa- 
sien qu'un Juif désirait lui offrir ses saints. — Qu'il se pré- 
sente, dit Vespasien. Dès que R. lohanan fut en sa présence, 
il dit : Vive, domine Imperator! — Tu me salues empereur, 
répondit Vespasien , cependant je ne le suis pas; si l'empereur 
l'apprenait, il me ferait mettre à mort. — Si tu ne règnes pas 
encore, répondit le docteur, tu régneras un jour; car ceci (en 
montrant le temple) ne sera détruit que par la main d'un roi : 



CHAPITRE X\II. 283 

Le Liban, dit le Prophète {Isa'ie, x, 34), sera abattu par un 
puissant. Trois jours après, la nouvelle arriva que, Néron étant 
mort , les Romains avaient élevé Vespasien à la dignité d'em- 
pereur... Il promit alors à R. lohanan de lui accorder la de- 
mande qui lui serait adressée. Anandonne alors cette ville et 
pars! fit le docteur. — Les Romains m'ont-ils nommé empe- 
reur pour que je quitte Jérusalem? répliqua \espasien. De- 
mande-moi (autre chose), et je le ferai, — Je te prie, reprit 
R. lohanan , de dégager la porte occidentale qui conduit à 
Lydda , afin que tous ceux qui voudront quitter la ville avant 
dix heures puissent se sauver. — Lorsque Jérusalem fut pris , 
Vespasien lui dit : Si tu as des amis ou quelque parent dans la 
vUle, fais-les chercher avant que les troupes y entrent. R. lo- 
hanan chargea R. EHézer et R. Josué de faire sortir R. Sadok. 

Ils s'en allèrent et le trouvèrent sous la porte Pourquoi ce 

vieillard, demanda Vespasien, est-il si maigre? — C'est à 
force déjeunes et d'abstinences. — On fit venir un médecin, 
on donna peu à peu à manger et à boire à R. Sadok, et son 

corps se remit ' jj 

«Lorsque Vespasien vint pour détruire Jérusalem, raconte 

' Midrasch-rabba sur Echa, 1. c. Comparez Gittin, 56 a et b. D'après le Thal- 
inud, R. lohanan demanda «labné et les docteurs qui l'habitent, puis la famille 
de R. Gamliel et un médecin pour guérir R. Sadok n (H^DDm nJ2^ ^^ ]D 

pns ""anV n^h p^cDi NmiDN") "jn^Vd^ pm Nn'?"'îriiy"i). n est probable 

que la porte occidentale de Jérusalem était appelée porte de Lydda, parce qu'on 
passait par cette porte pour se rendre dans la ville de ce nom; mais on sortait par 
la même porte pour aller à labné. — Le salut en latin qui est attribué à R. loha- 
nan se trouve ainsi correctement dans le Aruch, s. v. "J^Dl : ^j^D""! ^^''3 
IIÎOTDDN. — La confusion entre Vespasien et Titus esticonstante dans nos sources 
rabbiniques. 11 est curieux de remarquer que Josèphe s'attribue à lui-même d'avoir 
prédit à Vespasien son élévation à la dignité d'empereur (B. J. III, viu, 9; cf. 
Dion, Lxvi, 1); après la conquête de cette ville, il obtient aussi la grâce de ses 
amis ( Vita, 70). 



28/1 IIISTOIRK DE LA FALblSTl.NK. 

une iigada plus récente, il dit aux Juifs : Fous que vous êtes! 
pourquoi voulez-vous amener la destruction de cette ville et 
l'incendie de ce sanctuaire? Est-ce que je vous demande autre 
chose que l'envoi d'un arc ou d'une llèche (probablement en 
si^me de soumission), (envoyez-le,) je m'en irai. Mais les Juifs 
lui répondirent : Comme nous avons attaqué et battu les deux 
premiers hommes qui sont venus avant toi, de même nous t'at- 
taquerons et nous te battrons. R. lohanan ben Zacaï, ayant 
entendu cela, fit appeler les habitants de Jérusalem et leur 
dit : Mes enfants, pourquoi voulez-vous exposer cette ville à la 
destruction et ce sanctuaire à être réduit en cendres? Que 
vous demande l'ennemi? Un arc et une llèche, (donnez-les) 
et il vous quittera? Il lui fut répondu : Aussi bien que nous 
avons attaqué et battu les deux prédécesseurs de Vespasien, 
aussi bien nous l'attaquerons et le battrons. Il y avait des gens 
dévoués à Vespasien et demeurant près des murs de la ville, 
(jui écrivaient tout ce qu'ils entendaient sur une flèche qu'ils 
lançaient par-dessus les murs; ils annoncèrent que R. loha- 
nan était ami de l'empereur ^ 55 

' Abot derahbi Nathan , c. iv : IDN D^Cn"' TN' nnnnb DI^'^DDCN NDU-'D"! 

izjDNi nx'rn T'y.-! nN ^nnnb cc'pnD orix hd ""jDD CD^iDrù' □n'? 
nrù*n^ n^v ddd c'psD "'jX hd ""d"! îripon n"'^ nx ?]nc''? D'icpaD 

nriN HD "'JDD "'an nri'i ncNi nVun^ ^•^•:nV Nnpi rh'ù \xdî p pnr 
inD "'D1 i^npDn î\^i dn- ï]nc'b D-'CpnD nnN'i nxîn •^'^'jn pn l'^nnnD 
CDD il -]'?''T nnx yn in nnN nu-'p nî^n ddd lypsc i:^k xn cp^D 
imijTm vHy îsî^;: p 01:21.-11 raDVù* u^rc h'j i:x2."'C' uz'2 ib ncx 
")3n Sdi czbci")"' Sï; nimoin lajD ;"'"'nu □"'u':n ci:"'^dddn'? rn 
p"ic? iDib HDinb yin ]"'pniîi n^^nn hv ^^nniD rn ^"'ymc' rnc? inn 

Nin nO-'p ■'SniND "'NDÎ p ]:nr. M. Grœlz croit que ies deux géné- 
raux roiriiiins dont il est (jiieslioii dans cette agada étaient (lestius et Metilius. 



CHAPITRE XVII. 285 

Les doux généraux romains que les Juifs se vantaient d'avoir 
vaincus avant Vespasien sont probablement Florus et Cestius, 
et, sous ce rapport, notre source a gardé le souvenir de cer- 
tains faits qui ne se retrouvent pas ailleurs. Cette agada ajoute 
ensuite le récit de la ruse par laquelle R. lohanan réussit à 
sortir de la ville, sans toutefois mentionner la coopération de 
Ben Batiali. 

Plus loin elle raconte que, 'd'empereur Vespasien étant ar- 
rivé devant la ville, les zélotes ou kannaïm voulaient brûler 
toutes les ricbesses que Jérusalem renfermait, ?5 sans avoir 
égard aux observations qui leur étaient faites. « Puis les habi- 
'tants de la ville faisaient bouillir de la paille et la mangeaient. 
Des Juifs, campés près des murs, disaient : Pour qui me don- 
nera cinq dattes, je descendrai et je rapporterai cinq têtes en 
échange. Aussitôt qu'on leur avait remis les cinq dattes, ils 
«illaient prendre cinq têtes parmi les gens de Vespasien. Cet 
empereur, ayant examiné les excréments des Juifs sans y trou- 
ver aucun grain de blé, dit à ses légions : Ces hommes ne 
mangent que de la paille et cependant ils vous battent; quels 
ravages feraient-ils parmi vous, s'ils étaient nourris de tout ce 
que vous mangez et buvez ' ! v 

' Abot derabbi Nathan, c. vi : DU SnnnV -)D"'p m:''"'DDDN ^31^31 

SitSNi TIN"! DnDn î^Dn ^b ]D'' ^d -)Dn nb^M^ h^ nimDin i:: 
•'^:nd □"'î^ni n^Dn Sra:! ti"' onon nvi^n "h i:nj i:d"'2;n-) nt:^Dn 

"IDNI ]n ]'''D ]n2 ]\SX' ilN'-n ]Dii^^2 D1J''''DDDN y^JH Di:"'''D!>DX 

(1. p2) ]îi2 ]^:i-)'in iD pD sj^N ]''bDM< îwu iba nm iVir mb-'^n'? 
rn^ nD3T nDD nriN hy pm^'i i^^din nriNX' hd Sd |"''7D1N rn 'ib^a 

QDDN ]''3T*n. — Josèplie, B. J. VI, iii,B, et fnsuite, d'après lui, Eusèbe, 
H. E. III, C), riifonloni presque le même fait. 



286 HISTOIRK DR LA PALKSIINK. 

Tous ces passages réunis, quol(|ti(' pou exacts (pi'ils soient 
au point de vue historique, nous semblent néanmoins établir 
d'une manière péremptoire deux faits importants qui n'ont 
pas encore été suffisammeni reconnus, et sur lesquels nous 
éprouvons le besoin de revenir. D'abord Siméon ben Gamliel 
n'était ni nasi ni chef du sanhédrin; il n'occupait aucune autre 
fonction que celle de membre de ce collège, et n'avait d'autre 
influence que celle qu'il devait à son caractère personnel et à 
l'illustration de sa famille. Puis, le Pharisien le plus célèbre 
de ce temps, qui avait hérité dans les écoles de l'esprit et de 
l'autorité du grand Hillel. R. lohanan ben Zacaï \ se tenait, 
comme les Pharisiens en général, à l'écart des questions po- 
litiques qui agitaient à un si haut degré ses contemporains. Ni 
les Asmonéens , ni les Hérodiens , ni les Romains ne répondaient 
à l'idéal de restauration que ces hommes avaient rêvé pour 
l'indépendance nationale. En effet, qu'on lise les prophéties 
éloquentes déposées dans Isaïe, qu'on médite les patriotiques 
paroles de Jérémie , qu'on considère le magnifique tableau 

• Voyez ci-dessus, p. 276. Sur l'importance qu'avait déjà R. lolianan b. Zacai 
à Jérusalem, on peut voir encore Midi-asch-rabba sur Kohélet, iv, 17; lioich- 
haschana, 18 a. De même que R. Gamliel l'Ancien décidait entre le juj^e Admôn 
et les docteurs m. Ketubot, xiii, 3 et suiv. de même R. lohanan fait valoir 
son autorité dans une question de droit sur laquelle le juge Hanan n'est pas d'ac- 
cord avec les familles pontificales, ibid. xin, 1. Mais il n'est pas question de Si- 
méon ben Gamliel. — L'amour de la paix se révèle dans les belles paroles attri- 
buées à R. lohanan, Mechilta sur Exode, xx, 23 : «Le verset du Deutéronome , 
xxvii, 6, Tu construiras le temple en pierres schlémot (entières), etc. fait allu- 
sion à la paix (schâlom) que ces pierres doivent produire. Eh bien! il y a lieu de 
tirer de cela une conclusion a fortiori : si les pierres de l'autel, qui ne voient ni 
n'entendent, ni ne parlent, doivent être préservées de l'action du fer, parce 
qu'elles sont destinées à établir la paix entre Israël et leur père dans le ciel, à 
plus forte raison seront préservés de tout châtiment ceux qui fondent la paix entre 
l'homme et son prochain , entre le mari et sa compagne, entre deux villes, deux 
n.tlions, deux 'foiivernemonts, ou entre deux familles !« 



CHAPITRE XVII. 287 

peint par Micha de l'avenir du peuple, et qu'on se demande si, 
à part les espérances que les premiers jours des Maccabées 
avaient fait naître parmi les pieux d'Israël, les hommes qui 
ont gouverné la Judée depuis Jean Hyrcan ont songé à ré- 
pandre les croyances du judaïsme, à propager les pensées do 
la fraternité du genre humain, en prenant pour point de dé- 
part et comme pierre angulaire de l'édifice un Dieu unique, 
ç^Roi de toute la terre, 55 à fonder, enfin, cette ère de paix où 
wles épées devaient être transformées en socs de charrue et les 
lances en serpes tenues par la main du laboureur. » Les Pha- 
risiens, plongés dans l'étude de la Loi, absorbés par la lecture 
des prophètes, voyaient avec horreur ces rois épuiser les forces 
de la nation pour satisfaire leur ambition , ces prêtres cupides 
et jaloux manquer à leurs devoirs pour amasser des richesses. 
Comment auraient-ils pu retrouver là ces images ravissantes que 
l'inspiration de leurs t<: voyants » avait tracées de l'avenir promis 
par Jéhova à Israël? Que quelques Pharisiens aient indivi- 
duellement pris part à la guerre acharnée contre les Romains , 
cela ne fait pas de doute ; mais le parti lui-même , les docteurs 
et leurs chefs distingués tournaient volontiers le dos à Jérusa- 
lem, souillée par le meurtre, et au temple, devenu un champ 
de bataille ' ; il est probable que déjà avant que la ville fût con- 
quise et que le sanctuaire fût devenu la proie des flammes, ils 

' Pour le service du temple même, il y eut des actes de violence parmi les 
prêtres. Voyez m. loma, i, 2 et j. ibid. "jinn ITi^n nN mpî^ inN3 nV2fD 

'131 Vx^îy"' rria ^nx ^iiv'û^ ]nb idx d^inh n'^vD b^. «Un jour, tout 

près de Tautel, un prêtre avait eu le pas sur l'autre; celui-ci prit son couteau et 
renfonça dans le cœur de son collègue. R. Sadok se leva alors sur les marches du 
sanctuaire et leur dit : Écoutez, mes frères, maison d'Israël, etc.» Ce R. Sadok 
était le père de R. Éliézer b. Sadok (p. 268 , note) , et vivait à l'époque de la des- 
truction du temple. Ce fait se lit aussi loma, 2.3 a, et tosefta Schebonot, i. 



'288 HISTOIRE DE LA PALESTINE.' 

avaient pris le chemin de Janinie, port de mer bien garni de 
provisions, que Salomée, la sœur d'HérodeP", avait autrefois 
obtenu du riche héritage du premier roi iduraéen ^ Là s'établit 
nn collège provisoire; là R; lohanan attendit le moment où, 
après la victoire des Romains, l'ordre régnerait de nouveau à 
Jérusalem et les prêtres reprendraient roffice divin dans In 
maison du Seigneur. 

' ^ oyez ci-dessus , p. 910. D'après Ahol dernbbi ^alhan, iv, on dirait qu'on 
avait été s'établir à Jamnie déjà avant la destruction du temple. — On suppose 
du moins l'existence d'un bèt-din à labné à l'époque où celui de Jérusalem fonc- 
tionnait encore dans m. SanhMrin, 11, i : ]"'! n"'33 Nî*? IDIN ]''D"'DD |''N 

obu-'ii^su? hM:^n n"3'^ -mx pV^D n^n' n:T2C' pi ri''33 n*'?! n'-y^e?. 

«On ne le tue (un juge récalcitrant), ni dans le tribunal de sa ville, ni dans celui 
de labnc, mais on le conduit au grand tribunal de Jérusalem, n 



CHAPITRK XVllJ. -289 



CHAPITRE XVllI. 

DESTRUCTION DU TEMPLE. CANON. ETABLISSEMENT 

D'UN TEXTE AUTHENTIQUE DE LA BIBLE. 

Cette espérance fut déçue : l'ordre ne se rétablit que sur 
des décombres. Quelques tours suffisant pour y loger une lé- 
gion romaine qui devait veiller sur les débris de la ville sainte, 
des monceaux de cadavres entassés dans les rues étroites et 
ardues de la cité, seul debout le mur occidental du sanctuaire 
réduit en cendres , voilà tout ce qui restait de l'ancienne splen- 
deur de Jérusalem. Un soldat romain avait fait, par mégarde, 
jaillir la première étincelle du vaste incendie qui consuma en 
quelques jours le magnifique temple, à peine achevé, d'Hérode, 
et Titus déplora cet acte de destruction et chercha vainement 
à l'arrêter : tel est le récit de Josèphe, qui l'écrivait dans le 
palais même qu'il dut à la munificence des Flaviens. D'après 
une autre opinion, le fils de Vespasien, par un mouvement 
d'une colère excitée encore par une longue résistance, donna 
lui-même l'ordre de mettre une bonne fois fin aux révoltes 
continuelles de la Judée, en brûlant le sanctuaire, qui était le 
foyer de la sédition et le point de ralliement pour les Juifs 
dispersés dans les différentes parties de l'empire; ainsi le pré- 
tend le moine Sulpicius Severus, écrivain du iv* siècle, qui, 
sans doute, avait puisé ses renseignements à des sources plus 
anciennes et peut-être dans les livres perdus des Histoires de 
Tacite lui-même '. Quoi qu'il en soit, le désir de conserver le 

• Celle dernière opinion a été soutenue avec une grande aulorilé dans une mo- 
nographie qui précède le programmo du séiTiinairn israélilc de Breslau, 1861, et 

I. '9 



•i'JO MI.STOIIU': l)K LA PALESTINK. 

leiiiplo, si Titus l'a jamais eu, n'avait certes pas son ori^jine 
dans un sentiment de bienveillance qu'il aurait ressenti pour 
les Juifs, lui qui, pour assouvir sa haine et amuser le peuple, 
les jetait par milliers en proie aux bêtes féroces dans les cirques 
de la Syrie ' ; mais dans cette superstition romaine qui crai- 
gnait d'ofTenser les dieux de l'univers entier, fût-ce même Jê- 
liova, le Dieu d'Israël, 

Cependant l'espérance que R. lohanan ben Zacai paraît 
avoir nourrie du retour à Jérusalem et du rétablissement du 
culte ^•, l'attachement superstitieux qu'Agrippa II, tout en unis- 
sant ses soldats aux légions de Titus, semble avoir éprouvé pour 
les pratiques religieuses 2; l'inlluence incontestable que la dé- 
vote Bérénice exerçait sur le fds de Vespasien, et surtout le 
changement survenu, après la destruction du temple, dans les 
aspirations de plus d'un Pharisien qui, de spectateur ému, 
mais inactif, de la lutte avec les Romains, se transforme doré- 
navant en agent d'insurrections sanglantes, sont autant de 
raisons qui plaident en faveur de l'opinion soutenue par Jo- 
sèphe; et ces diverses circonstances prouvent, en tout cas, 
que les graves événements de Jérusalem étaient une surprise, 
sinon pour Titus, du moins pour les descendants d'Hérode et 
pour les docteurs émigrés, et dépassaient, parleur portée, les 
conséquences que les uns et les autres avaient entrevues 

qui est intitulée : Uebc?- die Chronik des Stdpicins Severiis. Von D"' J. Bernays. ( Voy. 
cependant Graetz, III, p. lioS, note i.) La manière particulière dont l'entrée des 
Romains dans le temple est présentée par Dion-Cassius, lxvi, 6, viendrait plutôt 
à l'appui de M. Bernays. Nous avons démontré ci-dessus, p. 265, note i, que Ta- 
cite aussi disposait encore d'autres sources, en dehors de Josèphe. 

' Josèphe, B. J. VU, n, i; m, i. 

* Ceci résulte du passage cité p. 286, note 1 . 

^ Voyez ci -dessus, p. aua. — Sur Bérénice , voyez B. J. II , xv, 1, et Dion, lxvi, 
1 5. Nous avons déjà fait observer que les femmes de la famille hérodienne étaient 
généralement dévotes. 



CHAPITRE W III. '291 

foiiime le (|priii(M- déiiouenient de rette lonj>iie et Jiiallieii- 
reuse guerre. 

rr Pendant trois ans et demi, rapporte un midrasch, Jérusa- 
lem lut assiégé par Vespasien , accompagné de quatre géné- 
raux, ceux d'Arabie, d'Afrique, d'Alexandrie et de Palestine ^ » 
Le siège de cette ville représente, dans ce passage, la durée 
de la guerre tout entière. Tiberius Alexandre, qui amenait des 
troupes de l'Egypte, présente bien le général d'Alexandrie, et 
Agrippa II, dont les soldats se battaient dans les rangs des 
Romains, est peut-être désigné comme général de la Palestine. 
Josèplie ne parle pas d'bommes venus d'Afrique, mais de Mal- 
chus, l'Arabe, qui fournit un bon nombre de cavaliers et de fan- 
tassins, pour la plupart excellents tireurs-. Une date précise est 
donnée par la Mischna, pour la cessation du sacrifice quoti- 
dien; c'est le l'y thamouz (juin-juillet); une autre est encore 
fournie pour l'incendie du temple, le 9 et le 1 oab (juillet août) ^, 

1 Midrasch -rahba sur Erhn, i, 5 : Di:''CDDX ^^p.l Hi^nDI JZl^W Z'b^ 

"'j''lûD7Dl '1 N'^"njC3'7N'l. On donne ensiiite deux opinions différentes sur le 
nom du général des Arabes, qui s'appelait Kilnus (d'^'^p), selon les uns, et 
Fangar ("13JD), selon les autres. Le premier de ces deux noms fait penser au titre 
de Keïl ( JlaS ) , que portaient les roitelets du lémen. — Dion , lxvi , h , parle aussi 
de plusieurs rois qui avaient amené des troupes auxiliaires à Titus. 

^ B. J. III, IV, 2. Nous avons vu (ci-dessus, p. i ^ , note i) que les Juifs avaient 
conservé le souvenir des habiles archers de Palmyre. 

3 m. Taamt, iv, 6 : DN*3 H^runn- • ■T'Dnn ""^ÎDS- • • -nDns ^uv nrstyn 
n^Jî^m n:iîyN")3 n^nn mn---. Ajoutez Taanit, 29 a : "imx n:it:?x"in 

nn^iD^-' nDnyini oaix nx nn-^hy aîir-'i qi-idix rn ni^u hdi dj^h 

n^^J^D. «Le jour de la desiruclion du premier temple fut la veille du 9 ah, un 



•292 HISTOIRE DE LA l'ALESTINE. 

La stupeur fut le premier sentiment qui s'empara des Juifs 
à la première nouvelle des désastres qui venaient de les acca- 
bler. On s'interdit toute jouissance, même la plus légitime^; 
on s'abstint du vin et de la viande depuis que les libations et les 
sacrifices furent devenus impossibles^. C'est que le spectacle 
qu'on avait sous les yeux était des plus navrants. Heureux 
ceux qui avaient succombé pendant la lutte, sous les étreintes 
de la faim, ou en se battant pour l'indépendance nationale; 

samedi soir, à l'expiration de l'année sabbatique. C'était le tour de la classe de 
loïarib de faire le service. Les lévites, placés sur l'estrade, chantèrent le cantifjuc 
Il tournera leur iniquilé contre eux, et, pour prix de leur méchanceté, il les 
exterminera {Psaum. xciv, 28), et avant d'avoir pu ajouter Oui, l'Eternel, notre 
Dieu , les exterminera , les païens vinrent et les arrêtèrent. Il eu fut de même lors 
delà destruction du second temple." Si le fait est exact, il doit l'être surtout 
pour la dernière conquête dont les circonstances furent reportées sur la première. 
Dion-Cassius, lxvi, 7, donne aussi le samedi comme le jour de la victoire des 
Romains. 

' m. Sota, IX, i/j, et tos. ihid. xv. 

s Baba-hathra,6oh:hii-)V''2 ]''u'T:D ISI n"''':C'3 n"'3n 2in^2 ^31 "i:n 

i:cD*c' -)Z*2 Vdxj ib ncN p"' n^nvù' cpn |\s'i -)C'3 d^Vdin* crx ]\x hd 
nnîDH ^2: h'j |''dd:i:u p-" nnîy: Sd^ ic'dvi n2ti2 -^2: H'i* pnnpD 
i^'D-'X mn:D ibtoa ')22U '-?2Na ab nnb ]d dn* ^n*? ^DX Sun ic'Di'i 

"131 a"'")"123 iViSn -inD*^' Sdx: ab niT'D niT'Da. r^Les docteurs racontent 
ce qui suit : Après ia destruction du second temple, il y avait beaucoup d'hommes 
pieux en Israël qui ne voulaient ni manjjer de la viande ni boire du vin. R. Josué 
s'attacha alors à eux et leur dit : Mes enfants , à quoi sert de vous abstenir de viande 
et de vin? — Comment, lui répondit-on, nous mangerions la chair dont on faisait 
le sacrifice sur l'autel détruit aujourd luii , et nous boirions le vin avec lequel on 
offrait la lii)alion sur ce même autel, aujourd'hui détruit? — Eh bien! répliqua 
R. Josué, ne mangeons pas de pain, parce (pi'il n'y a plus d'offrandes de farine! 
— En effet , on pourrait se nourrir de fruits ! — Mais les fruits ne sont pas permis 
non plus depuis qu'on ne peut plus en présenter les prémices au temple! etc.') 
R. Josué termine par leur démontrer que le deuil es! lé'filime, mais qu'il ne faut 
pas l'exafférei'. 



CHAPITRK XVIil. 293 

malheur k ceux qui étaient tombés vivants entre les mains d'un 
ennemi implacable! car, si leurs corps déchirés en lambeaux, 
si leurs membres palpitants ne servaient pas d'amusement sau- 
vage à leurs bourreaux syriens, ils étaient vendus en bloc sur 
les marchés d'esclaves de l'Empire ou placés dans les lupanars 
pour satisfaire aux appétits grossiers des luxurieux Romains '. 
Dans les nombreux récits que la tradition des rabbins nous a 
légués , l'imagination n'a fait qu'enrichir de noms connus et 
historiques les événements réels et restés anonymes. La légende 
raconte que Marta, fille de Boéthos, la femme riche et déli- 
cate du malheureux pontife Josué ben Gamala, fut traînée 
de Jérusalem à Lydda, attachée par les cheveux à la queue 
d'un coursier arabe ^. C'est une fille de l'opulent Nicodème 
ben Gorion, que R. Eliézer ben Sadok ou R. lohanan ben Za- 
caï voient ramasser péniblement, sous les sabots des chevaux, 
quelques grains d'orge pour se nourrir^. C'est le descendant 
d'un pontife, Ismaël ben Elisée, selon les uns, et de Sadok, 
selon les autres, qui, esclave, passant la nuit dans un lieu de 
débauche en pleurant sur sa malheureuse destinée, y entend 
les sanglots d'une femme israélite. Elle aussi déplore la dégra- 
dation à laquelle une filie de prêtre est réservée. A la pointe 
du jour, le frère reconnaît sa sœur; ils se jettent entre les bras 
l'un de l'autre et ils meurent \ La poésie donnait ainsi vie à 

' R J. VI, IX,2-i. 

■^ Midrmch-rnhba sur Echa, i, 16; j. Ketuhot, v, 1 1 ; Gittin, 56 a. Le prcinicr 
passage seul donne la légende comme elle est racontée dans le texte. 

•'' Sifré sur Deutéronome , S 3o5. Les passages parallèles sont cités dans le 
commentaire qui accompagne Tédition de M. Friodmann (Vienne, 1866). 

'' Midrasch-rahha, I. c. Gitlin, 58 a. D'après une autre agada, Ismaél ben Elisée 
lui-même aurait été trouvé enfant dans un lieu de débauche par R. Josué et ra- 
cheté à un grand prix par ce docteur, qui lui aurait prédit un brillant avenir, 
Giltm, I. c. Midrasch-rahha sur Lamentât, iv, 3 : iTTiD^ nî3 ''JN nî33"lD 
'7N'Il/*'^3 nS'Iin. "ic suis sûr qu'il répandra son cnseignomenl dans Israël.'' 



2\}h HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

(les faits abstraits, qu'elle rendait de cette façon plus saisis- 
sables et surtout plus touchants; ces contes, diversement co- 
lorés par la riche imagination des Juifs, se répétaient pendant 
les longues veillées de l'exil et surtout au\ anniversaires des 
jours néfastes, inscrits pour toujours dans le calendrier de la 
nation, et maintenaient dans le cœur du peuple dispersé la 
haine de l'exécrable Edom, comme on appelait l'empire ro- 
main, et le souvenir lugubre des malheurs qu'on avait en- 
durés. Mais l'histoire, qui cherche la vérité, doit se garder de 
faire le moindre emprunt à ces fables, et ne doit pas plus dis- 
cuter les noms qui y représentent et individualisent le mal- 
heur général, qu'elle ne prend au sérieux les autres contes de 
l'Orient, qui nous dépeignent le caractère vrai des khalifes, 
mais ne prétendent pas nous transmettre sur eux des récits 
authentiques ^ 

L'aspect du pays était désolant. On sait déjà que Vespasien, 
avant d'attaquer le centre, avait couvert le pays de ruines tout 
autour de Jérusalem; les bandes armées juives n'avaient pas 
épargné davantage les villes et les villages de la Judée. La 
propriété n'avait aucune valeur parce qu'elle n'offrait aucune 
garantie. Les champs étaient délaissés et personne ne les cui- 
tivait : les anciens maîtres en avaient été dépouillés par les 
sicaires et les Romains; ceux-ci ne se souciaient guère d'un 
travail aussi régulier que celui de l'agriculture, et personne 
n'osait leur acheter la terre bien qu'ils eussent désiré la vendre. 
On craignait que la loi n'intervînt et ne contestât une propriété 
qui, dans son origine, reposait sur une usurpation. Il fallait 
même, dans la province de Judée, valider par une mesure 
exceptionnelle les achats faits aussi irrégulièrement, afin de 

' \ n\07. ri-f]ossiis [i. i i . 



CHAPITRE XV 111. 295 

ramener les bras vers la terre et de s'assurer les moyens d'exis- 
tence '. 

Au milieu des [graves événements qui précédèrent et sui- 
virent la grande catastrophe, les Pharisiens, cpii en étaient 
les témoins profondément émus, paraissent avoir été préoc- 
cupés du dépôt des saintes Ecritures, dont ils étaient chargés. 
Sur le point de perdre leur patrie matérielle, ou bien après 
l'avoir déjà perdue, les docteurs se réfugient dans cette patrie 
spirituelle à laquelle ils prodigueront tous leurs soins et qui 
les consolera de bien des malheurs. Le nombre des livres his- 
toriques et prophétiques écrits en hébreu s'était accru avec 
le temps; il fallait faire un choix sage et judicieux. Pour une 
partie des Ecritures, le doute n'existait pas : le Pentateuque et 
presque tous les Prophètes portaient depuis longtemps le ca- 
chet de la sainteté; Ezéchiel seul soulevait quelques discus- 
sions à cause des versets qui semblaient être en contradiction 
avec les livres de Moïse; mais, selon une ancienne tradition, 
le même Eléazar ben Hanania, sous la direction duquel on aug- 
menta les interdictions contre les païens, sut, à force d'ex- 
pliquer et d'interpréter, concilier les passages attaqués avec les 
textes de la Loi^. 11 en était autrement pour les Hagiographes 

' A'oir, nol; xii, à la fin de ce volume. — Au milieu de cette grande misère, 
l'impôt de la capilation paraissait d'autant plus écrasant. R. lohanan ben Zacaï en 
parle sous une forme agadique, Mechilta sur Exode, xix : «Vous n'avez pas voulu 
vous soumettre à Dieu, vous voilà soumis aux païens! Vous vous êtes refusés à 
payer un béha par tête {Exode, xxxviii, 39) pour ie ciel, et vous acquittez main- 
tenant quinze sicles pour le gouvernement de vos ennemis \n 

2 A'oyez ci-dessus, p. 279. /frtg-îg-a, i3 a : "ITZT D13 3"1 ~)DN n"!"!!"' 3"l 112it 

t:3: îs'in NtbDbxiy idu n-'pTn ]2 -^2:11 [p -lîirbN'i] 2vcb c\xn "inix 
mxD vb^' iV l'jyn nti»:? hd min nm pimc insT^y H'XpTn"' "îdd 

Vt?"l~1 ri"''''?^*^ 2t/"'1 ]12'J ''31J. ttRab lehouda dit au nom de Rah : Certes il 
faut eu savoir gré à cot hommo, nommé [Eléazar bon] llnnnnin bon Hiskia! car. 



'29fi HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

qui, comme leur litre hëbreu de Ketoubim, «(écrits, ?? l'indique 
suflTisamment, ne portant pas un caractère prophétique, conte- 
naient tous les livres qui avaient été trouvés et réunis depuis 
le retour de Babylone. A l'exception des Psaumes, recueil 
ouvert depuis David et fermé fort tard, mais dont les parties 
anciennes protégeaient constamment les morceaux nouvelle- 
ment ajoutés S tous les autres ouvrages durent probablement 
subir un examen sérieux dès qu'il s'agit de former définitive- 
ment le corps de la Bible ou le Canon. Pour les Proverbes, 
l'Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques, nous possédons 
dans nos sources rabbiniques de fortes traces de l'incertitude 
dans .laquelle on était au sujet de leur admission^. Les deux 
derniers livres ne sont pas mentionnés dans le Nouveau Tes- 
tament, pas plus que les livres d'Ezra, de Néhémie et d'Ester, 
qui prenaient difficilement et laborieusement leur forme ac- 

sans lui, on aurait supprimé le livre d'Ezéchiel, parce que ses paroles sont en 
contradiction avec celles du Pentateuque. On lui monta dans sa salle trois cents 
mesures d'huile; il s'assit et expliqua les contradictions. n Le nombre de trois cents 
est un chifTre rond souvent employé par les docteurs pour dire beaucoup. Les me- 
sures d'huile qu'on lui apportait peuvent bien désigner les veillées que coûtait cette 
œuvre de conciliation {Voleumpei-dere des Latins). M. Grœtz (III, ^99) cite encore 
un passage de Sifré sur Deutéronome, $ 29/4, où l'on reconnaît une tentative de 
concilier Ezéchiel , xlvi, 7, et Deutéronome , xxv, i5, faite par Eléazar b. Hanania. 
' Luc, XXIV, Il II , cite la loi, les Prophètes et les Psaumes. 

» Abotderabbi Nathan, ci: an^î^'H n^vi ^Vù*D c^^c^^* "1^1 n:ii:\xi3 

<i:n 1N3C' 1i? OniN 1î33T. «D'abord on voulait supprimer les Proverbes, le 
Cantique des Cantiques et l'Ecclésiaste; on dit: Ces livres renferment des paraboles 
et ne doivent pas faire partie des Hagiographes. On allait les supprimer, lorsque 
vinrent, etc." L'admission de ces livres est attribuée aux hommes de la Grande sy- 
nagogue! Dans les Proverbes , on était choqué par le tableau, vu, 7 ; dans l'Ec- 
clésiaste, par XI, 9; dans le Cantique, par le passage vu, 11. Pour l'Ecclésiaste 
et le Cantique, on peut encore comparer m. Eduïot, v, 3, et surtout m. ladaïm, 
III, 5. 



CHAPITRE XVIII. 297 

tiielle • ! L'existence de Job ayant été contestée par certains 
rabbins^, le livre qui porte son nom risquait fort de n'être plus 
considéré que comme une composition poétique. La place qu'oc- 
cupent les Chroniques , à la fin des Hagiographes , montre assez 
la date relativement moderne qu'on leur assignait. Daniel, 
qui, à cause de son extrême jeunesse aurait dû rencontrer des 
obstacles avant de franchir le seuil du livre sacré, a su se faire 
admettre sans difficulté; il ne reste du moins aucun vestige 
d'une discussion qui se serait élevée à son égard, tandis qu'on 
en faisait déjà quelquefois la lecture au pontife la veille du 
jour du Pardon^. Est-ce le contenu merveilleux de ce livre, 
est-ce le nom vénérable qu'il a adopté , est-ce la forme apoca- 
lyptique qu'il a prise, esl-ce le pays lointain où il prétend 
avoir été composé qui lui ont valu le bonheur de réussir là 
où le premier livre des Maccabées et Ben-Sira ont échoué ''^î 
Cependant Daniel n'a pas pu obtenir sa place à côté de Zacha- 
rie ou de Maléachi, bien qu'il prétende à un âge plus haut que 
ces deux prophètes , et il a dû se résigner à être rangé parmi 
les Ketoubim. 

Nous ne trouvons nulle part le. récit d'une réunion de Pha- 
risiens qui se serait particulièrement occupée de la question du 
Canon; nous ne pouvons donc que deviner les causes qui firent 
décider de l'admission ou de l'exclusion d'un livre. Cependant, 
d'après ce que nous avons vu pratiquer pour le livre d'Ezé- 
chiel, la conformité aux prescriptions du Pentateuque paraît 
avoir été la première condition qu'un ouvrage dût remplir 

' M. Ed. Reuss, Histoire du Canon des Ecritures saintex dans l'Eglise chré- 
tienne (Strasbourg, i863), p. g. 

* On connailTopinion (Vaprès laquelle N133 N^l n\~l N? DVN*, kJoI) ii'c(ail 
pas une créature réelle, n 

•'' m. loma, i, 6, et ci-dessus, p. laj). 

* Sur Beu-Sira , voyez ci-dessus, p. 5o , noie i . 



298 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

pour être admis; le caractère religieux de l'œuvre et la pureté 
de ses principes étaient également exigés, aussi l'Ecclésiaste , 
et le Cantique, avaient été d'abord mal accueillis : le premier, 
à cause des opinions sceptiques qu'il renfermait; le second, 
pour son caractère mondain, qu'un habile allégorisme n'avait 
pas encore spiritualisé '. L'âge devait de même ajouter à la vé- 
nération du livre : on ne canonise pas des contemporains, et 
Ben-Sira n'a certes été exclu du Canon qu'à cause de sa date 
récente , qu'il ne cherchait nullement à dissimuler. 

Une baraïta donne l'ordre suivant des prophètes : Josué, 
Juges, Samuel, Rois, Jérémie, Ezéchiel, Isaïe et les Douze; 
puis l'ordre des Hagiographes : Ruth, le Livre des Psaumes, 
Job, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le (Cantique des Cantiques, 
les Lamentations, Daniel, le rouleau d'Ester, Ezraet les Chro- 
niques^. Avec les cinq livres de Moïse, la Synagogue constitua 
ainsi sa Bible, composée de vingt-quatre ouvrages ^. Les livres 
exclus, ou bien, comme on disait, «les livres restés en de- 
hors, 55 furent écartés le plus possible; on en interdit même 
souvent la lecture et l'on chercha à les anéantir, de sorte que 
les versions grecques des apocryphes survécurent seules à leurs 
originaux hébreux. 11 est du reste assez curieux de remarquer 
que cette sorte d'inventaire définitif de ses richesses est entre- 
pris et mené à bonne fin par le judaïsme, au moment même 
où le christianisme entreprend la première rédaction de ses 
Evangiles, et où les lettres de saint Paul, se répandant parmi 
les jeunes communautés, y deviennent comme le point de dé- 
part pour un second recueil, qui sera le Nouveau Testament. 

' R. Akiha (m. lada'ùn, m, 5) déclare que rtous les Ha{;io{jraphes sonlsainls, 
mais le Cantique des Cantiques est archi-saint (D^D'Tp ulp). » 
* Baba-bathra, i /i b. Le passage a été souvent cité. 
^ Voyez noie xn, à la fin du volume. 



CHAPITRE XVIII. 299 

La ligne de démarcation que le judaïsme établit alors entre 
le sacré et le profane était accompagnée d'un autre travail qui 
n'était ni moins important ni moins difficile : on commença à 
donner au texte de la Bible, et surtout du Pentateuque, sa 
forme définitive. La Bible était copiée , commentée et étudiée 
depuis des siècles sous des influences diverses, avec des préoc- 
cupations différentes, par les classes de la société juive, dont 
nous nous sommes efforcé de faire ressortir les aspirations, 
souvent opposées. Qu'y a-t-il d'étonnant que l'interprétation du 
texte changeât d'après l'opinion individuelle de celui qui l'étu- 
diait, et qu'il finît par donner son empreinte au texte même? 
Il ne s'agit ni d'altérations volontaires ni de négligences cou- 
pables. Mais un livre qui embrasse la vie d'un peuple devient 
vivant comme ce peuple, et les pulsations du cœur de la nation 
se répercutent pour ainsi dire sur les pages du livre; sous 
l'étreinte de l'âme qui ;y passe, les mots eux-mêmes perdent la 
roideur de la parole écrite et morte, se transforment et s'a- 
niment du souffle que leur prête le lecteur inspiré. La nature 
de la langue hébraïque, avec ses consonnes muettes, qui ont 
besoin d'être vivifiées par la prononciation orale, se prête 
singulièrement à cette diversité d'explications, tant qu'une 
tradition stable et constante n'a pas encore arrêté définitive- 
ment le mouvement du corps de ces lettres ^ Le texte était 
donc flottant et indécis, lorsque la nation elle-même était 
tiraillée en divers sens, et que Pharisiens et Sadducéens, 
laïques et prêtres, présentaient des convictions, des croyances 
et même des intérêts différents. La chute définitive de la ville 

' M. Nœldeke a développé avec un sentiment exquis et un rare lonlieiir d'ex- 
pressions dos vues analogues sur l'ancienne poésie arabe dans le mémoire qui se 
trouve à la tête de ses Bpitrâife zur Kpiintriinx iJpv Popuie doi' nlfon Arnhpv. Hnn- 
nover, l 'Sfî'i. 



300 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

sainte passa comme un niveau sur les fractions divisées de la 
société juive; le malheur, commun effaça successivement les 
différences qui, se rattachant en grande partie au temple, 
n'avaient plus aucune application dans la pratique. 

La nouvelle méthode, introduite dans les études des aca- 
démies qui se forment à cette époque, exigeait une atten- 
tion soutenue aux moindres détails du texte. Depuis que les 
Anciens de Bettyra ne s'étaient déclarés satisfaits , dans la dis- 
cussion qu'ils avaient engagée avec Hillel, qu'après que celui- 
ci eut appuyé son opinion sur une tradition de Schemaïa et 
d'Abtalion\ les règles de déduction attribuées au Babylonien 
avaient fait leur chemin dans les écoles. On chercha, en outre, 
à rattacher les décisions à un texte du Pentateuque et l'on 
ne se contenta d'alléguer la tradition que lorsque les autres 
ressources d'argumentation furent complètement épuisées; il 
fallait pour cela un texte minutieusement exact, solidement 
assis, où chaque mot, chaque lettre pût être invoquée et servir 
à la discussion. 

Mais les traces de la diversité des recensions ne se sont pas 
effacées. Non-seulement les anciennes versions, les Septante, 
la Peschito syriaque, la version samaritaine, la paraphrase 
hiérosolymitaine et, à un degré beaucoup moindre, le Tar- 
goun dit d'Onkelos, ont conservé les vestiges de variantes im- 
portantes , mais le Thalmud nous parle ouvertement de quelques 
différences qu'on rencontrait dans les rouleaux du Pentateuque 
qui servaient à établir une rédaction définitive et authenti([ue'''. 
D'anciennes baraïlot^, qui, rédigées par les descendants des 

' Voyez ci-(lcssus, p. 177 et siiiv. 

^ Geif^er, Urschrift, p. 97 cl passim. 

^ La Mechilta, ou la baraïla sur une partie de V Exode, et le Sifré, comme oif 
appelle la baraïla sur les Nombres et le Dcutrrouooic. ( Voyez sur ces deux recueils 
ciapiès, cliap. xxiii.) 



CHAPITRE XVIir. 301 

préires, reposent sur des leçons perdues aujourd'hui, ne de- 
viennent intelligibles que par la supposition d'un texte diffé- 
rent du nôtre, supposition presque toujours confirmée par 
l'une ou l'autre des versions que nous venons de citer. Ces 
variantes sont autant de traces des anciennes divergences d'o- 
pinion auxquelles les souvenirs de famille et aussi les ten- 
dances personnelles prêtent encore une vie factice, malgré 
les événements qui tendent à les faire disparaître. Découvertes 
et mises en lumière, elles deviennent un auxiliaire puissant 
pour l'histoire du développement qu'avaient pris la société et 
la science juives dans le dernier siècle avant la destruction du 
temple, et vers l'époque de la naissance et des premiers pro- 
grès du christianisme ^ 

' Ce (ravail a été entrepris par M. Geiger dans son livre que nous avons cité 
souvent dans le cours de notre ouvrage et dont nous donnons ici le titre complet : 
Urschrift und Uebersetzungen der Bibel in ihrer Abhànf^igkcit von der inneni Ent- 
wickchmg des Judenthums (Le texte primitif et les versions de la Bible dans leurs 
rapports avec le développement intérieur du judaïsme); Breslau, iSSy. 



302 IIISTOIHK DK LA l'A LKSTl M' . 



CHAPITRE XIX. 

R. lOHANAIN BEN ZACAÏ. 

L'âme de l'émigration était R. lolianan ben Zacaï, le maître 
vénéré qui, à Jérusalem déjà, avait su réunir autour de sa 
chaire l'élite des docteurs, et qui, prévoyant le sort terrible 
réservé à la malheureuse ville, l'avait quittée et était allé éta- 
blir à laljné un nouveau centre pour les Juifs dispersés. C'est 
à labné que, d'après une source rabbinique, il apprit, au 
milieu de ses disciples, le lugubre dénouement de la lutte 
longue et acharnée. Au récit, que faisaient les fuyards, du 
sanctuaire dévoré par l'incendie, de Jérusalem saccagée par 
les légions romaines, «il déchira ses vêtements, et ses disciples 
en firent autant; ils pleurèrent, sanglotèrent et prirent le 
deuiP.» Mais tout en sévissant contre les zelotes, qui lui 
avaient opposé une résistance si vigoureuse, Titus ne paraît 
avoir rien entrepris contre ceux qui reconstruisaient le ju- 
daïsme sur de nouvelles bases en le détachant de la ville 
t^éluew et de l'enceinte du temple. La partie du littoral où 
était située labné ne fut pas touchée par le vainqueur ^, qui 

' Abot dej-abbi Nathan, c. iv. nV^n*' SnnnC-' \S*3Î p ]:nV p"l V12Z'V ]TJ 

^ La ville de labné ( Janiiiie) était un port de mer situé dans la même lati- 
tude que Jérusalem et avait un procurateur romain (Josèphe, A. J. XVIII, vi, 
3-^). Elle renfermait des vastes magasins de blé, qui sont mentionnés dans nos 
sources. Aoy. j. Dcmaï, ii, !i (28 c); tosefta ibid. c. 1: ^JD^ù' nJ2^ '7V m")î»1N* 
DTn^ p1"l Vm — nDn'7D, «Les magasins do labné avant la [[uorre. . . où les 



CHAPITRE XIX. 303 

avait encore à faire réduire par ses généraux quelques forte- 
resses au fiud et à l'est Je Jérusalem , et qui se dirigeait lui- 
même triomphalement au nord et au sud-est de la Syrie. 
Ainsi se confirment l'opinion que nous avons émise sur l'atti- 
tude des Pharisiens pendant la guerre, et les rapports qui, se- 
lon le Thalmud, avaient existé entre R. lohanan ben Zacaï et 
l'empereur. Si les rabbins vouent néanmoins Titus à l'exécra- 
tion , en lui attachant constamment le sobriquet de harascha, rc le 
méchant 55 ou wle tyran, 55 et en racontant de lui des actes de 
débauche révoltants, châtiés par des souffrances extraordi- 
naires \ c'est que les conséquences de la guerre dépassaient 

habitants furent pour la plupart des Cuthéens (ou Samaritains) \n Beréschit-rahha , 
c. Lxxvi : n:^^ n!î1N ]D iya"»n pî^Db pVîN prix ]ià^. «où allez-vous? 
(demanda le païen) — Achetpr du froment dans les magasins de Iabnèh;n Mi- 
drasch lalkout, I, Sg a. Il est probable que la population juive y avait augmenté 
sous Salomé , la sœur d'Hérode , qui avait obtenu le territoire de labné dans la 
succession de son frère. 

' La légende «de la mouchen (U^ID''), d'une taille fabuleuse, qui, en passant 
par le nez «du tyran Titusn (J^v^TH DIlD^îû), pénétra dans son cerveau et amena 
sa mort, se retrouve souvent dans le Thalmud et les Midraschim , Beréschit-rabba , 
c. x; Vuyikra-rahha, c. xxii; Tanhoitma, 62 a ; Gillin , 56 b. Ou pense involontaire- 
ment aux mouches que Domitien , selon le témoignage des anciens , aimait à enfiler 
autour de son style. (Voyez, entre autres, Dion-Cassius , lxvi, 9 ; et un fait sem- 
blable raconté sur Nabuchodonosor, Tabari, Chronique, \, TiSg.) — Ailleurs, Titus 
est représenté «une verge à la main et frappant l'autel en lui adressant ces mots : 
Loup , loup ! tu es roi , je le suis aussi ; eh bien , combats-moi ! Que de bœufs a-t-on 
égorgés sur toi? à combien d'oiseaux a-l-on ici tordu le cou , combien de vin t'a-t-on 
versé en libations? etc. «(nnîDn "'^J 'jV HDD n-'HI IT-D (1. miDT) miD H^î^ 

HDD HDnbD ''Dy nii;yi sta -jbD ''Jni -j'^d nnx Dipb DipV -îdini 
1D131 1"''?^ 12d: nir'^ hdd y^^i *p'7Da mDi:? hdd yby lûnu: nmii:; 

Ahot derabbi Nalhan, c. i). Cette façon de traiter de lonp l'autel de Dieu , qui se 
rencontre encore , Soucca, fin , dans la bouche d'une femme qui avait déserté le ju- 
daïsme , est pour le moins singulière. Serait-ce en opposition avec Ezéchiel, xliii, 
16-17, où l'autel est respectueusement nommé /« lion de Dieu ('7N^"1N)? 



304 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

les craintes qu'on avait conçues, et que la misère des vaincus 
allait au delà de ce que l'imagination la plus extravagante au- 
rait pu inventer. 

Une tradition fixe au nombre de neuf les mesures prises 
par le chef de l'école en faveur de labné et en raison des cir- 
constances nouvelles qu'avait créées la destruction du temple. 
Si l'on écarte tout ce qui n'a aucun rapport avec la catastrophe, 
le nombre transmis par cette tradition s'accorde parfaitement 
avec l'énumération telle qu'elle est aussi faite par le Thalmud '. 
1° Lorsque le premier tischri tombait sur un samedi, on ne 
sonnait le schojar qu'au temple; le même privilège fut accordé 
à labné ^. 2° A Jérusalem seule on portait la branche de pal- 
mier au temple, pendant tous les sept jours de la fête des 
Tabernacles; partout ailleurs, cet usage était restreint au pre- 
mier jour de la fête; là encore labné fut traitée comme la ville 
sainte ^. 3° R. lohanan défendit de manger du nouveau blé 
pendant toute la journée du 16 nisan'^. U° Les témoins dé- 
posant sur l'apparition de la nouvelle lune durent être reçus 
pendant toute la journée, jusqu'à la nuit. 5° Ils durent être 
admis à faire leurs déclarations à l'endroit où le tribunal était 

» Rosch-haschana, 3i h;Sôta, do a : ") ]^pDnV mjpn ^îi'nD "iHiV 1î 
^NDT ]2 pnr. On voit que ce nombre est accepté par les docteurs, et l'on peut 
s'étonner que M. Frankel [Hodogetica, p. 64) Tait négligé. Les mesures ou tik- 
kanôt sont discutées , Rosch-haschana , l. c. 

* m. Rosch-haschana, iv, i. Jouer sur un instrument de musique quel qu'il 
fût était interdit, le samedi, comme un travail, 

•'' îhid. 3, et m. Soucca, m, 2. Il est probable que la di.scussion engagée pour 
la première mesure, si le privilège de Jérusalem a été étendu à toute autre ville 
ayant un bèt-din ou à labné seulement , se rapporte tout aussi bien aux autres 
mesures du même genre. 

* Ibul. Tant que le temple fut debout, la défense du hadasch ou nouveau blé 
cessait au moment de la journée où Vomei' était présenté au sanctuaire. [Ijévitîijxie , 
XVIII, 1 h ; Jnstié, v, 11.) 



CHAPITRE XIX. 305 

réuni, le président du bèt-din fût-ii même absente fi" 11 no 
leur était pas permis, afin de hâter leur déposition, de profaner 
le sabbat, excepté pour les mois de nisan et de liscliri, où la 
fixation des grandes fêtes dépendait de leur témoignage; pour 
les autres mois, où la connaissance de la nouvelle lune exer- 
çait seulement une influence sur les sacrifices, R. lohanan in- 
terdisait toute violation du repos sabbatirpie depuis que Tautel 
de Jérusalem était renversé'^, -y" J^es prêtres, en montant sur 
l'estrade pour bénir le peuple, furent astreints à ôter leurs 
sandales, comme à Jérusalem^. 8" R. lohanan dispensa le 
prosélyte de donner le quart de sicle qui devait servir à l'achat 
de la colombe dont le sang était jusqu'alors employé à l'asper- 
sion du païen converti et achevait sa purification. Plusieurs 
docteurs avaient voulu maintenir cet impôt malgré la destruc- 
tion du temple '. 9° 11 dispensa aussi les propriétaires des en- 
virons de Jérusalem d'y apporter les fruits de la quatrième 
année qui suivait la plantation d'un arbre ^. 

Ces dispositions étaient pour le moment d'une haute im- 
portance. Il s'agissait pour R. lohanan de faire reconnaître la 

' m. Rosch-liaschniia, iv, h. 

^ Celle mesure , mentionnée dans la mischna , ibid. i, h, anonymement, est rap- 
portée à R. lohanan par une baraïta, Rosch-haschana, 21 b; cf. 3i b. 

^ Rosch-haschana, 3i b; Sota, /io b. Au temple, les préIres faisaient tout le 
service sans qu'ils eussent de la chaussure. — Il semble résulter de ce passaj^o 
que le létragramme ne fui plus prononcé à labné dans la bénédiction des prélres, 
quand même il aurait été prononcé à Jérusalem jusqu'à l'époque de la dcstruc- 
lion; car autrement on aurait sans doute ajouté : IDriDD D^Ti DN pICINI 

* Keritol ,9 a. 

^ Rosch-haschana, 3i b. Celte obhgation n'avait élé imposée qu'aux proprié- 
taires demeurant à une journée au plus de Jérusalem, «afin que les marchés de 
Jérusalem fussent ornés de fruits. ^i — La mesure, citée par R. Nahman h. Isaac 
{ibid.) , quand même elle apparliendrait à R. lohanan , aurait été en loul cas prise 
à Jérusalem. 11 en est de même pour une aulre mesme menlinniiée m. Sota, 
IX, 9. 



:{06 IIISTOIRK Dl' LA l>A LESTINK. 

svn;>j;()};ii(' de l;il)n<'' roiniiie la léjjitiine héritière du temple 
de Jérusalem et de revendifjuer pour elle les droits et les jui- 
viléges qu'avait possédés le sanctuaire détruit : mais le pres- 
tige dont il voulait entourer la ville où dorénavant siégeait le 
premier tribunal de la Judée ne devait pas aller jusqu'à v 
maintenir des obligations qui, à Jérusalem même, n'étaient 
imposées par aucun motif tiré de la Loi, comme celle à la- 
quelle se rapporte la neuvième mesure, ou encore, des aggra- 
vations qui, à labné, n'avaient plus aucune raison d'être, telles 
que le renvoi au lendemain des témoins qui venaient pendant 
l'après-midi déposer au sujet des néoménies K 

Toutes ces mesures n'ont certes pu été prises à la fois, et 
la cinquième surtout semble se rattacher à un fait entouré 
d'une grande obscurité, mais qui n'en paraît pas moins his- 
torique. Parmi les disciples de R. lohanan se trouve Gamliel'-. 
le fils de Siméon ben Gamliel, qui, pendant la guerre de la 
Galilée, s'était fait auprès des grands prêtres de Jérusalem le 
défenseur de Jean de Gischala contre Josèphe, le gouverneur 
delà province. Après cette intervention, Siméon reparaît en- 
core pour laisser éclater son indignation contre les zélotes, qui 
nommèrent le pontife d'après la décision aveugle du sort; puis 
il n'est plus question de lui ^. Peu de temps après la destruc- 
tion du temple, nous trouvons Gamliel à la tête du tribunal 
de labné, et son maître. Pi. lohanan, retiré dans un bourg 
obscur, Berour Haïl^ Que s'était-il donc passé entre ces deux 

' On se rappelle que les docteurs avaient déjà, à Jérusalem, lacililé la lâche dos 
lémoins afin de les attirer de préférence à eux. (Voyez ci-dessus, p. a'ii.) 
^ Daba-halliva. i o b. 
■* \ oyez ci-dessus, p. 271. 
" Sanhédrin, 3-2 a: '1 ITHi HD'^ pT r\'2 "^HX -jS"! f]'nD p"!.* p"^ p2"l i:n 

i",2Z' ^:'^^2'2 D^n^"' '? ip N:r '?"'n -i^-'^V w:* p ;:nr -^ -"nx iibb ^.n'^ha 



CHAPITRE M\. 307 

hommes pour amener un changement aussi inattendu dans 
leur situation réciproque? Nos sources ne le disent pas. mais 

piî: î:3^ i:n wc nnu-'t: Dw' nncD ^ti -ir:^ ^:n ■'ix pn ri^tv pn 
]2 pnr 'T nnx -•'?'? irj^hi< ~! nnx n^''*;:*^'^ D^t:2n ^nx i^n ï]-nn piî; 
T inx ri:2''''? '?N"''7t:3 pn ""nx p*"'p2'7 VwirT' 'i -inN '?■'" in^'? \v3î 
'-) "inx "'Dn'? N\-i?: 'T ^nx ^:2"'d'7 ^v-in ]2 n^::n -i -^nx m;:"'::'? tv 
"^nx nhvjb Vw'în"' n [^nx p pp::- 'i] inx ]"'2^î':'? m\n3 p ht,-' 
n^T;n :}2r:;hh n^'czn inx □^li'U,' n""^'? [m: [2 ]:m"'i -i. «Les docieurs 

iînsei{|nent que lo verset, Reclierclie la juslice, ta justice {Dpuléronomo , xvr, 21) , 
veut dire qu'il faut se rendre auprès d'un bon tribunal, chez R. Éliézer, à Lvdd 1 , 
ou chez R. lolianan ben Zacîaï, à Rerour Haïl. On lit dans une baraïta : Les moulins 
(à main ) résonnent-ils à Rourni , c'est qu'il y a une circoncision ; voit-on la lumière 
briller à Berour Haïl, c'est qu'il y a un repas (de noces). Les docieurs enseignent 
encore que le verset. Recherche la justice, la justice , veut dire qu'il faut suivre les 
docteurs dans leurs académies, R. Elie'zer à Lydda, R. lolianan b. Zacaïà Berour 
Haïl, R. Josué à Pekiïn, Rabban Gamliel à labné, R. Akiba à Bené Berak, R. 
José à Seppboris, R. Hanania b. Teradion à Sicni, R. Matlhia à Rome, R. lehouda 
b. Baihyra à Nisibe, [R. Hanania, le fils du frère de] R. Josué dans la capti- 
vité, R. [lolianan ben Nouri] à Bèt Schearim, enfin les docteurs siégeant dans la 
salle en pierres taillées du temple. 71 Pour les mots que nous avons ajoutés au 
texte, voyez Scborr, Hahaloutz, IV (Breslau, iSbg), p. 78, et mes observations 
insérées dans le Beii-Clianania , année 1867, Forschiingen, p. 179. L'académie de 
Berour Haïl est nommée ici comme siège de R. lolianan à côté de celle de labné , 
à la tète de laquelle se trouvait R. Gamliel. Ailleurs, nous voyons R. Josué se 
rendant à Berour Haïl auprès de R. lolianan , j. Dcmaï, m , 1 ( 28 b) ; Ma'asevot , 
II, 3 (69 d); tosefta ibid. c. 11. La baraïla citée dans le Thalmud se lit encore sous 
une forme un peu différente , j. Ketubot , i , 5. La dernière phrase , où il est question 
de l'ancienne salle du temple qui fut le siège du premier sanhédrin (voy. ci-des- 
sus, p. 92), n'est sans doute qu'un pieux souvenir rendu au sanctuaire vénéré et 
aux docteurs célèbres qui y avaient été réunis. — Après R. lolianan, il n'est pas 
plus question de Berour Haïl , qu'on ne parle de Pekiïn ou Bekiïn ( j. IJagiga ,1,1) 
après le temps de R. Josué. L'un et l'autre endroit empruntaient une notoriét('' 
passagère à la célébrité des docteurs qui y enseignaient. Cependant, pour Bekiïn , 
nous savons qu'il était situé entre labné et Lydda {ibid.); nous avons quelques 
raisons de supposer que Berour Haïl se trouvait entre labné et Emmaiis. En effet, 
après la mort de B. lolianan , ses disciples se rendent à labné, excepté B. Eléazar 
ben Aracli , ([ui va rejoindre sa feniiue à Emmaiis el jouir des charmes de cet endroit 



:{08 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

il est permis de lo supposer. Le nom de Hillel était respecté 
et avait imposé même àiin Hérode '; pendant deux siècles les 
partisans de ses opinions et de ses doctrines se faisaient un 
honneur de l'adopter comme drapeau de leur école. Si Si- 
méon P" est peu connu dans l'histoire, Gamliel I" paraît avoir 
joui d'une grande influence auprès de Cypros, la femme asmo- 
néenne d'Agrippa I"", et dans le sanhédrin, où, siégeant proba- 
blement par la volonté de cette reine, il sut contre-balancer le 
pouvoir jusque-là peu contesté des grands prêtres , et amener 
par ses paroles sages et modérées la mise en liberté de Pierre, 
l'apôtre ^. Nous venons de retracer le rôle de Siméon II au 
début de la guerre des Juifs, parce que, malgré leur peu 
d'importance, ces faits ne témoignent pas moins d'une âme 
pieuse et d'un caractère conciliant; car, dans un temps agité 
par des passions aussi ardentes , il n'était pas facile d'être à la 
fois l'ami et le confident d'un Jean et le conseiller écouté avec 
bienveillance d'un Hanan ^. Des ancêtres d'une telle valeur 
donnèrent à la famille de Gamliel H un éclat qu'aucune autre 
famille juive de l'époque ne put égaler. Cette illustration hé- 
réditaire était soutenue par une grande fermeté personnelle, 
qui allait quelquefois jusqu'à la dureté, mais qui savait aussi 
se plier aux circonstances avec une merveilleuse souplesse. En- 
core jeune lors de l'émigration vers labné, puisqu'il était assis 
aux pieds de R. lohanan ben Zacaï, il semble avoir possédé 

(Midrasch sur Kohélel, vu, 7; Ahot dfi'ahbi Nathan, c. xit; cf. Sahhat, 1/17 b. ). 
Vespasien avait établi près de celte ville un camp pour la cinquième légion {B. J. 
l\ , Tiii, 1), et, après la prise de Jérusalem, liuit cents vétérans de l'armée ro- 
maine s'y fixèrent {ibid, VU, vi, 6). 

' ) oyez ci-dessus, p. iSg, note 1 et Josèpbe, /l. J. X\, x, 4. 

* Ci-dessus, p. 2 13. 

■'' Ci-dessus, p. 271. Son fils, Gamliel II, conservait encore des souvenirs du 
lemps où il vivait avec son père à .lérusalem. (Voyez m. Emuhin , ti, 2.) 



CHAPITRE XIX. 309 

déjà de la maturité, et une vigueur qui commençait à faire dé- 
faut à son maître, parvenu à un âge très-avancée Le vieillard 
traitait ses disciples comme ses égaux; il les écoutait avec une 
bienveillance paternelle , sollicitait avec douceur leurs opinions 
et leur subordonnait même souvent la sienne sans honte ni 
regret-. Au milieu d'hommes d'une grande valeur, tels (jue 
R. Eliézer ben Hyrcanos, R. Josué ben Hanania, R. Eléazar ben 
Arach, R. Siméon ben Nathanel, R. José Haccohen et R. Gam- 
liel lui-même, une liberté d'allures semblable dégénérait faci- 
lement en anarchie. L'indépendance des caractères, la diver- 
gence profonde des opinions, que R. lohanan lui-même se 
plaisait à retracer dans un tableau aussi vrai que gracieux^, 

' Voyez p. 276, noie i. 

^ m. Abot, II, 9; Baba-bathra, 10 b. 

^ m. Abat, II, 8 : rR. Eliézer ben Hyrkanos est un puits cimenté, qui ne perd 
pas une goutte; R. Josué ben Hanania fait le bonheur de sa mère; R. José est 
pieux, R. SiméoQ b. Nathanel craint le péché , R. Eléazar ben Arach est une source 
abondante. n Abot derabbi Nathan, c. xiv : t Eliézer ben Hyrcanos est un puits ci- 
menté qui ne perd pas une goutte, une cruche poissée dans laquelle le vin se 
conserve; Josué ben Hanania est un triple fil qui ne rompt pas facilement (allusion 
à Kohelet,iv, 12); José Haccohen est l'homme pieux de l'époque; Siméon ben Na- 
thanel (il faut lire ainsi, à la place d'ism.iél b. Hanania) ressemble à une citerne 
( nD")l' probablement dans le sens de y.^ ) dans le désert, qui garde l'eau ; heu- 
reux le disciple dont les opinions sont acceptées et citées par son maître! Eléazar 
ben Arach est un torrent impétueux et une source abondante dont les eaux jail- 
lissent et débordent. 7) Dans la mischna d'Abot que nous venons de ciler, R. lolianau 
considère R. Eliézer ben Hyrcanos, ou selon une autre tradilion, R. Eléazar b. 
Arach, comme d'une valeur égale à tous les autres docteurs d'Israël. ^Le dernier, 
une fois à Emmaùs (voy. p. 807 note 1), abandonne toute étude. (Voy. Sabbat, 
1 A7 b; Midrasch sur Kohélet, vu, 7, et l'explication ingénieuse de M. Hirschfeld 
dans le Ben-Chanania , 1866, Forschungen, col. 67.) Cependant, tant qu'il était 
sous la direction de son maître, il s'occupait même de métaphysique ou du Récit 
du char ( n33~lD nii"i'*D , voyez chapitre i d'Ezéchiel) , et il avait des visions. Jo- 
seph ou José Haccohen (voyez ci-dessus, p. 268, note 1) et Siméon ben Natha- 
nel, ce dernier, cousin de R. Gamliel H (losefla Aboda-zara, c. m), bien qu'ils 
cherchassent à imiter I^. Eléazar b. Arach (j. Hagiga, 11, 1 , qui paraît plus cor- 



310 HISTOinK DE LA PALESTINE. 

s'ellaçaieiit volontiers devant le sourire aimable du vieillard. 
(|ui traitait tous ses disciples avec la même bonté. Mais quels 
danfjers recèle un tel état de choses, si ce régime trop doux 
allait se prolonger encore, à un moment où l'unité de la doc- 
trine, l'uniformité du culte, l'autorité d'une direction homo- 
gène, pouvaient et devaient former le seul lien des débris 
dispersés du judaïsme! 

Assis à côté de ses condisciples, H. Gandiel paraît avoir pres- 
senti ces périls : jjlein d'énergie et soutenu par la conscience 
de sa propre valeur, il se mit résolument et avec l'agrément 
des Romains à la fête de la nation, en laissant à R. lolianan 
ben Zacaï la direction de son école ^ C'est alors probable- 
ment que R. lolianan émigra vers Rerour Haïl, en abandon- 
nant labné à R. Gamliel. Celui-ci, en sa qualité de chef du 

rccle que Hagiga, ih h), ne semblent pas avoir eu d'imporlance coiume docteurs 
de la loi. L'épithèle de pieux ou hasid, que José reçut de son maître, est du reste 
pleinement justifiée par ce que nous savons sur son compte, (\oyez sur José, en 
outre des passages cités ci-dessus, p. 2 56, note i, m. Halla, iv, 13; Sabbat, 
1 (j a; Moed-kataii , 28 a (voy. j. lebatnot, xiii, 2 ; Abot dei-abbi Nathan, c. xvi, où 
une histoire sembhible est racontée de 1^ Eliézer b. H.); m. Mikwaot, x, 1.) 

' Y avait-il déjà du temps de Gamliel II deux dif;nitaires à labné, un nasi et 
un ab-bètdin? l'aiiout ailleurs où il y avait un tribunal, et nous en avons vu 
nommer plusieurs, ci-dessus, p. 807, le collège était présidé par un docteur qui 
en ('lait Tab-bèt-din; à labné, ce me semble, R. Gamliel, était à la lois nasi et 
président du tribunal. Le nom de patriarche qu'on donnait hors du cercle ju- 
dnïipie au nasi répondait bien moins à ce dernier titre qu'à celui d'ab-bèt-din (en 
hébreu, 3N* n^3 VHI). Dans m. lîosch-haschana , iv, 6, on entend par Rôsch- 
bèt-din évidemment le nasi, puisqu'il s'agit dans ce passage de la fixation des fêtes, 
ce qui était une des fonctions à laquelle le patriarche tenait le plus, (\oyez aussi 
ibid. 11, 7.) Enfin, quel docteur de l'épocjue de R. Gamliel II est désigné comme 
son second ou son ab-bèt-din? Nous ne nous rappelons auciui passage rabbinique 
où l'on ail lait mention d'un tel fonctionnaire. La question soulevée par le Tbalnuid 
Hnba-haiiniia , 7/j b : Din î"»"! JT'n nX yù'in"» ") NHI, "mais R. Josué n'élait-il 
pas ab-bèl-din'h repose justement sur un anachronisme, et nous craignons donc 
fort (pie, dans celle circonstance encore, on n'ait fait remonter trop haut uncinsli- 



CHAPITRE XIX. 311 

tribunal, exigea que les témoins venant déposer de l'appari- 
tion de la nouvelle lune, se rendissent auprès de lui, quelle 
que fût sa résidence au moment de l'interrogatoire, tandis 
que R. lohanan ben Zacaï, tout en étant dans sa nouvelle 
résidence, tenait à maintenir pour labné, le siège du bèt-din, 
le privilège qu'avait eu autrefois Jérusalem. «R. Gamliel, 
nous est-il raconté, étant allé demander son investiture au 
gouverneur de la Syrie et ayant tardé à revenir, on décida 
pendant son absence que l'année aurait un treizième mois, 
toutefois à la condition que le nasi, à son retour, donnerait 
son consentement ^ » Ce passage prouve, en premieur lieu, 
que le gouvernement romain intervenait dans la nomination 
des patriarches et que R. Gamliel avait su appuyer son auto- 
rité sur la force imposante du vainqueur; il présente aussi une 
transaction quant à la fixation si importante des fêtes et des 
néoménies : les décisions du tribunal étaient prises à labné, 
mais, pour qu'elles fussent valables, Gamliel les soumit à son 
approbation. Représentant de ses coreligionnaires en face du 
gouvernement romain, Gamliel II reprit, le premier de sa fa- 
mille, le titre de nasi, qui avai-t été abandonné depuis que le 
sanhédrin avait perdu son pouvoir sous Hérode. 

Les usurpations de ce genre, exercées au nom du salut pu- 
blic, infligent toujours une tache originelle à celui qui les 

tulion qui prit peut-élre seulement naissance au moment où il fallait donner un 
titre distinct àR. Éléazarben Azaria (voyez ci-desssous, p. 3 29), ou bien pendant 
le long intérim entre Gamliel II et son fils Siméon, et qu'en maintint surtout à 
l'époque où le patriarcat, solidement établi et devenu bérédilaiie dans une fa- 
mille, fut plutôt une cbarge politique qu'une dignité religieuse et savante. 

' m. J5;d«tot,vii,7: -idd'lSD nvù?i brL2"'V -bnu? bii''hi2} pn^ ^^Z"J12^ 
ba^biD: p"i nsT'iyD'? \s':n Si* nyan na n3>** NiinS N:n*ù*"i Mmcn 

ni^li'D rijCn. Voyez aussi Sanhédrin, 11a, où il y a quelques diflercnces 
peu importantes. 



312 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

commet, et les docteurs juifs, (jui avaient l'esprit naturellement 
frondeur, ont souvent fait une opposition assez rude à R. Gam- 
liei et à ses descendants. Tout paraît cependant démontrer 
que R. lolianan , en quittant labné pour se rendre à Rerour 
Haïl, eut la consolation d'y être suivi par ses disciples. L'école 
de Rerour Hail, où il enseignait, est vantée dans une baraïta, 
à côté de celle de labné, présidée par R. GamiieP. Les pa- 
roles de R. lolianan, que ie verset, "Lorsque le nasi commet 
un péché (^Lévitîque, iv, 92) signifie : Heureuse la généra- 
tion où le nasi, commettant un péché involontaire, se sent 
aussi obligé de faire un sacrifice-," renferment peut-être 
une allusion au ressentiment (jue l'élévation de R. Gamliel 
lui faisait éprouver. A son lit de mort, il était entouré de ses 
cinq disciples fidèles, dont l'un, R. Eliézer, était cependant le 
beau-frère, et un autre, R. Siméon ben Nathanel, le cousin 
de R. Gamliel. «Lumière d'Israël, colonne de droite, marteau 
solide, lui dirent-ils, pourquoi pleures-tu? — R. lohanan ré- 
pondit : Je verserais des larmes si l'on devait me conduire de- 
vant un roi en chair et en sang, qui, aujourd'hui vivant, sera 
peut-être demain couché dans la tombe, dont le courroux ne 
serait pas un courroux éternel, dont la prison ne serait pas 
une prison éternelle, dont la condamnation à mort ne me fe- 
rait pas subir une mort éternelle, devant un roi que je pour- 
rais fléchir par mes paroles ou corrompre avec mon argent; et 
je ne pleurerais pas au moment où l'on va me conduire devant 
le roi des rois, le saint, loué soit-il! le vivant, l'éternel, dont 
le courroux, s'il m'atteignait, durerait éternellement, dont la 
prison, si elle m'enfermait, m'enfermerait éternellement, dont 

' \ oyez p. 307, noie. 



CHAPITRE XIX. 313 

le jugement, s'il prononçait la peine de mort contre moi, me 
frapperait éternellement, devant le roi que mes paroles ne 
sauraient fléchir ni mon argent corrompre, alors que deux 
voies, le jardin d'Eden (le paradis) et la vallée de Hinom 
(la Géhenne) s'ouvrent devant moi sans que je sache laquelle 
des deux on me fera prendre ! — Donne-nous ta bénédiction , 

répondirent les disciples. Puissiez-vous craindre le ciel 

comme vous craignez un simple mortel! — Pas d'avantage? — 
Certes, ne savez-vous pas que l'homme en commettant un pé- 
ché, dit : Pourvu que personne ne me voie ' ! » 

La huitième mesure ou tikkana, qui dispensait les prosé- 
lytes du quart du sicle pour l'achat d'une colombe, avait une 
double portée. R. lohanan déclarait ainsi la période des sacri- 
fices définitivement close ^, et facilitait en même temps l'en- 
trée des païens au sein du judaïsme. C'était bien là le disciple 
de l'ancien Hillel, qui avait recommandé de rendre la loi ac- 
cessible aux païens^; c'était le mêmeR. lohanan qui, dans une 
de ses charmantes conversations avec des amis plus jeunes, qui 
se pressaient autour de lui, fait abandon de sa propre opinion 
pour approuver l'interprétation de Proverbes, xiv, 34, propo- 
sée par R. Nehounia ben Hakkanna* : "La justice relève une 

' Bei'achot, 28 b. 

^ A oyez note xiv , à ia fin de ce volume. 

^ Voyez ci -dessus, p. 181. 

* R. Nehounia ne ligure pas aulremenl parmi les cinq disciples de R. lohanan 
(p. 309, noie 3). 11 est rarement mentionné dans la Wischna; Berachol, iv, 9, 
on rapporte de lui deux prières qu'il recitait, l'une en entrant dans la Bèl-Hammi- 
drasch, l'autre lorsqu'il en sortait; Abot, m, on lui attribue la maxime qu'en se 
soumettant spontanément au joug de la loi , l'homme est délivré du joug de l'Em- 
pire et de celui des affaires mondaines; une troisième fois, Eduïot , vi, 3, on donne 
un- discussion assez longue qu'il engage avec R. Eliézer et R. Josué sur une ques- 
tion de pureté légale. Les deux premiers passages font supposer que R. Nehounia 
était très-assidu à l'étude de la Loi. En effet , le Thalmud lui attribue un système de 



;Jl/i HISTOIRE DK LA PALESTI.NE. 

nation , et la charité sert de sacrifice expiatoire pour Israël et les 
autres peuples.» D'après une autre version, il aurait ajouté: 
« De même que le sacrifice expiatoire fait accorder le pardon 
des péchés à Israël, de même la justice aux païens ^ » 

Cette manière de considérer les sacrifices, qui allait sou- 
vent jusqu'au dédain, avait été répandue depuis bien des siè- 
cles par les prophètes; elle servait en ce moment à consoler 

déductions particulier qu'il aurait appliqué à toute la Loi et enseigné à R. Ismaël, 
de même qu'il parle d'un autre système de déductions, employé par ^alloum de 
Gimso et transmis par lui à R. Akiba {Schebouot, 26 a). Ces deux systèmes sont 
exposés ci-après, chap. xxiii. — Seulement, on peut s'étonner de rencontrer si pou 
dans nos sources rabbiniques les noms de Aehounia et de Nabum, de ces deux 
hommes dont l'enseignement aurait exercé une influence si décisive sur deux doc- 
teurs d'une aussi grande importance. On peut ensuite être frappé de la similitude 
de ces deux noms, qui au fond sont identiques, et qu'on paraît avoir en elTot confon- 
dus, Sifra sur Lévitique, xiv, 2 1 (éd. de A ienne, 1 862 , fol. 72 c; voy. la note et 
Megilla , 28 a). En dernier lieu , on trouve un Neliemia d'Imsou ( "* j'lDD''2?n iT'Dn j ) 
dont le nom se rapproche encore par son origine de celui de Nahum de Gimso 
CîîCJ u^N DIDj), et qui aurait été pendant vingt-deux ans le disciple de R. Akiba, 
tandis que Nalium est présenté comme le maître de ce docteur (j. Berachol , ix, 7 ; 
Sota, V, 5; comparez Pcsahim , 92 b et les passages parallèles). Il y a là tous les 
éléments d'une confusion que nous ne savons pas débrouiller. — R. Neliounia ben 
Hakkanna est aussi un des héros de la littérature pseudo-épigraphique de la Kab- 
bale. La maxime que nous venons de citer en son nom ne doit certes pas être 
comprise comme le veulent les commentateurs, que Dieu, eu récompense d'une 
vie consacrée à l'étude de la Loi, facilite à l'homme pieux ses rapports avec le pou- 
voir établi p*: loiirnil largement à ses besoins. Elle renferme plutôt la pensée que 
l'absorption dans l'étude sacrée détache celui qui s'y livre du souci des choses 
humaines et le rend invulnérable aux viscissitudes du temps et de la fortune. 
Cette tendance vers le mysticisme nous ferait comprendre pourquoi R. Xeliounia, 
pas plus que R. José Haccoben et R. Siméon ben Xafbanel , n'est mêlé aux discus- 
sions rnbbiuiques. Nous avons vu du reste plus haut, que ces deux derniers dis- 
ciples de R. lolianan s'occupaient du récit duchar. (Voyez ci-après, p. 3 8 6, note h.) 
' Babn-bathm, 10 b:nNî:n □"'DINbl bn'^V^b "DHI "'IJ QDnn np"S 

Puis : m!:"!N h'J n','Z2î2 r-ij^-:i -2 bNiu.'" b'J n-iZ2i2 mcûnn^c az'2 
nbvjn. 



CHAPITRE XIX. 315 

les ànies pieuses de l'autel renversé; Jiiais on se tromperait 
fort si, de la résignation avec laquelle R. lohanan supporlait 
la suppression forcée de cette partie du culte juif, on allait 
conclure que les docteurs étaient devenus moins rigides pour 
l'application de la loi en général. Bien au contraire, l'at- 
tachement au judaïsme et à sa tradition grandit de toute la 
haine que les derniers événements inspiraient contre les Ro- 
mains et le paganisme. On sait que les chrétiens de la Judée 
eux-mêmes ne se détachaient point des ohligations que la re- 
ligion de Moïse impose à ses sectateurs, et que les prosélytes 
païens, faits dans cette partie de la Palestine, étaient d'ordi- 
naire soumis à toutes les cérémonies prescrites par la loi juive. 
Du reste, il n'était pas nécessaire de traverser les mers ' pour 
faire des conversions ; les païens éprouvaient de toutes parts le 
besoin de nouvelles croyances. Depuis Hillel, un siècle de plus 
avait passé sur les anciennes superstitions et les avait minées 
peu à peu. Dans les basses classes, la haine invétérée entre 
Juifs et païens était restée la même; mais dans les couches plus 
élevées de la société il y eut, sans doute, des deux côtés, un 
rapprochement. On lisait la Bible en langue vulgaire, et qui 
peut dire l'effet produit par ce singulier livre sur des hommes 
ne connaissant (|ue l'erreur, présentée sous une forme ravis- 
sante par leurs poètes, ou la vérité, enseignée avec une mé- 
thode rigoureuse par leurs philosophes! Aussi, selon le tour 
d'esprit particulier du lecteur, c'était le sourire moqueur sur 
les lèvres ou des pressentiments étranges dans le cœur, qu'il 
abordait le docteur juif ou chrétien dont il recherchait la con- 
versation. 

' Corles, le marchand qui avait converti an judaïsme la famille royale d'Adia- 
Lèno trouvait Izalès bien loin de la Judée; mais rien n'indique que ce Hanania 
n'i'lail pas un juif babylonien, (\oyez ci-dessus, p. 22/1.) 



316 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

Les livres thalmudiques nous ont conservé quelques-uns de 
ces entreliens entre un païen et R. lohanan ben Zacaï. ^ Votre 
manière de procéder avec la vache rousse ressemble bien à des 
pratiques de sorcellerie, » dit un goï ou idolâtre à ce docteur ' ; 
un autre lui demande : r^Nous avons nos fêtes, vous avez les 
vôtres; nous avons nos calendes, nos saturnales, le jour de l'a- 
vénement d'un empereur, vous avez votre Pâque, votre Pente- 
côte, votre fête des Tabernacles; quelle est donc la fête qui 
nous est commune^? 55 Un certain nombre de questions sont 
adressées à ce docteur par un chef ou prince ("'îi'') sur des con- 
tradictions qui se rencontrent dans le Pentateuque : par 
exemple entre Nombres, m , 2 2 , îîS , 3/i , où l'on fait le recen- 
sement des mâles âgés de plus d'un mois des trois branches 
lévitiques , et le total donné, ibid. 89, qui est inférieur de trois 
cents aux chiffres dont cette somme est formée. Puis, entre 
Exode; xxxviii, 26, et 27, quant au résultat du prélèvement 
d'un demi-sicle par tête^; enfin, entre Genèse, i, 20 , et 11, 19, 
pour la création des animaux , formés de l'eau selon le premier 
passage et de la terre d'après le second '*. L'interrogateur qui 
paraît si versé dans les Ecritures porte le nom probablement 
corrompu de Kanterokos ^. On se rappelle aussi le ministre de 

» Bamidbar-rahba, lo : N'-in^iy î-'bw WDT p pnr '1 TN* inN* ^1J bx'ù' 
■"131 D^DÎTD pDD ]\S'-): |il3i* pnN"î. 

^ Midrasch-rahba SUT Deuléi'onomc, xxviii, 12 : DN 7Nt''C/' lUH "'TJ^ nCl'D 

Vji V'< VjH nnyiD qd"? v^ ariNi rniviD lib u^ i^x ^b icx ran 

D^nDD DriXI I^Nîy. Ces mêmes fêles païennes sont, mentionnées, m. Aboda- 
zara, 1, 3; les mots exotiques se reconnaissent facilement sous leur enveloppe hé- 
braïque. 

' Ces deux questions se lisent Bechorot, 5 a. 

'' Uoullin, 26 b et Béreschitr-rabba , c. xvii. 

^ Dlp^ltûjlp ou ]1'p'^l'Û jl'p. Dans Bamidbar-rabba, c. iv, où se rencontre aussi 



CHAPITRE XIX. 317 

la reine Kandaké, qui est présenté assis sur son char pour se 
rendre à Jérusalem et se livrant à des méditations sur les pro- 
phéties d'Isaïe (^Actes, vm, 27 et suiv. ). 

L'opinion de R. ïohanan sur l'éternité de la Loi et sur l'im- 
possibilité d'en rien changer, à l'exception des parties qui, 
comme les sacrifices, étaient nécessairement sans application 
après la destruction du temple, est exprimée clairement dans 
un paragraphe de la Mischna, qui renferme peut-être en même 
temps une allusion aux doctrines de Paul. r^R. Josué dit : J'ai 

une tradition de R. ïohanan ben Zacaï qu'Elie ne viendra 

pas pour déclarer purs les uns et impurs les autres, pour rap- 
procher ceux-ci et écarter ceux-là, mais pour écarter ceux 
qu'on avait rapprochés de force et rapprocher ceux qu'on avait 
écartés de force. Telle était la famille de Bèt-Zeripha, de 
l'autre côté du Jourdain, que Ben-Siôn avait repoussée avec vio- 
lence; il y avait une autre famille dans cette contrée que Ben- 
Sion avait attirée arbitrairement. De telles familles seront dé- 
clarées pures et rapprochées ou impures et repoussées par 

la question relative au nombre des lévites, on lit : |*D3n D''î2jJin;puis j. 5<7nA^ 
drin, i, 4 ( 19 h), il est appelé H DlîOÎJX, et il exprime son étonnement, de 
ce que (Exode, xxi, 29) le propriétaire du bœuf sujet à heurter est condamné à 
mort. Ce gouverneur aimait à railler R. lolianan , puisqu'il débute une fois par les 
mots : «Votre maître Moïse était un voleur, ou il ne savait pas calculer." Aussi R. 
ïohanan lui donne-t-il quelquefois une réponse plutôt évasive que sérieuse, et s'en 
excuse auprès de ses disciples en leur disant : trCela vous déplaît-il que j'aie re- 
poussé mon ennemi avec un brin de paille!'' (''S^IN TN ^D^mty ÛD'^J^^S Hî^p 
Cp2); ailleurs {Sanhédrin, 1. c), ses disciples lui disent :«Celui-là, tu l'as re- 
poussé avec un roseau, mais quelle réponse nous donnes-tu à nous(n^m HT? 
TÎ^'D nriN nD libl rùpa).- — 5»/re sur De«(. S. 35 1^ on rencontre un D1î3"':5iS* 
'n qui paraît encore être le même et qui a un entretien avec R. Gamliel. M. Schorr, 
Hahalutz, VII, 82, note, pense que ce pourrait bien être Ignace, évêque d'An- 
tiochie, qui vivait à cette époque (Eusèbe, Hist. Eccl. III, xxii). Mais le titre do 
hegmon [riye^ièv) n'e.st donné qu'anx gouverneurs de la Syrie. 



318 HISTOIHK l)K LA PALKSTINF. 

Elle '. •' Ainsi Elie, le grand prophète, an nom (linjuel se ratta- 
chaient les pensées d'un avenir meilleur, avait une connais- 
sance j)arfaite de la Loi, au point do pouvoir résoudre toutes 
les difficultés et éclaircir toutes les obscurités; il possédait aussi 
une clairvoyance et une pénétration d'esprit (pii lui permirent de 
faire disparaître les doutes , les incertitudes dans les faits - ; mais 
on ne lui attrd)uait ni la mission, ni la faculté d'abroger le 
moindre commandement, et ce qui était interdit à Klie no j)ou- 
vait être accordé à personne''. 

' m. Ediiïoi, VIII, 7 : \s*:t p ]:nr "^D "'jN '73'îpt: Vu/'in"' '"i -idn 

p nprm '"im 13"3 nn^i nsni: n^3 nnDt:*);: rrîn i-'pnrcn ^ip'?! 

3~)p'71 pm'? THlO*?* NîCî2'?. Voyez ci-dessus, p. 19;"), note 3. — Geiger, Le/ir- 
huch dcr Misclttiah, II, p. 5o et suiv. 

^ Voyez cl-dessiis, p. 60. 

' Dnns m. Sotn , v, 3 , on exprime bien au nom de R. lolianan Tespéranco qu'une 
génération future abrogerait un cas d'impureté maintenu do son temps; mais il 
s'agit dans ce paragraphe d'un usage que R. lolianan regardait comme n'ayant 
aucun fondement dans la loi, et qu'il craignait néanmoins d'abolir. — Le Thalnnid 
Soucca, 28 a, donne des éloges au savoir étendu et aux mœurs pures de notre doc- 
leur; ce morceau est précédé des mots V/j^ 'IDX, ce qui lui donne un caractère 
légendaire. (Voyez ci-dessus, p. 977, note 1.) D'après m. Sabbat, xvi, 7, R. lo- 
lianan , probablement pendant un séjour accidentel , aurait rendu une décision à Arab 
( 2T>*), petite ville de la Galilée située non loin deSepplioris (j. Bn-achol , iv, 1, 
et Ta'anil , iv, 1 ), et liabitée par le fameux Ibaumaturge R. Hanina b. Dosa {ibitl.), 
qui parait avoir été un rlisciple de R. lolianan (Drrarliol . a'i b). 



CHAPITRE XX. 319 

CHAPITRE XX. 

nABBAX GAMLIEL II, ET LES DOCTECRS DE S0>' TRIBUNAL. 

Après la mort de R. lohanan, ses disciples quittèrent Re- 
roiir Haïl; deux d'entre eux, portés à la vie contemplative, 
semblent avoir déserté le Rèt Hammidrasch et ses discussions 
casuistiques; un seul, le disciple préféré du maître, s'aban- 
donna à l'oisiveté au sein de sa famille ' : R. Eliézer et R. Jo- 
sué, qui étaient déjà des docteurs célèbres et qui avaient leur 
école , l'un à Lvdda et l'autre à Rakiïn , se rendirent néanmoins 
à labné auprès de R. Gamliel 11. le chef reconnu et autorisé 
du judaïsme. Gamliel, grâce aux ressources de son esprit orga- 
nisateur, sut continuer l'œuvre commencée par R. lolianan, et 
donner à cette ville une importance telle, que les Juifs des di- 
verses contrées paraissent s'y être rendus pendant les trois fêtes 
comme ils avaient eu autrefois l'habitude de faire le pèleri- 
nage à Jérusalem. De même qu'on avait profité du voyage à 
la ville sainte pour y rechercher l'avis du sanhédrin et des 
écoles sur les cas douteux qui s'étaient présentés pendant l'an- 
née, de même on soumettait les questions qu'on ne savait pas 
résoudre au bèt-din, présidé par le descendant de Hillel-. 

' Voyez ci-dessus, p. 3o6, note U. 

* Ceci me paraît résulter de m. Para, vu, 6, comparée avec los. ibid. c. vi : 

"ni*^'2n ■'i:"''?c'n b:^2^ n:3"'b wb^i n'^i'bu? h^-'DN "':3 n-'bî? V'py iî njbn 

]rï'l. tPoup cette décision, les habitants de l'Asie s'étaient rendus aux trois fêles 
à labné; à la troisième fête seulement on leur donna l'arrêt de pureté." (Voyez 
encore losefta Mikwaot, c. iv, et en Asie, Rappoport, Erech Millin , p. i55.) Le 
verbe T)b'J, «monter,^ employé mal à propos dans ce passage, puisqu'on no mon- 
tait pas pour se rendre de Sardes, en Asie Mineure, à labné qui était un port de 



320 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

Ce tribunal, qui n'était qu'improprement et rarement ap- 
pelé de l'ancien nom de sanhédrin , se composait pour le moins du 
patriarche assisté de deux, quatre ou six anciens. Mais il comp- 
tait tantôt vingt-quatre docteurs, tantôt trente-deux, trente- 
huit ou trente-neuf, et montait même à soixante et douze', 
sans doute, d'après l'importance de la décision qu'on allait 
prendre, et aussi d'après le nombre plus ou moins considérable 
de rabbins que le hasard ou quelque événement extraordinaire 
avait réunis à l'endroit où se trouvait le chef. Car il y avait de 
savants légistes dispersés dans les différentes localités de la 
Palestine; ces hommes, assistés de deux, trois ou quatre col- 
lègues, jugeaient les questions civiles ou religieuses qui étaient 
portées devant eux^. Dans les grandes circonstances ils se ren- 
daient à labné, considérée comme le siège de la cour suprême. 

mer, s'explique cependant par le souvenir du pèlerinage à Jérusalem, situé sur 
une hauteur, pour lequel la Bible se sert constamment de ce mot. — Du reste, 
l'habitude «de se rendre auprès de son maître pendant les trois fêles de Pâques, 
de Pentecôte ou des Tabernacles^ (?J13 13") ''JD DN '?3p'7 D~N' 3"'"n), est 
invariablement suivie par les docteurs et n'a pas d'autre origine. (Voyez Sif ré s\ir 
Nombres, S i 48 et Menahot , 68 b, où un rabbin dit: «Ceci arriva à Pâques, et 
lorsque je revins pour la Pentecôte, elc") 

' On trouve le nombre de 94, tosefta Oholot, c. xxviii; celui de .39, tos. Mik- 
vaot, c. viii, j. lebamol, i, 5; celui de 38, Sifré sur Nombres, S 19/4; et celui de 
79, m. Sebahvn , i, 5 et ladaîm, m, 5; iv, 9. Ces citations ont été réunies par 
M. Abraham Krochmal dans le Hahaloutz, 11 (Lemberg, 18 53), p. 44 et 45. Ce 
concours de soixante et douze docteurs, qui me paraît n'avoir jamais été dépassé, 
se comprend puisqu'il s'agissait du jour où R. Gamliel fut temporairement des- 
titué. (Voy. ci-après, p. 3 2 7.) 

^ A oyez Sanhédrin , 17 b , cité ci-dessus , p. 88 , note 1 . Pour comprendre la fin 
du passage il faut se rappeler qu'aucun de ceux qui n'avaient pas encore acquis le 
titre de rabbi , et Siméon était du nombre, ne pouvait s'asseoir dans les fauteuils des 
juges. Je serais porté à croire qu'au nombre des Anciens de labnèh il manque un 
nom, Siméon ne pouvant être considéré que comme le personnage «qui pouvait 
comprendre." Sans doute, le sanhédrin désigne ici le bèt-din, comme on parle 
du reste lonjôurs du nj3^3C p" n^D. (Voy. Sijré sur Deiitéronnme , *>§ i5o 



CHAPITRE XX. 321 

Cette cour ne réglait pas seulement les intérêts généraux du 
judaïsme, elle ne se contentait pas de prononcer dans des cas 
spéciaux pour lesquels les tribunaux locaux n'avaient pas réussi 
à trouver une solution, mais elle soulevait aussi des problèmes 
de législation purement théoriques, et soumettait, à la discus- 
sion des docteurs assemblés , des principes abstraits restés 
douteux et qu'on cherchait à arrêter et à fixer définitivement. 
Gomme tout rabbin titré, ou ayant reçu l'ordination, avait accès 
à ces réunions, et que les décisions étaient prises à la majorité 
des voix, on commençait toujours par tr compterai le nombre 
des membres présents'. 

Le bèt-din était à la fois un tribunal et une école. En écou- 
tant les débats que soulevaient les docteurs occupés à juger 
les différends portés devant eux , ou à discuter longuement et 
subtilement des questions de théorie, les disciples, debout 
derrière une barrière-, apprenaient ce qu'il fallait pour deve- 
nir juges et docteurs à leur tour. La célébrité du rabbin et la 
localité où il enseignait attiraient les jeunes aspirants, et labné , 
où R. Gamliel II exerçait son pouvoir suprême, devint la pre- 
mière et la plus importante académie de la Palestine. Cepen- 
dant un gardien veillait à la porte de la maison où se tenaient 
les réunions, et les élèves surtout n'étaient pas toujours admis. 

et 1 54 ; j. Sanhédrin , xi , i , ec ailleurs. ) Il en est de même dans le passage Rosch- 
haschana, 3i a, où, parmi les migrations du sanhédrin, est nommée, comme la 
quatrième, nj3^7 Dyù*1"i^D1, «celle de Jérusalem à labné. n En confondant l'an- 
cien sanhédrin avec le bèt-din, M. Graetz (III, iSy), parlant de Bellar, dit 
«que cette ville n'avait peut-être qu'un sanhédrin de aS membres. 'i De 28 mem- 
bres seulement! Mais la compétence restreinte des tribunaux n'exigeait nulle part , 
pas même à labné, un nombre plus considérable que celui de sept juges. 

' De là l'expression si fréquente : 1"IÎ31 IjD^j. 

^ j. Ta 'anU, iv, 1 : ll^il ""ninX piD1i?n. Les disciples auraient-ils eu nit 
chef, ")"Î3 î!?NT, et Âkiba aurait-il porté ce litre? (Voyez Roach-hatchmin , 1, [) 
et ci-après, p. 87.8, note). 

I. «1 



322 IIISTOIHK 1)K LA i>AI,KSTl\K. 

«Tout disciple suspect de montrer au dehors ce ({ui n'était pas 
dans son intérieur, w comme s'exprime le Tlialmud', était ex- 
clu. On dirait dilTicilement si l'on craignait les Juifs qui s'é- 
taient alTiliés à la nouvelle secte et qui se mêlaient à tout pro- 
pos à leurs coreligionnaires, ou si l'on redoutait les espions 
que le gouverneur de la Syrie semble avoir payés au milieu de 
ce peuple remuant. On nous raconte du moins que le rr gouver- 
nement envoyait un jour auprès de R. Gamliel deux légionnaires 
romains pour s'instruire dans toutes les branches de la science 
sacrée; à la fin ils lui dirent : Toute votre doctrine mérite des 
éloges , excepté les deux choses suivantes : vous défendez aux 
juives de servir de sages-femmes ou de nourrices aux païennes, 
tandis que vous admettez les païennes à rendre ces services aux 
femmes juives; puis vous interdisez de jouir d'un bien volé à 
un Israélite, et vous permettez la jouissance d'un objet enlevé 
à un païen. R. Gamliel, continue notre source, ordonna aus- 
sitôt qu'il serait défendu dorénavant de garder le produit d'un 
vol fait à un païen, parce que ce serait une profanation du 
nom de Dieu -. •>•> 

La position de R. Gamliel, relativement à R. Eliézer et à 
R. Josué était très-diiïicile. Habitués à une indépendance com- 
plète sous la direction bienveillante de leur ancien maître, 

• Berachot, 28 a: cmcn n^^"? û:2'' xS nzD "îzin jW'ù' "i^c'^n bz. 

Le gardien (nriDn ^D^ly, ibid.) tenait probablement une liste des assistants, qu'il 
remettait au patriarche à son entrée dans la salle. W. Gamliel pouvait ainsi voir 
s'il se trouvait de ses adversaires parmi les disciples; c^r, d'après Sifré sur Deu- 
teron. S 1 6 , il n'engageait les assistants à soulever des questions que lorsqu'il s'était 
assuré qu'il ne rencontrait pas de m;ilveillant dans son auditoire. 

^ j. Baba-kn'iitna, iv, 3 (fol. h b); b. ibid. 38 a, dans les éditions non censu- 
rées. Sifrc, ibid. S 34^, avec quelques changements. Le mot nD'IN'?, «à Uscha,»; 
après le nom de l\. Gamliel, qui ne se lit que dans le Sifir, paraît inexact, puisque 
ce docteur a v('cu à lalinc Ou bien, s'agirait-il de Sjméot) III, (ils de Gamliel? 



CHAPIïnE XX. 3-23 

doués d'une iscieiice immense dans toutes les branches du sa- 
voir rabbinique, peut-être aussi plus âgés que le patriarche, 
puisque Josué, le plus jeune des deux, avait encore servi au 
temple comme lévite chanteur ^ ces docteurs ne se soumettaient 
que péniblement au frein d'une hiérarchie que Gamliel était 
décidé à maintenir avec fermeté. R. Eliézer était en outre le 
beau-frère de Gamliel : sa femme, Imma-Schalom , était la 
sœur du patriarche^, et appartenait, par conséquent à une fa- 
mille élevée et respectée. D'un caractère entier, il n'admet- 
tait aucun tempérament dans ses opinions, et ne transigeait 
jamais avec ses convictions tant qu'on ne les avait pas ébran- 
lées par des raisons bonnes et valables. Comme première base 
de ses décisions, il considérait la Bible dans son sens naturel, 
ou la tradition, rtce qu'il avait entendu de son maîfre^, w et sa 
prodigieuse mémoire avait retenu un nombre de hahichot si 
considérable, qu'il pouvait en citer jusqu'à trois cents à l'oc- 
casion d'un seul commandement *. Aussi évitait-il volontiers 
de répondre aux questions neuves, pour la solution desquelles 
les anciens ne lui avaient rien transmis; s'il le fallait, cepen- 
dant, il cherchait au fond d'une Jtalacha reçue un principe 
qu'il pût généraliser et étendre au cas nouveau. La conclusion 
a fortiori, qu'il employait avec prédilection dans ses contro- 
verses, n'est a la vérité que l'art de dégager d'une proposition 
admise et incontestée un principe qui, à plus forte raison, 

' Sifi-p sur Nombres , S 116 (36 a ). 

- Sabbat, 116 a. La légende s'est emparée de la jeunesse de R. Eliézer (voir 
Béicschit-rabba , c. xui et parallèles, cités chez Groîtz, IV, ^4 3 et l\l\). 

^ Soiicca, 27 a. Voyez aussi tosefta lebamot, m, lin. 

•' i.Sanydnn, vu, i3 : m^'CnD DIXD cVw' n^::n p rcnn"" '1 IDN* 
ilDCDD Du'IES'îy ")"!"! "lîi?"''? '") iTTl. C'est le commandement relatif à la sor- 
cière, Exode, \\\i, 17. Trois cents est souvent un chillre indélini chez les docteurs ; 
vov. ]).(■. j. lebnainl , i, fi. Conip. atissi, ci-dessiis, p. •iiC)C> , note. 



324 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

doit trouver son application ailleurs, clans des conditions en- 
core plus favorables'. Mais, dès qu'il ne réussissait pas à dé- 
couvrir un rapport loj^ique entre ses traditions et la question 
qu'on lui proposait, personne ne pouvait lui arracher une 
décision, et il répliquait invariablement: r^ Là-dessus je n'ai 
rien entendu, w Tel il pensait, tel il agissait et tel il enseignait. 
On conçoit qu'avec des dispositions semblables Eliézer était 
un parent et un collègue peu commode pour le patriarche. 
Aussi le dissentiment éclata-t-il au bout de quelque temps 
entre eux, et R. Gamliel excommunia son beau-frère^. L'ef- 
fet principal de cette mesure fut l'exclusion de R. Eliézer du 

' On trouvera les passages à l'appui de nos assertions dans Frankel, Darké Ha- 
mischna, p. 77 et suiv. Seulement, à notre avis, l'usage que faisait R. Eliézer 
du "iDim 7p, ou de la déduclion a fortiori, loin d'èlre en contradiction avec son 
principe relatif à la tradition, servait à le compléter. D'un autre côté, il n'y a rien 
d'étonnant qu'il se soit déclaré contre une pareille déduction dès qu'elle était en 
opposition avec l'opinion qu'il avait reçue. (A oyez Hoiilin, 129 b, où R. Eliézer 

ne répond pas ^rii'DîI? N*?, mais ^n^DlI? ~]D.) C'est là la rigoureuse application 
d'un seul et même principe qu'on louait tant chez ce docteur (imD TN mî^'il ; 
voir, outre les passages cités, Frankel, /. c. p. ']S,Edinot, vi, 3, où l'on demande 
à R. Eliézer : "^TIIID pl^Pi? rT'N") ilD, «pourquoi es-lu inconséquent ??5). 

- Voy. Baha-metzia, 69 b; j. Moé'd-katon, m, 1 (81 d). R. Eliézer est nommé 
plusieurs fois dans le Thalmud ^mDt27, mot obscur, que les anciens paraissent 
avoir expliqué par tt disciples de Schamaï?5 ou «Scliamaïte.^ Jost (Histoire des Israé- 
lites, etc. vol. III, liv. XI, note 18) et M. Frankel (/. c. p. 76) ont déjà fait ob- 
server ce qu'il y a d'invraisemblable dans celte interprétation, ce terme n'ayant 
jamais été appliqué à aucun disciple de l'ancien rival'de Hillel ; elle ne se justifie pas 
davantage grammaticalement. Le verbe DIDU , au /;/iaé/, signifie « excommunier, n 
et l'on pourrait supposer qu'Eliézcr avait porté le sobriquet de « l'excommunié p mais 
encore faudrait-il nDCD ou NriDl^D. On sait que la partie doctrinale ou liala- 
chique du Thalmud s'appelle aussi NnVDU?, àHpoaais; les nombreuses décisions 
de R. Eliézer méritaient particulièrement ce nom, puisqu'il le faisait précéder du 
mot ^n"Dl!/',«j'ai entendu." Cette circonstance ne peut-elle pas avoir adiré à ce 
docteur le surnom de "'Pi^Dîl'* ou TIIDî!? (comp. "1D pour li'C), qui serait alors 
nn adjectif relatif parfaitement formé? 



CHAPITRE \X. 325 

tribunal de labné et son éloignement défini lit du centre des 
savants qui s'y réunissaient; de là l'impossibilité dans laquelle 
il se trouve de discuter et de faire valoir ses opinions ^ 

Josué, issu d'une famille pauvre^, avait des mœurs plus 
douces et une tournure d'esprit plus conciliante. R. lohanan 
ben Zacaï, qui avait comparé Eliézer à un puits bien cimenté 
qui ne perd pas une goutte d'eau, disait simplement de Josué : 
ç^ Heureuse la mère qui l'a enfanté ^!?5 Plein de respect pour 
la tradition, même quand il ne peut en pénétrer le sens ni le 
motif, il ne la recherche pas, comme son ami; il ne se trouve 
pas à l'aise dans les régions où la liberté de son jugenient est 
enchaînée par l'autorité solidement et inflexiblement établie, 
et il se plaint lorsqu'on sollicite son opinion sur une question 
douteuse au sujet de laquelle des docteurs anciens et considérés 
avaient déjà engagé la discussion sans pouvoir s'accorder^. 
Aux efforts que fait Eliézer afin de subordonner, par ses syl- 

' Cet(e excommunication a été entourée par la postérité de légendes nombreuses 
qu'on peut lire dans les passages du Thairaud cités au commencement de la note 
précédente. ( \ oyez aussi J. Wiesner, Dei- Bann in seiner geschichtlichen Entwicke- 
lunj(, Leipzig, 1866, p. 17 elsuiv.) Nous ne croyons pas que cet acte ail eu pour 
R. Eliézer la portée qu'on lui a donnée plus tard. 

^ Voyez ci-après, p. 839. 

' Abot, II, 8 : '") nDÎÛ 13ND U'^NÎ^ "T'D IIS Dliplin ]2 lî^'^bN ") 

imbr nc'N n^zin p i?îrin\ 

* On trouve les passages réunis, Frankel , /. c. p. 85, premier alinéa. Ajoutez 
lehamol, i5 b, où il répond à ceux qui lui demandent une décision sur une question 
débattue entre les Scbamaïtes et les Hillélites:|"'3 ""UTN") pD"'J3D DUN ilD '':2D 
D"'7'n3 □"'in ''iîl/'.<r Pourquoi voulez-vous que j'engage ma tète entre deux grandes 
montagnes? elc.n Ailleurs {Hagiga, 90 b), on raconte qu'ayant une fois fortement 
bJàmé une décision des Schamaïtes, il fut accosté par un disciple de Scbamaï ('^DîO^j 
■'NCiy ÎT'S ''"'^D'^riD IDN "î'^D'^n l'?), qui lui exposa la raison qui avait motivé 
l'avis de son maître. R. Josué éprouva un profond repentir de son jugement irré- 
fléclii et no put jamais se consoler Ho sa trop grande précipitation. 



.•{'20 IIISTOinE l)K LA PALESTINE. 

logismes, les problèmes nouveauv aux décisions consacrées 
par la Iradilion, Josué oppose la force de sa logique pour dé- 
montrer les différences qui distinguent les cas spéciaux cl qui 
empêchent de les déduire des cas généraux'. Débarrassé des 
hnlochoi antérieures qui pouvaient le gêner, Josué s'abandonne 
à son esprit, raisonne, discute et décide avec indépendance. 
Mais il blesse par là le patriarche, jaloux de maintenir son 
autorité. Une fois, il s'agissait de la fixation d'une néoménie. 
R. Josué, convaincu que R. Gamliel s'était laissé tromper par 
de faux témoins, n'avait pas craint de le déclarer publique- 
ment. Mais Gamliel lui envova l'ordre formel de se présenter 
chez lui avec son bâton et son argent, c'est-à-dire dans un ac- 
coutrement ordinaire, au jour même où, d'après l'opinion de 
Josué, la fête du grand Pardon aurait dû tomber. Josué se sou- 
mit, et Gamliel lui fit l'accueil que méritait une aussi grande 
abnégation-. Une autre fois on traita la question, si un prêtre 
instruit pouvait, aussi bien ([u'un prêtre ignorant, être soup- 
çonné d'avoir à dessein pratiqué une infirmité au premier-né 
d'un aninial, afin de se rap[)roprier^. R. Josué avait, hors de 
l'enceinte du Iribunal, répondu à R. Sadok négativement, bien 
qu'il sut que R. Gamliel était d'un avis opposé. Aussitôt que le 
bèt-din fut réuni, le patriarche proposa la question, et bien 
que Josué, afin d'éviter la discussion se rangeât cette fois à 
l'avis de Gamliel, celui-ci, pour le punir, ne l'en fit pas moins 

' C'est ce qu'on appelle dans le langajfe tlialmudique une theschouba (HSVw T) , 
Kréfutalioii,?! vu pire h a (N5D~)"'D) , lilléralement , «fraction, brisure." 

■^ m. liosch-hdschana, ii, 8-g. 

•* D'après Exode, xiii, i 2 , le premier-né des animaux était sacrifié; après la 
destruction du temple, on le laissait errer et paître jusqu'à ce qu'il eût contracte 
(me intirmilé. Devenu impropre connue victime, il était alors remis aux prêtres. 
Souvent, on les soupçonnait de faire naître les lésions uc ces animaux afin de 
pouvoir en disposer. 



CHAPITRE XX. 327 

se lever de sa place, et l'obligea à rester debout jusqu'à la fin 
delà séance ^ Cet acte d'humiliation publique, exercé contre un 
rabbin aussi célèbre, parait avoir causé une grande agitation : 
lorsque, quelque temps après, on engagea une controverse 
pour savoir si la prière du soir était obligatoire ou facultative, 
et que R. Josué ne fut pas d'accord avec R. Gamliel, celui-ci 
lui fit subir le même traitement brutal; mais les assistants se 
mirent à murmurer et reprochèrent au patriarche sa conduite 
antérieure et celle qu'il venait de tenir. c^Qui n'a pas souffert 
de ton orgueil? 55 lui cria-t-on de tout côté, et l'on décida de 
le destituer et de mettre un autre patriarche à sa place-. 

On élut R. Eléazar ben Azaria, âgé seulement de seize ou 
dix-huit ans^, qui, comme descendant d'Ezra , appartenait à 
la race sacerdotale et qui jouissait d'une grande fortune. 11 
semble avoir accepté de suite ses nouvelles fonctions; le gar- 
dien de la porte fut écarté; tout le monde se porta vers l'en- 
ceinte du tribunal, et, soit l'effet de la liberté, soit le résultat 
de l'agitation générale, soixante et douze Anciens siégèrent 
au bèt-din, sous la présidence de R. Eléazar. Ce fut un jour 
mémorable dans les souvenirs de la nation, et le Thalmud le 
désigna simplement par les mots : <xEn ce jour 55 (ovn imxs). 

' Bechorol, 36 a. 

- Bfrachot, 27 b; j. ibid. iv, 1 (7 c-d). Voir aussi Tosejot sur Bechorot , 1. c. au 
mot ^^ IDy. Dans la version du Thalmud de Babyione, qui est comme toujours 
plus ornée et plus élaborée pour les anciens faits de la Palestine, les assistants rap- 
pellent dans cette occasion au patriarche sa conduite antérieure ; ils disent : rr Com- 
bien de temps encore lui permettrons-nous de tourmenter R. Josué? Il y a un an, 
il l'a tourmenté au sujet an commencement de l'année; puis il l'a tourmenté dans 
l'affaire de R. Sadoc et du premier-né ; voilà qu'il le tourmente encore ! ••> (HDD "li* 

pns "n nurDn nmznn nny^j ipnî^'N* nau?n î^ni^ ^ni nn:i?2:: 

' Seize ans d'après \p Tli. de Jérusalem , et dix-huit d'après relui de Rabylone. 



328 HISTUJKK DE LA PALESTINE. 

On V déploya une activité prodigieuse, en soumettant à une 
révision nouvelle des halachot ou décisions appartenant aux 
branches les plus diverses de la législation juive. Des hommes 
dont les noms ne se rencontrent plus nulle part dans la litté- 
rature rabbinique viennent «on ce jour 15 corroborer par leur 
témoignage les traditions qu'ils avaient reçues et retenues. Un 
recueil de ces cr témoignages » (^Eduïot, nriv) semble avoir été 
formé et se trouve aujourd'hui inséré dans la quatrième section 
de la Mischna '. R. Eliézer n'assista pas à cette humiliation 
de son adversaire et dut apprendre à Lydda, de R. José ben 
Durmaskit, le grand événement qui s'était passé à labné ^. 

La conduite de R. Gamliel était du reste pleine de dignité; 
il paraît même n'avoir pas quitté la salle où siégeait le bèt- 
din sous la présidence du nouveau patriarche, et avoir pris 
part à quelques discussions qui s'y engagèrent ^. H sentit bien 

' Derachot, 28 a : Cr3 "12 nDXl N3M '?D1 D-'^V: DVS 12 DV'^f H^D 
■'Tn H'ÛV N^in. rOn lit dans une baraita : Là raischna d'Eduïot fut composée 
en ce jour, et partout où Ton se sert des mots ften ce jour, "1 il s'agit de la journée 
(de la destitution de R. Gamliel. )?5 Mais il suffît de parcourir ce traité pour se 
convaincre des nombreuses additions qui y ont été faites par l'auteur de la 
Mischna; on y lit des paragraphes antérieurs à celte époque (p. e. viii, 6 ) et 
d'autres qui sont postérieurs (1, 6); dans un autre passage, R. Gamliel, bien 
loin d'èlre destitué, semble présider la réunion (viii, 3, comp. aussi vu, 7). 
Cette observalion a , du reste , été faite déjà par le Gaon Scherira , dans sa lettre sur 
la composition de la Mischna (louhasim, éd. Amsterdam, 83 a, 1. 5; Chofes 
Matmonim, Berlin, i845, p. 22). Des morceaux, au contraire, qui auraient dû 
prendre place dans ce traité, se lisent m. Sota, v, 2 et suiv. ladaïm , iv. — Ce 
traité porte aussi le nom deBahirta (NTIITIS), «Èx/o^r? ou Chrestomathie,n pro- 
bablement parce que, au lieu de s'occuper d'une seule matière, il renferme des dé- 
cisions sur les sujets les plus divers, sans autre lien que celui d'avoir été produits 
dans la même journée. ( Voir un article très-savant sur Eduïot , par M. Rappoport , 
dans le recueil hébreu intitulé Kéi-em Chémed, vol. V, ( i8'4i) , p. 178 et suiv.) 

^ ladaïm, iv,^3. 

•' Ihid. 



CHAPITRE XX. 329 

qu'il avait outre-passé la mesure à l'égard de R. Josué, et il se 
rendit auprès de lui comme chez les autres membres du tribu- 
nal, pour se réconcilier avec eux. c^ En entrant chez Josué, il 
le trouva occupé à fabriquer des aiguilles. — Est-ce de ce tra- 
vail que tu vis? lui demanda-t-il. — Maintenant seulement, 
répondit R. Josué, tu l'apprends! Malheur à la génération 
que tu administres! — Je suis allé trop loin, je te demande 
pardon, reprit Gamliel^j? — Et l'on pardonna facilement à 
un homme qui reconnaissait ses torts avec tant de franchise. 
R. Eléazar ben Azaria, de son côté, rendit sans difficulté à 
R. Gamliel la dignité dont il avait pour un instant été revêtu. 
Seulement on le maintint comme vice- président ou ab-bèt- 
din, tandis que R. Gamliel reprit le titre de nasi; d'après une 
source postérieure, celui-ci parlait à la communauté pendant 
trois samedis, et le quatrième seulement R. Eléazar prenait 
la parole 2. 

Lorsque Gamliel eut prononcé l'excommunication contre 
Eliézer, un jeune rabbin accepta la mission délicate de faire 
connaître à ce dernier l'acte de rigueur qui lui fermait l'entrée 
du bct-din de labné. Le même rabbin s'offrit encore pour 
annoncer à R. Eléazar la nouvelle décision à laquelle le tri- 
bunal s'était arrêté, et, en obtenant son désistement, il acheva 
l'œuvre de concorde et d'apaisement entre les membres du 
bèt-din. Ce rabbin était Akiba ben Joseph ^, le docteur le 

' j. Berachot, 7 d. La version du Babylonien est encore ici moins simple. 

- Celte condescendance de R. Eléazar b. A. est vantée dans les Thalmuds. (Voyez 
Pesahim, vi, 1.) A cette distribution se rapporte Mechilta sur Bô, c. xvi, où R. Jo- 
sué demande à ses disciples revenus de labné où ils avaient passé le samedi : 
niT^n "iD 7^ n^ty, «à qui appartenait ce sabbat?^ Les disciples répondent: 
« C'était le sabbat de S. Eléazar ben Azaria. " ( Voyez les passages cités dans le com- 
mentaire de M. Weiss, p. 28.) 

•' Voir les passages cités p. 'S-ï!\, note 2 et p. 897, note-?. 



330 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

plus considérable de cette époque, dont l'importance était 
déjà assez reconnue alors pour que son nom pût un instant 
contre-balancer celui de R. Eiéazar ben Azaria, au moment où 
l'on songeait à donner un successeur à Gamliel. Seulement 
il ne descendait pas, comme R. Eiéazar, d'une famille connue 
par sa science et sa fortune et ne comptait pas des prêtres 
de la valeur d'Ezra parmi ses aïeux; la légende lui donne 
des prosélytes pour ancêtres et parle de ses sen'ices de berger 
chez un riche Palestinien comme occupation de sa jeunesse; 
çlle lui prête même des sentiments d'une haine farouche 
contre les Pharisiens et docteurs de la Loi , parmi lesquels il 
devait siéger et délibérer un jour, jusqu'au moment où l'a- 
mour qu'il éprouva pour Rahel, la fille de son opulent maître, 
lui inspira l'ambition de relever sa pauvreté par l'étude et par 
les travaux de l'Intelligence. Lorsqu'il dut céder la place à 
R. Eiéazar, Akiba s'écria : «Eiéazar ne possède pas plus de 
connaissances que moi, mais des hommes plus illustres dans 
sa famille. Heureux celui à qui ses ancêtres créent déjà des 
droits, heureux celui qui trouve parmi eux un appui au- 
quel il peut se raltacherMw Tout n'est donc pas controuvé 
dans le tableau poétique de sa jeunesse. Son mariage avec 
Rahel, le dur ressentiment de son beau-père, la misère de la 
jeune famille, le dévouement de sa belle compagne, qui vend 
jusqu'à sa riche chevelure pour subvenir à l'entretien d'Akiba, 
assis encore sur les bancs des écoles aux pieds de R. Eliézer 
et de R. Josué, la scène charmante de son retour au foyer, où 
il rentre chargé d'honneurs et entouré de nombreux disciples, 
et le récit naïf de la jalousie que la femme de R. Gamliel res- 

' j. Derachol, 7 d : Q^^Mj ]2 NuTÙ' N^N ^:D'0 inr min ]2 N'Hu nb 

12 m'jrnV in"- iV w'-'w* din nu?N rm^kV i"? i:îw q-ih ni^N ■'jdd inr. 



CHAPITRE XX. 331 

sent en voyant le bijou offert à Rahel par le nouveau maître, 
bijou sur lequel était arlistement gravée l'image cbérie de la ville 
sainte, tous ces détails, ornés et colorés du tal)leau, ont laissé 
trop de traces dans toutes les parties de la littérature rabbi- 
nique pour qu'on ne reconnaisse pas une large base historique 
à cette œuvre de l'imagination orientale ^ Le patriotisme pas- 
sionné du peuple et du prolétariat de Jérusalem pendant la 
dernière guerre, comparé à la tiédeur réfléchie de la classe 
riche et savante , explique même l'inimitié profonde qu'on at- 
tribue à Akiba contre les partisans de R. lohanan ben Zacaï. 
et le jeune [)âtre de Kalba Schaboua fait déjà pressentir le 
grand agitateur qui un jour soulèvera les masses , les lancera 
contre les dominateurs détestés, saluera Barcochba comme 
sauveur d'Israël, et expiera en prison et sous la hache du bour- 
reau son dévouement lro[) ardent à la cause irrévocablement 
perdue de la nationalité juive. 

A Rome, Titus avait eu pour successeur son frère Domi- 
tien , cruel comme Néron , cupide comme tous les Flaviens. Les 
Juifs avaient alors depuis longtemps, dans la ville éternelle, 
leur quartier, leurs synagogues, leurs docteurs. Nous avons 
déjà dit ailleurs 2 à quel point mainte famille romaine était 
frappée par la vie austère , le culte simple et les allures étranges 
de cette colonie, venue de cet Orient qui, d'ordinaire, n'im- 
portait à Rome que la corruption dans les mœurs, la pompe 
dans les cérémonies et le luxe dans les habitudes de la vie. A 

' Voir D' W. Landau, dans Frankel, Monatsschrjft , t. III, p. ko et suiv. i3c et 
suiv. Kelubot, 62 b, 63 a. Lorsque, plus lard, une fille de R. Akiba épousa Siméon 
ben Asaï, on lui appliqua le proverbe : «Lue brebis [rahel) suit toujours l'autre 
brebis, telle mère, telle fille. •' "j: X^N ÎN:-3")i'D NjVîN* N:b"'n-) -!r!3 N'?"'m 
Nn")3 N~2'>. On remarque Tallnsion au nom de Rahel, que portait la femme de 
R. Akiba. — A'edarim, ôi a; Pesahiin . !iç) b: j. Sabbat, vi, 1 (7 d) et Sota, fin. 

- Ci-dossns, p. 228. 



33-2 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

travers ics railleries mêmes dont la satire poursuit les Juifs, 
on reconnaît facilement que les croyances du judaïsme s'infil- 
traient à divers degrés et insensiblement dans tous les rangs 
de la société romaine. Le père observait rigoureusement le re- 
pos du sabbat et s'abstenait de la viande de porc; le fds va 
plus loin, pratique la circoncision et se soumet à toutes les 
cérémonies de la loi mosaïque. C'est Juvénal qui le dit, et il 
traite de lâches et de paresseux ceux qui interrompent leurs 
travaux le septième jour de la semaine ^ C'était, en effet, un 
spectacle tout nouveau pour les païens que cette petite nation 
si active , si remuante , qu'on rencontrait et qu'on reconnaissait 

^ Satires, xiv, v. 97-107.068 versse rapportent évidemment aux Romains qui 
avaient adopté certains usages juifs, et en particulier celui d'observer le sabbat. 
Juvénal les désigne distinctement dans les vers 97 (metuentem sabbata), et 106 
(cui septima quœque fuit lux ignava). Ceux-ci pouvaient bien avoir été nommés 
^\aaècûQaîot (Eusèbe, H. E. iv, 22) par les écrivains ecclésiastiques, qui semblent 
entasser à plaisir des hérésies et des noms d'hérésiarques ; mais , dans ce cas , ces sec- 
taires n'auraient été ni juifs, ni chrétiens. M. Grœtz (IV, /i32) dit : «La Mischna 
aussi connaît une secte, appelée ceux qui célèbrent le sabbat [D^V T)31^, 
Schobeté Schabbat) , et qui n'étaient pas identiques avec les Juifs {Nedarim, m, 
1 2)." Qu'on lise ce paragraphe et qu'on juge ensuite! Voici ce paragraphe de la Mi- 
schna : R Celui qui fait vœu de rompre toute relation avec ceux qui célèbrent le 
sabbat ne peut rien accepter ni d'un Israélite ni d'un samaritain; celui qui s'inter- 
dit tout rapport avec ceux qui mangent de l'ail ( le vendredi soir) ne peut encore 
rien accepter ni d'un Israéhte ni d'un Samaritain; celui, enfin, qui s'engage à 
n'avoir aucun commerce avec ceux qui font le pèlerinage de Jérusalem ne peut 
rien accepter d'un Israélite, mais il le peut d'un Samaritain (puisque les Samari- 
tains ne considèrent pas Jérusalem "omme la ville sainte).» Il s'agit évidemment 
dans ce passage, comme dans une grande partie du chapitre, d'un homme qui, 
en faisant un vœu, se sert d'une paraphrase, au lieu d'employer le mot propre; 
la Mischna ne fait que déterminer le sens et la portée de ces circonlocutions. S'il y 
avait eu en effet une secte se nommant Schobeté Schabbat, ce ne serait plus une 
expression vague, et l'interdiction volontaire que s'impose celui qui fait un vœu 
ne s'étendrait plus au delà de cette secte. On ne devrait pas être obligé de prouver 
des choses aussi simples! Pourquoi les mangeurs d'ail ne formeraient-ils pas 
aussi une secte? (Voyez ci-dessus, p. ay, noie 1.) 



CHAPITRE XX. 333 

probablement partout dans les rues de la vaste capitale, et 
qui, depuis le soir du vendredi, se retirait dans ses foyers, et 
disparaissait en se livrant à la prière et aux lectures pour va- 
quer exclusivement à ses besoins moraux. Le stoïcisme n'avait 
pas créé une institution aussi salutaire et aussi féconde en bons 
résultats pour la restauration des forces physiques et la cul- 
ture des facultés intellectuelles. Il y avait donc à Rome tel ci- 
toyen qui s'abstenait de toute participation au culte national 
et qui se contentait d'adopter la semaine juive, se terminant 
par un jour de repos , tel autre qui empruntait aux Juifs encore 
d'autres pratiques et d'autres croyances. Pour Domitien, l'un 
et l'autre ?< menaient une vie judaïque, » et ils étaient contraints 
de payer au fisc le lourd impôt dont Vespasien avait chargé la 
nation vaincue après la destruction de Jérusalem ^ Disons en 

' Voici le passage de Suétone , Vie de Domitien , c. xu : « Praeter cœteros Judaïcus 
fiscus acerbissime actus est, ad quem deferebantur qui vel uti professi Judaïcam 
intra Urbem viverenl vitam , vel , dissimulata origine , imposita genti tribula non pe- 
pendissentn. Nous traduisons : «Plus encore que pour tout autre impôt, on mit un 
acharnement extrême à faire entrer celui qui était dû au fisc par les Juifs, et on 
en chargea aussi bien ceux qui (étant païens) menaient dans l'intérieur de la ville 
une vie judaïque, comme s'ils avaient embrassé le judaïsme, que ceux qui (étant 
Juifs) avaient cherché à donner le change sur leur origine et n'avaient pas payé la 
taxe à laquelle leur nation avait été soumise.» Si Suétone entendait parler en pre- 
mier lieu des Juifs ou des païens convertis au judaïsme, où serait donc l'acharne- 
ment? Rien de plus naturel que de faire payer les prosélytes et de les traiter comme 
les adliérents delà religion qu'ils avaient ouvertement adoptée? A notre avis, l'his- 
torien note d'un côté les Romains vivant judaïquement sans être convertis (les 
mêmes que Dion,!, lxtii, c. ili, nomme e/s Tcè tôîv iouSaioûv ijdr} sloxeAAoj^Tes) ,et, 
de l'autre côté , les Juifs menant une existence païenne sans avoir abjuré. Les mots 
intra Urbem prouvent du reste qu'il s'agit d'hommes qui n'habitaient pas le quartier 
juif. 11 est peu probable que les Juifs eussent déjà, à cette époque, pratiqué Vépi- 
plasme, ou l'opération pénible et douloureuse, afin de dissimuler les effets de la 
circoncision , pour échapper aux vexations du fisc seulement. On ne s'attendait pas 
à une visite corporelle telle que Suétone l'avait vue , sous Domitien , exercée sur un 
vieillard nonagénaire. Celait bien différent, lorsque plus tard la circoncision était 



.3;ri IIISTOd'.K DE I,.\ PAI.i:STINR. 

passanl cjuc le clirislianisino a sans aucun doute lar^fcnient pro- 
lUé de cet état de choses pour multiplier ses conversions et pour 
semer ses nouvelles croyances dans un terrain aussi bien pré- 
paré. D'un autre côté, les nuances infinies que présentait le 
judaïsme à Rome rendaient la distinction entre Juifs et Chré- 
tiens d'autant plus difficile dans la vie, et nous font mieux com- 
prendre la confusion entre les deux sectes que les historiens 
païens ont dû commettre à tout propos. 

Le judaïsme pénétra jusque dans la famille de l'empereur. 
«Dans la même année {f)^), raconte Dion, Domitien fit 
mettre à mort, entre beaucoup d'autres, le consul Flavius Cle- 
mcns, bien qu'il fût son cousin et qu'il eût pour femme Fla- 
via Domitilla, parente de l'empereur; tous deux furent accusés 
d'alhéisme\ crime pour lequel on condamnait d'autres personnes 
encore qui inclinaient vers les usages juifs, v R. Gamliel paraît 
avoir été alors à Rome. t^Nos maîtres, raconte un midrasch'^, 
R. Eliézer, R. Josué et R. Gamliel, étaient à Rome lorsque le 
sénat de l'empereur décréta qu'au bout de trente jours il n'y 

interdite sous peine de mort. Il est remarquable combien de mots la langue latine 
oflVe pour un circoncis : circutncisiis, circumsectus, curlna, verpits. 

' /. c. Nous nous sommes déjà expliqué sur ce reproche d'athéisme, ci-dessus, 

p. 291, 222. 

' Debarlm-rabba, c. ii ; Midrasch lalhout sur Psnvme, wii, lo : Vilî!' Hu'^D 

rt:"''7p:c hmi mn^ nbi^n V23 n^■T' ab nv a^'cbz' 17 (KDD idiV ~]Vd 
"liTiiDi vm ")3-n 'b n'?"'3i SN"'bc: pi S^'n N2 u^'ûz' n'i"» -jVd ''~?'C 
w^'ù^bv TJ^ |n:d nriajjn ba □'•du: nt» imN* □n'? ncx n^-^n cni^^îJD 
nx idu'nV n'?''^ û::^!:"' n": ri"îC2 cnb "D1" tD-'-in-' hv p"'n'?x dv 
nz'i2n ivj nb icx □•'C nw'Dm ^^-\Z"j ',iDbv i-^bn-i ^b mcN* nain 
D'i'C' nniN \nD d'j^'û "]b ;\s* n'? niiza i:t:r: np-*^* iriwN nn\T! □"'C 
n-iDi:.* m;;-* □■'tûn* d^!:"' wcb'C yb'j (i;iik. b^^i-i) •?!:: P'lT^'tpjsi 
Pt:-) 'DVT^ riiV yci -b rtrc. 



CHAPITRE \X. 335 

aurait plus de Juifs dans le monde. Mais un sénateur de l'em- 
pereur, homme pieux, vint auprès de \\. Gamliel et lui révéla 
la décision, qui afFecta douloureusement nos maîtres; mais 
cet homme pieux leur dit de se calmer, car dans ces trente 
jours le Dieu des Juifs viendrait cerlainement à leur secours. 
Après vingt-cinq jours, le sénateur en parla à sa femme. 
Voici déjà vingt-cinq jours de passés! dit-elle. — 11 en reste 
encore cinq, fut la réponse. Plus pieuse encore que son mari, 
elle reprit : N'as-tu pas une hague (pourvue de poison), 
suce-la et meurs; cela donnera aux Juifs un répit de trente 
jours encore (?), et dans l'intervalle on abrogera le décret. 
Le sénateur l'écouta, suça (le poison de) la bague et mourut. " 
Le midrasch ajoute qu'on eut ensuite la conviction que ce 
sénateur avait été circoncis, ou bien, comme notre source 
s'exprime dans un sens figuré, que t^le vaisseau n'avait pas 
quitté le port sans avoir payé l'impôt ^ w 

Le Thalmud parle à son lour « d'un César, ennemi des Juifs, 
qui dit aux grands de son empire : Si l'on a un ulcère au pied, 
faut-il l'amputer et vivre ou garder son pied et soufTrir? Tous 
étaient pour l'amputation, excepté Katia ben Schalom.w Bien 
que les raisons données par ce sénateur fussent jugées bonnes, 
il n'en fut pas moins exécuté par les ordres de César, et, par 
un hasard fabuleux, il put dire avant de mourir : «Je suis un 
vaisseau qui a payé son impôt, je puis donc passer et me mettre 
en route ^.55 Ce sont là sans contredit deux versions relatives 
à un même événement; le César parait bien être Domitien, et 
«le sénateur de l'empereur,:: c'est Flavius Clemens, qui avait 
été élevé au consulat en qo, et dont la compagne partageait 

2 Ahoda-zava , lo b : Fin 21*1 D^^bn iD3D ri''3n"' (iVD':'\V N*:N). 



330 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

les convictions religieuses. Le nom que les rabbins ont donné 
à Clemens et qui signiCie curtiisjîlms integri, semble faire allu- 
sion au fait qu'il était Juif, fils de païen'. 

Seulement le midrasch donne d'une manière inexacte le 
nom des docteurs qui firent le voyage de Rome. R. Eliézer 
vivait déjà loin de labné et ne partageait plus les travaux du 
bèt-din ; puis nos sources, qui mentionnent souvent la présence 
de R. Gamliel à Rome, lui adjoignent toujours R. Eléazar ben 
Azaria,le vice-président du tribunal, R. Josué et R. Akiba, 
le plus jeune et aussi le plus ardent défenseur de sa foi^. 
Ces quatre docteurs, en approchant de Rome, entendirent à 
une distance de cent vingt milles le bruit qui venait du Capi- 
tule. Tous versèrent des larmes, excepté R. Akiba, qui se li- 
vra à des démonstrations de joie et de satisfaction, «Que 
pleurez-vous? leur dit-il. — Et toi, pourquoi parais-tu 
content? répliquèrent les autres. — Pourquoi pleurez-vous? 
redemanda Akiba. — Comment ne pleurerions-nous pas, 

' Voir Grœtz, Voyages des quatre Tanaïtes à Rome, dans la Monatsschrift , t. I, 
(i 85 1-2) p. 192 et suiv. et Histoire des Juifs, III, i35 et suiv. D'après notre ex- 
plication du nom, il faudrait plutôt lire D'^'?^ , mais Dl7^ ne serait en aucun cas 
correct, et pour répondre à la forme chaldéenne de i?^î3p ou Ni?''î2p , il faudrait 
U^'V ou ND'^îy.ll est vrai que le mot employé dans les thargoumini pour rendre 
rhébreu 7lD , est invariablement TÎJ ; mais dans notre passage i'Aboda-zara , on 
lit: ^^DJ ni?£2p n^n'?Tiyi Xiy^l 72?. Le calembour lait par les rabbins nous pa- 
rait, en outre, renfermer une réminiscence de l'ancienne massora sur \ombres, 
\\v, 19: Nin ni*''lDp mbun V^^, Kiddouschin, 66 b; lalkout, I, 772. Voyez 
ci-dessus, p. 280 , note, ce que nous avons dit sur le nom de Teliina ben Periscba. 
D'autres exemples sont DDIp ]3 îli'^^J, «Gobelet fds du sorciers {Beréschit- 
rabba, c. lxii), par allusion à. Genèse, xliv, 10. 

^ Voyez Graelz, l. c. contre M. Frankel, Dai'hc-hnmmischnn , p. 8i, qui suppose 
deux voyages de R. Gamliel à Rome, l'un, du temps de Domilien, en compagnie 
de R. Eliézer el \\. Josué, et l'antre, ?ous l'empereiu' Ncrva, avec les quatre dou- 
leurs, nommés dans le texte. 



ClIAl'lTUK \X. W.M 

répondirent les trois docteurs, en voyant heureuv et tran- 
quilles les païens, les idolâtres qui sacrifient aux faux dieux et 
se prosternent devant les statues, pendant que le sanctuaire 
de notre Dieu est dévoré par les flammes et sert de tanière 
aux bétes des champs. — Eh bien! s'écria Akiba, c'est cette 
raison qui m'a fait rire! Si Dieu, me suis-je dit, accorde au- 
tant de grâces à ceux qui l'offensent, quelle destinée doit at- 
tendre ceux qui accomplissent sa volonté^ ! w Pendant qu'ils na- 
viguent, ces quatre docteurs discutent sur des questions de 
casuistique^, ils s'arrangent de manière à pouvoir, en dépit de 
leur éloignement momentané, donner la dîme prescrite par la 
Loi^; ils prennent des dispositions afin de remplir le comman- 
dement du /oîJaè, tous avec un seul rameau du palmier*, et Akiba 
essava même d'élever sur le vaisseau, pour la fête des Taber- 
nacles, une tente, que le lendemain le vent emporta''. Dans 
ces différentes occasions, ces quatre docteurs sont toujours 
nommés, et l'on voit en même temps c[u'ils avaient entrepris 
le voyage pendant l'automne, saison pendant laquelle tombe 

' SIfré suc Deuterono)iie , S /i3 (81 a), et Maccùl, 9J1 a. Le mot que nous avons 
traduit par Capitale est incertain et paraît altéré. 

^ m. Eroubin, iv, 1. Le nom du port où ils lirtnil escale et qui est nommé dans 
cette mischna, se présente sous la forme de ]^1j1D dans les éditions duThalmud 
de Jérusalem, sous celle de ]''mJ"lD dans les Mischnaiot publiées à part, et enfin 

sous celle de ]"'D'!"iJ'7D dans le Thalmudde Babylone. Les deux premières formes 
rappellent le port de Brindisi (Grœfz, Monatsschvift , 1. c. p. 192); la dernière serait 

une faute pour ]'^D"l"!3^p, et désignerait Kelmderis (voy. Ptolémée, Géographie, 
V, 7, édit. Wilberg,p. Sig, iig. 19), ville de la Cilicie, où l'on s'arrêtait en se 
rendant de la Judée à Rome. (Josèphe, B. J. I , xxxi, 3, et ^. J. XVII, v, 1.) — 
11 paraît du reste qu'à cause de la mauvaise saison le bateau qui portait les voya- 
geurs rentrait chaque soir à la nuit tombante dans un port; m. Erouhin , iv, 2. 

^ m. Ma aser-schéni , v, 9. 

'' Sifra sur Emôr, c. xvi, S 2 (102 c et d); Soucca , Ai b. 

'•" S(nircii , p..*^ a; j. ibid. 52 d; (os. ibifl. c. 11; j. Ernitbiii , 1,7 (19 b). 



;j;5s iiisToir, r. dk i, \ i>.\i,i':s'ri\K. 

lii Irlc (\v Sduccot. Cci'les, s;iiis iiiio rniisc hli'ii Miavc, oii ii'aii- 
l'.-iil |);i.s (juilté la Palestine à une épocjne de rann(''e où la na- 
vigation était difficile', et pendant le mois de tiscliri (sep- 
tembre-octobre), (jui renferme tant de solennités religieuses. 
La présence de ces docteurs célèbres à Rome et les démar- 
ches qu'ils devaient faire à la cour de l'empereur étaient de 
nature à diriger sur eux l'altention des hommes sérieux qui 
avaient déjii été frappés par les habitudes curieuses de la com- 
munauté romaine. La controverse était alors dans le goût 
de l;i haute société, Juifs et Chrétiens la provoquaient et y 
élaieul provoqués; aussi crovons-nous, sans trop nous trom- 
[)er, pouvoir rapporter à ce séjour de R. Gamliel et de ses 
compagnons dans la capitale de l'empire, le récit suivant, qui est 
donné par la Mischna : ç^On demanda aux Anciens, à Rome, 

' «Entre la fè|p des Tabernacles (environ mi-octobre) et celle de Hannouka 
((ïnviron mi-décembre)," n^Tjfi'^ NJin pZl, on croyait exposer sa vie en allant 
sur mer. (\oy. j. Sabbat, ii, 5 b et Midrasch sur Kohélct, m, 2.) — Horatot, 
\o a, on raconte aussi an voyajje sur mer que iirenl ensemble R. Gamliel et R. 
Josué, et pour lequel ce dernier avait failproNision, non-seulement de pain, mais 
aussi de farine. En effet, le voyage se prolonjjeant, on dut recourir à la farine, 
r Comment savais-lu, demanda R. Gamliel, que nous aurions un aussi grand re- 
lard pour que lu apportasses de la farine? — ■ C'est qu'il y a, répondit R. Josué, 
un astre (jui ne se lève qu'une lois en soixante et dix ans, et qui (par son apparition) 
égare les bateaux; je me disais donc, qu'il pourrait se leveretnouségarer.TiClDN 

DD1D b"ii N:n'?iD nTiwi \xn ''biz sisirr p mm ni*--' mn "«d n^h 
'i^jD^"] nb'j^ NDD' "TnDNi m:"'DDn nx ni'riDi ^\b^:>' n:c' u^'ji^'b inx.) 

M. Rappoport [LilteraturblaU. dos Orienta, I, 19A etsuiv.) rapporte ce voyage 
aussi à celui que firent les quatre docteurs à Rome, et pense que l'astre dont il est 
(|uestion dans ce passage devait être la comète de Hallcy, parce que cette comète 
se montre à peu près tous les soixante et dix ans, et pouvait, en passant par la 
constellation de l'Ourse, créer des embarras aux navigateurs. "Elle de\ait être vi- 
sible, ajoute iM. Rappoport, dans les der)iières années de l'empereur Domitien.^^ 
Nous n'avons pas voulu passer sous siletue l'explicalioTi ingénieuse du savant rab- 
bin, bien {|iir' ce pa>^sage de Ilnraïnl ne i\nn< ji.u'.nssc |ias liisl()rii|U('. 



t; Il A PI TU 1^ w. :vM 

pourcjuoi Dieu, (lésa|)[)rouvant l'idolâtrie, ne la détruit-il pas? 
ils répondirent : Si les païens adoraient des objets inutiles pour 
le monde, certes Dieu détruirait ces ol)jets; mais ils adorent le 
soleil, la lune, les étoiles et les constellations; or Dieu perdrait- 
il l'univers rpi'il a créé à cause des hommes é^jarés! — Eh 
bien! répliquèrent les païens, qu'il anéantisse les objets inu- 
tiles et (ju'il laiss(î subsister les idoles utiles! — Nous ne fe- 
rions, dirent les Anciens, que confirmer dans leurs croyances 
les adorateurs des choses nécessaires, qui ne manqueraient pas 
de soutenir la divinité d'objets qui n'auraient pas été détruits 
en même temps que les idoles mutiles'." — Le midrasch 
nous a encore conservé une question sur la durée de la ges- 
tation du serpent, qu'un Romain aurait adressée à R. Gam- 
liel et à laquelle il n'aurait su répondre qu'après avoir pris 
l'avis de R. Josué. Ce récit, qui n'a aucune valeur historique, 
emprunte toute son importance à son commencement; les 
mots rç Lorsque les Anciens allèrent à Rome-, ^7 par lesquels il 
débute, prouvent que les rabbins désignèrent, par le terme 
«les Anciens," les (piaire voyageurs qui se rendirent au|)rès 

' Aboda-zara, iv, 7 : "iDir. '•Dlin D^:pîn DN '^HV. La l.araila {Ib. 5/4 b) 
intercale le mot *''D1D'7D, "les philosophes,»' après "i^NX'. Elle ajoute, d'après la 
version plus courte de j. ibid. I\h a : cDes semences ne {[ermeraient-ellespas parce 
qu'elles auraient été volées? La femmeadultère devrait-elle rester stérile parce que 
l'enfanlqui naîtrailde cette union serait un hàlard ? Non , le monde va son train , et les 
hommes égarés qui ont fait le mal rendront un jour compte de leur conduite, n '7Î3 

N^s* "lîDD l'h^rh 1D1D ]\\' î:'\s* nî:\x h'j Nnn noîj'? isid |\s* r-m inr 
]";2wT.i ]"»! în^b în-Ti:? V'?p'7"'pc' îZ!"'î:icr ijn:i:2 i^nrii' zhrjh "!n"':n 

Voyez aussi Mechilta sur Evode, xx, ch. vi ( p. 76 de i'édil. Weiss). Sur la question 
s'il y avait à Rome une école juive présidée par un docteur célèbre, voyez Partie 
géographique, s. v. Darôm. 

^ Midrascli-rnbbn sur Genèse, c. xx : ''Dit'? D"'ip*n "l'?"*u 'T^D. H. Jnsui'- \ 
llxe In durée de la gestation à sept nu'-! 



3/i0 IllSTOinK l)K LA PALESTIM']. 

de Domitien. Ailleurs nos sources nous fournissent le fragmenl 
d'une prédication, tenue par l'un de ces quatre Anciens pen- 
dant leur séjour à Rome. Voici le passage du Midrasch : -i^Lcs 
voies du saint, loué soit-il! ne ressemblent pas à celles d'un 
(roi) en chair et en sang; celui-ci, en rendant une décision, 
en impose l'exécution aux autres, sans s'y conformer lui-même, 
tandis que Dieu exécute ce qu'il ordonne. Un min (judéo-chré- 
tien) entendit ces paroles, et, aussitôt que les docteurs furent 
sortis (de l'assemblée), il leur dit : Tout ce que vous venez 
de soutenir n'est que mensonge. N'avez-vous pas affirmé que 
Dieu fait ce qu'il ordonne; pourquoi alors n'observe-t-il pas 
le sabbat (puisque la création ne s'arrête pas)? Mais ils répon- 
dirent : N'est-il pas permis à l'homme de déplacer les objets 
dans sa cour le samedi? — Oui! dit le min. — Eh bien, repri- 
rent les docteurs, ce qui est en haut et en bas forme la cour de 
Dieu, puisqu'il est dit : Toute la terre est pleine de sa gloire 
i^hàie, VI, 3)'. 55 Si cette conversation a été réellement tenue, 
et si le mot min est pris dans son sens propre , nous aurions ici 
l'attaque d'un judéo-chrétien contre l'observation du sabbat. 

La mort violente de Domitien et l'avènement du doux et 
sage Nerva mirent probablement fin aux persécutions, et nos 
docteurs purent retourner tranquillement à labné. Les guerres 
de Trajan, qui, au bout de seize mois succéda à Nerva, n'at- 
teignirent directement la Palestine que vers la fin de son règne; 

> Midrasch-rabba sur Exode, c. xxx : "ioSl^' V"")* i?"3N"n i'")* J"~13 iTi'VD 

]D ii"'N n"Dpm □V'7D nî^ny i:\\* Nim mc'y'? annN'? "idik xim mîj 
□miDN' nh 3ÎD n'^n DDna-! ]\x dhS idn M<ii^^ nnN inx x^i^ dît n^r\ 

D'':r'7rn i"? iidn ]n on'? idn* n^r^ n-'iîn -]in3 yôb'ch wcn div« p.y 
11133 y-)Nn '?D n'7D idn:î:* n"3pn Vc* n^irn D^:innnm. 



CHAPITRE XX. 341 

aussi le patriarche put-ii se livrer avec toute liberté à son activité 
pastorale. Nous le voyons, accompagné des Anciens, traverser 
la Judée et rendre des décisions dans les différentes villes^: 
il longe la côte et va de Ptoléniaïs (Acco) à Tyr, en passant 
par Kezib (^Ecdippa)'^ \ nous le rencontrons à Tibériade, en Ga- 
lilée ^, où cependant les docteurs n'aimaient pas encore à s'é- 
tablir. «R. Eliézer, fils de Sadok, nous raconte, d'après la 
Tosefta^ : Nous étions assis devant R. Ganiliel, dans le Ret 
Hammidrasch de Lyclda^ (à la veille de Pâques), lorsque Zo- 
nin, l'inspecteur, vint nous annoncer qu'il était temps d'enle- 
ver le pain levé; je me rendis donc avec mon fils dans la maison 
de R. Gamliel pour y ôter le pain.?? Un peu plus loin, nous 
lisons encore «que R. Gamliel et les anciens étaient assis dans 
la maison de Roéthos, fils de Zonin, à Lydda, se livrant à des 
conversations sur les commandements de Pâques toute la (pre- 
mière) nuit (de la fête) jusqu'à ce que le coq chantât; alors ils 
se levèrent et se rendirent ensemble au Ret Hammidrasch *". » 

' Une baraïla qui se lit dans la tosefta de Teroumot, c. ii , raconte qu'un chef de 
la synagogue de Kezib, nommé Schibion ( 2^ÎD 7^' riDjDn ri^3 CN'"1 ^P^C? 
(serait-ce le nom de Scipion?), demanda l'avis de R. Gamliel, trqui passait d'un 
endroit à l'autre" (DIpDb DTpDD T31i? Tl\~lîi?), au sujet déjeunes vignesqu'il 
avait achetées à un païen en Syrie, et que le patriarche lui répondit : «Attends 
que nous soyons occupé à rendre des décisions '' (nD?n3 D^n^îl' li? ]nDn). R. 
Gamliel lui fil même dire en secret ('^'"in, voyez Josué, ii, i ) : «Ce qui est fait 
est fait, mais abstiens-toi dorénavant. i 

2 MidraschsyirLévit{que,c.Kxxvu:''i}) 2''lDb '\2'J ]12 ^"•''ÎSD DNI fl;Erou- 
hin, 64 b; tos. Pesahim.c. ii. A Acco, iieut une conversationavec Proclus, fils d'un 

philosophe (DIDDT'^D ]2 D"i?pnD), qui est racontée, m. Aboda-zara, m, tt. 
(Yoy. ci-après, p. 356.) 

^ m. Erouhin, x, lo. Il y est accompagné par les Anciens. 

* les. Pesahim, c. m et x ; b. ibid. liç) a. 

^ Lydda formait à cette époque une dépendance de labné; R. Eliézer, qui y rési- 
dait après son excommunication, paraît s'être ensuite retiré plus au nord. 

*^ Depuis les temps les plus anciens, les .luifs passaient la première nuit de 



342 mSTOUîK DE l.A !>\1.ESTI NK. 

Des ([Liatic lioiiiiiies iiK'ntloiin(''S dans ces deux passages, 
Zonin et son fils Bo('thos paraissent avoir été les intendants de 
H. Gainliel ', tandis que Sadok el son (ils Eliézer étaient ses 
familiers et commensaux. Sans grande importance personnelle 
<-omme savant. Sadok, issu d'une (ainille babylonienne comme 
le pafriarcbe, était connu pour sa scrupuleuse probité, ses ri- 
j'oureuses abstinences et sa graiule j)iété-. Les jeûnes fré- 
cpients qu'il s'était inqiosés pendant les années qui avaient 
précédé la deslriulion du temple, avaient miné sa santé, et, 
d'après une légende, R. lohanan ben Zacaï profita des de- 
mandes que Vespasien lui avait permis de fonimler, pour solli- 
citer un médecin qui pût rétablir la santé du vieillard allaibli ^. 
A iabné, il s'attaclia conqjlétement à la personne de R. Gam- 
liel; au tribunal, il jouissait de l'honneur d'être assis à la 
droite du président, honneur (ju'ii devait sans doute plutôt à 
l'honnêteté de son caractère qu'à la profondeur de ses con- 
naissances''. Se trouvant avec R. Eliézer et R. Josué au repas 

Pâques à ctianlor des cantiques et à s'enirelenir des sujets relatifs à la fête qu'on 
cciéhrail. De là vient le proverlie qui paraît remonter à l'époque du temple : 
v\'"'"'"1jN "!2r!2 n'7"''?n"i NP^Z NmC"'D.''H sulTitdcmanfjer de l'agneau pascal gros 
comme une olive, tandis que le clianl (Inuyant) du Hallel (c'est-à-dire des 
Pxaitmes, cxiii à cxviii) brise les toits des maisons!^? j. Pcsahim, vu, i 9 ; b. ihùl. 
.sr> i]; Mldrancli sur ùmliqiie ,M,\h (où il faut, au lieu de STf^S, lireNn''TD). 

' '7N'''?Dj pi Vw nJlDD Pesahini, !ir) a: j. ihii!. 29 c; les. ibid. c. m. 

^ Voy. ci-dessus, j). 2()3, note. 

' Gittin, 5(i b. 

■' j. Sanhéihin , i, li (19 c), et Frankel, Darkf' Uammkchna, p. 71. Voici ce 

passage : Ti^T\ n:2"'2 ZZ'V '-?N"''7r:i pi HMw lî p"!"!!,* T'a "ITi*'? -) "ICN 
]pîn -^'y2 "':EC 'VnDw?^ □"':pn *rD''D yiZ'V Vn^S'l N^X. J'ai cependant 
quelque doulc s"il ne faut pas lin' 2U.*""' VnX N2N. On voit lebamot, i5 a, que 
15. Gamliel avait un frère nommé Abha , auquel il avait donné sa fdle en mariage ; 
il est vrai que ce Gamliel paraît èirc le premier de ce nom appelé /'. Inc/e». Mais 
l'Mhim d'Abba l'Iail iéj)andu dans la f.:uiille du palriarclie: sans parler dWbibe, 



(.HAPITRK XX. 343 

de noces d'un fils du patriarche, alors qne R. Eliézer refusait 
])ar politesse d'accepter la coupe remplie par l'hôte lui-même, 
R. Sadok prononça ces belles paroles ' : ^ Vous avez bien peu de 
souci de l'honneur de Dieu et vous vous préoccupez de l'hon- 
neur de sa créature! Dieu fait souffler le vent, s'amonceler 

iiienlionné jinr Théopliaiie, dans sa Cliroii()i;rapliie, comme fils de Gamliel 1"', et 
dans lequel M. Zipser reconnaît-'avec raison un Abba [Forschiwgoi , etc. 18G7, 
n° /i), il se pourrait bien que Sinieon III, fils de Gamliel de labné, eût aussi un 
frère Abba; car, après la bataille de Bellar, ce Siméon dit: rll ne reste (de ma l'a- 
mille) que moi ici," N^CND N3N* ^flN ]3* (Sala, !xç) b et parallèles). On traduit 
ces mots par ^et le fils du frère de mon père en Asie;') mais ils peuvent tout aussi 
bien signifier : «et le fils de mon frère Abba , etc.n Nous aurions donc un Abba F', 
fils de Siméon I", un Abba II, fils de Gamliel I", un Abba III, fils de Siméon II, 
et un Abba IV, fils de Gamliel II. En tout cas, Gamliel II doit avoir ou un fils plus 
âgé que Siméon III. (Voyez la noie suivante.) 

' KIdJousrhin, 82 b (Sifré sur Dnilérononu' , S 38) : î'TT'jD CfliS* \nD "i" 

h2 ^izh \rh'^' -pivi nciN n^D^t:i ')'-ci2 iniDi dvx^*^:': nbi'Di inn 

IJ"»'?:^' npC'DI IDIi' '7N"''7D: pn Xn-» xb -uni -nXI "inX. S'il s'agissait en 
effet du repas de mariage pour un fils de Gamliel, ce ne pouvait pas étrp le ma- 
riage de Siméon ; car R. Eliézer, étant au nombre des convives , n'était donc pas en- 
core excommunié; par conséquent ce mariage avait eu lieu avant le voyage à Rome 
et avant la mort de Domitien. Mais ce fils avait, dans ce cas, plus de cinquante 
ans lors de la prise de Bettar, en i36, tandis que Siméon III était alors encore 
assez jeune (voy. Frankel, /. c. p. 178, note 6). Il faudrait donc supposer que R. 
Gamliel eût un fils aîné, peut-être l'Abba IV. dont il est question dans la note 
précédente. Le Tbalmud, Berachot, 34 b, parle d'un fils de R. Gamliel qui était 
atteint d'une fièvre pernicieuse et qui était mort déjà au moment où Siméon III 
devint patriarche. ÎNous ne devons pas passer sous silence que la Mechilia sur 
E.rode, XVII, la, parle d'un repas ordinaire (n"ni'D,et non pas 'j3 nDî^'D) 
donné par R. Gamliel aux docteurs, qui parait bien être pour le fond identique 
avec celui de Kiddouscliin et de Sifn', et où cependant il n'est question ni de R. 
Eliézer ni de R. Zadok. — Par contre, il s'agit incontestablement du mariage d'un 
fils de R. Gamliel, m. Kcrilot , m, 7 (cf. Sifrc sur Lévitûjiie, III, ci), où le pa- 
triarcbe et R. Josué se rencontrent avec R. Akiba au marché d'Emmaùs. Si R. 
Gamliel était mort avant l'insurrection des Jin'l's sous Trajan, le fils qui se mariait 
avant cette époque aurait déjà passé la Ircnlaiue pcndiint les guerres do Rarcorbba. 



344 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

les nuages, tomber la pluie, germer les semences de la terre et 
dresse ainsi la table pour cbacun, et nous ne permettrions pas 
que R. Gamliel se levât et nous versât à boire! w F». Sadok joua 
un rôle dans une des scènes d'humiliation de R. Josué que 
nous avons racontées ', Il mourut probablement avant que le pa- 
triarche fût suspendu de ses fonctions; autrement sa voix auto- 
risée et respectée se serait fait entendre dans cette circonstance. 

R. Eliézer était encore d'un âge bien tendre lorsqu'eut lieu 
la catastrophe de la ville sainte, puisque c'est assis sur les 
épaules de son père qu'il avait assisté, pendant la guerre de 
Titus, à une exécution capitale à Jérusalem^. Vivant toujours 
dans la société de son père, il lui emprunta sans doute les 
renseignements fréquents qu'il donne sur le temple et les 
prêtres, sur Jérusalem et ses habitants, et que sa grande jeu- 
nesse ne lui aurait pas permis de recueillir lui-même. Il se 
plaît à noter et à transmettre les habitudes de la maison du 
patriarche, où il prenait souvent ses repas avec R. Sadok ^. 
C'est là son principal mérite. Nous serions bien disposé à croire 
qu'il a terminé ses jours en Babylone, dans la patrie de ses 
ancêtres, en fuyant la Palestine et les contrées de l'occident, 
où Trajan et Adrien noyaient dans des torrents de sang les 
dernières et terribles insurrections de la nation juive*. 

Parmi les hommes dévoués au patriarche et qui ont vécu 
près de lui, nous devons encore mentionner Siméon Happe- 
couli et surtout Samuel le Jeune. Le premier fut chargé par 
R. Gamliel d'arranger et de modifier les prières, particulière- 
ment les c< dix-huit bénédictions » instituées par la Grande sy- 

' Voyez ri-dessus, p. 826. 

" Ci-dessus, p. 268, note. 

■' Voy. les passades dans le Séder Ifaddorot , s. v. et Frankel, l. c. p. 97-99. 

"* \oiis avons di'jà parléde i'ori/yine l)aI)yIoiiiennp de R. Eiiézer. (Voy. ci-dessiis. 



CHAPITRE \X. 343 

na^j^ogue, d'après les besoins du temps et selon les circons- 
tances nouvelles que la suppression forcée des sacrifices avait 
amenées', Samuel eut à rédiger une nouvelle et dix-neuvième 
«bénédiction, w la prière contre les minim, ou judéo-chrétiens^. 
Si l'on voulait conserver la pureté du judaïsme, il fallait sur- 
tout prendre des précautions contre les sectes diversement 
nuancées de la Palestine, qui présentaient d'autant plus de 
dangers qu'elles observaient les préceptes de Moïse et conti- 
nuaient à vivre au milieu de leurs anciens coreligionnaires. Le 
Thalmud vante la douceur et la modestie de Samuel, qui mou- 

p.Sia.) \oiis concluons son retour à Babylone de Soîiccrt, 4^ b,où Aïbo,lepèrede 
Rab, rapporte le souvenir personnel d'un faitqui avait eu lieu en sa présence chez R. 
Eliézer. Les mots dont R. Eliézer se sert , rrvoici quarante ans que j'habite ce pays, 
et cependant je n'ai jamais vu , etc. , semblent indiquer, en tout cas , un homme qui 
n'y est pas né, sans que pour cela les w quarante ans'î doivent être pris à la lettre. 
Plus on avance, du reste, la date de la mort de R. Gamliel , et plus on peut avancer 
celle du départ de l'homme qui lui fut si dévoué. Nous n'admettons donc pas deux 
R. Eliézer ben Sadok, comme le prélend M. Frankel (/. c. p. 98 et 178). Dans la 
m.Kilaïin, vu, 2, il paraît manquer, avant 1D*«I/'D ~1Î21N 2J"3NT, quelque pas- 
sage de l\. Gamliel. (Comp. m. Péa, 11, 4.) Il ne s'ensuit nullement de ce que le 
nom de R. Eliézer est placé à côté de celui de R. Méir (m. Maaserot, iv, U ; Pesa- 
him , m, 6 ; Bechorot, 22 a), que ces deux docteurs aient été contemporains. (Voy. 
Fi'ankel, /. c. p. 206, 207.) 

' Berachot, 98 1), Megilla, 17 b. 

^ n^2^T2n DJ12 Berachot, 28 b; cf. j. ibid. iv, 3 (8 0). Le texte de la baraïta 
ferait croire que cette prière ne fut dite d'abord qu'à une certaine époque de l'an- 
née; car autrement comment expliquer les mots : mnrC mnN î1j'\u^, «une 
aniK-e après, ils avaient oublié cette prière ?" En comparant la facture de cette ba- 
racha, avec le morceau commençant par T*3D ]T\ p31 dans les prières de la fête 
de Rosch-hnschana , on pourrait même être tenté de supposer que la bii-cat ham- 
minm n'avait été prononcée qu'en ce jour solennel et qu'elle avait même laissé de 
fortes traces dans le paragraphe suivant : D^p^l îJ |D31. Cependant Epiphane {Ad- 
vers. Hœreses) en parle comme d'une formule récitée par les Juifs, le matin , 
l'après-midi et le soir, et, par conséquent, insérée définitivement dans la prière 
dite Schemuna esrc. Les Rituels juifs actuellement connus, pas plus ceux de l'O- 
rient que ceux de l'Occident, ne mentionnent les nwiims ; ils portent à la place : 



340 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

rut jeune et en prédisant, comme nos sources rabbiniques le 
répèlent souvent, les malheuris qui devaient ibndre bientôt 
sur la Palestine '. Il ne semble pas (pie K. Gamliel en ait vu 
l'approche; sans qu'on puisse lixer l'année de sa mort, il pa- 
raît cependant avoir cessé de vivre quebpie temps avant les 
persécutions des Juifs en Palestine-. ^Autrefois, raconte une 
baraïta, le luxe exagéré des funérailles pesait quelquefois plus 
sur les familles que la perte même qu'elles venaient de faire, 
et bien souvent elles prenaient la fuite en abandonnant le ca- 
davre; R. Gamliel fit un acte d'humilité en se faisant enterrer 
dans des vêtements de lin, habitude qui depuis fut suivie par 
tout le monde ^. 5? Acjuila, le prosélyte, le même cjui s'est rendu 
célèbre par sa nouvelle traduction de la Bible en grec, honora 
toutefois le maître en brûlant sur sa tombe différents objets 
d'une valeur de plus de quatre-vingts mines''. 

mpn ^nn ^N D^j^D7D7', "que les déJa'enrs n'aient ;niciine espérance! n 
( Tikia est Texpression consacrée pour Tespérance d'oulre-tonibe. ) On remarquera 
que deux ietires insérées au milieu du mot D''J"'D'?1 ont sufTi pour accomplir ce 
clianffement, qu'on comprend du reste à l'époque où les jiidéo-clirétiens avaient 
disparu. — On donne j. Berachot, iv, 3, la cause du surnom le Jeune (JtSpn) 
que portait Samuel. Les sentiments paternels que le patriarche éprouvait pour ce 
jeune docteur se reconnaissent, Sanhédrin, \i a; j. ihld. i, a. D'après Semahot , 
c. VIII, R. Gamliel (nous supprimons i/az:«/i-p?t, f l'Ancien") et R. Eléazar ben 
Azaria auraient prononcé une oraison funèbre sur sa tombe. La baraila qui se lit 
j. Si)ta, (in et parallèles, et qui l'ait de ce Samuel le contemporain de Hillel l'An- 
cien, renfernie une erreur et doit être corrijjée d'après j. ibid. ix, i3 (ai b). Voy. 
quelques réflexions intéressantes sur Samuel, par M. Geifjcr, Forschungen , n° 5. 

^ Voy. t. Sota, xni; j. ibid. ix, fin. b. ibid. liSh. 

^ Voy. ci-après, j). 366, note i. 

■' Moed-Kalon , a- b, et Ketnhut, 8 b. Comparez m. ihid. iv, h. 

' Semahot, c. vui. Aboda-zara , i i a, on parle de soixante et dix mines de Tvr 
(^Tlîî riJD C^ySu). Dans ces deux pass;i{;es ou lit 0/(fce/os- pour Akilas. 



CHAPITRE XXL 

LES CHIÎÉTIENS DE LA PALESTLVE ET LES JLIFS. 

Le siècle qui finit sous le patriarcat de Ganiliel 11, le pre- 
mier de l'ère vulgaire, est celui qui a jeté les premiers fonde- 
ments du triomphe que le christianisme devait remporter sin- les 
croyances païennes. Certes les anciennes religions avaient été 
ébranlées par les notions saines que la philosophie avait répan- 
dues dans le monde, à Rome aussi bien que dans les autres 
grandes villes de l'Empire; mais ces religions puisaient encore 
une grande force , moins dans la vigueur des convictions que dans 
la ténacité des esprits timorés et superstitieux. Le judaïsme, 
de son côté, frayait le chemin aux idées nouvelles, qu'on 
allait semer et prêcher partout: à Damas, berceau du christia- 
nisme paulinien, toutes les femmes s'étaient faites juives, pro- 
bablement il en était de même dans le Hauran, dans le nord 
de la Syrie et dans une partie de l'Asie Mineure'; à Rome, 
des habitudes judaïcpies se répandaient, des conversions in- 
quiétantes se faisaient dans les rangs les plus élevés de la so- 
ciété^. Il est vrai que le Pentateuque, avec ses obligations 
nombreuses , avec la rigidité de ses préceptes et de ses défenses, 
n'aurait pu espérer ce succès général qu'obtint la doctrine 
simple et commode des apôtres. 

On comprend donc que le paganisme, battu en brèche par 
la libre réflexion des penseurs, pris à partie par le Dieu invi- 
sible des Juifs, ait fini par s'écrouler sous les attaques vives 

' Voy. p. 2u3, noie a. 

' (li-dossiis, [). .33 t ri stiiv. 



348 HISTOIRE I) K LA PALESTINE. 

et ardentes tics nouveaux prédicateurs. Mais ce qui s'explique 
moins aisément, c'est la facilité avec laquelle un grand nombre 
de Juifs se détachèrent de la Loi et de ses exigences pour de- 
venir des missionnaires chez les païens, à une époque où à Jé- 
rusalem comme à labné, en Palestine comme ailleurs, les doc- 
teurs s'appliquaient, au contraire, à aggraver les interdictions 
et à rendre plus lourd le fardeau des cérémonies. Puis, il y a 
certains points de doctrine qui semblaient abandonnés depuis 
longtemps, et qui gagnaient subitement une nouvelle et décisive 
influence dont il importerait de connaître l'origine et d'étu- 
dier les causes. 

En comparant, presque au début de ce travail^ les trois 
derniers prophètes de notre recueil biblique, nous avons fait 
observer la diminution graduelle dans l'importance qu'ils sem- 
blent attacher à la famille de David. Aggée considère le réta- 
blissement de la famille royale sur le trône d'Israël comme 
une condition de salut, Zacharie en parle comme d'une espé- 
rance; chez Maléachi, l'ancienne race royale est entièrement 
passée sous silence. Plus tard, lorsque Jean Hyrcan réunit 
sur sa tête la couronne de la royauté à celle du pontificat, 
nous avons vu les Pharisiens, mécontents de ce cumul, en- 
gager les princes asmonéens à se démettre des fonctions de 
grand prêtre; mais ils ne trouvent aucun mal à ce que Jean 
Hyrcan reste le chef politique du peuple, bien que, descendant 
d'Aron, il ne puisse être de la tribu de Juda-. Dans les deux 
siècles qui commencent par le règne de Jean et finissent par 
celui d' A grippa I", on ne découvre nulle part un mot de regret 
qu'un rejeton de David ne soit pas assis .;ur le trône de ses an- 
cêtres à Jérusalem. Tout change à cet égard, dans le courant 

' Ci-dessus, p. 20 et suivantes. 
- Vov. p. 79 cl siiiv. 



CHAPITRE \XI. 349 

(le ce siècle. Les évangélistes cherchent à composer la généa- 
logie de Jésus de manière à le faire descendre de David du 
côté paternel, comme Matthieu, ou du côté maternel, comme 
Luc, l'apôtre des païens '. D'après Hégésippe, cité par Eusèbe-, 
l'empereur Domitien aurait ordonné des perquisitions afin de 
faire rechercher dans l'empire les descendants des rois de 
Juda, et ne se serait tranquillisé qu'après avoir vu les mains 
calleuses de ces prétendants supposés, faites plutôt pour exé- 
cuter les travaux grossiers d'un métier que pour tenir le sceptre 
d'un royaume. Vers la môme époque, le rituel juif s'enrichit 
d'une prière pour la réédification du temple et le rétablisse- 
ment du trône de David. Il semble que la généalogie de la 
famille patriarcale était trop connue pour qu'on put la ratta- 
cher à la tribu de Juda par la ligne masculine: mais il était 
facile de lui donner une origine royale par les femmes, et on 
le fit en effet pour rehausser ainsi l'éclat des descendants de 
Hillel '. 

Ce retour à la vie d'une espérance éteinte a besoin d'être 
expliqué; il paraît être l'œuvre exclusive des agadistes. Nous 
avons déjà parlé de ces prédicateurs populaires qui lisaient et 
commentaient en public les œuvres inspirées des prophètes, en 
abandonnant les livres de Moïse aux docteurs , aux savants des 
écoles, aux halnchistes. Nous avons vu le fils de Seriphée et 

' Matthieu, i, 2-17; Luc, m, 23-38. 

^ Historia ecclesiastica, m, 20. — Au commencement du iii^ siècle, Uila , un 
docteur juif, fait i'observaliou ?tqae Jésus était traité exceptionnellement, parce 
qu'il louchait àia royautér, (mn mD^D^ 3np"! ^V' "'JNiy), Sanhédrin, /i3 a 
(éditions non expurjjées). 

^ j. Kilaïrn, ix, 3 (Sa b), R. lehouda Hannasi, en se comparant au Hesch Ge- 
louta, ou chef de la captivité de Babylone, dit : "Lui, il est de la tribu de Juda, 
et moi, de celle de Benjamin; lui, il descend de Judn par les mâles, et moi par 
les femmes.'- 



350 llISroiRK DK I,A l'AU-lSTlNK. 

Juda Marj<jala, iPiniicr, [)a.ssionner la foule par leurs clialeu- 
rousos paroles, et payer d'une nioi'l de martvr leurs discours 
téméraires ^ Nous avons suivi toute cette lijjnéc d'Ezéchias le 
Galiléen, (pii, pendant un siècle s'attache, mène, révolte à 
son gré la masse de la nation contre les Hérodiens, contre les 
pontifes, les procurateurs et les légions romaines-. Les habi- 
tants de la Galilée surtout, mal famés à cause de leur igno- 
rance des choses légales, paraissent avoir remplacé la subtilité 
de l'esprit par la chaleur du cœur, et suppléé au défaut d'ap- 
titude pour les joutes brillantes de la discussion scolastique 
par une excessive énergie des sentiments et un tour plus ori- 
ginal que délicat de l'expression. On finit toujours par attacher 
[)eu de prix à ce qu'on ignore et à ce (pi'on n'a pas pu ap- 
prendre, surtout quand le succès vous suit néanmoins et 
semble vous venir" précisément d'un côt(' dédaigné par ceux 
(|ui savent et se sont instruits. Le marchand Hanania, qui con- 
vertit au judaïsme le jeune prince d'Adiabène, le délia sans 
scrupule du devoir de la cu'concision, (pi'il ne regarde comme 
obligatoire que pour les descendants d'Abraham ^. Les aga- 
distes puisaient du reste, dans Isaïe, et môme dans Jérémie, un 
cartain dédain des cérémonies extérieures \ dédain qui rejail- 
lissait naturellement jusque sur les halachistes, occupés d'une 
casuistique minutieuse à propos de ces mêmes cérémonies. 
La lecture de ces prophètes réchauffait leur zèle pour le reje- 
ton de David, tant exalté par la bouche de ces maîtres, et si 
complètement oublié depuis plusieurs siècles. 

Sans doute il y avait parmi les Juifs des hommes qui. bien 

' Ci-dessiis, p. 160. 

* Ci-dessus, p. 161. 

' Ci-dessus, p. u-i/i. 

' hme . I, I 1-1."); rvm. .)-•] cl jxissiin. .It'rt'iiiip . vu, ai-tii o[ promiin. 



cHAPrrr.K xxi. 351 

qu'aclonnc's à la science rabbinique, s'occupaient néanmoins 
d'enseigner à la foule, dans les synagogues, les vérités reli- 
gieuses et morales auxquelles ils cherchaient pour base un 
texte dans la partie poétique de l'Ecriture. Mais il est tout 
aussi certain que d'autres, par tempérament ou par tendance, 
se consacraient exclusivement à l'une ou à l'autre des deux 
directions du judaïsme. Il suffit dejeter un coup d'oeil rapide 
sur les Thalmuds et les Midraschim, pour s'apercevoir que 
bien des noms qui figurent dans la Halachn ne se rencontrent 
jamais dans VAgada, de même qu'on trouve des agadistes qui 
ne sont jamais mentionnés dans les discussions halachiques. 
Pour devenir agadiste, il ne fallait qu'une conviction ardente, 
une imagination vive et une improvisation facile, qualités peu 
rares dans des moments où l'oppression de l'étranger réchaufFe 
le zèle national, et chez un peuple oriental qui reçoit avec ra- 
pidité les impressions et les traduit en paroles avec prompti- 
tude. On devenait donc sans grande peine agadiste, tandis 
qu'il fallait des études longues et sérieuses pour pénétrer dans 
les profondeurs de la halacha ^ Comme on mesure d'ordi- 
naire la valeur d'une chose à la difficulté qu'il a fallu vaincre 
pour l'obtenir, les halachistes mésestimaient à leur tour les 
prédicateurs ou agadistes, qui, nous l'avons dit, n'étaient pas 
toujours émerveillés des déductions savantes des docteurs. 

' j. Pesahim, v, 3 (Sa a) R. Jonathan refuse à R. Samiaï de lui enseigner 
l'Agada en lui disant: «Je tiens de mes ancêtres qu'il ne faut instruire dans TAgada 
ni un Babylonien, ni un homme du midi de la Palestine, parce qu'ils ont le carac- 
tère arrogant et très-peu de connaissances r> ("ÎD*?? i<^U TIIDND ''"''3 D1DD 

mm "'•JiyDi nn '<d: ]nz' "'Dmb n"?! ■'Vnab ab mjN). On craignait donc 

de faire un agadiste d'un homme insuffisamment préparé dans la Loi et porté à se 
surfaire. (Comparez Pesahim , Ga b, où, entre autres changements, l'im des inter- 
locuteurs est appelé R. lohanan à la place de R. Jonathan , confusion très-fréquente 
et dont le Thalmiid pnrlt», Soiircn . h h.) 



352 mSTUlHE DK LA l'ALESTI M:. 

Les Thuliiiuds nous ont consorvé tlo nombreuses traces du 
peu de cas que faisaient les rabbins des agadisles. Si cepen- 
dant les passages se contredisent à cet égard , si ie même doc- 
teur exalte tantôt la prédication et tantôt la couvre de son 
mépris, il ne faut pas s'en étonner; ce sont des jugements por- 
tés sous l'impression de l'agada qu'on venait d'entendre, et 
déterminés par le caractère plus ou moins respectueux pour 
les études rabbiniques dont cette exposition était empreinte ^ 
Le dédain pour la halacha a trouvé surtout sa place dans les 
écrits chrétiens et dans l'école de saint Paul. 

Nous ne croyons pas nous tromper en soutenant que les 
agadistes ont été les plus puissants auxiliaires du christianisme 
à sa naissance. Ce sont eux qui lui ont inspiré l'aversion pour 
les Pharisiens et les railleries contre les débats rabbiniques; 
ce sont eux qui lui ont prêté les nombreuses citations et 
applications au Messie des versets tirés des prophètes; ce sont 
eux enfin qui lui ont transmis leurs idées sur le rejeton de Da- 
vid. Si l'âme soupçonneuse de Domitien a été en effet agitée 
pendant un instant par l'ombre d'un prétendant juif, les apô- 
tres venus à Rome, et préchant Jésus comme héritier de la 
couronne de Juda, peuvent seuls lui avoir causé ces terreurs 
passagères. Les agadistes restés juifs cherchent à contreba- 
lancer les avantages que les généalogies de Jésus avaient don- 
nés aux chrétiens, et attribuent, à leur tour, une origine sem- 
blable au patriarche. Pour la foule, cette origine augmentait 
sensiblement son prestige et son autorité. Les successeurs de 
Gamliel paraissent l'avoir acceptée avec empressement et recon- 

' On trouve les passages des Thalmuds sur cette matière réunis chez Rappo- 
porl, Ercch MilUn , s. v. m3N (p. 6 et suiv.). Nous regardons le point de vue que 
nous avons adopté comme celui qui résout de ia manière la plus simple les dilTi- 
rnltés (pii naissent des opinions diverses professées par los docteurs. 



r,H\prrni': xxi. ;i5:j 

naissance, el les llalleurs leur décernaient , à ce (ju'il semble, 
jusqu'au titre de Messie^ ! 

Les efforts faits pour se décharger, non-seulement des aggra- 
vations des docteurs, mais encore des prescriptions de la Loi 
mosaïque elle-même, étaient puissamment aidés par les aga- 
distes, qui interprétaient lesconmiandements d'une façon allé- 
gorique, comme l'avaient fait depuis quelque temps déjà les 
Alexandrins. «R. Eliézer de Modin dit dans une mischnah - : 
Celui qui profane les choses saintes, n'observe pas les fêtes, 
rompt l'alliance que Dieu a faite avec Abraham (c'est-à-dire 
ne pratique pas la circoncision), et qui découvre des explica- 
tions (le la Loi contraires à la halacha, eût-il même la connais- 
sance de là Loi et ses œuvres fussent-elles bonnes, n'en per- 
drait pas moins sa part de la vie future. 57 Ailleurs on voit que 
les passages relatifs au\ mariages défendus étaient expliqués 
comme s'ils interdisaient de révéler la honte des parents^. 
Dans la version chaldéenne usitée dans la Synagogue, on 
faisait précéder le verset qui interdit de tuer, dans un même 

' j. Sabbat , xvi, i ( i •") c. ) 

* Ahot, m, 11 : n';'2T2-'i c'cnpn nN-'-'t'n*:n ictn "j-M2n ivjbi< n 
•'7 Î''N CD^mn QiîyrDi min iT'n u"»*^' ^d Sv f]iX nDbnD ab'C min^ 

NSn Dviyb p^n. Nous citons cette mischna d'après Sanhédrin, 99 1), où les 
mots, D"'DT3 T~13n ""JD pS^Dm, "et celui qui humilie son prochain publique- 
ment,;? sont omis; ils ne vont pas avec le reste, qui traile de ditTérents cas d'in- 
fractions à la Loi. M. Grœtz, III, 79, note, explique iri"'")3 "IDDH par l'épi- 
plasme; nous croyons qu'il s'agit ici de la négligence complète de la circoncision 
( Genèse , xvii , 1 i ) , qu'on interprétait probablement comme une allégorie, en com- 
parant Deutéi-on. x , 16. Le mot D"'jD a souventle sens de «manière d'expliquer. n 
Cependant, si l'on préfère la signification plus ordinaire de «face," on traduira : 
«celui qui s'enhardit à commenter la Loi sans se conformer à la halacha." 

^ m. Megilla, m, (iv), 9 : DV^i-'^ n^JDil, ce qui pslpxpiiqiié, b. ibirl. af) a : 

"iCN ]ib\>'\ r3N pbr. 



3r)A mSTOIIlK l)K I.A l'ALKSTINK. 

jour, lii mère et le pelil, de ces mots: çuMon peuple, enfants 
d'Israël, comme je suis miséricordieux dans le ciel, soyez aussi 
miséricordieux sur la terre '. v Ainsi furent insensiblement re- 
lâchés les liens delà Loi ; on se croyait moins obligé d'observer 
à la lettre les préceptes dont on possédait si bien le sens intime 
et moral. 

Et cependant les Juifs devenus membres de la secte nou- 
velle se soumettaient à toutes les pratiques et ne s'en affran- 
chissaient pas plus que Paul n'avait cru devoir y renoncer pour 
lui-même. De cette façon seulement ils pouvaient continuer à 
vivre parmi leurs anciens coreligionnaires, prêcher dans les sy- 
nagogues et faire des conversions -. De là vient qu'on écou- 
tait attentivement les hommes qui passaient devant la téha 
ou le lutrin , et qu'on leur imposait silence dès que leurs pa- 
roles trahissaient une arrière-pensée hostile aux croyances du 
judaïsme. Les docteurs donnent même certaines expressions 
dont nous ne comprenons pas toujours la portée et qui, à leur 
avis, étaient un indice de tendances répréhensibles ^. La ma- 

' j. Megilla, -, lo: ]Dm pISNl HDD bXTÙ'^ ^:3 ^D^ J^DJnnDT p'pW 

"131 ab^nn in Nnmn Nvixn ]"':Dn-i pinn p N*"'"'Diy2.i\'ous avons corrigé 

le passage d'après Jonathan sur Lévilique, xxu, 28; le texte du Thalmud porte 
] mi , qu'on a mal à propos changé en N3N1. Ce targoum a été maintenu malgré le 
blâme que le Thalmud prononça contre celte paraphrase. 

^ C'était une habitude à laquelle on renonçait difficilement ; on sait que Chry- 
sostome tonnait encore dans le iv' siècle contre les chrétiens qui continuaient à 
fréquenter les synagogues ( Contra Judœos homiliœ; les passages sont cités et réunis 
par M. Perles, Ben-Chanania , III, i86o, p. Sôg). Ne plus prier à côté de ses 
anciens frères, à l'endroit même où des parents aimés avaient soulagé leur cœur 
devant le Seigneur, c'était rompre le dernier lien qui rattachait les nouveaux 
convertis avec le passé et faire souvent le phis dur sacrifice à ses nouvelles con- 
victions. 

^ m. Meiiilia, iv, 9: ;p ^:j n"i:''t:n -i-n iî nn a^D-n ■jiDn^"' iDixn 
iniN ]"'pni:'D □"'-iiccmo -i2t' "idî"' arj hvt yen-; i*^r -nDîJ.frOui- 



CHAPITRE \XI. 355 

Ictliction contre les minim, (jue R. Gamliel introduisit dans la 
prière principale, avait le même but ' ; elle devait surtout con- 
tribuer à écarter les judéo-chrétiens de la tébn ou du pupitre 
où se tenaient les officiants, r^les lecteurs w et les prédica- 
teurs. 

Nos sources rabbiniques nous ont conserv(' cpielques entre- 
conque dit : Que les bons te bénissent! trahit une tendance de minmit, (vers Je 
christianisme)-. Puis celui qui dit, Que (a miséricorde allei^one le nid de l'oiseau et 
que ton nom soit mentionné en bien (on, sur le bien); cl (Nous te) remercions, 
(nous te) remercions, est réduit au silence." Ce paragraphe se trouve aussi m. 5e- 
rachot. v, 3, mais en commençant de suite: 131 ]p ^7^ "IDINPI. D'après le con- 
texte, on devrait supposer qu'il s'agit de phrases que les officiants intercalaient 
dans la prière dite schemoné esré; dans ce cas, les trois morceaux ne pouvaient 
être ajoutés qu'à la troisième ( C*np iiriN), à la treizième (D"'p"'~2»n Sv), et à 
la dix-huitième (D'^tlC) bénédiction. Maison comprend difficilement ce qu'il y 
avait de chrétien dans l'atlribulion donnée aux bons. Les judéo-chréliens auraient- 
ils pris celte quahficatien? Jérôme, dans son Commentaire sur /««ie, m, 20 ( Oim. 
IV, 83), explique le mot 2"ÎOpar le Christ, et i?T par Barabbas, et ajoute: «Quod 
auteni bonus salvatorsitappellatus, ipse in Evangelio loquitur, etc. 55 Dans un Évan- 
gile cité dans les Philosophumena , p. 1 5o (éd. Cruice, Paris, 1 860 ) , Jésus dit : 
T/ fxe ).éyets àyadov:, sis èalïv ayaBos à 'ZSaTtjp (xoC xtX. Le vœu, «que la miséri- 
corde, etc." élait probablement condamné pour-la même raison pour laquelle on 
blâmait les mots cités, ci-dessus, p. 356. Un thalmudiste le dit expressément, Ue- 

rachot, 33 b : r\iiu N'Sx |:\XT D"'Dn"i n'zpn bv rmiD nîTivî:' ^:ïii2. 

(t Celui (pii parle ainsi rapporte à la miséricorde de Dieu les préceptes qui sont des 
ordres (sans' être motivés).'' (Voyez aussi m.Meplla, iv, 10.) En comparant les 
deux passages que nous venons de citer, on voit que R. José b. Abin est identique 
avec R. Joseh b. R. Bon. M. Schorr, //«/*«/«: , VII, 86, 87, pense qu'il s'agit dans 
celte mischna du parsisme. 

' Voyez ci-dessus, p. 364. Dans la lettre de Pline le Jeune à ïrajan sur les 
chrétiens, le proconsul de la Bithynie mande à l'empereur qu'il n'hésite pas à 
mettre en liberté tous ceux qui, accusés d'être chrétiens, invoquent les dieux, 
offrent de l'encens et du vin à l'image de Trajan et maudissent le Christ, parce que 
jamais chrétien, à ce qu'on dit, ne peut être amené à faire ces choses-là. (Episl. 
X, 96.) — Les Juifs n'avaient, pour distinguer leurs adversaires, que le dernier 
moyen. Les partisans d'Ali emploient ce même moyen contre les Sunnilesen faisant 
maudire publiquement les trois premiers khalifes. 

23. 



35(i lllSToir.!': 1)K LA l'AI.KSTINK. 

lions (les iiiitiim nvci- certains docteurs célèl)r('s. (|uel(|ues con- 
troverses sur des passages des Ecritures, et même cjuelques 
tentatives de conversion entreprises sur de jeunes rabbins. 
«R. Gamliel se baignant un jour à Acco, dans un bain consa- 
cré à Aphrodite, Proclus, fils d'un philosophe, lui demanda : 
Il est écrit dans votre Loi {^Deutéron. xvii, 18), il ne doit rien 
rester entre tes mains de ce qm est défendu; comment alors oses- 
tu prendre un bain dans un endroit orné de la statue d'Aphro- 
dite? — On ne discute pas dans le bain, répondit Gamliel. 
Mais, dès qu'il en fut sorti, il dit: Je ne suis pas allé trouver 
la déesse, elle est venue, au contraire, me chercher; la preuve 
en est que personne ne dit : Décorons donc Aphrodite en lui 
construisant des bains, mais on dit: Décorons le bain en y 
plaçant la statue d'Aphrodite M w Si ce Proclus était un judéo- 
chrétien, sa question ne pouvait avoir d'autre but que de ta- 
cpiiner le patriarche et de le mettre en défaut relativement à la 
Loi. Un autre philosophe demanda à R. Gamliel : ^ Pouvez-vous 
espérer que Dieu vous affranchira un jour? — Certes, répon- 
dit Gamliel. — Cependant il est écrit (^Osée, v, 6) : Dieu s'est 
retiré d'eux comme un frère qui a refusé d'épouser la veuve 
de son frère défunt et qui, une fois qu'il a constaté publique- 
ment qu'il veut se retirer, ne peut plus changer d'avis; Dieu 
jie reviendra donc jamais à vous!» Mais le patriarche répli- 
qua : ^ Dans le lévirat, c'est la femme abandonnée qui retire 
le soulier du pied de son beau-frère et non pas celui-ci qui 
l'ôte du pied de sa belle-sœur. Eh bien! dans les paroles du 

' m. Ahoda-zarn, m, h. Le mot philosophe (D1DDl'?''D) s'emploie aussi dans 
les livres thalmudiques pour ceux qui avaient rompu avec le judaïsme et déserté 
les écoles. On se sert de même du mot D")"p^DN, epicuros, pour désigner «un 
lihre penseur, et ensuite «un chrétien;» on jouait sur le sens delà racine tlial- 
miidiquo "IpD. (Voyez Buxtorf, Lexicon thalmudicuin , s. v.) H était défendu d'en- 
laincr Mil liaiii des coiiversnlioiis, surtout relalivemeni à In casuisli([ue. 



CHAPITRE XXI. :i57 

[)rophète Dieu s est retiré, mais pas nous! Supposez une veuve 
à laquelle son beau-frère aurait arraché le soulier, cela signi- 
fierail-il quelque chose'? 55 

Un judéo-chrétien, nommé Jacob de Kephar Secania, re- 
vient plusieurs fois dans nos écrits. Non-seulement il s'entre- 
tient avec les docteurs et cite de prétendues paroles de Jésus , 
mais encore il cherche à faire des cures merveilleuses au nom 
du maître. ^?R. Eliézer, raconte un midrasch, fut accusé de 
tendances chrétiennes et conduit auprès du gouverneur. L'ayant 
appelé devant son tribunal, le gouverneur lui dit : Comment 
un homme de ton importance s'occupe-t-il de futilités sem- 
blables? — Le juge m'est témoin (qu'il n'en est rien), pro- 
testa R. Eliézer. (En parlant ainsi) il pensait à Dieu, tandis 
que le gouverneur croyait que le docteur avait invoqué son 
témoignage. Aussi reprit-il aussitôt : Puisque tu t'es confié en 
moi, je m'étais dit, qu'en effet, il était impossible que des 
niaiseries pareilles eussent pu égarer ces collèges; ma décision 
est donc que tu es acquitté. Mais R. Eliézer était douloureu- 
sement affecté d'avoir été soupçonné de tendances chrétiennes, 
et ses disciples vinrent le consoler. Tout fut inutile. Enfin 
R. Akiba alla le trouver. Un min, dit Akiba, t'a-t-il peut-être 
rapporté quelque chose que tu as approuvé? — Parle ciel! 

' Midrasch sur Psaumes , x: Cd"? H"' '7N">'?D3 p~l nX SVÙ' ITiH DID'd'pD 

^b 1DN n-^ba ntvb n'^i^n Sid"' pnx n'? iTibnu niDi'^ cnD y'?n 2'n2 
Mi ^"«Nn y'?in nj Sx-^bD: pi i3''::rn □d'^^n 2^ liwîy ]N3D Va M<b 
nV lîiVm nD3"' "«di liij'pn ab i:nt ybn xin ^''n n'Citn S"n ncwn 

7)2 rT'N Xl/'*CD '^1^12 ITIN'. Le mot nVi'^ à la place de Ï11Z2'' , auquel on s'al- 
tendrait , a été choisi évidemment parce qu'on s'est souvenu de Deuléron. xxiv, ^1. 
Comparez aussi Jérétnie, m, i. Pour bien comprendre cette controverse, il faut 
avoir présente à l'esprit la loi du lévirat , qu'on lit Deuléron. xxv, 5-10. L'arjju- 
mentation roule sur la racine y?n, qu'emploie Osée. 



358 IIISTOIHK DE l-.\ l'A LKSTl N K. 

oui. i(''[>undit R. Kliézer. Tu nio lais penser à une rencontre 
que j'eus un jour avec Jacob de Kephar Secania dans la grande 
rue (le Sepphoris; il nie communicpia, au nom de Jrsus, une 
opinion qui me fit plaisir. Dans votve Loi (^Dcut. x\ni, 19), 
me fit observer Jacob, il est écrit : Tu n'apporteras pas dans la 
maison de Dieu le salaire d'une courtisane ni le prix d'un 
chien, etc. il est donc défendu de s'en servir! Pour le sacri- 
fice au temple, je le veux bien, mais ne serait-il pas permis 
de les gaspiller? — Que pourrait-on en faire? demandai-je. 
— On pourrait, répiiqua-t-il, construire avec cet argent des 
maisons de bain et des lieux d'aisance. — Tu as raison, dis-je; 
mais, pour le moment, je ne me souvenais d'aucune décision 
(^halaciia) à ce sujet. Dès (ju'il vit (jue je m'étais rangé à son 
avis, il ajouta : Jésus a dit : Venant de choses impures, ce pro- 
duit sera emplo}^é à des choses impures, puisqu'il est écrit 
{Miclia, I, -y) : Le prix du salaire d'une courtisane rede- 
viendra salaire de courtisane; qu'on en fasse donc des latrines 
publiques! J'approuvai encore, et ainsi je fus accusé d'incli- 
ner vers le christianisme '. v 

Cette histoire porte tous les caractères d'une grande authen- 
ticité. L'hésitation qu'éprouve R. Eliézer avant d'accepter l'o- 
pinion présentée par Jacob, parce qu'il ne peut se rappeler 
aucune halacJia traditionnelle cpii la confirme, est parfaitement 

' Midmsclisur Kohélet, i, S: m:''D □Vu*"'? DET^Ù' ~irJ^bi< "'3"!3 nC^D 

h'n: dN '^2-1 ',b iDx imN* ynb nc^^n hv ib'jn^ pcjn "imx l'pa: 

\"i:DKn w* -inxD -i'*? -)cx n^i^v ur^'b x'^v idx iib xim idn i'?"'3U-'3u? 
ci!^-!2i2 'n my'n iSSi m2"'w"'D TCSiX idint mac ^D^^n '':n ^jk yb'j 
n^n HD^sn ]i2 -)t:^^bH ") Tl3d:*o' inx nnx -ivlîd ciDn ^bbn c"'''?'t23 
•pDp i<b'] itrn:'? i':'"jn v-'-î:'':^? ic:d: i^Vj^v n^- b'j CDn:'ù' b:f ni'asî: 
•'::n y:ï:b i^x ]^:^'on jt: -nx xDii' "^-i n^'? ^DX i'?2ix xa^i' -) c::: 



CHAPITRE XXl. ;}5«J 

iraccorJ avec les principes connus de ce duclenr'. L'épcx^ue 
où cette accusation a été portée contre R. Eiiézer se lixe na- 
turellement sous le gouvernement de Trajan, qui, plein de dé- 
fiance contre les associations ou collèges se formant sur tous 
les points de l'empire, se préoccupait particulièrenient des 
chrétiens, parce que, plus que les Juifs de cette époque, ils 
cherchaient l'ombre et le secret pour leurs réunions habi- 

Nt3-)î3D\\3 nbiy ^n^\-i nnx Di?D "'^niDîn d^dî^'h ]n )h -iDvV yàish ^lyi 

N^ DDmin3 3"inD rr'n imn imxi "imn '':N:m ''Z'bï: dvù'D nnx ^.21 
]:i')\>h ■''7 "iDK ]mDN' iV "TnDN ]n no nbo "l'^nDi r-!:"iî pnx ^^^"'Dn 
n^y^ "'b iDN ]n3 niyy hd ]d □ni ib TnDx imc ]-!3n''? □moN 

i-iNViD "'Ji'?D -)CN* -jD •''7 iDN ri3i'? "Tininî:' HNnîy jrD nvîy'*? hdSi 

nu^D dî:*'? "Tii^'DDi "lain inix b^i ''JN*:.!"; n-'m'? ]"nD"nD. 

Nous avons reproduit lout au long ce passage, qui se retrouve un peu abrégé et 
avec quelques cliangements, Ahoda-zara , 16 b, à cause de quelques détails qu'il 
renferme et qui ont une certaine importance. Les mois pD^n iniN semblent se 
rappor'ter à un gouverneur connu et rappellent le hégemûn dont il est question 
ci-dessus, p. 817, note, et qui, par conséquent, n'était pas l'évéque d'Antioche. 
La pbrase "131 "l*?*?!"! m3''C"'ÎI/', qui manque dans leThalmudyl6of/rt-:rtrrt, mérite 
ime attention particulière; le mot ieschiba paraît bien répondre aux coUé;res ou con- 
fréries, si fréquents à cette époque parmi les païens (Renan, Les Apôtres, p. 35 1 
et suiv.) C'est le mot appliqué plus tard aux deux grandes écoles de Rabylone, 
mais plutôt sous sa l'orme cbaldéenne de Methibta (N'DS'^riD); la forme bébraique 
est très-rare , et nous ne nous la rappelons que dans Tanhouma , 3 a (éd. Amsterdam) , 
'1:1 hi<^^^b n"l3"'C''' "Tliy n"2pn :?3p I^'^dV"). L'emploi de ^jlbïl, pelôni, 
Kun tel," pour Jésus est connu. (Sur Kepbar Secania en Gablée, voyez la Partie 
géographique.) Le mot DID^T est obscur, on a comparé SrfyLos dans le sens de réas- 
semblée du peuple," et expliqué "au nom du peuple," ce qui cadre peu avec les 
temps de l'empire; on a proposé aussi de le considérer comme une corruption de 
dimissus , «renvoyé de la plainte," etcommela traduction latine de "lIIÛD, quisuil 
immédiatement. "^ 

' Voy. ci-dessus, p. 333. 



:'M IIISTOlliK l)K I.A I>ALESTI.\K. 

luollcs '. Il ne laul pas oublier que, malgré la clestruclion du 
temple et les traitements inhumains (pie les Romains avaient 
infligés aux Juifs, ceux-ci se sentaient chez eux en Palestine, 
et jusqu'à l'époque des persécutions nouvelles qu'ils attirèrent 
sur leurs têtes, sous Trajan et Adrien, par leurs velléités d'in- 
dépendance, ils pratiquèrent publiquement les cérémonies 
de iCur culte, s'adonnèrent librement à l'étude de leur loi, et 
ils purent se rassembler sans entraves dans leurs écoles, à 
labné, ainsi que dans les autres villes de la Judée et de la 
Galilée. 

Le même Jacob se retrouve comme thaumaturge dans le ré- 
cit suivant: çf R. Eléazar ben Dama, le lils d'une sœur de R. Is- 
maël, ayant été mordu par un serpent, Jacob de Kephar Secania 
se présenta pour le guérir au nom de Jésus. R. Ismaël ne le 
permit pas, en disant: Ren Dama! c'est défendu. — Laisse- 
moi faire, insista Jacob, je te prouverai par la Loi que c'est 
permis. Mais, avant que Jacob pût développer son argument, 
le malade mourut. Alors R. Ismaël s'écria content : Rienheu- 
reux Ren Dama! tu as rendu ton âme en pureté et sans en- 
freindre un précepte des sages^îw On voit le neveu de R. Is- 
maël parfaitement disposé à accepter le secours de la magie, 
pratiquée sur une grande échelle par les Simon, les Ménandre 

' Pline ie Jeune, Epîtres, x, 97. 

"^ Midrasch sur Kohélet ,1,8; Aboda-zarn , 97 h ; j. Sabbat , xiv, 4 ; Aboda-zara , 
11, 2 {ko à). — Il est question d'un Jacob le Minéeu (HXj^D 3p2^'), Aboda- 
zara, 28 a (cf. j. ibid. II, 2 : n^h D'nbi m Ntnx v^3 n"''? nin nns 12 

DU?n\V1 N1-13D ")3 rJ''"! n"'Dw'a), et WoM/m, 8/1 a, et qui a vécu certainement, 
beaucoup plus tard; ce qui a été remarqué déjà par les Tose/ot sur Aboda-zara, 
17 a, s. V. 3py^1. On trouve enfin encore ce nom Megilla, 28 a; mais les Tosefot 
y lisent Di'îîD pour nNj''D, par la sinijulière raison qu'on n'aurait pas désigné 
un minéen par son nom, raison surtout bizarre ou égard aux passages nombreux 
((uc MOUS avons cili's. 



CHAPITRE \XI. 361 

et tant d'autres, et que les judéo-chrétiens ne dédaignaient 
pas comme moyen de conversion ^ 

R. Josué paraît aussi avoir eu de fréquents débats avec les 
chrétiens de la Palestine, et, à l'approche de sa mort, les 
docteurs lui exprimèrent leur inquiétude en disant : w Que de- 
viendrons-nous à l'égard du christianisme -?w Le Thalmud ra- 
conte encore cette histoire singulière : "- En présence du César, 
un chrétien fit à R. Josué ben Hanania un signe qui voulait 
dire : Dieu s'est détourné de cette nation. R. Josué fit à son 
tour un signe qui devait exprimer la pensée : Et cependant sa 
main est encore étendue sur nous (pour nous protéger). Le 
César demanda à Josué : Que signifiait le mouvement de ton 
adversaire? — Il me faisait observer que j'appartenais à une 
nation de laquelle Dieu s'était détourné, à quoi je répondais 
que Dieu nous protégeait encore. On interrogea ensuite le 

' On traitait de magie les tours qu'on attribuait surtout aux minéens, mais que 
R. Eliézer et R. Josué prenaient aussi fort au sérieux. On nommait ces prodiges 
kischnuf, r]Vù'^D (voyez ci-dessus, p. 106, note 3), ou bien D^j^i? Tî^nN, «dé- 
ception des yeux, fantasmagorie.'^ (Voyez, entre autres, j. Sanhednn, vu, i3 et 
19.) Dans la pensée du thalmudiste , la magie était surtout une science égyptienne , 
et les habitants d'Alexandrie étaient particulièrement habiles à pratiquer cet art. 
(Voy. Sanhédrin, 67 b.) Ailleurs, Mena/io(, 99 b, le même Ben Dama demanda 
à son oncle R. Ismaël, rsi, après avoir étudié la loi entière, il ne lui était pas 
permis d'apprendre la science grecque (ri^j'l'P riDDHl)? Mais R. Ismaël lui cita le 
verset : Le livre de la Loi ne quittera pas ta bouche et tu t'en occuperas jour et nuit 
{Josué, 1 , 8 ). Eh bien ! ajouta-t-ii , va et cherche un moment qui ne soit ni le jour ni 
la nuit, et livre-toi alors à la science grecque! 55 La science grecque, pour les habi- 
tants de la Palestine et surtout pour les Juifs, était la science de l'Egypte. De ce 
pays venaient également la tendance à détruire les pratiques religieuses par l'in- 
terprétation allégorique des préceptes, et la thaumaturgie, qui aidait puissamment 
à répandre la nouvelle religion dans les couches inférieures de la population. Qu'y 
a-l-il alors d'étonnant que les docteurs juifs aient prononcé l'anathèrae contre la 
science grecque ? 

- Ilnfriga. ') h : DD"np''2NC p" ViiTTl "'XIT. Voyez p. ^-'i^, note 1. 



36l> HISTOIRE DE LA PALESTINE, 

chrélion sur le sens du sijjne (ju'il avait l'ail, et il recounul 
avoir voulu dire que Dieu s'était détourné du peuple juif; 
mais il avoua ne pas comprendre ce que R. Josué avait ré- 
|)ondu. On dit alors : Comment un homme qui ne sait pas 
interpréter les signes qu'on lui adresse ose-t-il en faire de- 
vant l'empereur? On le fit sortir de chez César et mettre h 
niort^ V. 

R. Josué fut menacé dans sa propre famille par les progrès 
(|ue faisaient les conversions en Palestine. wHanania, un fils 
de son frère, dit un midrasch^, arrivé à Kephar Nalium, fut 
ensorcelé par les minéens, au point qu'ils le firent monter 
sur un âne pendant le jour du sabbat. Quand il revint chez 

' U'^S'U"^ ' '• c- L'empereur que lo Thalmud a en vue est sans doute Adrien. Nous 
aurons à citerplusIoinpIusieursentretiensdecetempereuravecR. Josué. Les contes 
orientaux connaissent un grand nombre de conversations ou de correspondances 
qui se font, soit au moyen des signes, soit par l'écliange de certains objets qu'on 
s'envoie mutuellement. Il s'agit do faire preuve d'ime grande sagacité et de mon- 
trer qu'on a bien compris la question énigmatiqiio par une réponse pour le moins 
tout aussi énigmatique. Manquer d'esprit dans ces circonstances, surtout quand on 
a défié son adversaire en présence d'un souverain, devient un crime sévèrement 
puni. 

^ Midrasch sur Kohélet, 1,8: "122 n^iri^l '"'ÎN VOn'' "! "'nwX ]1 n^lZn 

n^n:'? Stk i\ii3U?2 Nnon i^^": n^D^ pbv* rh'O \y:"'C n-''? p-2i"i mn: 
N")Dn p nirnwi ]V2 n^''? -ii:n "'c^nwn ne?:: ^^h'J ^n-'i n-'^-'^n rc;in"' 
Van'? |Dn p n^V nna Vx-)U?"'i xi^iNn n*e h^^'^ nx r\'>h nvî:'-! x^nm 

n^D?îy3 |Dn "^Dn. Kephar Naluimestconnuparlesprédications fréquentes de 
Jésus et par les progrès qu'y fit de bonne heure la nouvelle religion. (Voyez Winer, 
Bilhl. Bealwœrterhiich , I , aie.) Les mots H 7D 13^' semblent signifier tr ensorceler, 'i 
ce qui cadre bien avec i'onguent que Josué donne à son neveu et qui doit rompre 
le charme. Nous avons déjà vu ci-dessus, p. 107,0010 1, que monter à cheval ou à 
âne un jour de repos était considéré comme un acte particulièrement répréhen- 
sible et surtout comme une preuve qu'on avait déserté la religion juive. Que si- 
gnifie f l'âne de ce méchant? 57 Serait-ce une allusion à l'âne monté pae Jésus? — 
Celte conversion manquée, sur laquelle le uiidi'ascli revient encore une fois (sur 
Kdlielrt . vil. 96) . est traitée i]o fable par M. Geiger. Vrarhrift, 1 5'i , noie. 



CHAPITRE \\I. 3G3 

son oncle Josué, celui-ci lui donna un onguent et il guérit. 
Mais Josué lui dit : Puisque tu as entendu le braiement de 
l'âne de ce méchant, tu ne peux plus rester sur la terre 
d'Israël. Hanania se rendit donc à Babylone et y mourut en 
paix. r> 

aUn disciple de R. Jonathan, continue le même misdrasch, 
s'était enfui auprès des minéens. Le maître le trouvant engagé 
à des bavardages avec eux ( s'éloigna ). Les minéens lui lirent dire 
fpi'il voulût bien rendre un service de charité à infiancée. 11 vint et 
les trouva occupés d'une jeune fdle. Comment, leur dit-il, des 
Juifs agissent ainsi? N'est-il pas écrit, répondirent les minéens : 
Tu mettras ta part avec les nôtres, nous n'aurons qu'une 
bourse [Proverbes, i, i 4)? R. Jonathan se sauva ^ r Ce docteur 
vivait dans la première moitié du ii* siècle, et, si le fait que 
donne ce midrasch est exact, nous avons des sectaires de 
Nicolas ou de Prodicos en Palestine; le communisme aussi 
extravagant qu'abominable, que stigmatise l'Apocalypse- et 
dont parlent les pères de l'Église, serait confirmé par un té- 
moignage rabbinique ! 

La même source nomme encore un lehouda ben Nakousa, 
(|ui eut avec les minéens de fréquentes discussions dont il 

■ Midrasch sur Koliclet, i, 8 : StN ]'ir\^2}b ^ll^D^D ]D in piV ]D:V '") 

nnnD D^cn' ^x'^DT -bn ntiVd ainh xicn b',u: Nn\s* "•ni n^b incN 
mina tdd p nî^i n^b piDX pnnv wiin^i pn^niN' p ]"iS idn 
'm (?.-nD) mD mm i:'?!^'? n-T]^ ma d^d i:DinDb''Dn ibmi J'ai re- 
tranché une ligne ajirès ie mot "jD et qui est la répétition de tout ce qui se lit 
à la suite de ]''~'2'J jusqu'à la fin de la citation. Nous avons encore changé deux 
mots qui ne nous paraissaient offrir aucun sens; n'IN''î2î2D serait un pluriel de 
ÎCîOÎOD, «bavardage, commérage." (Voyez Buxtorf, Lexicon, s. v.) 
* II, 1.^. Clément d'Alexandrie, Stromata. ii, 20; m, 6; vu, 7. 



364 HISTOIRE DR LA PALESTINE. 

nous laisse ignorer i'objcl'. Depuis le ii'' siècle, cependant, 
toutes les controverses entre les chrétiens et les rabbins rou- 
laient sur la divinité de Jésus, que les uns cherchaient à prou- 
ver par certains passages de l'Ancien Testament, tandis que 
les autres la réfutaient -. Les Thalmuds n'ajoutent rien sous 
ce rapport à ce que nous rapportent les Pères des premiers 
siècles. 

Nous terminons cet exposé en citant encore un midrasch 
(pii confirme tous les détails que nous venons de donner. A 
l'occasion de Kohélet, vu, 96 : «L'homme bon devant Dieu 
échappe aux pièges, mais le pécheur y est pris, 55 R. Isée de 
Césarée donne une explication qui applique ce verset au chris- 
tianisme [minout). « Le bon, dit-il, c'est R. Eliézer, le pécheur, 
c'est Jacob de Kephar Secania; ou bien, le bon est Eléazar ben 
Dama et le pécheur Jacob de Kephar Secania; ou bien, le bon 
est Hanania, le fils du frère de R. Josué, et le pécheur dé- 
signe la population de Kephar Nahoun; ou bien, le bon est 
lehouda ben Nakousa, et par le pécheur on entend les mi- 
néens; ou bien, le bon est R. Jonathan et le pécheur son dis- 
ciple; ou bien enfin, le bon, c'est R. Eliézer avec R. Josué, et 
le pécheur c'est Elisée ^. » A part ce dernier, sur lequel nous 

' Midrasch sur Kohélet, i, S: V'pD^^n'D |'':''Dn "iin ilDIp: p min' '1 
'"131 IDV. Il est (liflicile de déterminer si ce rabbin est identique avec R. lehouda 
ben Kanousa (NDIJp), qui est nommé ailleurs. (Voyez, entre autres, Baba- 
kamma, 81 b; IJoulin, 118 b.) 

* Les arguments sont pris de la forme de pluriel du nom de Dieu Elohim, ac- 
compagné même quelquefois d'un adjectif au pluriel, Deuté)\ iv, '] ; Josué, xxiv, 19 ; 
du pluriel employé par Dieu, Genèse, i, 26; de la répétition des différents noms 
de Dieu les uns après les autres, Josué, xxii, 22, etc. {\ o'^ez Béreschit-rabba , viii; 
Deharim-rabba , 11; j. Beracliot , 12 d; Tanhouma , h^ a.) 

•^ Le texte de ce midrasch présente (juelques inexactitudes. Pour Kephar Se- 
cania, il porte une fois Kephar Naburaï etiuie seconde fois Kephar Sama. La pre- 
mière confusion vient de ce qu'on connaissait un Jacob do Kephar Naburaï, rabbin 



CHAPITRE XXI. 365 

l'eviendrons j^liis loin, nous trouvons ici un résujné des faits 
que nous avons racontés et qui semblent avoir été parfaite- 
ment connus de l'auditoire réuni autour du docteur de Cé- 
sarée. 

(lu 111° siècle à Tyr, dont les décisions singulières étaient, fortement desapprouvées 
par R. Haggaï; j. Tebamot, ii, 6, et les passages parallèles dans le niidrasch. (Sur 
Kepliar Sama, voyez Reland, Palœstinn . p. fiç)i , et notre Partie géographique.) 



300 HISTOIHK 1) K LA l'ALKSTl N K. 



CHAPITRE XXII. 

QUELQUES DOCTEURS DES PREMIERS TEMPS APRÈS LA DESTRUCTION 
DU TEMPLE. 

Lorsque R. Gamliol mourut, R. Eliézer vivait encore, mais 
toujours loin de labné, personne n'ayant osé le délier de 
rexcomiuiinication (jue son beau-frère avait prononcée contre 
lui K II lui était donc interdit de prendre part aux travaux du 
tribunal supérieur, siégeant dans cette ville; peut-être avait-il 
été obligé de quitter aussi Lydda, oii, assis sur une pierre au 
milieu d'un stade, il avait enseigné les nombreuses balachot 
ou décisions que ^a mémoire prodigieuse avait retenues '^. Par 
sa proximité de labné, cette dernière ville semble avoir été 
comme une seconde résidence du patriarche, qui s'} rendait 
souvent et y réunissait ses collègues. C'est à Césarée que R. Elié- 
zer rendit le dernier soupir^. Il était déjà agonisant, un ven- 
dredi vers le soir, comme dit une vieille source, lors(|ue son 

' Voyez ci-dessus, p. Sai. Les circonstances qui entourent sa mort el que nous 
racontons prou\ent que R. Gamliel avait alors déjà cessé de vivre. Si ce patriarche 
avait vécu encore, R. Josué n'aurait pas eu le droit de faire cesser l'excommuni- 
cation, dontles effets allaicntquelquefois au delà delà mort. (Voy.ci-apn's,p. 372.) 

2 Midrasch sur Cantiques, 1, 3 : ^VC'J HTi '1VJ'<bii "'3") S'C' 'uTiD fT-ST 

nn^c"''? ih ninvw nn-'m wc nn\-i nnN pxi en pDD r L'école de R. 

Eliézer avait la forme d'un slade; il s'y trouvait une pierre qui lui servait pour s'y 
asseoir.^ Au même endroit, il est parlé de l'instruction immense qu'il possédait ; 
on peut aussi voir Sanhédrin, 68 a, et ci-dessus, p. 828. 

^ Cette ville, plus rapprocliéc delà Galilée, nous indique la province où R. Elié- 
zer enseijfnait, probablement vers la fin de sa vie. R. Haï, son disciple, habitait 
Usclia en Galilée, puisque cet endroit est donné comme la ville natale de son fils 
lehouda. (Vovez aussi, ci-dessus, p. a50.) 



CHAPITHK XXII. 3G7 

fils Hyrcaii enlni dans .sa chambre pour iui enlever les phylac- 
tères, qu'on ne portait pas pendant le sabbat. Son père lui fit 
celte observation: r? Mon iils, tu négliges un devoir grave, ce- 
lui d'allumer la lumière du sabbat, et tu t'occupes de m'enle- 
verles phylactères, ce qui est seulement recommandé.?' Hyr- 
can sortit en «pleurant, pensant que la raison de R. Eliézer 
commençait à se troubler. Mais celui-ci reprit : k Ce n'est pas 
ma raison, c'est la tienne, mon enfant, qui s'égare, w Lorsque 
ses disciples eurent entendu cette sage réponse, ils se présen- 
tèrent à leur tour pour adresser encore à leur maître diverses 
questions légales sur le pur et l'impur. Il y répondit avec exac- 
titude, et à la fin, en prononçant le mot ç^ pur, 55 il rendit 
l'âme. On y vit un indice de sa propre pureté. R. Josué vint 
alors, lui ôta les phylactères, l'entoura de ses bras, l'embrassa 
et dit en pleurant : « Mon maître , mon maître , le ban est rompu ! 
mon maître, toi le char d'Israël et sa cavalerie ^ ! 55 Après le 
samedi, sa dépouille mortelle fut portée de Césarée à Lydda, 
où il fut enterré. On raconte que R. Eléazar ben Azaria lui fit 
une oraison funèbre pompeuse, et que R. Akiba se laissa al- 
ler à des démonstrations de douleur exagérées ^. Mais ce qui 

' j. Suhbalj II, 6. \ons ne donnons que le texte des derniers mois: '") DjDJ 

VC"ID1 7N")2?'' 3DT ''S"! "HJi"]. La fin de l'exclamation est celle qu'Elisée fai- 
sait entendre lorsque Elle se séparait de lui, II Rois, 11, 12. D'après Sanhédrin, 
68 a, 101 a, Abot derabbi Nathan, c. xxv, R. Tarphon, R. Eléazar ben Azaria et 
R. Akiba, étaient é{;alement présents au lit de mort de R. Eliézer. Nous préférons 
le récit simple et certainement plus vraisemblable du document que nous avons 
traduit. Tout est amplifié, et arrangé dans l'exposition d'une époque postérieure 
jusqu'à la distance de quatre coudées, que les rabbins mettent soigneusement entre 
eux et le lit du malade excommunié! Elle renferme en outre la prédiction des 
malbeurs qui allaient fondre sur les Juifs et de la mort violente qui attendait R. 
Akiba. 

^ Sanhédrin , (58 a. 



368 iiisToiin': i)K LA palkstim:. 

paraît plus sur, c'est que, peu de temps ;ij)W's sa uioit, (pjaire 
docleurs, W. Éléazar ben Azaria, R. José le Galilc'-en, H. Tar- 
phon et R. Akibfl, se rendirent au tribunal de labné pour \ 
attaquer une opinion de R. Eliézer sur la validité d'un cas de 
répudiation conditionnetie; R. Josué leur imposa silence et 
leur fit sentir l'inconvenance d'une telle conduite. «On ne 
s'attaque pas, leur dit-il, à un lion mort M v 

Grâce à son âge avancé, à son caractère indépendant, mais 
conciliant, et à son savoir étendu, R. Josué doit avoir conquis 
une supériorité reconnue sur tous ses contemporains , et après la 
mort du patriarcbe, comme Siméon, le seul fils qui semble 
lui avoir survécu, était encore trop jeune pour succéder à son 
père, l'ancien disciple de R. lobanan ben Zacaï occupa la pre- 
mière place au tribunal de labné. R. Eléazar ben Azaria lui- 
même, bien qu'il eût été élevé un jour à la dignité patriar- 
cale quand R. Gamliel avait été destitué, ne put lutter d'in- 
fluence avec R. Josué. Nous dirons tout à l'heure comment il 
se fait que R. Tarphon, son ami, paraisse souvent le remplacer 
à labné et à Lydda. Mais avant de raconter le rôle que joua 
R. Tarphon, jetons un coup d'oeil, en partie rétrospectif, sur 
quelques Tanaïm - ou rabbins qui vivaient à l'époque de la 
destruction du temple ot que nous n'avons pas encore men- 
tionnés. 

Nous citerons en premier lieu trois rabbins qui vécurent 
dans la seconde moitié du i" siècle, et qui, par conséquent, ont 
encore vu le temple debout. Ce sont R. Hanina, surnommé 
Segan Haccohanim, ou «chef des prêtres, v R. Dosa ben Harki- 
nas ou Hyrcanos et Akabia ben Mehaialel. Les noms de ces 

' j. Gitlin, IX, 1 : innb "'"iNn DN p3"'*ù*D DnN* ]\y i"ù".n"' '-) ]nh IDN 
nn"'D. Voyez aussi, av.cc plus de détails, Gittin, 83 a, et los. ibid. c. vu. 

- C^NjP, Induction chal(léeiin<Ml«'n^JVw. on plus complétementmr'?!") ^j12?. 



CHAIMTRK Wll. ;{{)<) 

trois docteurs se trouvent réunis dans une iiiischna \ où l'opi- 
nion d'Akabia paraît avoir été émise en vue de contredire celle 
de R. Dosa 2. 

Le père de R. Hanina était déjà préposé aux prêtres, et ce- 
lui-ci raconte «que son père ne tolérait auprès de l'autel aucun 
sacrificateur qui eût une infirmité^.-) Le fds fut son succes- 
seur, ou conserva du moins le titre de sagan'^. Tout ce qui a 
été retenu de R. Hanina se rapporte aux fonctions sacerdo- 
tales, dont il parle en témoin oculaire; il dépose de ce qu'il 
a vu et de ce qu'il n'a point vu ^. Il était partisan de la paix , 
et il recommande de prier pour la prospérité du gouvernement 

« répétiteurs des décisions, v Ce nom a son origine dans la pensée que les anciennes 
halachot étaient seulement reproduites par les rabbins, dont c'était principalement 
le devoir de les apprendre, de les retenir et de les enseigner. La Misrhna (n^t^D , 
en chaldéen ND^3nD) est un recueil, écrit ou gardé dans la mémoire, de ces déci- 
sions à répéter. C'est une forme particulière du nom ( comme H^pD à côté de 
nJpD), qui ne doit pas être confondu avec mischneh, qui, pour toutes ses signifi- 
cations se rattache au nom de nombre D^^îî? et ^3^, et finit même par prendre 
le sens de second. C'est pour ne pas avoir distingué ces deux formes que les Pères 
ont traduit mischnah par êeinépcùais, qui n'est que l'équivalent de mischneh. 

' m. Negaïm , i , ^ , et surtout Sifra sur Negaïm , ii , i , S 6. 

^ Akabia parle de soixante et douze différents aspects que peut présenter une plaie , 
tandis que Dosa n'en connaît que trente-six. Le premier a donc doublé le nombre 
du second rabbin en y introduisant pour chaque aspect une nouvelle distinction. 

3 m. Zehahim, ix, 3 : nDîDH ">DJ h^l2 pDID ''bvi TN NSK (T'H nmi. A 
côté du commandant du temple, qui avait entre les mains toute la police du sanc- 
tuaire et de ses serviteurs (voyez ci-dessus, p. 48, note 2 ), il existait, ce semble, 
un chef instruit qui surveillait et ordonnait le service des prêtres, appelé aussi 
wiemownna (nJIDD). Ce sagan, dont les fonctions duraientpendant toute l'année, 
ne paraît pas devoir être identifié avec le sagan ou suppléant du grand prêtre, qui 
était créé particulièrement pour le jour du grand Pardon. (Voy. m. lotna, i, i; m , 
f) et b. ihid. 89 a.) 

'' Voyez ci-dessus, p. '^9, note. 

'' m. Pesahim ,1,6; Zchnhim , xii , fi ; Ediiïot , 11 , i -a ; Para , m , 1 ; loma , 21 b . 
I. i>.U 



370 JIISTOIRK DE LA PALESTINE. 

romain, en ajoutant, r qu'autrement les hommes se dévore- 
raient les uns les autres K v II vécut encore après la défaite de 
sa patrie, puisqu'il interdit le bain légal pour le 9 ab, jour 
anniversaire de la destruction du temple : « La maison de notre 
Dieu, dit-il, mérite bien qu'on renonce pour elle h un bain 
légal une fois par an '-. w On ne le trouve nulle part en rap- 
port avec aucun autre tanaïte, et R. Akiba parle de lui comme 
d'un docteur qu'il n'a pas connu et dont il a entendu seule- 
ment citer les opinions ^. 

Dosa ben Harkinas * était déjà arrivé à l'âge mûr, lorsque 
le temple fut dévoré par les flammes. S'il n'était pas de la 
race sacerdotale, ce qu'aucune de nos sources du moins ne dit, 
il se rangea cependant toujours à l'avis des jeunes prêtres, 
contre R. lohanan ben Zacaï ^. 11 était très-riche, comme 
R. Eléazar ben Azaria, qui fut prêtre, et dont il nomme fami- 
lièrement Azaria le père «son camarade''. 55 11 fit une guerre 
sourde à Gamliel II, et, lors de la première opposition que 
R. Josué avait faite au patriarche au sujet de la néomenie, 
Dosa avait avant lui déclaré faux les témoins que Gamliel avait 
bien accueillis; seulement il conseilla ensuite de céder plutôt 

' m. Abot, m, a. Le mot niD'^D signifie à cette époque k l'empire romain." 

" Ta'anit, i3 a: nnK tzi^D n'7''nî2 rbi' laN*? "l:^-l'7N n-'n nîih ^12 

njiyi. La familie de ce Hanania est nommée aussi à côté de celle de R. Gamliel 
pour avoir fait au temple quatorze génuflexions au lieu de treize, que faisaient les 
autres, m. Schekalitn, vi, 1. Cette particularité ne se trouve pas, m. Middot, ii, 6. 

' Zebahim, xii, 6 : 1:1DV in3lD. 

* DJ"'DTn. Nous n'avons pas trouvé l'orthographe Dl^pTIH, que donne !<■ 
Séder Haddorot. 

■' m. Ketubot, xiii, 1-9. 

" lebamot, 16 a, Dosa place ses visiteurs sur des divans dores. Les mots w î!?^ 
Tj")^2n n^TTV? p, cil a donc un fils, notre camarade Azaria,» qu'il prononce 
lorsqu'on lui dit qu'Eléazar ben Azaria.se trouve dans la salle, manquent j. ibid. i, 
6 (a a), mais doivent cerfainemenl être ajoutés, puisqu'ils font comprendre l'ap- 



CHAPITRE XXII. 871 

cjue de persévérer dans la lutte ^ Il survécut à Gamliel, puis- 
que noujs voyons R. Josué, R. Eléazar ben Azaria et R. Akiba 
se rendre chez lui pour le consulter sur un point que Gamliel 
avait décidé, en confirmant même par son exemple la théorie 
qu'il avait soutenue-. Le patriarche n'était pas d'humeur à to- 
lérer de son vivant qu'on méprisât ainsi publiquement son au- 
torité. 

Akabia ben Mahalalel ^, le contemporain de R. Dosa, moins 
prudent que lui , a subi les conséquences de son caractère in- 
dépendant. On ne connaît d'Akabia que cinq décisions \ mais 
pour quatre il s'était mis en opposition ouverte avec tous les 
docteurs, et, pour l'une de ces quatre halachot, il avait osé 
persister dans son opinion, bien c|u'on lui citât un jugement 
contraire , mis en pratique par Schemaïa et Abtalion ; il sou- 
mit la sentence de ces deux vieux docteurs à une interprétation 
qui parut au collège le comble de la hardiesse. Il fut invité à 
se rétracter, on fit luire à ses veux le titre d'ab-hèt-din; mais 
Akabia répondit : «Mieux vaut que je sois appelé fou toute 
ma vie que de forfairp un instant à mon devoir devant Dieu ! 

plication de Psaume, xxxvii, 9Ô, que Dosa fait au fils de son ancien ami dans ce 
passage. 

' m. Rosch-haschaiia, ii, 5-6, et ci-dessus, p. 826. 

^ lebamot, 16 a et j. ihiil. 1, 6. — M. Frankol, dans son Darké Hammlicluia . 
p. 79 , note 5, pense que le Dosa mentionné Zebahim, 81b, est postérieur à celui 
dont il est question ici. Nous ne pouvons pas partager son avis, et nous croyons qu'il 
faut lire : KDIT -| Die?D 1D1N i-mn"" 1, au lieu de "'"■) nW12 "îDIN* 1"") 
(Comparez Gittin, 81a.) 

^ n^Spi^ est le même nom que ns^pl»*, N3p'i' et 3pl*^ ; de même une per- 
sonne est nommée tantôt n^Jin, tantôt nj"'Jn, ^3jn, ]jU, etc. Nous avons déjà 
parlé de cette mobilité des noms, ci-dessus, p. 280, note 3. Le nom de ^Hl^HD, 
qui est de la même famille que celui de l/H , est tout à fait inusité et ne se ren- 
contre que dans les générations entre Adam et Noé ( Gcnèxp. r, 1 f> ). 

* E'Iiiïol . V, f) et les parallèles; fSe^nïm . \, h. 



372 HISTOIRK bK l.A PALESTFNK. 

On ne doit pas dire que je me suis rétracté pour gagner les 
honneurs ^ ! » C'est bien le même docteur qui dit ailleurs : 
c^Aie toujours trois choses devant les yeux, et tu ne tomberas 
pas dans le péché ; sache d'où tu viens, où tu vas et à qui tu 
devras un jour rendre compte^. 77 A la suite de sa résistance, 
ctAkabia fut excommunié, mourut excommunié, w et, moins 
heureux que R. Eliézer, pour qui on déclara du moins le ban 
rompu après son décès, ^\e tribunal jeta encore des pierres 
sur son cercueil ^. » Il est vrai que ni Gamliel ni aucun de ses 
collègues ne sont nommés dans le récit que la Mischna donne 
de cette discussion. Mais l'époque où vécut Akabia nous paraît 
suffisamment démontrée par son débat avec Dosa, que nous 
avons cité, et le silence que le rédacteur de la Mischna garde 
sur les personnes qui ont méconnu si étrangement la conduite 
honorable de ce rabbin s'explique par la honte qu'on en 
éprouva bientôt, t^ R. lehouda dit : A Dieu ne plaise qu' Akabia 
ait été excommunié ! Certes , le parvis du temple ne se ferme 
en Israël devant aucun homme qui se distingue par sa sagesse 
et sa crainte du péché , comme Akabia ben Mahalalel. C'est Eléa- 
zar ben Hanoch qui a été frappé *. » On niait donc le fait , et l'on 

' m. Eduïot , i. c. 

* m. Abot, m, 1 . 

3 m. Eduïot, 1. c. : i^TiN riN j"'! n^3 i"'7pci man riDi imiji. 

* ibid. "'JDa nbi':: rniv pNiy m:nj N-'^piriy Dib^i on min"' "i"n 

131 7X1iy^D DIN ^2. Dans la Mischna, on entend toujours par R. lehouda, à 
moins d'une indication contraire, le fils d'Haï et le disciple de R. Tarphon (j. 
Sota , II , 2 ) qui vivait après la bataille de Betlar. Cependant Si/ré sur Nombr. S i o5 , 
une protestation semblable contre la supposition qu'Akabia ail été excommunié 
est attribuée à R. lehouda ben Bathyra, ce qui a engagé M. Frankel, /. c. p. 56, 
à soutenir qu'à m. Eduïot, il manquait n"lT)3 ]3. Mais cette mischna est citée 
Berachot, 19 a, et Pesahim , 6/j b, et aux deux endroits il n'y a que min^ ")"N, 
comme dans nos éditions. Le passage du Si/ré est, en outre, incorrect et doit être 



CHAPITRE XXII. 373 

faisait passer l'evcommunication sur la tête d'un homme que 
personne ne connaissait, qui n'est mentionné dans les sources 

complété par Sabbat, 97 a, puisque le pronom dans T^^V n'?JD DriNI ne se 
comprend qu'en faisant précéder l'opinion de R. leliouda ben Bathyra de celle de 
R. Akiba, et en rétablissant ensuite, '1D"1 nnx N3''pr 2"nn ib 1DN; mais 
Sabbat, 97 a, toute la portion relative à Akabia ne se trouve pas. Quoi qu'il en 
soit, que nous ayons affaire à R. lehouda ben Haï ou à R. I. ben Bathyra, nous ne 
comprenons pas quelle importance la solution de la question peut avoir pour fixer 
l'époque d'Akabia. M. Frankel, /. c. le fait remonter au 1"' siècle avant l'ère vul- 
gaire, contre M. Rappoport , AVrpw Chémed,\, 176, et Grœtz, IV, 89. Un lehouda 
ben Bathyra, qui a vécu à Nisibeaprès iesguerresd'Adrien pouvait bien raisonner, 
comme ille fait, sur l'excommunication d'Akabia, dans le cas même où celui-ci au- 
rait été le contemporain de R. Dosa. D'un autre côté, le désaccord qui règne 
entre R. Akiba et ses collègues sur une lialacha d'Akabia, Negaïm, v, 3, n'es! pas 
déplacé, parce que ce docteur ne l'aurait prononcée que vingt ou trente ans au- 
paravant. Nous avons vu quelque chose d'analogue de la part d'Akiba à l'égard 
de Dosa, ci-dessus, p. 870, note 3. Enfin, la mischna Ne<>aïm , i, 4, que nous 
avons citée ci-dessus, p. 869, note 1, nous paraît prouver qu'Akabia était con- 
temporain de Dosa. Cependant, pour ce R. lehouda, qui conteste l'excommuni- 
cation , il se présente un troisième docteur de ce nom qui pourrait bien aussi faire 
valoir ses prétentions. Un fait d'insoumission de R. Akiba envers R. Gamliel, 
cité m. Hosch-haschana , i, 5, est exposé avec un peu plus de détail dans une ba- 
raïta (j. ibid.) qui raconte que le célèbre docteur avait été menacé d'une excom- 
munication par le patriarche. Là-dessus, «observe R. lehouda Hannehtom: A Dieu 
ne plaise que R. Akiba ait été excommunié! Mais il était Rosch géder (à Lydda), 
et R. Gamhel le destitua de cette dignité. 5? (dV^UI DH Dinnin min"" TN 

(Voy. ci-dessus, p. 821, note 2.) Le Thalmud de Babylone Rosch-haschana , 3 a a , 
change complètement cette baraïta; d'après sa rédaction, l'acte d'insoumission 
reproché à Akiba est attribué par R. lehouda à un nommé Zapher, chef de Ga- 
dara, que Gamliel punit en le destituant! Ce changement viendrait-il de ce qu'on 
ne comprenait plus le sens de ")~3 îl?N*T? On est frappé de la parfaite identité 
de l'exclamation que nous lisons ici avec celle que nous avons citée en tète de cette 
note, identité que la ressemblance des noms d'Akiba et d'Akabia fait encore res- 
sortir davantage; aussi serions-nous bien disposé à attribuer les deux exclamations 
au même rabbin, et comme DinrUH signifie «le boulanger, n ce surnom pourrait 
bien avoir appartenu à un autre R. lehouda, à R. lehouda ben Baba, et dans le 



374 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

rabbiiiiques iju'en celte seule occasion et qui peut-être n'a ja- 
mais existé! 

R. Eliézer ben Jacob appartient aussi à la seconde moitié 
du i" siècle. Non-seulement il parle du service du temple en 
témoin oculaire, mais le fond du traité thalmudique intitulé 
Middot, renfermant la description détaillée du sanctuaire, est 
son œuvre. Ce traité, refondu et augmenté par des additions 
postérieures, est entré dans le cuips de la Mischna^ Les ha- 
lachot qui lui sont attribuées sont considérées comme «peu 
nombreuses, mais de bon aloi^. w D'après l'assertion de Si- 
méon ben Azaï, ce jugement était déjà exprimé dans un ^rou- 
leau de généalogies 55 qu'il avait vu à Jérusalem^. Cependant, 

passnge de Sifvé cité plus haut, il ne serait pa* impossible que rabréviation 3"3^T 
ait été mal lue et qu'il faille la rendre par N33 p "i'"), àlaplace de mTI3 \2 "*""). 
(Voyez, sur une confusion analogue, la supposition de M. Frankel, Bavké Ham- 
mischna, p. 9 5.) 

' loina , 1 6 a , et M . Krochmal , More Neboché Hazzeman , 2* édition , Lemberg , 
i863, p. 170-172. Cet auteur suppose que R. Eliézer se servait pour sa composi- 
tion d'un travail plus ancien fait par Abba José beîi Hanan ou Honein, le censeur 
sévère des familles pontificales dont il a été question ci-dessus, p. 282. (Voy. /. c. 
p. 171, col. 1 . ) Krochmal prouve , en outre , que plusieurs autres traités postérieurs 
à celui de R. Eliézer et relatifs au même sujet ont été mis à profit par le rédac- 
teur de notre mischna. 

2 "ip:! np npi"» p -IÎ^^Vn "l n:C'D. Buxtoi-f , Lcxkonchukl. Ihalmudicum , 
col. ig'iS, s. t). 3p , a réuni les passages où se trouve cejugement, quin'esl conçu 
dans ces termes pour aucun autre docteur. Je suppose que c'est la dernière syllabe 
du nom Spi?^ qui a provoqué ce jeu de mots. 

^ îebamot, Ag b : pDHr n'7"'JD "TINSiD nDIiV Wî:? p p^Dî!' ''Jn 

"•"DX") nauD nn 3inDi cn ncxD iîdd "':i'?d lyw* na ainsi □'pir^n-'a 

n^yU"' nx 3-in ni:;:D na mnDi "^p:! ap. «On lit dans une baraïla: Siméon 
ben Azaï dit : J'ai trouvé un rouleau de généalogies à Jérusalem et il y était écrit : 
Un tel est mi bâtard parce qu'il est le fruit d'un adultère. Puis: La miscbna de R. 
Eliézer ben Jacob est peu étendue, mais d'un bon aloi. Puis : (Le roi) Manassé a 
tué (le prophète) Isaïe.n Le premier fait seulement semble mériter sa place dans 
un livre de celte nature. 



CHAPITRE XXII. 375 

nous ne connaissons aucune discussion dans laquelle U. Elié- 
zer figure à côté de R. Gamliel ou des autres docteurs que 
nous avons déjà mentionnés. Il n'a donc pas été à labné. D'un 
autre côté, on dit de ses disciples «qu'ils confondaient dans 
leur prononciation Valefet l'aïn \» défaut que nos sources re- 
prochent aux basses classes de la Galilée, et, en outre, aux 
habitants des trois villes de Héfa, de Tib'in et de Bèt-Séan^. 
Nous connaissons peu Siméon de Mitspah, contemporain de 
Gamliel l"^, et, comme Eliézerben Jacob, auteur présumable 
d'un traité qui, après mainte transformation, a passé dans la 
Mischna; nous voulons parler du traité de loma, relatif à tout 
ce qui concerne le service et les obligations pour le jour du 
grand Pardon. Nous passons sous silence R. Papias*, lohanan 
ben Godgada^, Eliézer Ilasma*^, et d'autres docteurs qui sont 
rarement nommés dans les sources rabbiniques et qui sont res- 
tés sans influence sur les Juifs; nous nous arrêterons davan- 
tage sur le docteur que nous avons déjà nommé, comme pré- 
sidant, du moins par intérim, l'école de labné et de Lydda , 
R. Tarphon. 

• ' ]^zibii ]''j'':?'?i ;"'j"'y pd'?k'? ;mp vn apy piîy^'pN 'i ''d. Bcmchoi, 

32 a. Des halachot écrites ou prononcées par des hommes qui confondaient ces 
deux lettres ont fait naître de fréquentes discussions qu'on peut voir, Sahbat ,77a; 
Eroiibin, 53 a et b; j. ibid. v, 1 ; Soucca, 29 a. 

* Pour les Galiléens, voyez Eroubin, 53 a etb, et pour les habitants des trois 
villes, j. Berachot, 11, li ( ^ d); Mefrilla, ^It b. — Sur un second docteur qui por- 
tait le même nom et ne vivait qu'au 11° siècle, voy. Frankel, Hodogetica, p. 78-75, 
et Weiss, Mechilta, p. xxx. 

•' m. Péa. 11,6; j. loma, 11, 1 ; b. ibid. li b. 11 résulterait de ces passages que 
le traité de î'/iamù/ était aussi, dans sa première forme, composé par ce Siméon. 
( Voyez More Neboclié hnzzemaii , p. 172.) 

'' Dfirké Hamiscintnh, p. 7 i • 

■' Ibid. p. 99. 

« Ihid. |.. .3/|. 



376 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

R. Taiplion ' était prêtre et avait encore, à côté d'un irère 
de sa mère, assisté sur l'estrade des prêtres au service so- 
lennel du jour du (jrand Pardon. H raconte lui-même que , 
nrjalgré les efforts qu'il fit pour entendre prononcer le nom 
ineffable de Dieu, que le pontife avait la permission de pro- 
férer en ce jour, la cantilène des autres officiants l'empêcha 
de rien saisir 2. Après la destruction du temple, il continua à 
se préoccuper des prérogatives sacerdotales et des prescrip- 
tions relatives à la pureté personnelle du prêtre qui pouvaient 
être maintenues loin de la ville sainte. Lorsqu'il fréquentait 
l'école de labné, son absence fut un jour remarquée par Gam- 

' pD"lî3 '"). Ni la Bible ni les écrits ihalniudiques ne connaissent un autre Juif 
ayant porté ce nom. Dans Josèplie, on rencontre plusieurs Tpu(^wr, qui tous sem- 
blent avoir été païens. Cependant ce nom peut avoir une origine sémitique et être 

formé régulièrement de ^112 (comparez ]l'?nD , pV~3 et tant d'autres), racine 
de laquelle les Arabes ont dérivé le nom de leur poète célèbre Tarapba (ibS))- 
En ce cas, la prononciation Tarphon est seule exacte , tandis que celle de Tryphou 
ne serait qu'un moyen d'identifier deux noms de provenances tout à fait distinctes. 
Quoi qu'il en soit, ce docteur a été mis en scène sous le nom de Tryphon par Jus- 
tin le Martyr , qui composa une controverse sous le titre de Dialogue avec Tryphon , 
le chef des Juifs [àp-^rjjovTcôv lovSairj.yv) , probablement parce que Justin, néàNéa- 
polis en Samarie , avait entendu parler dans sa jeunesse de l'ardeur antichrétienne 
(}ue Tarphon déployait autour de lui et dont nous donnerons plus loin des exemples. 
Mais il est impossible, comme on l'a prétendu, que cet entrelien ait eu réellement 
lieu; car Justin ne devint chrétien que vers i33 , et ne composa ce dialogue que 
sous .\ntonin le Pieux, en revenant de son voyage à Rome. Mais Tarphon avait alors 
déjà cessé de vivre. (Voyez Eusèbe, Hisl. Eccl. iv, 8 et 16.) On conviendra, en 
outre, que R. Tarphon lui-même aurait montré plus d'habileté dans la discussion 
(|uc ne lui en prête son adversaire. 

2 Midrnsch sur Knhélel , m , 1 1: ]WÛU D^ "Tl"''?:? nnN UV^ pDniû "l 1DN' 

nD-iy: -^inn "îvi'73m Snj ]n2 "'dVd '':tn \'T'î2m ]D"nn hv ndx •'hn 

Q^jHDn. Voyez aussi Bamidbar^abba , xi et j. 7oni«, m, 7. Cet oncle est appelé 
ailleurs Siméon au lieu de Samson. 11 était boiteux et son exemple sert à R. Tar- 
phon pour prouver que celte infirmité n'est pas un obstacle pour remplir certaines 
fondions du sacerdoce, Vf/re sur A o»i6rf s, .^ V"'* j- Megilla, 1, 12. 



CHAPITRE XXII. 377 

liel, et, interrogé le lendemain sur cette irrégularité, Tarphon 
répondit : « J'ai fait mon service de prêtre. — Tout ce que tu dis 
est bien étrange, remarqua le patriarche. — Manger, expliqua 
Tarphon, l'offrande due au prêtre hors de l'enceinte de Jéru- 
salem, équivaut à l'exercice de nos fonctions dans le sanc- 
tuaire ^» Peut-être craignait-il, le jour où il se nourrissait 
des offrandes sacrées, de se mettre en contact avec les laïques 

> Pesahim, 79 b: n31 iibit p"'N "j^m "jD •T'V IDN Tliny HTlSy 

^ipDn rr-n miayD ]^b)2Ji2 nDnn nb''Dii----n^b ^D^'•••■^D''n. Je ne 

sais si R. Gamliel a voulu parier d'une manière plus générale des locutions rares 
et quelquefois bizarres que R. Tarphon aflfectionnait. Il affirmait d'ordinaire par 
un serment, "'J^ DN riDpN, «je veux perdre mes enfants si, etc.^ qu'on ne re- 
trouve que dans sa bouche , et pour lequel il était si connu que plus tard un docteur, 
s'informant s'il y avait des descendants de R. Tarphon, put demander à ses compa- 
triotes : «A-t-il laissé un fils, ce juste qui perdait ses enfanlslv (imN*? p 1? ^^ 
V2'2 nx riDpD n^niy \>^1^ Baba-metzia, 85 a). II joue même sur cette phrase 
qui lui était habituelle en disant : r Je veux perdre mes enfants si cette halacha n'est 
pas une décision perdue, etc.n (131 riDDIpD îl'Dpî^ *W ''33 nX DDpN, m. Ohe- 
lot, XVI , 1 ). Voyez d'autres exemples, Ruxtorf, s. v. — Le verbe 333 , «glaner, n 
dans le sens figuré de «ramasser des paroles au hasard, r) n'est appliqué ainsi que 
par lui, par exemple, loma, 76 a (D''13'J- 333D riDN), et Sifré sur Nombres, 
S 75 {333D sansD''n31). Le mot rT'3?1p, «femme criarde," qu'il emploie m. Ke~ 
tubot, VII, 6, formé évidemment de 7lp, «voix,'' est cependant si peu connu que 
la Mischna en ajoute l'explication. Peut-être le mot ri''373n (m. Maccot, i, 10), 
formé de la même manière, lui appartenait-il aussi. Je ne crois pas qu'un autre 
que lui se soit servi, dans les sources rabbiniques, pour marquer son attachement 
à un ami, de cette expression énergique : VnD 2?")1DD "jDD tyilDD N3"'py 
« Akiba , se séparer de toi , c'est se séparer de la vie !» D'après Béreschit-rabbà , xci , 
«si quelqu'un exprimait une pensée juste devant R. Tarphon, il disait : Bouton et 
fleur (mSI ")iriDD; allusion aux emblèmes qui ornaient le chandeUer, Exode, 
XXV, 33 et passim) ; était-ce, au contraire, une pensée futile, il disait : Mon fils 
n'ira pas avec vous (allusion aux paroles de Jacob, Genèse, xlii, 38), en d'autres 
termes: Je ne m'y risquerai pas.» L'explication de Raschi et celle qui a été donnée 
dernièrement dans le Mifte'ah, Varsovie, 1866, p. 67, ne me paraissent pas ad- 
missibles. 



•MS lIlSTOinK DE LA PALESTINE. 

qui se rendaient à l'école. C'est bien un devoir qu'il croyait 
remplir, et il ne paraît aucunement que l'intérêt ait été le 
mobile de ses prétentions, puisqu'on cite de lui, comme une 
habitude constante, qu'il rendait aux parents des premiers-nés 
l'argent qu'il en avait reçu pour le rachat de leurs fils^ 

Il avait encore assisté aux leçons de R. lohanan ben Zacaï^; 
mais, à part la conversation que nous venons de rapporter, 
nous ne rencontrons aucune autre trace de son séjour auprès de 
R. Gamllel. En revanche, il se trouve à labné parmi les 
soixante et douze docteurs qui y étaient accourus de toute part 
lors de la destitution temporaire du patriarche, et, dans le 
débat spécial auquel il fut mêlé, R. Eléazar ben Azaria, le pa- 
triarche nouvellement élu, et R. Josué, l'homme important 
pour lequel ce petit bouleversement s'était fait, l'honorent l'un 
et l'autre en l'appelant et mon frère Tarphon^. » C'était du reste 
la cause du pauvre qu'il plaidait dans cette discussion, ce qui 
n'étonnera pas lorsqu'on saura que, dans une année de famine, 
il se permit la ruse de se fiancer avec trois cents femmes , afin 
qu'à leur titre de futures épouses d'un prêtre elles eussent le 
droit de prendre leur part dans les offrandes sacrées dont la 
famille du prêtre pouvait seule faire usage ^. On s'imagine fa- 

' Bechorol, 5i b. 

'' tos. Hagiga, vers la fin: ilD^n Ns"? CN ""JS DN HDpN ]1D")Î2 T "IDX 
■''? ^DiX:y •'NDÎ p pnr '^D ^1^2. Les deux derniers mois, «qui m'a dit,-i 
montrent qu'il avait été directement en rapport avec R. lohanan, ce que n'a pas 
vu M. Frankel, Hodogettca, p. 102. 

■^ m. ladaïm, iv, 3. 

4 j. lebamnl, iv, li : vh^ Ul^p SnI^^ Sd hu }n"'3N pD")ÎD 1 

HDnriD î'?"'DNn'7 DJD Vy pari '<iU2 n'<Ui mXD. Voyez sur le surnom ho- 
norable de «père de tout Israël, Il qui lui est donné dans cepassajfo, ninsi quo j. Mo- 
giUu, 1,12, ci-après, p. SHa, note i. 



CHAPITRE XXII. 379 

cilement qu'une fois la famine passée il ne donna suite à au- 
cune de ces fiançailles. 

On a conservé de R. Tarphon deux aphorismes qui se com- 
plètent et s'expliquent mutuellement. Voici le premier : «Le jour 
est court et le travail long; les ouvriers trament, cependant le 
salaire est bon et le maître presse.» Puis il ajoute : «Tu n'es 
pas obligé de terminer le travail, mais tu n'es pas non plus 
libre de ne pas t'en occuper; plus tu étudies et plus on te ré- 
tribue; ton patron s'acquitte avec exactitude du prix de ton 
travail, et sache que la rétribution du juste est dans un monde 
à venir ^ w Ailleurs il se plaint de sa génération, qui accueille 
mal les reproches qu'on lui adresse : «Si l'on dit à son pro- 
chain : Enlève le fétu de tes yeux, celui-ci répond : Ote la 
poutre des tiens ^.» Ce sont les paroles mêmes de l'Evangile^, 
mais appliquées dans un sens opposé; Matthieu justifie, au 
contraire, les récalcitrants, dédaignant les réprimandes des 
maîtres, qui, indulgents pour eux-mêmes, s'effarouchent du 
plus léger défaut de leur voisin. On serait presque tenté de 
supposer que la réponse a été en effet donnée à un rabbin qui 
malmenait un judéo-chrétien! car R. Tarphon repousse les 
doctrines de la nouvelle secte comme il condamne ses écrits, 
qui commençaient à se répandre. C'est qu'on avait quelques 
scrupules, si l'on pouvait brûler «les Evangiles et les livres 
des minéens,» bien que le nom de Dieu fut souvent répété 
dans ces livres. Mais R. Tarphon dit : «Je veux perdre mon 

1 m. Aboi, II, i5-i6. Le commencement rappelle bien le «vila brevis, ars 
longa," des Aphorismes d'Hippocrate. 

2 Erachm, i5 b: '?3pD^ iITH 1112 U^ DU (^:N) ^JH^Dn pD"IÎD ") I^H 

yy:^ p2D nni]? Sit: ih ")DN yr^ J''3D dd-'p 'jiîo tb nDx dn nnsin. 

Le passage se trouve aussi, mais tronqué, Sifré sur Dpiitéi'onome , i. 
•■' Matthieu . vu , h. 



380 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

fils, si je ne jette pas au feu ces livres, dans le cas où ils me 
viendraient entre les mains, avec le nom de Dieu qu'ils con- 
tiennent. Un homme poursuivi par un assassin, ou menacé de 
la morsure d'un serpent, doit plutôt chercher un abri dans 
un temple consacré aux idoles que dans les maisons des mi- 
néens; car ceux-ci connaissent la vérité et la renient, tandis 
que les idolâtres renient Dieu parce qu'ils ne le connaissent 
pas ^ w 

Plusieurs décisions de R. Tarphon sont datées de Lydda , 
l'ancien siège de R. Eliézer, qui s'était probablement retiré 
dans les dernières années de sa vie à Césarée, où il mourut^. 
Mais beaucoup d'autres ont été prises à labné même, où, de- 
puis la mort de Gamliel 11, les réunions des docteurs se te- 
naient dans un clos nommé hérem, rt vigne,» et où Tarphon, 
le président, siégeait à l'ombre d'un pigeonnier^. Cette pré- 

' Sahbat, i 16 a : ^"'ivbjn] ni'? INIS"' DNE? '':3 DN HDpN pSIî: '"1 IDN 

DJDJ i-'N'i Q"''?'''7X .n3iy n"'2'? DJDJ W'^rh Y") E^nai i^nnb vinx 
pnDiDi jn^DD px ibbm )nDiDi |n^3D iVS-ny i'?x h^ ^n-'nn'?. 

- Voy. ci-dessus , p. 366. — m. Ta'anit , m , 9 (cf. j. ibid. 11 , 1 4 ) ; Baba-metzia , 
IV, 3 ; Sabbat, 29 b; Megilla, 20 a. Il se pourrait donc que R. Tarphon eût exercé 
ses fonctions à Lydda et à labné. 

^ L'expression si fréquente, nJ3^3 D127 1^71131 TDiDJ^D, «lorsque nos 
maîtres entrèrent dans le kérem de labné» {Berachot, 23 b; Sabbot, 33 b, i38 b, 
et passim), et tant d'aulres semblables, dans lesquelles le kérem de labné est 
mentionné, ne se rencontrent pas, autant que je m'en souvienne, pour les réu- 
nions tenues sous la présidence de R. Gamliel. Le kérem ne paraît donc avoir été 
choisi que par les docteurs qui lui ont succédé et qui ont rempli l'intérim entre 
ce patriarche et son fds Siméon III. Les rabbins qui, dès le milieu du u' siècle, 
avaient leur siège définitif dans la Galilée, la ville de labné ayant été désertée et 
oubliée, et celle de Lydda jouissant d'une triste réputation (voy. la Partie géogra- 
phique, s. V.), ne savaient plus ce que c'était que ce kérem; aussi demandent- 
ils? «Y avait-il donc une vigne (kérem) àlabné?" — «Ce nom vient, est la réponse 



CHAPITRE XXII. 381 

sidencedeR. Tarphon, du vivant de R. Eléazarben Azaria, qui 
tout en n'ayant été patriarche que pendant un jour, n'en avait 
pas moins conservé un grand prsetige, de R. Josué, du con- 
sentement de tous le premier des docteurs, et de R. Akiba 
lui-même, qui avait un instant contre-balancé l'élection de 
R. Eléazar, est un fait qui a besoin d'être expliqué. Nous pen- 
sons qu'au début des soulèvements des Juifs , qui , à l'est et à 
l'ouest de la Palestine, troublaient la tranquillité de l'empire 
sous Trajan, R. Eléazar, esprit étroit et timoré, voyant du reste 
ses collègues pousser la Judée elle-même à la révolte, quitta 
cette province et s'éloigna du centre de ses études pour se ca- 
cher à Sepphoris, en Galilée^. R. Josué menait, pendant les 
dernières années de Trajan et sous Adrien, comme nous le 
verrons plus loin, une existence politique qui ne lui permit 
pas de présider le grand tribunal de labné et de répondre aux 
questions légales qui y affluaient continuellement^. R. Akiba 
lui-même faisait des voyages continuels, qui, certes, n'étaient 
pas étrangers au mouvement d'indépendance qu'on préparait 
partout avec une activité fiévreuse^; mais, beaucoup plus 
jeune que R. Josué, il savait, au milieu de ces entreprises har- 
dies, non-seulement prendre part aux discussions de l'école, 

des docteurs, qui étaient assis en rangées comme (les plants dans) une vigne» 
(j. Ta'anit, iv, i, vers la fin). M. Friedman, dans un journal intitulé Bèt-ham- 
midrasch, i865, s'appuyant sur Sabbat, 88 b, donne à la racine kéram le sens de 
R s'assembler, n et suppose que le mot kérem signifie «rassemblée.» Mais nous 
pensons plutôt à un clos, où il y avait peut-être quelques treilles ou des vignes en 
espaliers, mais où se trouvait certainement un pigeonnier. (Voyez Mechilta sur 
Exode, XIV, 22 : n:2^ b^ -[2W b^ ^h'!îl ]^^^V D^apîl psnîD 'T HM -)3D.) 
On peut voir sur les assemblées qui se tenaient en plein air, dans des jardins fer- 
més, les passages cités par M. Renan, Les Apôtres, p. 352 , note a. 

' Voyez ci-après, p. /la i . 

' Voyez ci-après, p.ii3. 

' Voyez ci-après, p. 618. 



382 HISTOIRE DE LA PALESTINK. 

mais élaborer tout un nouveau système de doctrine rabbi- 
nique. Cependant, ancien disciple de R. Tarpbon, qui le 
chérissait tendrement, il n'aurait jamais consenti à se placer 
au-dessus de son vieux maître ^ 

Les séances où les Anciens s'assemblent autour de R. Tar- 
pbon, et sur un grand nombre desquelles nous avons encore 
des renseignements précis et détaillés, portent du reste un 
caractère tout particulier. Gamliel avait maintenu un ordre 
rigoureux dans les débats du tribunal et dans les discussions 
de l'école. Non-seulement tout le monde n'était pas admis, 
mais encore, au moment de prendre place à la tête de la réu- 
nion , il ne permettait aux assistants de lui adresser des ques- 
tions à volonté que lorsqu'il s'était convaincu qu'aucun adver- 
saire déclaré ne s'était introduit dans la salle; autrement il 
se réservait le droit de choisir les sujets qu'il voulait traiter'-. 
Sous R. Tarphon, la liberté de la discussion paraît avoir été 
entière, comme celle dont les docteurs avaient joui sous R. 
lohanan ben Zacaï. Rienveillant dans la vie privée ^ indul- 
gent envers les autres*, il fait preuve de la même bonté lors- 
qu'il préside, soit à Lydda, soit à labné, le bèt-din, où vien- 

' Nous avons cité, ci-dessus, p. 877, note 1 , une locution de R. Tarphon, qui 
dénote la vive tendresse qu'il éprouvait pour R. Akiba. Peut-être le nom «de père 
de tout Israël,» qui est accordé à R. Tarphon, j. Megilla, i, i 2 (72 b); j. leha- 
mot, IV, ih (ci-dessus, p. 878, note h), vient-il de la situation exceptionnelle que 
ce rabbin occupait, n'étant que le suppléant de R. Josué, qui conservait le titre 
d'ab-bèt-din. 

2 Sifré sur Deutéonome ,% 16 : NIH^D bx-'^Dî p") V^i' imD nn"»!"! ip 

"iDiN ^^-l n"?! d:33 hn-iî^d mn^p aty pxîy yn-ia i'^nu? "idini d:d: 

^^nJp n^ ^^t^ ^^IT'S I^Nli'. (Voyez ci-dessus, p. 822, noie 1.) 

^ Tarphon renonça à une habitude de toute sa vie, lorsqu'un vieillard, qu'il 

rencontra par hasard, lui dit que sa manière d'agir prêtait à des interprétations 

malignes de la part du monde; tos. Hagign, vers la fin. 

'' Semahfiî. u, Ix: il veut qu'on ne relire à un suicidé aucun honneur lunèbre. 



CHAPITRE XXII. 383 

nent s'asseoir quelquefois jusqu'à trente-deux ou trente-neuf 
rabbins ^ Les contradictions fréquentes de R. Akiba l'irritent 
de temps en temps , mais cet emportement, qui entraîne souvent 
les meilleurs cœurs, se calme vite et fait place à des épanche- 
ments delà plus vive affection. Les sources tbalmudiques nous 
ont conservé plusieurs de ces entretiens avec R. Akiba, et avec 
ses disciples, qui le pressent de questions, et auxquels il ex- 
pose son opinion après les avoir engagés à chercher eux-mêmes 
une solution^. 



' Sijré Sî'.r Nombres , S 1 1 8. 

'^ Voyez, entre autres, Mechilta sur Beschallah, c. v, sur laquelle nous revien- 
drons ci-après, p. 898 , note 3. — On abusait quelquefois de la bonté de R. Tar- 
phon. Unjour,ilavaitinterditunevachequin'avaitpas de matrice, parce qu'il igno- 
rait que les habitants d'Alexandrie avaient l'habitude d'enlever cette partie des vaches 
et des truies pour mieux les engraisser ; on voulait le rendre responsable de la perte 
qui était résultée de sa décision pour le propriétaire, et on lui disait plaisamment : 
«Tarphon, ton âne est parti !n Heureusement, R. Akiba intervint et s'opposa à 
cette exigence contre un docteur qui avait jugé selon sa conscience. 



384 IIFSTOIRE DK LA PALESTINE. 



CHAPITRE XXIII. 

R. ISMAËL ET R. ARIBA. 

La ville de labné, ayant Lydda comme dépendance, est si- 
tuée à l'ouest de Jérusalem; elle était, depuis la catastrophe qui 
avait frappé les Juifs , considérée comme la capitale du judaïsme. 
R. lohanan ben Zacaï d'abord, et Gamliel II ensuite, avaient re- 
vendiqué pour elle les privilèges qui autrefois n'avaient appar- 
tenu qu'à la ville sainte. Cependant nous avons vu plusieurs 
écoles dirigées par des rabbins célèbres dans le nord , et surtout 
à Seppboris, en Galilée '. Le sud aussi avait été occupé par 
une partie de l'émigration , et un grand nombre de Juifs s'é- 
taient établis depuis Eleutheropolis ou Bèt-Goubrin, jusqu'au 
bord de la mer Morte ^, et y avaient fondé de nombreuses 
écoles, qui jouissaient d'une grande renommée. Cette contrée, 
appelée le Daroma de Darotn (nm), en chaldéen, Daroma 
(«Dm), «le sud ^,v échappait plus aisément que le haut de 

' Voyez ci-dessus, p. 807, note. 

* Voyez Onomasticon, p. io, 1. 10-13 ; p. 192 , L 7-9; p. 288, L 12-1 5. A ces 
trois endroits, Eusèbe observe que ces localités, situés dans le Daroma, ont nne 
population de Juifs considérable («cofxr? (teyialv iovSotiav). 

^ Les détails sur le Daroma appartiennent à la Partie géographique. Les limites 
que nous avons assignées à cette contrée paraissent être celles qu'Eusèbe lui donne 
dans les différents articles de son Onomasticon où il en est question. Chez les géo- 
graphes et historiens non juifs, qui ignoraient Torigine de cette dénomination , elle 
a toujours été employé pour la même partie de la Palestine. Il n'en a pas été de 
même chez les auteurs hébreux , qui , se rappelant constamment la signification 
du mot Darom , ont fini par l'appliquer tout aussi bien au pays de labné et de 
Lydda, surtout lorsque le patriarcat fut définitivement établi à Seppboris, et 
que ces contrées se trouvèrent ainsi au sud de leur demeure habituelle. 



CHAPITRE XXIIJ. 385 

la Palestine aux passages et aux vexations des troupes ro- 
maines; elle était à une grande distance d'Antioche et méjne 
de Césarée , où résidaient le gouverneur et le procurateur de 
la Syrie, et une fois Massada, la dernière forteresse, occupée 
par les zéiotes, prise et détruite, on y avait moins à craindre 
les exigences et les exactions des légions et de leurs généraux. 
La partie montagneuse, le Gebal {hnii) ^ ou la Gabalèno, et 
surtout la plaine , particulièrement surnommée la Scheféla du 
Darom (mi" nVsD')-, étaient d'une grande fertilité et avaient 
peut-être moins souffert des armées de Titus, qui avaient ra- 
vagé le reste du pays. Tliekoa fournissait toujours la meilleure 
huile grâce à ses riches plantations d'oliviers ^, Zoar produi- 
sait des dattes au point d'être surnommée la ville des dattiers \ 
les vignes d'Engaddi , si vantées par le charmant poëte du 
Cantique, donnaient toujours leurs prodigieux raisins^, et à 
Kephar Aziz, qui ne devait pas être loin de cette ville, on voyait 
des treilles énormes suspendues aux branches des figuiers et 
rappelant la grappe merveilleuse que les explorateurs avaient 
coupée, au temps de Moïse, dans la vallée *" d'Héhron, à l'ex- 
trémité septentrionale du Daroma. 

* Gesenius, Thésaurus, p. 2.58. 

' m. Schebiit, ix, a; j. ibid. — Parmi les lettres adressées par Gamliel aux 
communautés juives et que nous avons citées plus haut, p. 2 ii, il y en a une 
pour les frères habitant le haut et le bas Daroma. Le haut Daroma y désigne sans 
doute la Gabalène. 

3 m.M«'«a/(Of,viii,3(85b): pîi'"? ND'^N ir'îpn,«Thekoa est Taif/j/ia, ou tient 
le premier rang pour l'huile, n H paraît par ce passage que les lettres de l'alphabet 
grec servaient dans le temple pour déterminer l'ordre et le rang des objets. C'est 
aussi l'opinion de R. Ismaël pour la manière dont les troncs étaient marqués au 
sanctuaire, m. Schekalim, m, 2. 

* m. lebamot, xvi, 8 ; Pesahim , 52 a. 

^ Cantique, i, li. Voyez aussi Sabbat, 26 a, où il est questions des baumiers 
de ce pays. 

* m. Kilatm , vi, 5. — Un témoignage précis pour le séjour de R. Ismaël dans 



38G HISTOIRK D K l,A PALESTIM:. 

(i'cstà Kcpliar Aziz (juc se trouvait probablement l'école de 
1^ Ismaël ben Elischa; c'est là du moins qu'il reçut un jour 
H. Josué '. Déjà, du temps d'Hérode, José ben Dortbaï (Do- 
rothée) et son fils Dorthaï s'étaient retirés de Jérusalem pour 
se rendre dans le Daroma^. Nehounia ben Hakkané, le maître 
de R. Ismaël, y vivait peut-être aussi. Les Esséniens et les 
adeptes de la vie contemplative habitaient volontiers la portion 
déserte du pays, à l'ouest de la mer Morte, près d'Engaddi et 
deThekoa ^, et l'on sait que de nombreuses traditions représen- 
tent R. Nehounia et R. Ismaël comme initiés à la philosophie 
religieuse, et vont même jusqu'à leur attribuer deux compo- 
sitions kabbalistiques'^ La jeunesse de R. Ismaël est entourée 

le Daroma se trouve m. Ketiihot, v, 8 : «rlJn mari qui fait donner la pension ali- 
mentaire à sa femme par un tiers ne doit pas lui fournir (par semaine) moins 
de deux kab de froment, ou quatre hib d'orge. R. José dit : La quantité d'orge a 
été fixée seulement par R. Ismaël, qui habitait près de l'Idumée (où l'orge est 
d'une mauvaise qualité ).n Les mois DIIN**? "j"iDD ("ITHl? "IjDD sont expliqués 
par le Thalmud de Jérusalem par nDI")"?, trprès du Daroma. î5 La position du 
Daroma près de l'Idumée est encore établie par j. Pesahim, iii, i, où les mots 
hébreux ""DIlNi"! yDin, «le vinaigre de l'Idumée n de la Mischna sont rendus en 
chaldéen par "'NDm nD*D3 (il faut Hre ainsi à la place de J^DITi), «le vinaigre 
du Daroma. n 11 est superflu d'ajouter que R. Elle de Fulda, dans son Commen- 
taire, a eu tort de supposer qu'il pouvait s'agir ici de Rome. Sur la confusion qui 
se rencontre assez fréquemment pour l'inlerprétalion de NDTT7, qu'on a traduit 
par (tde Rome,» au lieu de la rendre par a Daroma,') voyez la Partie géogra- 
phique , s. V. 

' m. Kilaïm, vi, 5. 

^ Nous avons cité le passage relatif à ce fait ci-dessus, p. i86, note a. 

' Josèphe, \ita, a. 

* On attribue à R. Nehounia le Sépher habbahir, «le livre brillant" ( "iTlSn D), 
et à R. Ismaël , le 5ep/ter /la^e'c/iaiot , «le livre des palais célestesn (m7D^n D). Ces 
livres, comme toutes les compositions kabbalistiques, renferment, à côté des addi- 
tions nombreuses que chaque génération y ajoutait, des éléments fort anciens. — 
Si le nom du père de R. Nehounia devait être lu à la place de Hakkané (DJpn), 
Hakkanna ( K Jp H ) , « le zélote ri ( Geigcr, Jûd. Zeilsrh. 11,38, note ) , on comprendrait 



CHAPITRE \XIII 387 

(le légendes '. Le tilre de grand prêtre, qui se trouve souvent 
derrière le nom de son père a fait supposer qu'il descendait 
du pontife Ismaël ben Phabi ; qu'une erreur s'était glissée dans 
le passage de Josèphe, où il parle de la seconde promotion 
de cet Ismaël sous Agrippa II, et où il faudrait remplacer le 
nom d'Ismaël par celui d'Elisée , .fils d'Ismaël et père de notre 
docteur '^. Nous ne pensons pas qu'il soit possible de découvrir 
la vérité historique au milieu des fables dont on a embelli 
aussi bien les premières années de ce rabbin, cjue celles de 
R. Eliézer et de R. Akiba. Le seul point qui ne soit pas dou- 
teux, c'est qu'il descendait d'une famille pontificale, qu'il était 

encore mieux la retraite du fils dans ce pays, où les zélotes tentèrent la dernière 
résistance contre les Romains. Le thaumaturge Pinelias ben laïr, célèbre par sa 
scrupuleuse piété, vivait également vers le milieu du ii" siècle dans une ville du 
Daroma, Debarim-rahba , c. m, d'où il se rendait à Ascalon, j. Schebiit, vi, i 
(36 c). R. Siméon ben loliaï, le prétendu auteur du Zohar, était le gendre de ce 
R. Pinelias ben laïr (Sabbat, 33 b), et avait son école à Thekoa (ibid. 167 b: 
Eronbin ,91 a). (Sur R. Josué ben Levi , qui enseignait dans le sud, au commence- 
ment du iii^ siècle, on peut voir ci-dessus, p. 170, et la notevi, à la fin du vo- 
kime.) Ces données réunies nous paraissent avoir une certaine importance, parce 
([irolles font pressentir des rapports intimes entre les Esséniens et les pères de la 
kabjjale, et parce qu'eu assignant à la pliilosopbie religieuse une contrée spéciale, 
celle du Midi, elles expliquent en même temps le peu de place que cette philo- 
sophie occupe dans les Thalmuds , qui ont systématiquement ignoré tout ce qui 
concernait les études et les recherches du Daroma. (Sur les origines anciennes 
de la Kabbale, voyez La Kabbale, par M. Franck, surtout p. 91 etsuiv.) 

' Voyez ci-dessus, p. 298. 

- Grœtz, dans Frankel, Monatsschrift , I, 589, et Geschichte der Juden, III, 
829. M. Frankel {Darké Hammischna , p. 1 06, note g) cite à l'appui du pontificat 
rempli par le père, los.'HuUa, c. i, où R. Ismaël jure "par les vêtements (sacrés) 
que mon père portait et par la plaque (d'or) qui était placée entre ses yeux 77 
(T'i-'V ]'''2 ]r\:^ yin X3X 12 Vn^V mih)-, on sait que cette plaque était 
réservée au grand prêtre. De même Berachot , 7 a, R. kmaël dit de lui-même: «Un 
jour, je portais l'encens dans le Saint des Saints,?) endroit du temple où le pontife 
seul avait le droit de pénétrer une fois par an ; ce qui viendrait confirmer le ponti- 
ficat du fils. Ces passages augmentent la confusion au lion de la diminuer. 



.^88 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

pour le moins de la race des prêtres, ainsi que R. Tarphon, 
qui avait peut-être aussi passé le premier temps de l'exil dans 
la Daroma ^ 

R. Ismaël, comme son ami R. Tarphon, se trouva à labné 
le jour où soixante et douze docteurs étaient réunis pour la 
destitution du patriarche. Lorsque, grâce à l'esprit doux et con- 
ciliant de R. Josué, R. Gamliel fut réintégré, R. Ismaël paraît 
être aussitôt retourné dans le Sud, et il n'existe aucun indice 
que plus tard il se soit jamais rencontré avec lui ^. Le des- 

' La chose parait probable par l'apparition soudaine de Tarphon à labné le 
jour de la destitution de Gamliel; car, bien qu'il eût fréquenté pendant un cer- 
lein temps l'école de labné (p. 875), il ne semble pas y être resté; il paraît, au 
contraire lié d'amitié avec R. Ismaël. On raconte aussi, j. febamot, x?i, 5; b. 
ibid. 122 b, une déposition faite devant son tribunal par un témoin de Kephnr 
Schihla, qui est considérée comme une des villes les plus peuplées du Daroma. 
(Voy. Roland, Palœstina, p. 686.) 

^ Le nom d'Ismaël ayant été porté par deux rabbins postérieurs , du 11* siècle , 
par Ismaël , fils de R. lohanan ben Broka , et par Ismaël , fils de R. José , il en est ré- 
sulté des erreurs, et l'on a mis quelquefois sur le compte de l'Ismaël qui nous oc- 
cupe des faits qui appartiennent à l'un des deux derniers. Ainsi, Ketubot, 107 b, 
on parle d'une question de jurisprudence qui avait été résolue de deux manières 
différentes par R. lehouda, l'auteur de la Mischna, à Bèt Schéarim, et par R. Is- 
maël, à Sepphoris; ici il s'agit sans doute du fils de R. José, contemporain de 
R. lehouda, et issu d'une famille qui, de père en fils, a habité celte ville de la 
Galilée. (Voyez en particulier, j. Eroiibin, viii, 8.) Ailleurs, Baba-kamma, 80 b, 
on lui attribue ces paroles : w La famille de mou père était de la Galilée supérieure. ■» 
Mais, dans ce passage, une glose marginale de nos éditions donne la variante de 
R. Siméou Schezouri (^Tlîiy), à la place de R. Ismaël, et l'on peut voir un grand 
nombre d'exf»mples où l'on a mis à tort le nom de R. Ismaël pour celui de R. Siméon , 
chez Fraiikel, Darké Hammischna , p. 2/1, note 8, p. 106, note 2; ci-dessus, 
p. 197, note 2. Enfin, j. Baba-bathra, m, 1 : «R. lohanan dit avoir entendu de 
ceux qui se sont rendus à Uscha, qui soutenaient, etc.» Ce récit est répété dans 
le Thalmud de Babylone, ibid. 27 a, mais ou y ajoute : «Quels sont les hommes 
qui se sont rendus à Uscha? R. Ismaëb {hn^f'O'C^ '1 H^Mi '>Dhin |KD). Nous 

n'insistons pas sur ce qu'a d'insolite cette réponse, qui attribue à un seul homme 
une qualification qui doit évidemment se reporter à plusieurs, puisqu'on pourrait 



CHAPITRE XXIII. , 38U 

cendant des grands prêtres a-l-il conservé un ressentiment 
héréditaire contre la famille, pharisienne par excellence, de 
Hillel? En tout cas, l'antagonisme entre les savants du Darom 
et ceux du reste de la Palestine est un fait constant qu'on 
peut poursuivre à travers plusieurs siècles ^ Nos Thalmuds, 
rédigés sous l'influence des écoles de labné et de Sepphoris, 
ignorent autant que possible les débats des écoles du Sud 
et évitent presque de nommer les docteurs qui y ont enseigné. 
Ainsi, pour ne citer qu'un fait, R. Josie et R. Jonathan, les 
deux disciples les plus remarquables de R. Ismaël, cités sou- 
vent dans la baraïta, ne sont pas mentionnés une seule fois 
dans la Mischna, l'œuvre du petit-fils de Gamliel II, qui de- 
vait résumer les opinions de tous les docteurs ^. 

Cependant R. Ismaël emprunte à Hillel les sept règles de la 
logique rabbinique, que celui-ci avait appliquées dans ses 
discussions avec les René-Rettyra (p. 178 et 187), et les 
porta, par des subdivisions, au nombre de treize^. La con- 
clusion a fortiori, en particulier, lui semble produire une telle 
évidence, que souvent il cherche une raison pour laquelle les 
Ecritures nous transmettent expressément tel précepte ou tel 

à la rigueur supposer qu'il manque un mol après le nom d'Ismaëi, comme 
ini^"'D1,K et ses adhérents,» ou T'T'jm , «et ses compagnons,» ou bien rT'Dvm , 
net ses disciples.» 

* Voyez la Partie géographique , s. v. Darom. 

^ Frankel, Darké Hammischna , p. 167. Dans la m. Kilaiin, m, 7, on cite une 
opiniondeR.Ismaëlau nom d'un R. Josében HaliotefEphratiCmDN ^tûlFin p), 
qu'on ne rencontre qu'à cet endroit de la Mischna ; mais on nomme encore un Joseph 
Ephrati parmi les serviteurs fidèles de R. lehouda Hannasi , que le patriarche charge 
de ses funérailles, j. Ketubot, xii, 3. Serait-ce le même? Grœtz, IV, 807, traduit 
Ephrati par «le Parthe ;» peut-être faudrait-il songer à l'ancien nom de Bethléhem , 
Genèse, xxxv, 16, qui était Ephrata. 

' Ces treize règles (DIT^D Ji"''), suivies d'exemples, se lisent en tête du Si/va 
sur le Lévitique. 



:iyo HisToiiu; uk la palksti.m-. 

détail d'un commandemcjit, \nvii (ju'il puisse se déduire, par 
ce procédé logique, d'un précepte déjà énoncé. 11 demande, 
par exemple : Pourquoi le législateur parle-t-il de la respon- 
sabilité du propriétaire pour une citerne qu'il a laissée décou- 
verte i^Exode, XXI, 35)? responsabilité qu'il était facile de con- 
clure, afortwri, de celle qui incombe au maître pour les dégâts 
causés par son bœuf. Dans sa réponse à une question sem- 
blable, R. Ismaël cherche à démontrer que l'argumentation 
est fausse, et, dans l'exemple cité, il établit cette différence 
entre le bœuf et la citerne, que le bœuf va porter le dommage 
qu'il occasionne, tandis qu'il faut, au contraire, pour souffrir 
un dommage, se rendre à la citerne ^ Mais, si le raisonne- 
ment est exact, le verset, qui alors serait superflu , doit renfer- 
mer quelque sens caché et s'appliquera un cas nouveau, qui 
ne forme pas une conséquence nécessaire de l'argumentation. 

' Mechilta sur Exode, xxi ,33 (p. gi de l'édit. de M. Weiss). Le procédé logique 
rt/ortio?n s'appelle nDim '^p, "le faible et le fort, et plus simplement, ]''! ^ju- 
gement.» Dans ces argumentations, la question commence par cette formule : HD*? 
pis ■''? U/"* ^D^*"' a'iU "V IDNJ, «Pourquoi (ce commandement) est-il dit? 
sans être dit, je l'obtiendrai par un jugement n (dans la Mechilta); ou bien, par 
celle-ci: NIH yi N^IT, ?» N'est-ce pas un jugementl-^ (dans le Sifra); elle finit 
quelquefois par les mots : "iDNi riD*? ^ID ]D ^IT'DT DN, «donc, puisque je l'ai 
déduit par le jMg-eme/tf , pourquoi (le commandement) est-il dit?'' La réponse dé- 
bute ordinairement» par les mots : . . . "îCXn DlCN* DN N*? , mon , si tu avais 

dit. . .tu aurais pu dire. ... 'i ou bien, sans H^ , «non;" elle termine rarement 
ainsi: IDl'V "i:D3 1N"'an'7 airiDil ins ^12 "TT'DÎ ab^' ■'D'?,» comme je n'ai 
pas pu le déduire par le jugement, l'Ecriture devait mentionner (ce commande- 
ment) à part." (Voy. Mechilta, p. 9A.) — Dans leSifré, ces formules manquent , 
bien que le procédé soit le même. Qu'on compare, entre autres, Sifré sur Deuléro- 
nome, S to8, avec le passage à'Eroubin, 27 b, cite ci-après , p. Sgi, où l'on trome 
le même résultat sans aucune indication de la méthode qu'on a suivie pour l'obte- 
nir. Ce recueil de barailol se présente ainsi comme un abi-égé ronsidcrablemeni 
ri'duil d'un ouviago pJirs ancii'u. 



CHAPITRE XXIll. 391 

Lin procédé de déduction qui est aussi déjà indiqué dans les 
sept règles de Hillel, mais auquel Ismaël, sous la direction 
de son maître, R. Nehounia ben Hakkanna^j donna de grands 
développements, est celui du général et du particulier. Un pré- 
cepte peut être formulé d'abord d'une manière générale et 
élucidé ensuite par des exemples qui le restreignent; il peut 
avoir été en premier énoncé pour un cas particulier, puis être 
généralisé par l'addition de termes plus étendus; il peut enfin 
affecter au début une forme générale, puis être expliqué par 
des exemples, et se terminer par une nouvelle proposition 
générale -. L'application du précepte change selon qu'il se pré- 
sente sous l'une ou l'autre de ces trois formes; dans la der- 
nière , la loi n'est ni aussi compréhensive que le ferait supposer 
le commencement, ni aussi limitée (]ue sembleraient l'indi- 
quer les exemples choisis, mais elle s'applique à tout ce qui a 
de l'analogie avec ces exemples ^. 

Le principe sur lequel reposent ces diverses méthodes de 
déduction a sa racine dans la conviction qu'aucune phrase, 
aucune proposition, aucun mot du Pentateuque ne peut être 
inutile; toute prolixité doit être seulement apparente et cou- 
vrir, au fond, une intention cachée qu'il importe de deviner. 
Cependant R. Ismaël et son école ne considèrent point comme 
superflu tout ce qui estjustifié par l'usage de la langue, quand 
même il s'agit des mots qu'on peut supprimer sans nuire à la 

' Voy. ci-dessus, p. 3i3, note 4. 

2 C'est ce qui est appeié : niDI bb:) , b^DI ÎÛ1D, bb^l t31D1 bVs. 

' Voici un exemple se rapportant à Deutérou. xiv, 26, et tiré à'Erouhùi, 27 b: 
« Tu échangeras l'argent, (produit de la dîme) contre tout ce que ton âme désire , c'est 
un terme général , contre du gros et du menu bétail, contre du vin et des boissons 
fortes, c'est le terme particulier, et contre tout ce que ton cœur te demande, c'est le 
second terme général. On ne peut donc acheter pour cet argent quo dos ol)jo|s qui 
?!C perpétuent par In vénération cl croissent sur (erro.?) 



392 HISTOIRE DK LA PALESTINE. 

clart(3 (le la phrase et qu'on supprime on effet souvent. Ainsi 
la particule ^f (hk), qui précède ordinairement le complément 
direct, peut aussi être supprimée ; R. Ismaël ne pense pas qu'on 
doive chercher une raison spéciale pour chacun des cas où 
cette particule a été maintenue'. De même, les temps finis des 
verbes peuvent en hébreu être précédés de l'infinitif : cette 
construction augmente l'énergie de la phrase; mais le sens n'est 
pas modifié, lorsque l'infinitif manque. R. Ismaël déclare en- 
core à ce sujet que «la Loi a adopté le langage des hommes ^, » 
et qu'il n'y a pas lieu de chercher une interprétation pour 
expliquer cet infinitif quand il se trouve dans un verset. 

Le but de ces méthodes est bien moins de créer de nou- 
velles décisions que de chercher un appui dans la Bible pour 
les anciennes. Les docteurs sont plus que jamais préoccupés 
de donner aux halachot une base plus solide que la tradition 
orale ^, et Ismaël prétend n'avoir trouvé que «trois cas où la 
halacha soit contraire à la lettre du Pentateuque, et un qua- 
trième cas où elle ne s'accorde pas avec le résultat obtenu par 
la règle du général et du particulier^;;? en d'autres termes, 

' Sifré sur Nomh'es, S 82, cite trois exemples {Là)ilique, xxii, 16; Nombres, 
Ti, i3; Deutéon. xxxiv, 6) où R. Ismaël cherche à expliquer cette particule; elle 
présente , en effet , dans les trois passages des difficultés. 

* D"!N ""iD )1U'?D min mS"*!, ou bien, comme le Thaimnd de Jérusalem 
s'exprime à divers endroits : HDTTD m3''l miDn , n la Thora s'exprime comme 
elle y est habituée. » Voyez j. Sabbat, xix , 1 (17)0; lebamot , yiu , 1 ( 8 d ) ; Neda- 
rim, i,i(36 c). La répétition de la racine à l'infinitif est appelée p'^lDD milC^v, 
«expression redoublée." 

^ Voyez ci-dessus, p. 3oo. 

■' j. Kiddouschin , 1, 9 (69 d): nD^I niDipD nvbU2 hi<VUV^ "l ""un 
Vll^h inX mpD31 NipD'? nOpiV. (Voyez aussi Sota, 16 a, où se ht 
napli? pour DDpiy.) Le Thalmud énumèrc ensuite les trois cas. 11 est singulier 
que R. Ismaël paraisse aimer à grouper, par le nombre de trois , les exceptions qu'il 



CHAPITRE XXIH. 393 

il y a eu quatre traditions, d'une authenticité incontestable, 
qui, malgré les savantes méthodes des treize règles, n'ont pu 
être réconciliées avec l'Ecriture. 

Les halachot ou décisions qu'Ismaël enseignait dans son 
école étaient celles qu'il avait reçues des prêtres, ses ancêtres, 
la tradition sadducéenne, telle qu'elle s'était maintenue dans 
la fraction du sacerdoce qui, sous Hérode, avait quitté la 
cour pour se réfugier dans les asiles de la science. L'interpré- 
tation s'écarte le moins possible du sens naturel ^ et s'appuie sur 
des leçons anciennes qui ont disparu de notre texte , fixé selon 
l'esprit des Pharisiens de labné, mais dont il se rencontre en- 
core des traces nombreuses dans les versions des Septante et 
dans les autres traductions de la Bible ^. L'enseignement de 
R. Ismaël suivait la marche de la Thora m"ême , qu'il paraît 
avoir prise verset par verset pour en faire sortir ses explica- 
tions et pour y rattacher ses décisions^. Nous possédons encore 
deux recueils, la Mechilta sur l'Exode et le Sifré sur les Nom- 

conslate. Nous en avons vu un exemple, ci-dessus, p. 189, note 2; puis p. 892, 
noie 1; un troisième exemple se trouve dans le passage que nous venons de citer, 
et il y en a encore un quatrième, Mechilta sûr Exode, xx, 22 : m"r)3îy QX ;D 
r\^b^lD yin mî-^l, «toutes les fois qu'une proposition de la Loi commence 
par.la particule si , il s'agit d'une action indifférente, excepté dans trois passages 
( où l'action , mentionnée d'une manière hypothétique , est néanmoinsobligatoire). y> 
(Voyez aussi m. Eduïot, 11, 4.) 

' Voy. ci-dessus, p. 189, note 2. 

' Nous renvoyons pour tout le détail à Geiger, Urschrift, partout où il est ques- 
tion de R. Ismaël, et à son excellent article sur Mechilta et Sifré dans la Jûdische 
Zeitschrift, IV, p. 96 et suiv. et surtout 99-106. 

' C'était sans doute aussi la méthode de R. Tarphon. Les trois questions difTé- 
reutes qui lui sont adressées par ses disciples, Mechilta sur Exode, xiv, 22, ne 
peuvent avoir d'autre hen que les versets Genèse, xxxvii, 2Ù-96, auxquels ils se 
rapportent. La question sur la bénédiction qu'on doit prononcer en buvant de 
l'eau hors de la table était probablement soulevée par le verset 2A, avec lequel 
on avait mis en relation Isaïe, lv, 1. (Voy. Beréschit-rabba , lxxxiv.) 



;j9/4 HlbTOinE DK LA PALKSTLNE. 

bres et le Deutéronome. qui furent sans doute rédigés primi- 
tivement par Ismaël et ses disciples. Ils renferment, suivani 
l'ordre de ces trois livres du Pentateuque, bien des halachot 
(ju'on chercherait en vain dans les ouvrages postérieurs, la 
Mischna et les Thalmuds ^ H y a cependant cette différence 
entre la Mechilta et le Sifré, que la Mechilta s'est bornée aux 
chapitres de l'Exode qui contiennent des dispositions légales, 
en laissant de côté toute la partie qui a trait à la délivrance 
d'Israël, au veau d'or et à la construction de la tente d'assi- 
gnation, tandis que le Sifré a aussi une portion agadique pour 
le chant et la bénédiction de Moïse qui terminent le Penta- 
teuque, et qui ne peuvent fournir aucun prétexte à des dis- 
cussions légales. Mais le Sifré aussi passe sur les quatre pre- 
miers chapures des Nombres, qui traitent du recensement, 
ainsi que sur l'histoire de Balam et sur ses prophéties-. 11 se- 
rait bien étonnant que l'école du Daroma, qui avait à sa tête 
les descendants d'un pontife, eût négligé de réunir dans un 
recueil les leçons d'Ismaël sur le Lévitique, consacré particu- 

' Tout paragraphe qui renferme l'opinion d'uu tana ou docleur, ou le débal 
entre plusieurs tanaïm ou docteurs ayant vécu avant la rédaction de la Mischna, 
et qui n'a pas trouvé place dans cet ouvrage, est appelé baraïla {iiD''12, mot 
chaldéen , pour l'hébreu rT^jl^iTI , k extérieur-' ). Il porte encore ce nom , si ce pa- 
ragraphe a conservé une forme différente, souvent plus étendue que celle sous 
laquelle il est entré dans la Mischna. Les deux Thalmuds se sont servis des haraïM 
(pluriel de baratin) pour explicpier la Mischna ou bien pour en faire la malien; 
de leurs discussions. Les trois ouvrages cités dans le texte, la Mechilta , le Sifré et 
le Sifra sont, des recueils de baraitot, d'après l'ordre des quatre derniers livres 
de la Thora. La Genèse n'ayant aucune portion légale n'a non plus de recueil à 
elle. Les baraïlot, rangées d'après l'ordre des matières et disposées comme la 
Mischna, formaient la Tosofta (NDDDin, radditioun). 

* Aussi la Mechilta commence-t-elle à chapitre xii et lermine-t-elle à xxxv, 3 ; 
elle saute sur xxiii, 20 à XXXI, 12 , et sur xxxii, 1 à xxxv. La question si la Mechilla 
est complèle doit donc se résoudre par raiïirmative. Le Sifré commence à rha- 
piti<' v et saute sin- xxii à x\v. 



CHAPITRE XXIII. 395 

lièreinent aux prêtres et à leurs fonctions; car le Sifra, qui 
remplit cette lacune pour le troisième livre de Moïse, est in- 
contestablement l'œuvre de l'école du Nord, et montre plutôt 
des tendances opposées que sympathiques à Ismaël. C'est ce- 
pendant le Sifra qui nous a conservé dans son introduction 
l'exposition détaillée et suivie d'exemples des treize règles d'Is- 
maël, et parmi les livres tlialmudiques aucun ne les a appli- 
quées sur une aussi vaste échelle ^ 

L'antagoniste de R. Ismaëi, l'expression la plus fidèle du 
Pharisien après la destruction du temple et aussi le représen- 
tant le plus éminent de l'école de labné, fut R. Akiba. Nous 
l'avons déjà vu dans ses rapports avec les autres docteurs plus 
âgés que lui, tels que Gamliel, Josué et Eléazar ben Azaria, 
lorsqu'il les accompagna dans leur voyage à Rome; nous avons 
parlé de la vive affection que lui portait R. Tarphon, égale- 
ment son aîné, qui, tout en laissant percer au commencement 
le dépit qu'il en éprouve, finit souvent par se soumettre à 
Akiba et par se ranger à son avis. Avec R. Ismaël il traitait 
d'égal à égal. Il n'a jamais été à la tête du tribunal de labné ; 
il ne porte ni le titre de nasi ni celui d'ab-bèt-din : l'origine 
modeste de sa famille semble s'être opposée à ce qu'il pût as- 
pirer à d'aussi hautes dignités-. On nomme Bené Barak, vil- 
lage presque ignoré de la Judée, comme sa résidence habi- 
tuelle. Aucun rabbin, cependant, n'a eu un nombre aussi 
considérable de disciples ni n'a contribué autant à la propa- 

' La terminoiogie du Sifra dififère de celle des deux autres recueils. Un mot qui 
semble lui appartenir en propre est 172, dans la formule 1î l"!!*? "j/D, «suiscellc 
voie ou cette méthode ;" ce mot est formé de la contraction de "[7 "]? {Genèse, 
XII, i), avec une aphérèse du ^. (Voyez Sifra sur Lévitique, xv, 2/1 , où on Ht en- 
core 1î "l'il'? 1? HD? sans contraction.) 

- Voyez ci-dessus, p. 33o. 



396 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

gation de lu science rabbinique; car, queique exagérés que 
soient les chiflres que nos sources nous fournissent quelque- 
fois', il n'en est pas moins certain que la plupart des doc- 
teurs qui ont illustré la génération après Adrien sont sortis de 
son école. Comme Ezra, il est nommé le restaurateur de la 
Loi et comparé à Moïse ^. Il ne se contenta pas d'enseigner 
chez lui, mais, dans les nombreux voyages qu'il fit, il apporta 
sa science dans tous les endroits oii se trouvait une commu- 
nauté juive, de même que, pendant sa jeunesse, il paraît avoir 
cherché l'instruction de tout côté, chez R. Eliézer aussi bien 
qu'auprès de R. Gamliel, auprès de Josué comme chez Tar- 
phon^. 

Akiba adopta non-seulement les sept règles de Hillel, mais 
aussi les treize règles d'Ismaël; celles-ci même ne lui suffirent 
pas pour abriter sous la parole du Pentateuque toutes les ha- 
lachot, toutes les décisions rabbiniques. Son système d'inter- 
prétation ne connaît pas les limites que l'usage de la langue 
établit et qu'Ismaël respecta : tout mot qui n'est pas absolu- 
ment indispensable pour rendre l'intention du législateur, ou 
pour exprimer le rapport logique entre les diverses parties de 
la même proposition ou' entre les différentes propositions qui 
composent une loi, est destiné à élargir ou à restreindre le 
cercle de cette loi, à )^ faire entrer ce que la tradition ajoute, 
à en retrancher ce que la tradition exclut*. Aucune particule, 

' Tanhouma,'] d, parle de trois cents disciples qu'il avait dans sa jeunesse: JSe- 
reschit-rabba , c. lxi, et lebamot, 6a b, donnent le nombre de douze mille, ou 
même celui de deux fois douze mille ! 

'^ Menahot, 99 b. — Akiba et Ismaël sont appelés les pères du monde (m3K 
Un^T\) , ]. Rosch-haschana , \ , 1 (56 d). (Comparez p. 882 , note 1.) 

•'' Pour Eliézer, voyez Pesahim , vi , 2 , et j . ihid. — Quant aux trois autres , on 
peut comparer ci-dessus, p. 829 et 882. 

* Tels sont la copule 1 , le DN qui précède le complément direct , les conjonc- 



CHAPITRE XXIII. 397 

aucune conjonction, qu'elle soit augmentative ou restrictive, 
n'échappe à cette singulière méthode d'exégèse, et l'on com- 
prend facilement qu'en tenant ainsi suspendue au-dessus d'un 
précepte cette balance à deux plateaux, dans lesquels on peut, 
à son gré, ajouter ou retirer selon les exigences de la hala- 
cha qu'il s'agit de déduire , on parvienne sans difficulté à faire 
sortir d'un texte tout ce qu'on veut'. 

En regardant de plus près le principe sur lequel repose le 
système de déductions pratiqué par Akiba, on reconnaît qu'à 
la vérité il n'est que l'exagération d'un principe de linguis- 
tique tout à fait incontestable : dans un langage parfait , rien 
ne doit être laissé à l'arbitraire et les mots qui se placent 
entre le nom et le verbe, ces deux colonnes du discours, 
doivent en éclairer, préciser, modifier le sens. Gela est surtout 
vrai pour les termes que choisit ou doit choisir le législateur, 
et l'est à plus forte raison quand ce législateur est Dieu Ini- 
tions D3 , ï]K, "jK et p"). La particule DU en particulier fut confondue avec la pré- 
position semblable qui signifie «avec," et dut toujours ajouter quelque chose à 
l'étendue naturelle du nom devant lequel elle était placée. Aquila, qui calquait sa 
version grecque sur l'original , afin de rendre la méthode de déduction de son maître 
Akiba aussi applicable à sa traduction qu'au texte hébraïque, ne craint pas de 
rendre,parexemple,danslepremierverset de la Bible: yiNH DKI □"'Dtyn DK 
par aiiv tov o^pavov «ai aùv tyiv yriv , barbarisme contre lequel Jérôme se récrie 
avec raison ( 0pp. I, 3 16). Mais Bà-eschit-rabba , i, nous lisons l'explication que 
Akiba donne à ce verset : yiNn nXI mVîDI njnVl HDH mai'? D-'Dîyn DN 
py pi ^'^NÏ^Tl mi'?"'K mmV. «£« (aw) placé devantes cieux, ajoute le so- 
leil, la lune et les constellations; et (a^v) placé devant la terre, ajoute les arbres, 
les plantes et le jardin d'Eden. v Dans la pensée d'Aquila , il faudrait donc après ffvv 
suppléer : tw tîA/i^ xat ttj «reAr^vr?, etc. Dans Pesahim, 22 b, Akiba conclut du mot 
et, placé devant le régime dans le verset, «Tu craindras l'Éternel ton Dieu» (Deu- 
téronome , x , 2 0) , qu'il faut aussi craindre et respecter les docteurs de la Loi ( ms"! ? 
□•iDDH ''T'D'^n). On défiait surtout les partisans du système d'Akiba de l'appli- 
quer à ce verset, où il fallait associer quelqu'un à Dieu. 

' Faire une pondération semblable s'appelle appliquer le îûiyDI ''13''T. 



398 HISTOIRE l) K LA l>ALESTi.\K. 

même. Aussi le système d'Akiba a-t-il été j)ratiijué longtemps 
avant lui'; seulement Akiba le pousse à sa dernière limite et 
il étonne par sa hardiesse ses contemporains et ses maîtres. Jo- 
sué, assistant un jour à une démonstration d'Akiba, s'écria 
naïvement : '^Qui ôtera la poussière de tes yeux, lohanan ben 
Zacaï! tu craignais que cette halacha ne se perdît, parce que 
rien ne la rattachait au texte des Ecritures, et voici Akiba, le 
disciple de ton disciple, qui lui a trouvé un appui^! v ïarphon 
se rappelle une tradition relative à une différence entre cer- 
taines pratiques à suivre lorsqu'on recueille le sang de la vic- 
time, et d'autres c|ui sont obligatoires lors de l'aspersion du 
sang sur l'autel; mais il ne sait plus en quoi cette différence 
consiste. Lorsque Akiba a réussi par sa méthode à trouver la 
distinction , Tarphon s'écrie plein d'étonnement : rJMoi, je pos- 
sédais la tradition sans pouvoir indiquer la différence, mais 
loi, tu appliques ton système d'exégèse et tu te mets d'accord 
avec la tradition ^ ! 57 Ajoutons cependant que cette admiration 
ne fut pas générale : R. Eléazar ben Azaria lui dit un jour : 
ç^Tu auras beau passer tout ton temps à ajouter ou à retran- 
cher, je ne t'écoute pas ^. 57 R. José le Galiléen lui adressa 
presque les mêmes paroles^, et R. Ismaël, instruit d'une dis- 

' m. Sota, V, 1. 

^ m. Sofa, V, a: ''ïOî p pnv ]ai yv:>'i2 -iDi? nba*' "«D yîrin"' 'i "idk 

•^ Zebaim, i3 a: Hi'IDD*'? □"'DDD1 UIM nnX Z'IDb ^b ]\V1 iri:?D2; "'JN. 
Ce passage fait bien ressortir le sens du mot Di^lDC?, en chaldéen HPiVU^. 
(Voyez ci-dessus, p. Sai, note 2.) 

" Sifra sur Lévitique,Yn, i2:pîl?3 "ih^ Qm Sd "IDIN nriN l'?"'DN 
"î"? l'IDW •':''N nm'? p'^rn ta^DV (voyez Me«a/io<, 89 a). R.Éléazar ben Aza- 
ria est, du reste, aussi contre les déductions faites de l'infinitif qui précède le verbe 
(p. 392), et défend, comme R. Ismaël, cet idiotisme de la langue bébraïque,- 
Kiddouschin, 17 b. 

^ Zebahim . 82 a. 



ciiapithe \xiii. -mj^ 

cussioii (|ui avait eu lieu à labné et dans laquelle yVkiba >'('tait 
jelé au milieu du débat pour faire valoir son argumenlation, 
lui fait dire qu'il s'était trompé'. 

Les deux méthodes différentes suivies par Ismaël et Akiba 
les conduisent souvent au même résultat. Mais, quelquefois 
aussi, la décision qu'obtient le docteur du Daroma n'est pas 
la même que celle à laquelle parvient le rabbin de labné. Par 
son origine et par ses goûts personnels, Akiba s'oppose aux 
dernières prétentions de la halacha sadducéenn< ; fendue 
par le descendant d'un pontife, et il réussit d'autant mieux 
dans son œuvre démocratique que le patriarcat lui-même est 
depuis la mort de Gamliel II vacant. L'influence de son école 
s'exerce sur la Bible et particulièrement sur le Pentateuque 
aussi bien que sur les études rabbiniques. Une interprétation 
aussi minutieuse, qui, selon l'expression du Thalmud, ^Uiraitde 
chaque coin ou angle (des lettres) des boisseaux entiers de déci-. 
sions -, w exigeait une surveillance exacte même sur la moindre 
particule ; le texte et les traductions furent donc soumis à une 
nouvelle et rigoureuse révision ^, la version grecque fut même 
complètement refaite, et Aquila, de Sinope dans le Pont, pro- 
sélyte et disciple d' Akiba, se chargeait de ce travail '^ 

Cependant l'œuvre capitale d' Akiba fut la réunion des ha- 
lachot et leur classement par ordre de matières dans un ou- 

' Zebahim, 67 a: niT'^^îa N3"'p:i? "'^n'? 'h "nDNI INÎJ. (Voyez Mechilta, édil. 
Wciss,p. Il; Geiger, Urschri/t, i55.) 

^ Menalwt, 99 b ; iIdSi b^ n'>i'>D ''hT\ yipl yip "^^ b^ ^"i^li TTIi^ï?. 
Nous avons démontré ailleurs {Journal asiatique, ann. 1867, I, 2A7, que le mot 
koutz ne se raporte pas aux ornements ou taghin dont les copistes ont décoré les 
lettres hébraïques. 

^ Ce sujet est traité avec toute l'attention qu'il mérite par M. Geiger dans 
YUrschrift. 

* Voyez ci-dessus , p. 897, note. 



400 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

viagc appelt^ la Mischna, Les décisions transmises par la tra- 
dition furent rédigées en paragraphes, en chapitres, en traités 
et en livres, et un second code fut formé à côté de la Bible. 
On dirait difficilement si ce recueil avait alors toutes les divi- 
sions que nous trouvons dans la Mischna du patriarche R. le- 
houda, le petit-fils de Gamliel II; car, en revisant et en re- 
fondant tous les travaux systématiques composés avant lui, il 
les a fait tous oublier. Mais l'existence d'un recueil de halachot 
sous le nom de «Mischna de R. Akiba,?? est attestée par de 
nombreux témoignages ' , et il est en même temps hors de doute 
qu'un certain nombre des titres portés par les traités de la 
Mischna de R. lehouda remontaient à une époque plus an- 
cienne^, et d'autres sont mentionnés par les disciples de R. 
Akiba ^. Du reste, le système d'interprétation appliqué parce 
docteur s'écarte tellement du sens naturel , qu'il n'y avait plus 
aucun avantage à développer les halachot en suivant pas à pas 
le texte du Pentateuque: bien au contraire, il pouvait paraître 
utile de les en détacher complètement et de faire moins sentir 
ce qu'avait d'artificielle celte pression constante qu'on exerçait 
sur les mots isolées et en apparence superflus d'un verset. Il 
est même probable que les halachot , une fois rangées par ordre 
des matières, n'étaient pas accompagnées de l'argumentation 
qu'on se réservait de donner oralement aux disciples toutes 
les fois qu'ils la demandaient, procédé qu'on ne pouvait pas 
employer tant que l'enseignement prenait l'Ecriture pour base, 
et que la déduction servait précisément de lien entre le texte 

' Voy. ies passages cités par Graelz, IV, Zi3o, et Ëpiphan. Ilœieses, I, ii, 9: 
ri [SevTepeicris) lov xiikov^iévov PaSêtaxiëa. 

^ Sur les Iraités de Middot, Tamid et loma, voyez ci-dessus, p. 37A, 370. 

' Kelim est mentionné par R. José, m. Kelim , fin ; Oiiksin par R. Méir, Horaîol, 
t3 b. Voyez Frankel, 210-211. 



CHAPITRE XXIII. hO\ 

et la décision. Comme nous ne possédons aucun fragment de 
la Mischna d'Akiba, il est impossible d'afBrraer si ce rabbin 
s'est contenté d'y noter seulement sa propre opinion, ou bien 
s'il a, pour les halkchot contestées, enregistré les opinions des 
autres à côté de la sienne. Quoi qu'il en soit, la codification 
de la loi orale était un fait grave, et si d'un côté, comme nous 
venons de le faire observer, Akiba a contribué à fixer défini- 
tivement le texte de la Bible, il a, d'un autre côté, créé un 
livre qui devait partager dorénavant avec l'Ecriture l'atten- 
tion des savants et l'accaparait même assez souvent ^ 

L'influence qu'exercèrent Akiba et son école sur les études 
fut telle, que les ouvrages d'Ismaël eux-mêmes en furent at- 
teints. Non-seulement le travail du rabbin du Daroma sur le 
Lévitique a disparu , mais la Mechilta et le Sifré ont subi des 
changements et reçu des additions qui en ont souvent altéré 
le caractère primitif. L'école du Nord a laissé ainsi planer sur 
le véritable auteur de ces baraïtot un certain vague, que la 
science moderne seule a fait disparaître ^. 

' Baha-Metzia , 33 a. 

* Les mots {«""pi? "Il N2"'Vn pnVlDI {Sanhédrin, 86 a) semblent vouloir 
dire que tous les ouvrages cités dans ces passages et composés principalement par 
un docteur qui y est nommé ont subi, dans leur dernière rédaction, rinfluence 
de Técole d'Akiba. 



•2 G 



/i02 HISTOIUK DK LA PALESTINE. 

CH/VPIÏKK XXIV. 

LES GUERRES JUIVES SOIS TRAJAN ET ADRIEN. 

En Palestine, Juifs et chrétiens semblaient uniquement oc- 
cupés de leurs croyances et des recherches théologiques, 
lorsque tout à coup, à l'Est et à l'Ouest, un terrible cri 'de 
guerre se fit entendre. A Cyrène, à Alexandrie et dans l'île de 
Chypre, les Juifs attaquèrent avec violence les païens, les gar- 
nisons romaines, aussi bien que les habitants paisibles de ces 
contrées; sur les bords de l'Euphrate et du Tigre, dans les 
royaumes des Parthes, à Nisibe, dans l'Adiabène ils grossi- 
rent les armées ennemies ou leur donnèrent aide et assistance 
contre les légions conduites par Trajan. L'histoire se tait sur 
les causes de cette insurrection presque générale de l'émigra- 
tion juive. On peut cependant supposer qu'après la destruction 
du temple par Titus, de nombreuses bandes de zélotes, échap- 
pées à la vengeance du vainqueur, étaient allées à droite et à 
gauche semer parmi les Juifs de ces régions lointaines la haine 
contre Rome et préparer une résistance devenue impossible 
dans la mère patrie; que, dans les pays bordés par la Médi- 
terranée, les méchantes railleries des populations grecques 
avaient poussé cette haine jusqu'à la fureur, tandis que dans 
l'Orient, où le judaïsme avait toujours été bien accueilli, les 
Juifs étaient heureux de profiter de l'état de guerre pour se 
venger de l'Edom détestée ^ La Palestino seule ne bougeait pas. 

' Nisibe était le centre des Juifs de la Mésopotamie, A. J. XVIII, ix, i. Dans 
l'Adiadène, la famille royale était convertie au judaïsme, ci-dessus, p. aa^. Nous 
avons aussi cité (p. 22, noie 1 ) un passage relatif aux prosélytes de la Corduènc 



CHAPITRE XXI\. 403 

(-ertes, ce calme apparent n'était pas dû à l'indifFérence. 
Les relations intimes qui continuaient à régner entre les Juifs 
de la Palestine et ceux qui vivaient dans l'exil ne laissent point 
de doute sur l'attention soutenue qu'ils prêtaient aux événe- 
ments qui se passaient si près de leurs frontières; les Phari- 
siens, les savants docteurs des écoles eux-mêmes, malgré les 
sentiments naturellement pacifiques delà plupart d'entre eux, 
furent sans doute profondément agités à la première nouvelle 
des victoires que les Juifs avaient remportées sur leurs adver- 
saires. A l'horizon somhre apparaissait une lueur d'espérance, 
que la ville sainte allait encore une fois se relever de ses ruines, 
le sanctuaire renaître de ses cendres, et les cœurs de ces 
hommes pieux durent battre de joie. Dieu semblait donc avoir 
exaucé la prière fervente pour le rétablissement du temple 
qu'on lui adressait matin et soir M Dans les discussions, on 
avait eu égard à l'époque où la maison de Dieu serait recons- 
truite, et cette supposition devenait une réalité^! Le Thalmud 
raconte qu'un rabbin, ayant vu R. Ismaël incliner involon- 
tairement la lumière un soir de salibat, réinscrivit aussitôt sur 
ses tablettes : Ismaël , fils d'Elisée ,^ a penché la lumière le jour 
du sabbat; lorsque le temple aura été réédifié, il devra ofl'rir 
un sacrifice expiatoire-^. 75 Le moment paraissait donc proche! 
Si néanmoins la Judée ne se soulevait pas, c'est que la poli- 
tique prévoyante de Trajan cherchait à prévenir un événement 

et de Palniyre, d'où il résulte que les Juifs étaient très-nombreux dans ces contrées. 
Or Dion, Lxviii, 26, parle des montagnes de la Corduène (to KdpSvpov àpos), 
où Trajan éprouve une forte résistance lorsqu'il veut jeter un pont sur le Tigre. 

' Dans le Schemoné esré ou les dix-huit Bénédictions. 

2 C'est la phrase fréquente : ^npDn n">n nj3' mHD. 

' ]. Sabbat, 1, 6: lin niD\-i ^f^-^bn ]2 hn^fJDZ'^ ^DN^ ^Dp:"'D hif anD 

a(). 



/i04 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

dont les conséquences étaient incalculables. La Palestine for- 
mait comme une barrière entre l'insurrection qui agitai!, les 
provinces de l'Ouest, et la guerre qui sévissait à l'Est; si l'in- 
cendie y éclatait, les Juifs de l'Euphrate et ceux qui habitaient 
le Delta se donnaient la main, et un danger immense mena- 
çait toutes les conquêtes de Rome hors de l'Europe. Trajan le 
sentait si bien qu'une forte armée, confiée à ses meilleurs gé- 
néraux, surveillait le moindre mouvement de ce pays, et qu'a- 
près avoir confié le gouvernement de la Syrie à son parent et 
neveu par alliance Adrien \ il nomma encore Lusius Quietus, 
homme consulaire et ayant rang de préteur, gouverneur de la 
Palestine, pour le récompenser des services qu'il lui avait ren- 
dus contre les Juifs ^. 

L'énergie farouche de Quietus, qui, dans sa patrie, en Mau- 
ritanie, avait débuté par une forfaiture à l'honneur, à la suite 
de laquelle il avait été destitué de toutes ses fonctions ^, semble 
avoir imprimé une telle terreur à la. Palestine , que toute la 
guerre des Juifs, sous Trajan, fut plus tard appelée, la guerre 
de Quietus, le Polemos scliel Quietus*. On a voulu en conclure 

* Dion, Lxviii,33; lxix, i. 

"^ Dion, Lxviii , Sa : Lusius Quietus avait combattu avec un tel courage et avec 
tant de bonheur, Hiatz es Toiis soi paTnyv>iotas èyypa<privai, xai vnarciJaai , tt?s 
TE Tla^aïu'llvni ip^cii. 

"■ Dion, i. c. 

* DICp 72? D1D71D, Séder 'Olam, \ers la fin, et m. Sota, ix, ili. Nos éditions 
portent aux deux endroits D1l0"'î3, «Titus, n à la place de D1î3^p ; mais Azaria dei 
Rossi, Meor Enaim, c. xix, init. a trouvé cette dernière leçon dans un ras. du Séder 
'Olam, elle Mazhr, i86û, p. 2a, cite la même leçon dans un ms. de la Miscbna. 
M. Grœtz, IV, iio et suiv. ne laisse plus subsister aucun doute sur celte leçon. 
Mais il nous a été impossible de nous ranger à son avis quant à la prétendue insur- 
rection qui aurait éclaté en Palestine. Les mots de la Chronique d'Eusèbe où il est 
dit qu'Adrien soumit les Juifs, «tertio (Jérôme: ter) contra Romanos rebellantes,» 
sont tout aussi exacts si les Juifs ne se sont soulevés sous Trajan que dans les 



CHAPITRE XXiV. A05 

que la Palestine elle-même s'était insurgée contre l'empire et 
que Quietus n'avait pas seulement été chargé de contenir la 
population frémissante et de faire mettre en prison ou de faire 
exécuter tous ceux qui exciteraient les soupçons de l'ombra- 
geux général, mais de réprimer et d'étouffer dans le sang un 
mouvement qui aurait réellement éclaté. Cependant ni Dion, 
ni Eusèbe, ni nos sources rabbiniques, ne nous disent le 
moindre mot d'une lutte à main armée en Palestine vers la 
fin du règne de Trajan; aucun monument épigraphique ne 
cite rien de semblable, et il serait étonnant que Dion, qui 
mentionne l'insurrection des Juifs à Cyrène, en Egypte et dans 
l'île de Chvpre, se soit tu sur une révolte dans la Judée, si 
elle avait eu lieu ^ Expliquer ce silence par l'oubli de Xiphi- 
lin, l'épitomateur de Dion, ou bien parce que ce soulèvement 
était une conséquence si naturelle de la situation générale 
que l'historien a pu ne pas en parler, c'est pour le moins une 
façon étrange d'inventer des faits et de les soutenir 2. Nous 
avons du reste démontré que la tranquillité relative de la Pa- 
lestine sous Trajan pouvait être parfaitement motivée. Le Pole- 
mos de Quietus, dont l'issue terrible faisait, d'après la Mischna, 

pays de l'Afrique et de l'Asie , hors de la Palestine. La nomination de Quietus en 
Palestine, au moment où Trajan préparait une nouvelle expédition en Mésopo- 
tamie, était eu effet considérée par Adrien comme une disgrâce pour lui , disgrâce 
que Quietus paya de la vie. Adrien lui-même pensa plus tard diminuer l'impor- 
tance d'Anlioche et du gouvernement de la Syrie eu faisant de la Phénicie une pro- 
vince particulière (Spartien, Hadrianus, c. xiv). Mais, en considérant la conduite 
d'Adrien envers les Juifs de la Palestine lors de son avènement au trône impérial 
(voyez ci-après, p. ûi 3), il est permis de supposer que le gouverneur de la Syrie 
avait conseillé la douceur et des mesures de conciliation à Trajan, qui n'en voulut 
pas, et qui répondit par l'envoi de Quietus. 

' Dion, Lxviii, 39. 

■^ M. Volkmar, Emdbuch der Eirdeitung in die Apokryphen, première partie : 
Jï{dit/i,Tûbingen, 1860, p. 56 et suiv. 



406 HISTOIKK [)K LA PALKST I M-. 

décréter par les docteurs (|ije, en signe de deuil, les fiancées 
ne porteraient plus de couronne, et qu'on n'enseignerait plus 
le grec aux enfants ^ v nous prouve, par cette dernière dispo- 
sition surtout, qu'il s'agissait d'une guerre contre des Hel- 
lènes, et qu'on n'avait pas besoin de la placer en Palestine 
pour (ju'elle provoquât ces décisions. 

Nous connaissons du reste, par un exemple, l'administra- 
tion de Quietus. «Julien et Pappos, deux frères, furent faits 
prisonniers à Laodicée. Si vous êtes de la nation de Hanania, 
de Mischaël et d'Azaria , dit (le général), eh bien! que votre 
Dieu vienne et vous sauve de mes mains comme il a sauvé ces 
trois hommes de la main de Nabuchodonosor. — Hanania, 
Mischaël et Azaria, répondirent les frères, étaient de vrais 
justes, Nabuchodonozor, un roi parfait, qui méritait d'être l'oc- 
casion d'un miracle; mais toi, tu es un tyran, indigne de de- 
venir la cause d'un miracle. Si nous avons mérité la mort de- 
vant le ciel et que tu ne nous tues pas. Dieu a bien des moyens 
à sa disposition, des ours, des lions, des serpents et des scor- 
pions en grand nombre, pour nous atteindre; si tu nous tues, 
Dieu te demandera un jour compte de notre sang, que tu auras 
versé. On raconte que (le général) n'avait pas encore quitté 
les lieux que, sur un décret arrivé de Rome, on l'assomma-, w 

' m. Soia, IX, i3 : idV"' iibu^ m'73 nnny 'jv nu diî3"'p bc-' did^ids 
D^:v ^:2 du din. 

-' Gla.se sur Meirillat Ta ami, i 2() : VnX DIDD DNI DIJ"'"''?!'? riN* CDrili; 

DDNnVK N3'> DriN nnî^M 'jNîy^'D n-'aan bz' vd^d dk idn N"'"'p"'n'?3 
i2:iDn: t«d nnî^i H'NiyD n-'jjn'? H^iirw -[-^12 n"'D DDriN '?"'2J"'t 

Dw^h "«IN") pKi nriN yc'-i i'^d nriN 'pax n"» hv oa Dwvb "'INii n^n 
nain i:;-)"in nriN pN dni [d^dî:''? ni?] hît'D \'i'^^n i:n"! "jt» 'jy c: 
D'-aipy nain n^vm nain mnN ni^n u^im n3"in dipd'? tr"» D'-mn 



CHAPITRE XX1\. /,07 

Julien et Pappos étaient d'Alexandrie'; fugitifs en Palestine, 
ils avaient peut-être excité les soupçons de Quietus, qui avait 
été à la tête des légions en Egypte et à Cliv ])re , et ils n'échap- 
pèrent à la mort que par l'arrêt qui frappa le général lui- 
même. En effet, la nomination en Palestine d'un homme du 
rang de Quietus avait été faite par Trajan au détriment d'A- 
drien, le gouverneur de la Syrie, qui, selon Dion, en conçut 
un vif ressentiment contre son rival; car l'empereur, c'est en- 
core Oion qui le raconte, n'avait adopté aucun successeur et 
semble avoir hésité entre Quietus et Adrien. Devenu empereur, 
Adrien se débarrassa de Quietus en le faisant mettre à mort 2. 
Ce fait de la mort violente de Quietus, attesté par Dion, 
et qui n'a jamais été mis en doute, nous a engagé à attribuer 
l'accusation de Pappos et de Julien à ce général, bien que, 
par une erreur qu'on comprend aisément, nos textes portent 
ou semblent sous-entendre Trajan lui-même. Cette erreur peut 
s'expliquer par plus d'une raison : Quietus était le représen- 

n'? nOK yi''D- M-'D! i^nri'? n'npn iti:? i::-nn nriN ont 1:2 lyas"»^ 

myp331. Celte glose est précédée des mots ClJ^^Tlîû QV , ce qui ne laisse pas 
de doute sur le sujet de DDnU. Le passage se retrouve Sifra sur Emor, c. vin, où 
on lit par erreur DIj'^^ID pour 'î3 ; les deux mots que nous avons ajoutés au 
texte sont pris dans celte version. Ce passage se lit encore Midrasch sur Kohelet, 
m, 17, qui porte innCD pour DDni!?D, évidemment par erreur. Enfin Ta'anil, 
18 b, le mot "j'^T'D est suivi par ]3"in ]D '^D "Ji? F)N1, «et il les tua néan- 
moins ,r> leçon qui a été motivée par le sort final de ces deux martyrs; placés ici, 
ces mots forment un anachronisme. (V'oyez ci-après, page iaa.) 

' Sifra sur Lévitique, xxvi, 19 : □W'jH ^h''H CDTi* ]M(2 DU \-n3*ù*T 

"Je briserai l'orgueil de votre force , c'est-à-dire les hommes fiers qui sont l'or- 
gueil d'Israël , tels que Pappos ainsi que Julien d'Alexandrie et ses compagnons.- 
Les deux mots que nous avons retranchés 5onl l'effet d'une contusion. 
- Dion , LXix, 2. 



408 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

tant (Je l'empereur en Palestine, et, dans son entourage, consi- 
déré comme le successeur de Trajan. La mort de Trajan, arri- 
vée à Sélinonte en Gilicie, par conséquent non loin de la 
Syrie, avait été tenue secrète pendant quelque temps, et l'exé- 
cution de Quietus l'ayant suivie de bien près, la confusion 
était donc facile. Sous l'influence des événements si graves 
pour les Juifs qui marquèrent la fin du règne d'Adrien, le nom 
de Quietus s'oublia vite, tandis que celui de Trajan resta gravé 
dans toutes les mémoires ^ Enfin le glossateur du Megillai 
Ta 'anit avait rattacbé l'événement relatif aux deux frères Alexan- 
drins à la journée du i 2 adar, appelée par le chroniqueur 
simplement lom Tirion ou Turianos, c^ jour de Trajan ^. n 

Si le Polemos de Quietus a fourni un prétexte pour suppo- 
ser une guerre en Judée, \e jour de Trajan, inscrit dans la 
Chronique du jeûne, en a donné un autre pour inventer une 
victoire que les Juifs auraient remportée sur les Romains dans 
les derniers jours de Trajan. Les historiens qui ne parlent 
pas de la guerre doivent à plus forte raison se taire sur la vic- 
toire; mais le livre apocryphe de Judith, d'après quelques sa- 
vants allemands, serait destiné à suppléer à ce silence, et don- 
nerait l'histoire de cette insurrection. Le peuple juif y serait 
représenté par Judith, Trajan par Nabuchodonosor, et son gé- 
néral Quietus par Holopherne; le livre de Judith, commele 
livre d'Ester, serait au fond une Megilla écrite pour perpétuer 
le souvenir heureux du triomphe de la nation juive sur le nou- 

' Ainsi s'explique l'erreur signalée, ci-dessus p. 4oi , note i. 

- Le nom de Trajan est transcrit en hébreu de bien des façons : D1j^D"1t3 (Mt- 
drasch sur Echa,i, 16) ,'DMV2M^ ( j. Soucca , v, t ), DIJJIÎÛ (/a/toiU, 1 , 953), 
Dli-iniû ( G/o«e sur Megillat Ta'anit, S 29), p''-)"'ÎO (j. Megiîla, i, 6), pn^n 
(j. Ta'aniti ii, 1 3 ). Toutes ces formes, quelque différentes qu'elles soient, ont ce- 
pendant la tendance commune de rendre le^ du nom, ce qui exclut de prime 
abord toute pensée de Tyraimus ou Totirnus. 



CHAPITRE XXIV. 409 

veau Haman ^ ! Rien cependant ne nous paraît plus apocryphe 
que cette guerre même. Les journées inscrites dans la chronique 
sont bien loin d'être toutes des dates victorieuses^. Nous en 
rappelons particulièrement deux, consacrées à la mort des deux 
rois, Janée et Hérode, et instituées comme fêtes parce que, 
comme dit le glossateur, «c'est une joie devant Dieu quand 
les tyrans quittent cette terre ^. » Le jour de Trajan devait 

' Cette thèse , soutenue d'abord par M. Volkmar dans plusieurs articles de jour- 
naux périodiques, a été ensuite exposée et longuement développée avec une rare 
sagacité et une vaste science dans le //anrftwc^, que nous avons cité, p. 4o5, note 2. 
L'auteur trace tout le plan de campagne de Quietus en suivant pas à pas le Sosie 
du général romain, Holopherne. Il y a toujours de l'arbitraire dans ces tentatives 
de transformer une œuvre d'imagination en un livre historique et de prendre jus- 
qu'aux caprices d'un écrivain oriental appartenant à une époque de décadence pour 
autant de traits calculés et précis d'un auteur sobre et sérieux: rien ne le prouve 
mieux que l'essai fait, à son tour, par M. Hilgenfeld, Zeitsch. fur wissenschaft. 
Théologie, IV, 1861, p. iSi et suiv. qui voit dans le livre de Judith l'image des 
temps d'Antiochus III, surnommé le Grand. Tout en rendant justice au talent in- 
contestable de M. Volkmar, dont l'erreur même a été encore profitable à la science , 
je ne saurais partager l'admiration de M. Grtetz pour les résultats qu'a obtenus le 
savant professeur de Zurich (IV, 45.3). Le long et pénible voyage que j'ai faità tra- 
vers l'agada m'a convaincu que quelques vagues souvenirs historiques seuls ont 
pu s'égarer par-ci par-là dans les compositions improvisées des prédicateurs qui 
assaisonnaient leur morale par des contes et aimaient à être amusants en même 
temps qu'ils édifiaient leur auditoire. Pour dégager un peu d'or dans ces masses 
de scories, il faut qu'on appelle à son secours l'histoire authentique et déjà consti- 
tuée ; quelquefois le petit résultat qu'on obtient augmente la lumière , et fait mieux 
comprendre ce que l'on savait déjà. Mais jamais on ne fera de l'histoire avec les 
œuvres d'imagination comme Judith , Tobie , Baruch , Hénoch , et tant d'autres livres 
semblables. Ce sont des romans de tendance. Judith en particulier parait être écrit 
pour mettre en relief le mot de Debora : «Par la main d'une femme, Dieu livrera 
Sisera {Juges iv, 9).?) L'histoire de la destruction du premier temple, l'histoire de 
Debora etiaël, celle d'Assuérus et Ester, ont fourni chacune un trait, une phrase, 
mais l'auteur n'a pensé qu'à consoler ses coreligionnaires et à leur donner du cou- 
rage. 

- Volkmar, l. c. p. gS et 96. 

•^ Megillat Ta'anit, S 21 et 2.5. 



410 HISTOIRE DK LA PALESTINE. 

donc rappeler aussi aux générations futures une mort (jui avait 
débarrassé les Juifs d'un ennemi cruel, comme Janée et Hé- 
rode. Le glossateur, selon son habitude, le rapporte particu- 
lièrement à la délivrance de deux hommes comme Pappos et 
Julien, qui, dans cette rencontre , avaient fait preuve d'intré- 
pidité en face des railleries de leur bourreau, et qui devaient 
montrer plus tard encore un grand désintéressement et mou- 
rir pour l'honneur de la Loi K Une fois engagé dans cette ex- 
plication, le glossateur préfère, comme dénoûment, la mort 
violente de Quietus à la mort naturelle de Trajan. Nous sa- 
vons bien que Trajan est mort au mois d'août et que la date 
de la Mégillat Ta'anit coïncide plutôt avec février-mars; mais 
il se peut qu'on ait réuni dans les trois jours des i 2 au ik adar 
les morts de Trajan, de Nicanor et de Haman,'ces trois per- 
sécuteurs des Juifs, ou bien, dans la chronique comme dans la 
glose, on a placé Trajan pour Quietus, dont l'exécution peut 
bien avoir eu lieu six ou sept mois après la mort de Trajan-. 
Nos sources rabbiniques nous racontent encore l'histoire 
suivante : «Trajan le tyran eut un fds le 9 du mois d'ab (an- 
niversaire de la destruction du temple), et les Juifs observè- 
rent leur jeûne, puis il perdit une fille pendant les journées 
de Hannouka (où le souvenir des victoires des Maccabées est 

' Dans le passage cité p. 607, note 1, ils sont nommés «l'orgueil d'Israël.-» 
'^ On attribue de même la destruction de la magnifique basilique des Juifs 
d'Alexandrieà Trajan (y iy)n Di:r311t3 n^nnn "'D1, j. 5oMcca, v, 1) , quin'a 
pas fait la guerre d'Egypte en personne. (La correction proposée par Grœtz, IV, 

660, note 1, pour le passage analogue de Soucca, 5i b: ]'1J''7Îûp in7lD1 
piplD DmiDD^N [HNJD "'D1 Di:"'D"lî3], est très-heureuse.) Les actes de ré- 
pression contre les Juifs d'Alexandrie sont attribuées par erreur à Adrien, Gittiii , 
57 b ; lalkout, I, 1 15. Dans le même passage, un peu plus loin, la prise de Beltar 
est mise sur le compte de Vespasien ! Ces sortes de confusion se rencontrent à 
chaque pas dans nos sources. 



CHAPITRE XXIV. 411 

fêté), et les Juifs illuminèrent. La femme de Trajan fit alors 
dire à son mari : Au lieu de faire des conquêtes parmi les bar- 
bares, viens achever la soumission des Juifs, qui se sont révol- 
tés contre toi. Trajan croyait mettre di\ jours à ce vovage , 
mais il l'accomplit en cinq. En arrivant, il trouva les Juifs oc- 
cupés du verset i 9 du Deutéronome , xxviii , ainsi conçu : Dieu 
va lancer contre toi une nation du lointain, des confins de la 
terre, rapide comme l'aigle, etc. — De quoi étiez-vous occu- 
pés? demanda Trajan. — De ce verset (qu'ils lui récitèrent). 
— C'est moi, dit Trajan, qui comptais venir au bout de dix 
jours et n'en ai mis que cinq. Aussitôt il les fit entourer de 
ses légions et tuer. Puis il livra les femmes à ses soldats en les 
menaçant de la mort. Ce que tu as fait à ceux qui sont déjà 
abattus, dirent les femmes, fais-le à nous qui sommes encore 
debout! Et il mêlait leur sang à celui de leurs maris, et le 
sang traversait la mer et allait jusqu'à Chypre ^ ?' Si ce car- 
nage avait eu lieu en Palestine, ce récit, quelque fabuleux 
qu'il soit, renfermerait cependant une trace de la prétendue 
insurrection de la Judée. Mais en examinant bien ce passage, 
que nous avons emprunté au Thalmud de Jérusalem, il ne 
reste aucun doute qu'il ne s'agisse de la défaite terrible que 
les Juifs avaient essuyée en Egypte, et les derniers mots de la 
relation contiennent même un souvenir de la boucherie qui 
eut lieu en même temps dans l'île de Chypre. Non-seulement 
le Thalmud parle d'abord de la destruction de la grande syna- 
gogue ou basilique d'Alexandrie, mais il met en tête de l'his- 

' j. Soucca, V, 1. Ce récit se Ut aussi Midrasch sur Echa, 1,16, avec quelques 
variantes. Après les derniers mots DITCp "!V □"'3 mn "IviTl, le midrasch 
ajoute encore "IDj , é\idemment la glose d'un ignorant qui prenait Chypre pour 
un fleuve. Du reste, si le mol faisait partie du texte, il aurait fallu TD"'p THj et 
non pas ID^ ")D^p. 



4!2 HISTOIRE DK LA PALESTINE. 

loire que nous avons rapportée , l'introduction suivante : «A 
trois endroits Israël a été averti de ne point retourner en 
Egypte , Exode, xiv, i 3 ; Deutéronome, xvii , i 6 , et ibid. xxviii , 
68. Cependant trois fois les Juifs y sont retournés et trois 
fois ils y ont succombé : une première fois, du temps de San- 
hérib, roi d'Assyrie [haïe, xxx, i et 3); puis, du temps de 
lohanan ben Karéali {Jérémie, xlii, i6), et une troisième fois 
sous Trajan'.» Cette histoire sert donc comme exemple du 
châtiment qui a atteint les Juifs pour s'être établis dans un 
pays qu'ils ne devaient pas habiter et ne se rapporte en au- 
cune façon à la Judée. 

Adrien, parvenu au trône par un acte d'adoption probable- 
ment supposé, était d'humeur peu guerrière^. Il importait à 
la dignité et à la sûreté de l'empire que la Méditerranée res- 
tât un lac romain , et que la possession de la Mauritanie, de la 
Cyrénaïque, de l'Egypte et de la Syrie, fût assurée; mais 
le nouvel empereur renonça à tout projet de conquête dans 
l'Orient et rendit aux Parthes leur entière indépendance. 
N'ayant ainsi plus rien à redouter des Juifs dans l'Est, il pa- 
raît avoir, avant de quitter la Syrie pour se rendre à Rome, 
calmé l'agitation des Juifs de la Palestine par de vagues pro- 
messes de reconstruire Jérusalem et de relever le sanctuaire. 
L'exécution de Quietus était dans ce cas le premier gage de sa 
bienveillance qu'il donna au Juifs. On était alors en ii8; 

' j. Soucca, l. c. Cette introduction, sans être suivie du récit, se retrouve Me- 
chilta sur VExode, xiv, i3 ellalkout, I, 2 53. En comparant ces deux passages , on 
voit que , dans le Thalmud de Jérusalena , manquent sans aucun doute , avant ^D^3 

DlJr^nîO , les mots DUHI ou DliVJnîû ■'D"'3 n^C?"''??^ m , que nous avons res- 
titués dans notre traduction. 

' Dans le passage de Midrasch sur Echa , ii , 2 fin , où l'on met sur le compte 
d'Adrien cinquante-deux et mémo cinquante-quatre expéditions, le nom d'Adrien 
est à changer en celui de Trajan. 



CHAPITRE XXIV. 413 

quarante-huit ans s'étaient écoulés depuis la destruction du 
temple par Titus; on était donc bien près des cinquante-deux 
ans qu'avait duré le premier exil; qu'y a-t-il d'étonnant que 
la malheureuse nation se soit laissé prendre à l'appât qui lui 
était ofFert, et que ce mystérieux nombre ait enflammé son 
imagination? On espérait donc, dans un avenir prochain, 
entre 1 18 et 122, le rétablissement de l'ancien culte ^ 

On ne peut concevoir aucun doute sur l'existence des pro- 
messes faites par le nouvel empereur. Déjà , pendant son sé- 
jour en Syrie comme gouverneur de la province, il semble 
avoir eu de nombreux entretiens avec R. Josué , l'homme le 
plus important alors parmi les Juifs ^ ; ces rapports continuèrent 
probablement lorsque Adrien, après son avènement à l'em- 
pire, resta encore quelque temps en Syrie. L'esprit aventu- 
reux d'Adrien, sa curiosité souvent puérile et son goût pour 

' Voyez ci-dessus, p. 19, note 1. Il y avait là évidemment un intervalle de 
quatre ou cinq ans pendan t lesquels on attendait la réalisation des promesses , vagues 
ou positives, de l'empereur; au début de cet intervalle tombe la fin de la guerre 
de Quietus, et à son expiration commence l'agitation produite par la déception. Ce 
sont ces cinq ans d'attente sur lesquels , bientôt après la prise de Bettar, il se répandait 
une incertitude qui semble expliquer le passage du Séder Olam relatif à la chro- 
nologie de cette époque. Nous le citons d'après le texte qu'avait sous les yeux Azaria 
dei Rossi {MeorEnaïm, c. xix): h^ DID^ID 1^ D'i:''''DDDX Su DIDViDD 

n2inD1 D"'Jîy 2N2''T1D]3 mD7D1.<'Depuisla guerre de Vespasien jusqu'à celle 
de Quietus, il y a 5a ans; de la guerre de Quietus au règne de Ben Kosiba, il y a 
16 ans; le règne de Ben Koziba dura 3 ans et demi.» (Le ms. de Dei Rossi ne 
portait pas le total que présentent nos éditions et qui est corrompu.) A la vérité il 
n'y a que quaranle-sept ou quarante-huit ans entre la prise de Jérusalem (70) et 
la mort de Trajan (117); mais il y a en effet seize ans entre l'avènement d'Adrien 
et la dernière guerre. Les cinq ans d'hésitation ont donc été comptés deux fois. 

* Nous avons cité un de ces entretiens, ci-dessus, p. 36 1. On peut en voir 
d'autres Béreschit-i-abba , c. xxviii; lxxviii, init. Midrasch sur Ruth, i, 17; sur 
Kohélet ,1,7; sur Ester, ix , a . 



414 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

les restaurations, s'accordent assez avec ces promesses, dont la 
pensée peut lui avoir été suggérée par son vénérable inter- 
locuteur, surtout si la Judée, pendant le soulèvement des Juifs 
dans les autres provinces, bien que profondément agitée, 
n'avait tenté aucune prise d'armes '. Ce que jamais empereur 
romain ne se serait laissé arracher par la violence, Adrien 
pouvait l'accorder au peuple, resté tranquille. Au surplus, 
sur le point de partir pour Rome, il se débarrassait Nolontiers 
d'un rival comme Quietus, dont les services devenaient su- 
perflus dès que le dévouement des Juifs était assuré. Ne pré- 
tendait-on pas, du reste, que, sous Titus, le temple n'avait 
été brûlé que par mégarde ? Le même empereur, tout en sé- 
vissant partout contre les révoltés, n'avait-il pas ménagé les 
docteurs à labné? Adrien ne pouvait-il pas affecter de réparer 
les malheurs involontairement causés par le légionnaire ro- 
main^? Ce que nous supposons comme probable est attesté 
d'une manière positive par le Thalmud, par Epiphane et par 
la lettre de Barnabas. Nous citerons plus loin le passage du 
Thalmud; mais Epiphane dit expressément que, c^ quarante- 
sept ans après que Jérusalem eut été changée en désert, 55 
Adrien résolut de reconstruire la ville et chargea de la sur- 
veillance des constructions son parent Aquila, le traducteur, 
qui était de Sinope dans le Pont^. La lettre de Barnabas ren- 
ferme les mots. «(Les Juifs) disent : Voyez, ceux-là mêmes 

' M. Grœlz (IV, 688) voit, au contraire, dans cettte concession de Tempereur, 
une nouvelle preuve d'une insurrection des Juifs en Judée sous Trajan. Nous ne 
pensons pas qu'après les victoires remportées sur les Juifs des autres contrées 
Adrien eût transigé avec ceux de la Palestine s'ils avaient été en révolte. 

- Voyez ci-dessus, p. 289. 

^ De ponderibus et mensuris, c. xiv. Le sanctuaire était cependant, d'après Epi- 
phane, exclu de la mesure de restauration. (Voyez Grœtz, IV, UltS, note 1; Volk- 
mar, 1 , 1 33. ) On lit une question adressée par Adrien à Aquila , j. Hagtga , 11 , 1 . 



CHAPITRE XX1\. /4l5 

((ui ont (l('truit ce sanctuaire le réédifieront \v mots qui se 
rapportent sans doute aux espérances que l'empereur avait ré- 
veillées. 

Seulement, grâce à la versatilité et à l'indécision d'Adrien^, 
les ennemis des Juifs parviennent à lui inspirer de la méfiance 
contre ce peuple. Aussi la ville et le temple se construisent, 
seulement la ville ne sera plus Jérusalem, mais jElia, et le 
sanctuaire ne sera pas consacré à Jéhova, mais à Jupiter Ca- 
pitolin ; la statue équestre de l'empereur même ornera le nou- 
vel édifice. Une guerre terrible éclate et est conduite de deux 
côtés pendant deux ans et demi avec une telle persistance et 
un tel acharnement, qu'elle coûte la vie à plusieurs centaines 
de milliers d'hommes et ctiange la Palestine en une solitude. 
Cette guerre, sur la date de laquelle on a longtemps hésité, 
commença, d'après Dion, lorsque, de retour de l'Egypte, 
Adrien eut quitté la Syrie, qu'il venait de visiter pour la 
deuxième fois. Comme les monuments épigraphiques attestent 
d'une manière certaine qu'Adrien est allé voir la statue de 
Memnon en 1 3 i , le soulèvement de la Judée doit donc être 
fixé aux années de 182 à i35, et, en effet, les inscriptions 
viennent encore désigner i35 comme la fin de la révolte^. 

' Le passage se Ut Grœtz, IV, A46, qui cite une dissertation de M. Volkmar, 
sur la lettre de Barnabas, i865, que nous n'avons pas pu nous procurer. 

^ Dion, LXix, 5 init. 

^ D'après Dion, lxix, 11-1 a, Adrien passa par la Judée pour se rendre en 
Egypte et revint de ce pays en Syrie. « On resta tranquille , ajoute cet historien , 
tant qu'Adrien fut en Egypte et ensuite pour la seconde fois en Syrie." Greppo, 
Mémoire sur les voyages d'Adrien, Paris, iSia, p. 228 et suiv, en résunaanl les 
recherches de Letronne, de ChampoUion-Figeac, etc. fait commencer le séjour 
de l'empereur en Egypte dans l'année i3o. Pour les monuments épigraphiques, 
je dois la note suivante à l'obligeance de M. Arsène Darmsteter, jeune érudit qui 
prépare un travail étendu sur la guerre juive sous Adrien : «Dans un diplôme mi- 
litaire où sont cités tous les litres officiels, et où certainement on n'aurait pas omis 



A16 HISTOIRE DK LA PALESTINE. 

Quinze ans se sont donc écoulés entre le moment où Adrien 
avait quitté Antioche pour prendre possession de l'empire, en 
laissant derrière lui le contentement et la joie, et l'époque où 
l'empereur part de nouveau de la Palestine, se riant des Juifs 
impatients de secouer leur joug; et leur soulèvement cepen- 
dant, d'après l'expression de Dion, causa une commotion dans 
l'empire tout entier ^ Nous sommes sans connaissances posi- 
tives sur ce long intervalle dans un temps aussi critique; et les 
rares récits sur la guerre elle-même, ainsi que sur les événe- 
ments qui l'ont précédée et suivie immédiatement, sont enve- 
loppés d'une grande obscurité. 

«Du temps de R. Josué ben Hanania, dit le Misdrasch-, 

celui de IMPER ATOR II, s'il avait déjà été décerné, on ne le trouve pas rap- 
pelé. 11 en est de même dans une inscription de Mommsen {Inscriptions du royaume 
de Naples, n" 6771 ). Pour l'année i35, on n'a aucune inscription qui fournisse 
des renseignements précis. Mais pour l'année i36 , on a l'inscription Orelli 5 et 
8i3, qui donne les litres :TRIBVNIC POTESTAT 5ÏX IMP ÎT COS ÏÏÏ, etc. 
etn" 9,986, qui porte également TRIB POT XX IMP ïï COS lîT, etc. Il y a 
donc eu une salutation impériale entre i34 et i36 ; par conséquent, une grande 
victoire remportée ; ce ne peut être que la guerre juive." D'après ce que nous avons 
dit p. 4 1 3 , note 1 , les rabbins ne sont pas en désaccord avec cette date. 

' Dion, Lxix, 1 3. 

^ Béreschit-rabba , c. lxiv : nW\n niD'PD HITi H'^^iH ]3 ytrin"» ") ''D"'3 

i^<''Din:N ly iD^D ]^î^Diîo Di:x"'V7i D1DD ^^''^^n iripDn n''2 n:Tu; 
|nDxi ''NniD i^b-iN i-'bîx dd")2j hD) anîi ^dd n'?"!: "'bu*'? ppDOD rm 
mjD iiS^Dnc?^ Nmc?i xjsnn xm^D xnnp pim nd^pd^ mnV yn^ 

nhu n^b ]nDX nn^ai T'nv: hd pn*? -)DN pariJ'- nî"? -jVm -ihn 

jMiii^ IN pDX ^'Dn n"''?^ ]iDDV IN nnriND hti"' ]'i:^"' ix iinV idni 
j^nD2:D n^Sip î*nm ]"in3 piin p:^N pn^D*i3 îdi pDN c'Dh n^:^D 
tid-'d'? ^''io ^''Da ]nîy nî^tid jinNi irs pon n'^m xnvpa Nina 
"1 '?ii?"' ;nDN Nî-)i3''s -jniyi KD-iDn d*: in in 'ju"' i^dn xm^bo Vv 
iDvi ï^ita nN lyni ^xr xnmNn np''î3d'?iddn N'im n>::n p ycin"- 
înn NtriN ^'>^a^< n"''? 3\t' n^jn n^b P'^dd tint Sd idn i:n33 qsv 



CHAPITRE XMV. 417 

lorsque l'empire lyranni([ue ordonna de reconstruire le temple, 
Pappus et Julien établirent, depuis Acco (Ptolémaïs) jusqu'à 
Antioche, des comptoirs de changeur qui fournirent aux Juifs 
revenant de la captivité l'or et l'argent dont ils pouvaient avoir 
besoin. Mais les Samaritains vinrent dénoncer les Juifs : Si 
cette ville est rétablie, insinuèrent- ils, que l'empereur le 
sache, les Juifs ne payeront plus ni impôts, ni tribut, ni 
taille. — Que faire, répondit l'empereur, l'arrêt est rendu? 
— Fais-leur savoir, reprirent les Samaritains, qu'ils devront 
changer l'emplacement, ou prendre (pour la construction) 
cinq coudées de plus ou de moins (qu'il n'y en avait dans 
l'ancien sanctuaire), et ils s'abstiendront d'eux-mêmes. Toute 
la population était pressée dans la plaine de Bèt Rimmon, et 
à l'arrivée des ordres (inspirés par les Samaritains), tout le 
monde se mit à pleurer et voulut se soulever contre l'empire. 
Quelques-uns réclamèrent un homme instruit pour apaiser la 
multitude et dirent : Que R. Josué ben Hanania, le docteur 
instruit dans la Loi, parle au public! R. Josué prit la parole 
en ces termes : Un lion ayant dévoré sa proie, un os lui resta 
dans le gosier. Il fit aussitôt promettre une récompense à celui 
(|ui le lui retirerait. Une cigogne au long bec se présenta, et 
avec son bec elle enleva l'os. Elle demanda son salaire. Va, 
lui dit le lion, vante-toi d'avoir fait entrer (ton bec) dans la 
gueule d'un lion et de l'avoir retiré sain et sauf. Qu'il nous suf- 
fise donc (dit en terminant Josué) de nous être mêlés à cette 
nation et d'en être quittes sans dommage. » Nous retrou- 
vons dans ce récit les deux frères, Pappus et Julien, qui, sous 

h"ii n3N •'b an V'N n-'pDNi nnpiD n-'n"» yia nnpiDi nNnjjD K-iip 
i:"»"»i iD n'punnpD:! nb^^ n^iai xdidV nb^'^i nciNi Mtd Nnn b^t 

01*7^3 UKÎÎ^I n^bvn 1î nDIx'? IJDJD::^. La délation des Samaritains est 
empruntée à Ezra , iv, i 3. 

I. 27 



418 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

Trajan ou Quietus avaient failli payer de leur vie les njent^es 
révolutionnaires auxquelles ils s'étaient livrés. 

Pendant que Josué faisait ainsi des efforts pour prévenir 
une nouvelle lutte, Akiba paraît avoir entrepris de fréquents 
voyages pour organiser la résistance et exciter à la sédition '. 
L'esprit de calme et tout de conciliation que Josué avait mon- 
tré dans le bèt-din, il le conserva et chercha à le répandre 
dans ces circonstance difficiles^. Plus qu'octogénaire, il se rap- 
pelait certainement avec une profonde tristesse les scènes dé- 
chirantes auxquelles il avait assisté, jeune encore, après la 
prise de Jérusalem. Moins âgé que son collègue, et surtout 
plus ardent et plus téméraire, Akiba s'entoure de la jeunesse 
vouée à l'étude, et en forme comme l'avant-garde qu'il va lan- 
cer contre les Romains ^. Le Thalmud parle d'un séjour de 
Josué à Alexandrie ^, et Adrien , dans une lettre qu'il adresse 
de cette ville à son ami Servianus, mentionne la présence 
dans la capitale de l'Egypte d'un chef de la synagogue (^archi- 
synagogiis) , qui est peut-être Josué lui-même ^; le vieillard, 
que l'empereur avait autrefois admis dans son intimité, lors 
de son premier séjour en Syrie, espérait probablement le faire 
revenir sur la décision qui consacrait le temple à Jupiter et 

' Akiba visita les ports de ia Méditerranée {Bosch-haschann, afi a), Zephy- 
riiim, sur la côte delà Cappadoce {]^^Z'( ,Sifré sur Nombres ,$ U; j. Baha-Kamma , 
IX, 9; b. ibid. ii3 b; j. Ahoda-zara, 11, A; Bamidbar-rabba , c. viii; lebamot, 
121 b; cf. Jos. B. J.l, xxiii, 4); Nisibe {Sabbat, 96-97), Tlbérie ou la Géorgie 
(^p''")DN ; voy. M. Harkavy dans la Jiid. Zeilschrifl, V, 3o) et d'autres contrées en- 
core. II est pour le moins probable que la politique n'était pas étrangère à ces 
voyages. 

^ Sota, /19 b: «Avec la mort de R. Josué se perdirent le bon conseil et ia sage 
réflexion, n 

■ Voy. ci -dessus, p. 896, note 1. 

' Nidda, 69 b. 

'■" \ ofhcuR, Saturninus . c. viii. 



CHAPITRE XXIV. 419 

([ui devait amener de grands et terribles mallieurs. Tuules les 
démarches de Josiié furent vaines; affligé de cet insuccès, il 
jnourut bientôt après son retour en Palestine; du moins, de- 
puis le commencement de la guerre, il n'est plus question de 
ce docteur. Adrien revint en Syrie, mécontent et irrité contre 
les chrétiens aussi bien que contre les Juifs; la ville d'Antioche 
faillit supporter les effets de sa colère \ En la quittant au com- 
mencement de son règne, il avait nommé gouverneur de la 
province Catilius Severus, qui était probablement l'expression 
de ses sentiments doux et bienveillants; cette fois, il y laissa 
Tinnius ou Ticinius Piufus, homme cruel et sanguinaire, que 
les Juifs ne connaissent que sous le nom légèrement trans- 
formé de Tyrannus Rufus ^, 

La tradition juive attribue le commencement de la guerre 
à une cause futile^; au milieu d'une agitation aussi grande, le 
moindre prétexte suffit souvent pour amener l'explosion. Spar- 
tien écrit que la défense de la circoncision , faite par Adrien , 
avait déterminé la révolte^. Le Thalmud dit, en effet, qu'il v 
avait déjà pendant la guerre beaucoup de Juifs qui avaient ca- 
ché les effets de la péritomie; il se peut certainement que déjà 
avant le soulèvement, et avant les lois de persécution édictées 
par l'empereur contre les pratiques religieuses, Adrien ou Ru- 
fus aient étendu les ordonnances sévères contre la castration, 
alors en vigueur dans tout l'empire romain , à l'opération qui 
était pour les Juifs une prescription religieuse ^. Mais nous 

' iËiius Spartianus, Hadriamis, c. xiv. 

^ On iit rarement D1D1") DTJIîû; mais la plupart du temps, C1D1") D1JT1Î2. 

•' Gittin, 57 a. 

* Spartianus, /. c. tMoverunt ea lempestate et Tudœi bellum, quod vetabantur 
mutilare genitalia.» 

' j. Sabbat, xix, 2 : (^R. José dit : Du temps de Ben Koziba, beaucoup avaient 
pratiqué l'épiplasme, of tous, circoncis de nouveau , ont vécu et engendré des fds el 

•J7. 



420 HISTOIHE DE LA PALESTINE. 

ne pensons pas que ce fût là l'origine (Je la sédition. Dion, 
enfin, raconte que la guerre éclata parce qu'Adrien avait 
transformé Jérusalem en une cité païenne et élevé un temple 
de Jupiter sur l'emplacement du sanctuaire. Nos sources sem- 
blent, au contraire, considérer ces travaux plutôt comme la 
conséquence finale de la défaite. Mais rien ne s'oppose à ce 
que le décret de l'empereur ait été le signal de la guerre 
et que Dion ait confondu l'exécution du projet avec le projet 
lui-même; la réalisation devait en être retardée par les luttes 
sanglantes pendant lesquelles Jérusalem était entre les mains 
des Juifs et ses environs occupés par les armées des combat- 
tants ^ 

Nous pensons que l'insurrection commença au printemps 
de l'année 1 89 , et que les disciples d'Akiba en furent les pre- 
mières victimes ^. Akiba lui-même fut fait prisonnier et en- 
dos filles ^^(□■'an Ti"'bim vm 'ih'O fi'iD'i Nn'>îi3 p ■•d^d rn pDi^D nnnn 

m331 ). Voyez nussi Bereschit-rabba , xli, fin, et lebamot, 'j-2 a. Il n'est pas pro- 
bable que l'époque qui aurait commencé seulement après la défaite ait été désignée 
par le temps de Ben Koziba. — Les lois contre la castration dont on a fait l'appli- 
cation aux Juifs sont citées Frankel, Dorhé Hammischna, p. 169, note 1 ; Antonin 
le Pieux établit une exception en faveur de la ci^rconcision. 

• Dion, LXix, 12. La m. Taanit, iv, 6: T-yn ntrinj"' -)n''3îmDVj, «Bet- 
tar fut prise, et la ville (de Jérusalem) labourée," semble en effet indiquer que 
les choses se sont passées dans un ordre inverse. Mais la mobilité du caractère 
d'Adrien, qui avait été trois fois en Syrie, lors de son avènement, avant son départ 
pour l'Egypte et à son retour de ce pays, permet de supposer des décisions bien 
différentes au sujet de la restauration de Jérusalem. Dion, qui cherchait un motif 
spécial à l'insurrection , a pu facilement se méprendre sur l'ordre dans lequel les 
événements se sont suivis. (Voy. Grœlz , IV, /i5i.) 

« Bei-esehit-rabba,c. lxi; lebamot, 62 b: mS^ IVI HDDD "IflD D^ID N:n 
«Une baraita dit que tous moururent entre Pâques et la Pentecôte. n Ces passages, 
il est vrai, ne disent pas que les disciples d'Akiba auraient succombé dans une 
guerre, mais il est permis de le supposer. La synagogue rattache à cette mort cer- 
taines habitudes de deuil qui sont encore observées à cette époque de l'année. 



CHAPITRE XXIV. fr2\ 

fermé par Rufus; le proconsul le réservait peul-élre en sa 
qualité de meneur pour le triomphe futur d'Adrien ^ Cette 
humiliation lui fut épargnée : Adrien n'aimait pas ces solen- 
nités militaires; puis rtles pertes des Romains dans cette guerre 
avaient été si considérables , que l'empereur, en s'adressant au 
sénat, ne se servit pas des mots que les généraux mettaient 
ordinairement en tête de leurs rapports : Si vous et vos en- 
fants, vous vous portez bien, j'en suis aise; moi et l'armée 
nous nous j)ortons bien -. w Eléazar ben Azaria s'était enfui en 
Galilée, à Sepphoris, où il s'était caché, ainsi que R. lesche- 
bab, R. Houtzpit, R. Halaphta et R. lohanan benNouri^. Les 
deux premiers figurent parmi les martyrs; Eléazar est proba- 
blement mort dans cette retraite, puisqu'il n'est plus question 
de lui après Adrien. Siméon, le fils de Gamliel 11, le pa- 
triarche qui n'était pas entré en dignité, put échapper par la 
fuite aux recherches dont il était l'objet, grâce à l'amitié d'un 

' Malgré son importance , Akiba n'a jamais occupé une dignité officielle. R. Josué 
étant mort au début de la guerre , Tarplion resta à la tète du bèt-din , et Siméon III , 
fils de Gamliel II, bien que le moment eût été mal choisi pour une installation so- 
lennelle, commença à être considéré comme rîasi. Nous ne pensons pas qu'on puisse 
citer un passage thabnudique à l'appui de l'opinion de M. Grœtz (H, 1^9), qui 
prétend «qu' Akiba avait été alors, sans aucun doute, reconnu comme chef du 
judaïsme. n (Voyez ci-dessus, p. Sgô.) Ce projet de Rufus de faire jouer à Akiba 
le rôle lugubre que Siméon ben Giora avait rempli dans le triomphe de Vespasien 
résout les difficultés que M. Frankel, Darké Hammischna , p. i9i, a soulevées au 
sujet de la longue captivité de ce docteur. 

- LXIX, ili. 

3 Ceci résulte de tosef. iTe'iim, c. XII cbSN p32;i^ VnU C2^:pî "3 H'vyyD 

"131 m: p pnr 'ni. Sur le sens du mot vyin, voyez ci-dessus, p. 3/i 1, note 1 . 
Halaphta, le père de R. José, vivait d'ordinaire à Sepphoris, et R. lohanan ben 
Nouri à Rèt Schearim (voyez ci-dessus, p. 807), à une courte distance de cette 
ville. Je ne sais pas pourquoi M. Frankel , /. c. p. 1 33 , note 2 , a trouvé ce passage 
ff inintelligible.» 



/|2'> IIISTOll'.K l)i; I.A I'ai>esti.m:. 

noble roiJiuiii. qui l'uverhl à lem])s '. Pappuset Julien, qui de- 
vaient être des agents infatigables de la résistance, semblent 
avoir été pris au début de la guerre; ils furent exécutés, et, à 
celte occasion , on abolit la fête qui avait été instituée peu 
de temps auparavant en souvenir de leur délivrance miracu- 
leuse-^. 

• Ta (mil, 2()a: p"l Vi? îl'^U HIT:: "-^S"'."!."! DN DIDIT DllIlÛ V~)n^D 

b:f2 -IDN1 ci-Dn n^33 imn inx ]Mii m njnnV ViVbD: [p ]^:!^'€] 

"lit îypDDD D'Q'Un hv2 Vpnnr:! niûinn. rrLorsque Riifuseut iait passer la 
charrue sur l'empiacement du lemple, R. [Siniéon ben] Gamiiel fut condamné à 
morl. Alors un seigneur se présenta à l'école et dit : On recherche rhomme au nez 
relevé, etc." La correction de R. Siméon ben Gamiiel pour R. Gamiiel a été pro- 
posée avec raison par F'rankel et Grœtz. 

^ j. Sanhédrin, lu, 5, on énurnère les lois pour lesquelles il faut souffrir plu- 
tôt le martyre que de les transgresser, et on ajoute qu'en public il faut affronter 
la mort même pour les préceptes les plus insignifiants, f comme Pappus et son 
frère Julien, auxquels de l'eau fut présentée dans un verre de couleur, qu'ils n'ac- 
ceptèrent pas. 75 Les Juifs ne buvaient pas le vin des païens parce qu'il pouvait avoir 
servi aux sacrifices des idolâtres. Dans ce récit, on offrit aux deux frères de l'eau 
dans un vase coloré avec l'intention de faire accroire à la fouie (pi'ils avaient bu du 
vin défendu, mais Pappus et Julien rcfiisèrent pour ne pas avoir nii'me l'appa- 
rence de violer la Loi. Qu'on ne s'étonne pas des connaissances de loi thalmu- 
dique que supposa la tentation du gouverneur romain ; il y avait sans doute dans 
les conseils de Rufus des Juifs assez pervertis pour le guider dans cette besogne. 
Cette espèce de renégats n'a manqué à aucun pays envahi par l'étranger. A l'époque 
où nous sommes, nos sources connaissent surtout un délateur, Elisée, sur lequel 
voy. les passages cités ci-après, p. 'i 3 o, note 3. — Par rapport à l'exécution ordonnée 
par Rufus, on fil j.Meg-(7/rt, i , (i : D1DD1 Di:"»"''?!'? HnW DV ]V1^U DV '7103. 
«Le jour commémoratif (de la morl) de Trajan fut aboli le jour où Julien et Pap- 
pus furent tués, n 11 me semble certain que le Thalmud de Babylone Ta'anit , 1 8 b . 
en disant, n"':?Dîy (13) IJi^mi h^itin >'71ÎÛ3 iT'blDa n''D13 DUimiD DV 

Vna n^rîN* , «le jour commémoratif de Trajan lui-même a été aboli parce que 
Schemaïa et son frère Ahiïa ont été tués,» doit avoir en vue le même événement, 
et que Schemaïa et Ahiïa étaient les noms hébreux des deux martyrs qui, à Alexan- 
drie, avaient porté les noms grecs de Julien et Pappos. Seulement, nous avons 
mis entre parenthèse le mot 13, qui paraît de trop; en le maintenant, il faudrait 



CHAPITRE XXIV. à2d 

Avant d'être réduit en captivité, Akiba put encore saluer 
Ben Koziba, l'iiomme qui devait être l'âme de cette insurrec- 
tion. Le regardant comme le sauveur prédestiné d'Israël, il 
lui appliqua le verset de Nombres, xxiv, ly, rc Un astre (^ko- 
kab^ s'élance de Jacob,» et le surnomma Ben Kokaba (fds de 
l'étoile)'. Ce nom est resté au célèbre agitateur^, qui a pu 
pendant plusieurs années, avec une armée ramassée au basard 
et dépourvue de toute expérience militaire, tenir en écbec les 
soldats les plus aguerris du monde; on l'a qualifié plus tard 
d'imposteur, parce qu'il a échoué dans une entreprise où il 
n'eût été permis à personne de réussir^. Nous ne connaissons 
ni son prénom, ni l'endroit où il est né. Le nom de Siméon, 

supposer que par hasard l'exécution aurait eu lieu juste à l'anniversaire de leur dé- 
livrance antérieure. Il est bon d'ajouter que le nom d'Ahiiia n'est pas sûr, car Aruch, 
s. V. 3~)n, porte deux fois seulement: VriNI n'^V'D'V , et celte leçon est confirmée 
par le manuscrit de ce dictionnaire que j'ai consulté. L'erreur était facile et a beau- 
coup d'analogie avec celle que nous avons signalée plus haut, p. 3/i2 , note It , pour 
N3N. — Ces deux victimes de la tyrannie de Rufus furent appelées Tl^ ''jnn, 
«les exécutés de Lydda," et leur mémoire était particulièrement respectée; Mi- 
drasch sur Kohélet, ix, lo : Pesahim, 5o a, et ci-dessus, p. ^07, note 1 . On dirait 
difficilement si le nom de Lydda (11'?) n'est pasplacédansce passage pour Laodicée 
(N''pl1^). Là avait eu lieu déjà le premier procès de ces deux frères, et le gou- 
verneur de la Syrie pouvait avoir préféré celte ville à celle d'Antioche, qui était 
alors peu en faveur. 

' MidrMch sur Echa, 11 , 1 , à corriger d'après j. Ta'anit, iv, 8 (68 d). Cf. Eu- 
sèbe, H. E. IV, 6. 

2 Ce surnom ne se trouve que dans les sources chrétiennes; nous ne l'avons pas 
rencontré chez les rabbins. 

^ On jouait sur la racine 3ÎD, «mentir," qui se trouve dans XSMID p ou 3 
N3nD. Si la leçon du Midmschsm'Echa,u,i , Dp^^D 3D1D -]-n V))! nTi '1 
3Î1D N^N 3313 "'"Ipri ha, était exacte, R. lehouda Hannasi aurait commis cette 
injustice contre Ben Koziba. Koziba fut le nom du père; s'il s'agissait, comme on 
l'a avancé, de la ville de Kezib [Ecdippa) , nommée en chaldéen Keziba, on dirait 
Bar Koziba , comme on dit Bar Kochba; mais on rencontre tout aussi bien bm 
que bar: nous employons ben on hor, d'après les sources que nous citons. 



424 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

que portent les monnaies frappées de son temps, et qui est 
souvent accompagné du litre de ^^nasi d'Israël,» ne lui appar- 
tient pas; c'est celui de Siméon III, dont BarKokabaou Bar- 
cochba semble avoir reconnu l'autorité'. Il était le neveu de 
R. Eléazar de Modeïn , agadiste d'une grande renommée, qui 
avait vécu beaucoup avec Gamliel II et ses compagnons-; 
peut-être Bar Koziba lui-même était-il né à Modeïn et fut-il 
inspiré par les souvenirs historiques des Maccabées, qui de- 
vaient être particulièrement vifs dans ce bourg de la ban- 
lieue de Jérusalem, où les fds de Matathias étaient nés et où 

' Voyez ia seconde lettre de M. de Saulcy à M. de Witte sur la numismatique 
judaïque dans la Revue numismatique , i865. M. de Saulcy distingue entre les mon- 
naies portant la légende de Siméon Nasi d'Israël, qu'il rapporte à Siméon III, et 
celles sur lesquelles on lit seulement le nom de Siméon , qui désignerait Ben Koziba 
lui-même. Si cette distinction reposait sur la forme extérieure des pièces, je m'in- 
clinerais devant le coup d'oeil exercé du célèbre numismate. Mais comme l'absence 
du tilre derrière le nom a seule déterminé M. de Saulcy à enlever ces monnaies au 
patriarche, nous ferons remarquer que Siméon III, tout en ayant des droits non 
contestés à la dignité qui devenait héréditaire dans sa famille, n'était pas encore 
entré en fonctions et pouvait être ou ne pas être désigné comme nasi. D'un autre 
côté, nous comprendrions difficilement comment le général pouvait frapper mon- 
naie à son nom , une fois qu'il avait reconnu l'autorité de la famille de Hillel? Ce 
n'est pas que l'ambition de Ben Koziba ait grandi avec ses succès , puisqu'il y a 
aussi des pièces de la seconde année qui appartiennent sans contestation au pa- 
triarche. Nous pensons donc que tous les Siméons des monnaies sarfrappées dé- 
signent le nasi Siméon III, le premier patriarche de ce nom, puisque nous lixons 
le commencement du patriarcat à Gamliel II (voy. ci-dessus, p. 270, note 3). 
C'est aux numismates de déterminer le Siméon sans titre qui se rencontre sur des 
pièces sans surfrappes ; ils auront à choisir entre le nasi Siméon III et le fameux 
Bar Giora. Mais le prénom de Ben Koziba restera inconnu tant qu'on n'aura pas 
trouvé d'autre moyen pour le découvrir. 

2 Midrasch sur Echa, 11, a : trOn dit à Bar Koziba : Ton oncle R. Eléazar, etc. 
131 Tîy'jN* T "]ZI^2n.w Je ne sais pourquoi cette qualiûcation de habib a échappé 
à tous les historiens? Elle explique cependant la présence à Bettar de ce R. Eléazar, 
qui jouait autrement un rôle très insignifiant dans le cercle des docteurs qui en- 
touraient GaniHel II, 



CHAPITRE XXIV. A25 

un superbe mausolée couvrait leurs restes mortels. Un mi- 
drascli raconte : «Bar Koziba avait avec lui deux cent mille 
hommes, dont chacun s'était laissé couper un doigt (pour don- 
ner la preuve de son courage). Les docteurs lui firent dire : 
Combien de temps encore infligeras-tu aux Israélites des in- 
firmités? — Mais comment reconnaître leur bravoure? de- 
manda-t-il. — Eh bien! répondirent les docteurs, n'enrôle 
personne qui ne soit en état d'arracher un cèdre du Liban! Il 
eut ainsi encore deux cent mille hommes qui passèrent par 
celte dernière épreuve. Ben Koziba lui-même reçut sur le 
pied les pierres jetées par les catapultes des Romains , et tua 
plusieurs hommes en relançant ces pierres sur les ennemis'.» 

Bien que cette levée de boucliers fût principalement l'œuvre 
d'un Pharisien célèbre, une partie des docteurs n'avaient rien 
perdu de leur esprit de résignation ni de l'horreur que les 
moyens violents leur ont toujours inspirée. ^Eii voyant Bar 
Koziba, Akiba s'était écrié : Voici le roi Messie! Mais R. lo- 
hanan ben Torta lui répondit : Akiba , l'herbe aura poussé 
entre tes mâchoires avant que le Messie paraisse-, v Cette frac- 
tion des Pharisiens n'a pas plus que du temps de Titus cet 
enthousiasme qui ne calcule pas les chances de succès au mo- 
ment de tenter une entreprise aussi dangereuse ; mais il y en 
avait sans doute un certain nombre qui prenaient une pari 
active à la révolte, ou se compromettaient du moins aux yeux 
de l'autorité romaine. 

Les migrations du sanhédrin, ou plutôt du bèt-din, indi- 
quées pour cette époque, sont une preuve de l'agitation ex- 

' Midrasch sur Echa, ii, 2 ; j. Ta'anit, iv, 7. 

2 Ibidem : NîD^D Î^IH ]^1 IDX mn DnîlD -13 ^DH mn 12 Nî3^pi' "1 

iM p ;^nyi y^nbs n^2iyy iby» n2^j>if Nnmn p ]:nv n b"s Nn^iyn 



426 HISTOIRE DK LA PALESTINE. 

trême qui régnait alors parmi les Juifs de la Palestine, On nous 
dit et que le tribunal alla de labné à Uscha, d'Uscha à labné, 
puis de nouveau de labné à Uscha, d'Uscha à Schefaram, de 
Schefaram à Bèt Schearim, puis à Sepphoris et finalement à 
Tibériade'.» L'époque où le bèt-din est fixé à Bèt Schearim 
peut être considérée comme celle du rétablissement complet du 
calme dans le pays et de l'abolition de toutes les mesures de 
persécution édictées pendant et après la guerre par Adrien 
et Rul'us, et maintenues encore durant les premières années 
d'Anlonin le Pieux. Les quatre premiers changements de ré- 
sidence mentionnés dans notre texte appartiennent donc né- 
cessairement à l'espace de temps qui s'écoule depuis 1 1 5 ou 
1 i 6 jusque vers ihb. Il est permis de mettre le premier éloi- 
gnement de labné et le retour dans cette ville sur le compte 
des craintes d'un soulèvement qu'on redoutait vers la fin du 
règne de Trajan et de l'apaisement complet qui y succéda dans 
les premières années d'Adrien. Un port de mer tel que labné 
devait surtout éprouver le contre-coup des mouvements ré- 
volutionnaires qui eurent lieu en Egypte et à Chypre. Uscha , 
située en Galilée, offrit alors plus de garantie jusqu'au mo- 
ment où les Juifs de ces deux pays furent complètement vain- 
cus : on quitta de nouveau labné et l'on revint à Uscha lors- 
que l'insurrection de Bar Koziba éclata '-. 

' Iiosch-haschana,3ia: n:3^D1 nJ3^'? >sî::71ND1 Nî^yiN^ ^Z2^^2^ 

mD!:'? Dny^ n'élut ony^; D'^^h oinDîi/Di dvid^V nitindi n^in*? 

îT'TSÎÛ? "'")1D2îD1. En y ajoutant les trois migrations dont il a été question déjà, 
p. 201 (voy. note vin, à la fin du volume), le Thalmud en compte dix. 

'^ On se décidait difficilement à abandonner labné , la ville qui depuis R. lolianan 
ben Zacaï avait été considérée comme l'héritière légitime des privilèges de Jéru- 
salem. Quelques décisions, prises probablement vers cette époque à Lydda, la 
succursale de labné, se rapportent aux préceptes qu'il ne faut pas transgresser, 
dût-on même affronter la mort. Ni ces décisions, ni celles prises à Uscha ne portent 



CHAPITRE XXIV. Zi27 

Nous ne possédons aucun détail sur les événements de cette 
guerre. Dion nous raconte seulement que, plusieurs généraux 
romains ayant en vain cherché à étouffer la révolte, Adrien fut 
forcé de faire venir en Palestine Jules Sévère, qui avait fait 
preuve d'un grand talent militaire et d'un courage intrépide 
dans les îles Britanniques ^ La durée de la lutte et le nombre 
immense de ses victimes, nombre pour lequel Dion s'accorde 
avec les rabbins 2, témoignent encore de l'acharnement avec 
lequel on se battait. Mais les historiens ne nous disent ni dans 
quelle partie de la Palestine eurent lieu les rencontres, ni par 
quelles péripéties les Juifs passèrent avant d'être réduits. La 
situation de la ville de Bettar, dont la prise et la destruction 
décidèrent du résultat final de la guerre , est aussi inconnue , 
et il n'a pas encore été possible de s'accorder à ce sujet ^. Le 
même doute subsiste à l'égard de tda Montagne royale, 55 qui 
semble avoir été le théâtre principal de l'insurrection et qui 
est assez souvent mentionnée dans nos sources rabbiniques, 
sans qu'on ait pu préciser la montagne de la Palestine qui fut 
ainsi nommée. 

Notre sentiment est que l'ancienne province de la 'Judée 

en tête aucun nom des docteurs qui les ont prises. Seulement, iorsque l'ère des 
persécutions semble définitivement close , sept rabbins , désignés par leurs noms , 
adressent d'Uscha un appel aux anciens de la Galilée de venir enseigner ou s'ins- 
truire, Midrasch sur Cantique, ii, 5 ; mais ces hommes appartiennent à une nou- 
velle génération; ils avaient reçu l'ordination à Usclia même, entre cette ville et 
celle de Schefaram , par lehouda ben Baba , qui payait de sa vie cet acte de cou- 
rageux dévouement à sa religion {Sanhédrin, l'i a). 

' Dion, Lxix, i3. 

' Dion, 1. c. et Gittin, 67 a. 

■' On peut voir les différentes opinions sur Bettar chez Reland, Pala-stina, 
p. 689; Tobler, Dritte Wanderung in Palwstina, Gotha, i859,p. 101-ioA ; M. J. 
Levy, Geschichte d. jiid. Miinzen, p. 96; Robinson, Bihlical researches, 111, 267. 
Nous devons réserver la question pour la Partie géographique, s. v. 



428 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

seule était occupée par les Juifs révoltés. En limitant le ter- 
rain à défendre, Bar Koziba put mieux concentrer ses forces 
et exercer personnellement une surveillance plus active. La 
chaîne de montagnes qui depuis l'Idumée jusqu'à la Saraarie 
coupe toute la Judée du sud au nord et envoie ses nombreuses 
ramifications à l'est et à l'ouest, est cette Montagne royale 
appelée Har Uammelek en hébreu , et Tour Malka en clialdéen ^ 
Là, au nord et au sud de Jérusalem, les rois asmonéens et 
hérodiens se bâtirent des châteaux forts, dont quelques-uns 
défièrent longtemps les légions conduites par Titus. Dans 
cette contrée aussi devait être située la forteresse de Bettar ou 
Bettor, qui, comme son nom l'indique, était construite en 
guise d^ observatoire, et dominait tous les pays environnants^. 
Là enfin se trouvaient les cinquante places fortes et les neuf 

' M. Graetz, IV, iSg, semble identifier le "j'^Dn "in ou ND^D lllû avec la 
montagne d'Ephraïm. Mais il résulte de m. Schehiît, ix, a , et du j. ibid. 38 d, 
que la Montagne royale est à la vérité le Har lehouda, ou la montagne de Juda 
mentionnée dans la Bible. Voici la partie de cette mischna qui nous regarde : f La 
province de Juda (comme la Pérée et la Galilée) a des montagnes, des plaines et 
des vallées arides. La plaine de Lydda est considérée (sous le rapport légal) comme 
celle du Darom, la montagne de Lydda comme la Montagne royale. Depuis Bèt- 
Horon jusqu'à la mer, tout est regardécomme le même pays.n Dans leThalmudde 
Jérusalem, R. lohanan remarque à l'occasion du dernier paragraphe : « (Le pays 
entre Bèt-Horon et la mer) présente néanmoins aussi une montagne, une plaine 
et une vallée : de Bèt-Horon à Emmaiis est une montagne, d'Emmaùs à Lydda 
est la plaine, et de Lydda à la mer se trouve la vallée. ^ Il nous semble qu'un 
examen de ces données ne laisse pas de doute que la Montagne royale proprement 
dite ne soit au sud de Jérusalem , à laquelle on ajoute encore le fameux défilé de Bèt- 
Horon, qui était devenu si. fatal aux légions de Cestius. (Voy. ci-dessus, p. 261.) 
La Montagne royale avait donc une étendue plus grande que l'ancienne montagne 
de Juda , de même que la plaine de Daroma finit par comprendre aussi les con- 
trées plates des environs de Lydda. (Voyez ci-dessus, p. 38i , note 3.) Nous y re- 
viendrons dans notre Partie géographique. 

^ Voy. ci-dessus, p. 179, note 1. C'est l'opinion exprimée catégoriquement par 
Eusèbe, H. E. iv, 6, qui ne vivait pas loin du théâtre de la guerre. 



CHAPITRE XXIV. 429 

cent (jiialre-vingt-lrois bourgs importants qui, selon Dion, 
furent entièrement dévastés pendant cette guerre'. 

La Galilée, au contraire, ne fut pas atteinte directement, 
bien qu'elle ait fourni sans doute un fort contingent de com- 
battants à l'armée juive. Le nombre des païens demeurant dans 
les villes y était considérable : Antioche, le siège du gouver- 
nement, était assez proche et les garnisons romaines mainte- 
naient facilement le peuple en respect-. Aussi les docteurs 
paraissent s'être rendus dans cette province, les uns pour y 
attendre en cachette l'issue de la lutte terrible^, les autres, 
comme R. José ben Kisma et le lohanan ben Torta, que nous 
avons déjà nommé, professant ouvertement leur dévouement 
à l'empire *. Pendant que Jules Sévère poursuivait l'œuvre 

' Voyez Gittin, 57 a; Tanhouma, 67 c. Quelque exagéré que soit le nombre 
des villes ou bourgs qui , d'après ces passages, auraient été construits par les Asmo- 
néens et les Hérodiens dans la Montagne royale, il n'en résulte pas moins à quel 
point s'était accrue la population de la Judée à cette époque, un pen plus de 
soixante ans après la guerre si meurtrière de Titus. 

- M. Grœtz parle d'une première ligne de défense formée par Kaboul, Siliin 
et Magdala , trois places situées en Galilée entre Ptolémaïs et le lac de Tibériade. 
(Voyez surtout IV, 458 et suiv.) Mais dans le passage cité par Grœtz (Midrasch 
sur Echa, 11, 2; j. Taanit, iv, 8), il s'agit, à notre avis, de la guerre en Galilée 
qui a précédé la destruction du temple, puisqu'il y est question de l'impôt consi- 
dérable que ces trois villes payaient à Jérusalem et qui y fut transporté en voi- 
ture. Bien loin de se rattacher à la guerre de Bettar, ce morceau est destiné à 
faire ressortir la grande prospérité du pays avant la domination romaine et fait 
suite à la description fabuleuse de la fortune d'un pontife, Eléazar ben Harsom 
(ci-dessus, p. 335). Il sert en même temps comme terme de comparaison pour 
les trois grandes villes du Daroma: Kephar Bisch, Kephar Dichraïa et Kepbar 
Schililaïa, qui furent ruinées par la guerre d'Adrien. 

^ Tels étaient R. Eléazar ben Azaria (ci-dessus, p. iai), Hanina ben Teradion , 
lehouda ben Baba, et d'autres. 

* Aboda-zara, tS a: pmn p x:"':n T -pn NDDp p '<DV '1 nbn^2 
iDi n-nnDpmyi atrr nriNC yb^f tivcc' ''ini idi mD"''7Dn. ^Lorsque 



430 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

sanglante de la guerre en Judée, Tinnius Ruius continuait 
ses mesures de persécution dans le nord^ Le gouvernement 
romain interdit, sous peine de mort, la circoncision, l'obser- 
vation du Sabbat et l'étude de la Loi^. L'espionnage le plus 
tracassier fut organisé partout; des Juifs renégats, comme 
Elisée ben Abouïa, se prêtèrent à ce métier honteux et con- 
duisirent les légionnaires jusque dans les lieux secrets où l'a- 
mour de la religion avait réuni quelques hommes courageux 
affrontant le danger pour se livrer à l'étude ^ L'armée de Ben 
Koziba fut grossie constamment par tous ceux qui fuyaient de 

R. José ben Kisma tomba malade, R. Hanina ben Teradion alla le voir. Hanina, 
mon frère, mon frère, dit R. José, ne sais-tu pas que c'est le ciel qui a donné 
l'empire à celte nation. . . et cependant j'entends que tu continues à l'occuper de 
la Loi, etc.n Aussi ie Tbalmud ajoule-t-il que tous les dignitaires romains sui- 
virent son convoi. — Ibid. 17 b, on raconte comment un autre docteur, R. Eléa- 
zarben Parafa, qui fut fait prisonnier en même temps que ce R. Hanina, sut se 
tirer habilement de l'interrogatoire qu'on lui fit subir. Hanina ne fut pas aussi 
heureux et il tomba viclime de son courageux dévouement à sa religion [Sif ré sur 
Deutéron. S 807). 

' Sévère avait à côté de Rufus la mission que, dans les derniers temps de Tra- 
jan , Quietus devait remplir à côté d'Adrien, si l'insurrection en Judée avait éclaté 
alors. 

'^ Voyez les passages réunis par M. Rappoport, Erech Millin, p. 19-ai. D'après 
Meïla, 16 a, les décrets d'Adrien auraient interdit jusqu'au bain légal prescrit 
aux femmes juives. Est-ce à cette occasion qu'on aurait établi le bain ou miktva, 
entre Uscha et Schefaram dont il est question tos. Mikwaot, c. v, cité dans le com- 
mentaire de R. Simson de Sens, m. ibid. tiii, 1 ? Comme on le voit par l'acte 
d'ordination que R. lehoudaben Raba y accomplit, il y avait entre ces deux bourgs, 
situés dans les montagnes, des endroits secrets qu'on considérait comme impé- 
nétrables. Les bourgs eux-mêmes , habités par une population juive entièrement 
dévouée, et où R. lehouda ben Haï était né, avaient probablement peu d'impor- 
tance et devaient à la piété de leurs habitants et à cette circonstance même d'être 
inconnus l'honneur d'avoir été choisis pendant ces temps dangereux comme siège 
du tribunal. 

^ Voyez Ehsée, relativement à Midraxch sur Ftnth. m, i3: sur Kohèlel,\n, 8; 
j. Bagiga, II, 1 : b. ibid. i 5 a et b. 



CHAPITRE XXI\. 431 

la Galilée et qui préféraient tenter les chances des combats 
que de mourir sous la hache du bourreau ^ 

Jérusalem était sans doute entre les mains des insurgés; 
seulement cette ville, dans l'état dégradé où se trouvaient en- 
core ses murs et ses tours, aurait nécessité des travaux trop 
considérables si Bar Koziba avait voulu en faire le centre de 
la défense. On sait que le nord surtout est d'un accès très- 
facde et exigeait un triple mur pour soutenir le siège de Titus. 
Il préférait sans doute une forteresse dans la proximité, à 
l'ouest de Jérusalem, mieux disposée et offrant des moyens 
de défense plus naturels. Qu'on n'oublie pas, du reste, que 
Bettar était le dernier asile de la révolte, où le général juif 
se retira lorsque tous les pays de l'alentour furent tombés entre 
les mains de l'ennemi, et qu'Adrien ou Jules Sévère n'a pas 
plus assiégé Bettar pendant trois ans et demi, que Titus et 
Vespasien n'avaient employé le même espace de temps pour 
réduire Jérusalem. Les rabbins qui racontent les deux événe- 
ments les ont évidemment calqués l'un sur l'autre, en mettant 
dans tous les deux à la place de la guerre tout entière le siège 
de la ville, Jérusalem ou Bettar, dont la prise en forme le dé- 
nouement^. Le travail de l'assimilation entre les deux guerres 

' De cette façon on comprend mieux la présence dans l'armée de Ben Koziba 
de Juifs qui avaient pratiqué l'épipiasme et qui renouvelèrent l'opération de la 
péritomie, ci-dessus, p. /120, note. 

^ Nos sources donnent tantôt deux ans et demi {Séder 'Olamei Sanhédrin, 97 b), 
tantôt trois ans et demi {Midrasch sur Echu, 11, 2 et j. Ta'anit, 68 d: "S!^^ 
ir\''2b ")D''p D1JN''"nN r]"'pn ni'DDI n''i^\exaclement comme Midrasch sur 
Echa, I, 6 : obtyn'' TX Di:''DDDX ^^pn niJnDT n^m :y'?C', ci-dessus, 
p. 291, note 1 ). Ce dernier nombre est suspect à cause de sa parfaite ressem- 
blance avec la durée qui est assignée à la guerre de Vespasien. Les monnaies aussi 
ne vont du reste que jusqu'à la troisième année : les légendes portent successive- 
ment: Première année de la délivrance d'Israël (Hggeoulat Israël , ?NTiy^ ri7N3?), 



432 HISTOIRE DE LA PALESTIiNE. 

ne s'est pas arrêté là : Jérusalem avait déjà pris dans l'ima- 
gination complaisante des docteurs des proportions immenses 
qui dépassaient singulièrement la réalité; pour Bettar, dont on 
vantait plus tard l'étendue, les édifices et les institutions, la 
distance entre la fiction et la vérité devait être autrement 
grande'. Toute une génération avait été ensevelie sous les 
ruines des nombreuses forteresses de la Judée, chaque fa- 
mille considérable y avait son martyrologe; Jérusalem et ses 
environs, et nous supposons les décombres de Bettar situés 
dans ces environs, furent interdits aux Juifs. L'aspect des lieux 
ne pouvait donc en rien réduire à une mesure plus juste les 
contes pleins d'exagérations par lesquels les malheureux fils des 
victimes abrégaient les longues veillées de l'exil, et qu'une pos- 
térité crédule a prises pour de l'histoire^. En cherchant pour 
les ruines de Bettar un emplacement qui pût contenir le? 
quatre cents synagogues, dont chacune renfermait quatre cents 
écoles, fréquentées chacune par quatre cents élèves, dont parle 
le Thalmud; en explorant les environs de Jérusalem pour y 
découvrir un endroit assez étendu pour que le choc des armes, 
tuant et égorgeant dans un quartier, ne dérangeât point les 
danses joyeuses d'une noce qui se célèbre dans un autre ^; en 
voulant surtout que les centaines de milliers de Juifs, tombés 

Seconde année de la liberté d'Israël, et Seconde année de la liberté de Jérusalem , 
enfin : l'An trois. (Voyez les diverses combinaisons dans la lettre de M. de Saulcy 
citée ci-dessus , p. i 2 i , note i .) Ces formules pourraient répondre à la marche suivante 
des événements : les Romains sont battus et chassés dans la province de Judée, et 
l'indépendance du pays est déclarée; Israël recouvre sa liberté, et Jérusalem est 
prise; les revers commencent, et Ben Koziba est forcé de se retirer à Bettar. 

' Voyez ci-dessus, p. 11. 

^ Vovez les passages cités chez Grœtz, IV, ^62. 

■* Midrasch sur Echa, 11, 2, et j. Ta'anit, 68 d, où R. lehouda Hannasi est 
présenté comme appliquant de vingt-quatre façons le verset , «tDieu a détruit sans 
pitié, n à la catastrophe de Bettar. R. lolianan l'appliqua de soixante manières. 



CHAPITRE X\1V. 433 

pendant les deux ans et demi qu'a duré cette guerre, eussent 
pu se réunir, pour le moins, en grande partie à Bettar même, 
il a été impossible de rien rencontrer d'assez vaste, et l'on 
s'est créé, inutilement à notre avis, des difficultés insolubles. 
Voici comment nos sources racontent la chute de la forte- 
resse ^ : 'f Durant trois ans et demi Adrien tint Bettar as- 
siégé, pendant que R. Eléazar de Modeïn, en cilice et cou- 
vert de cendres, priait chaque jour : Maître des mondes, ne 
rends pas justice aujourd'hui. Lorsqu'Adrien voulut s'en aller, 
un Samaritain lui dit : Ne quitte pas, je verrai ce que je pour- 
rai faire pour te livrer la ville. Il passa par la porte et alla 
trouver R. Eléazar, qui priait. Il fit semblant de lui dire quel- 
que chose à l'oreille , et aussitôt les habitants de la ville se 
saisirent de sa personne pour l'emmener devant Ben Koziba. 
Nous avons vu, dirent-ils, ce vieux s'entretenir avec ton oncle. 

— De quoi lui as-tu parlé et que t'a-t-il répondu? demanda 
Ben Koziba. — Si je te le raconte, répliqua le Samaritain, 
l'empereur me tuera; si je ne te le raconte pas, c'est toi qui 
me tueras. J'aime mieux mourir de la main de l'empereur que 
par la tienne! Eh bien, (ton oncle) m'a confié qu'il livrerait 
la ville. Ben Koziba se rendit aussitôt chez B. Eléazar de Mo- 
deïn et lui demanda de quoi le Sa^^iaritain l'avait entretenu. 

— De rien, répondit Eléazar. — Et toi, qu'est-ce que tu lui 
as dit? — Rien non plus. Ben Koziba lança à Eléazar un coup 
de pied, qui le tua. Aussitôt une voix se fit entendre : Malheur 
sur les pasteurs infidèles qui laissent les brebis à l'abandon ! 
guerre à son bras et à sou œil droit ! que son bras se dessèche 
et que son œil droit s'obscurcisse [Zacharie , xi , 1 7 ) ! Tu as tué 
R. Eléazar de Modeïn, le bras et l'œil droit d'Israël, le bras 
de cet homme (du meurtrier) se desséchera et son œil droit 

' Gittin, 67 a. 

I. 28 



!i'6h IIISTOIHK l)K LA PALESTINE. 

s'obscurcira. Aussitôt Bellar lui pris et Beu Koziba tué. Sa tête 
fut portée chez Adrien. Qui l'a tué? demanda l'empereur. — 
Moi, dit un Samaritain. — Faites-moi voir son occiput, re- 
prit Adrien. On le lui montra et l'on trouva un serpent enroulé 
dessus. Si Dieu ne l'avait pas tué, dit l'empereur, personne 
n'en serait venu à bout. On égorgea ensuite tant de Juifs, 
([ue les chevaux s'enfonçaient dans le sang jusqu'aux naseaux 
et que le sang soulevait des quartiers de roc pesant quarante 
San et les roulait à la mer, qu'il colorait de sa teinte rouge, 
jusqu'à quatre milles de distance du rivage. Si l'on s'imagine 
que Bcttar était près delà mer (on se trompe); la ville en était 
éloignée de quarante milles '. -i 

On reconnaîtra encore dans cette relation des réminiscences 
des histoires que nous avons citées lors de la guerre de Titus. 
Les soupçons qu'on suscite dans l'esprit de Ben Koziba contre 
son oncle Eléazar rappellent ceux que Ben Batiah nourrit un 
instant contre le frère de sa mère, B. lohanan ben Zacaï-; 
mais, comme il convient à l'imagination féconde des Orientaux, 
le dénouement n'est pas le même. Puis le traître, dans notre 
récit, est un Samaritain, originaire de Ginée ouGennin^ d'a- 
près une version, parce qu'on aime à voir la main des Cu- 
théens dans tous les malheurs qui accablent les Juifs. Les qua- 
rante milles de distance sont réduits à quatre et même à un 
mille par les sources différentes qui donnent ce passage '. 

' Midrasch sur Echa, ii, 9 ; j. Ta aiiit , (J8 d. Notre traduction suit ce dernier 
texte, qui est plus simple. 

- Ci- dessus, p. 281. 

^ C'est là , je pense, rexplication du mot ^Nni13 , qu'on lit dans le Midrasch , et 
de ^N3''3 , qui se rencontre lalkout, I, 9^6. — Cependant, d'après le Livre de Jo- 
sué, c. XLVii , et Aboulfath , Chronique, p. I II**, les Samaritains auraient aussi souf- 
fert de la guerre. La défense de la circoncision les frappait comme les Juifs. 

' j. Ta'onit, 69 a, porte : b''t2 D"'y2")N: Midraach sur Echa: p'?"'D ny3")N; 



CH API THE XXIV. A35 

Avec des contes semblables, on ne fait ni de l'histoire ni 
de la géographie. L'esprit dans lequel ils sont conçus est seul 
vrai. Ainsi, pas un docteur halachistc ne se trouve mêlé à cette 
dernière convulsion de la nationalité juive; aucun des grands 
noms qui illustrent les écoles, et cette fois ils sont mieux con- 
nus des auteurs des Thalmuds que ne l'étaient les Pharisiens 
vivant du temps de Titus , n'est mentionné dans ce dernier et 
sublime eftbrt (jue fait une nation agonisante; le seul rabbin 
(jui semble avoir soufflé la révolte et proclamé le premier Ben 
Koziba languit dans une prison, loin du théâtre de la guerre; 
un agadiste, proche parent de l'agitateur, un homme de la 
trempe des Ezéchias et des Juda le Galiléen, un de ces ins- 
pirés qui ont entrevu dans Isaïe l'avenir destiné à Israël, Eléa- 
zar de Modeïn, s'enferma seul avec son neveu dans la forte- 
resse de Bettar. le dernier refuge des insurgés : il prie, jeûne, 
prêche et meurt. Ainsi se perpétue le même sentiment, il fau- 
drait dire la même conviction, dans ces deux grandes fractions 
de la nation juive. Le peuple, la multitude, est à la merci des 
voyants qui savent l'émouvoir et la soulever; elle donne sa vie 
|)0ur l'ombre de liberté qu'on lui montre dans un vague loin- 
tain. Les savants, les docteurs voient le néant de ces efforts 
suprêmes. Eux aussi ils savent mourir, mais seulement pour 
l'observation de la Loi. Si, grâce à la vadlance de Sévère, les 
plaines de la Judée sont inondées de sang; si, selon un der- 
nier passage que nous empruntons au même midrasch^ «trois 
cents cervelles de jeunes enfants gisaient écrasées sur une 
seule pierre ; 75 si «un clos de dix-huit milles carrés pouvait 
contenir à peine les cadavres entassés, auxquels Adrien, im- 

Gittin, 57 a : ?''D. Cette dernièro ieron vient , s'il y a erreur, ;i cause ilu sinjjulicr 
employé à l'appui du nombre quarante. 

' Midrmch, l. c. et j. Ta unit, 69 a. Le refus de sépulliiro lui-même est liislo- 

:2«. 



'i;;() HISTOIRE l)K l,\ l'A LEST INK. 

pitoyable encore après la victoire , refusait la sépulture , w les 
villes de la Galilée fournissent un sang plus précieux encore à 
Rufus, qui choisit ses victimes parmi les sommités de la nation, 
les raille, les torture et les fait mourir avec un raffinement de 
cruauté dont les proconsuls romains possédaient le secret, sur- 
tout lorsqu'il s'agissait de servir les rancunes du maître irrité. 
Akiba fut une des premières victimes. 11 est curieux de lire 
dans les Thalmuds les anecdotes piquantes qui racontent com- 
ment ses disciples savaient encore tromper la surveillance des 
Romains et obtenir du prisonnier les réponses aux questions 
halachiques qui les préoccupaient'. Nous avons déjà nommé 
Hanina ben Teradionet R. lehouda ben Baba^. R. Ismaëletun 
Siméon,probablementSiméonbenAzaï, ami et disciple d'Ismaël 
et d'Akiba, R. leschebab et R. Houtzpit, anciens employés du bèt- 
din delabné, qui s'étaient soustraits quelque tempsàSepphorij 
aux recherches du gouverneur; R. lehouda Hannehtom, peut- 
être aussi R. Tarphon , et d'autres encore, furent exécutés, d'après 
la légende, avec des traitements d'une atrocité incroyable^. 

rique, puisque «la permission accordée par un autre roi,» c'est-à-dire par l'em- 
pereur Antonin le Pieux , a , d'après un commun accord , donné lieu à une formule 
particulière insérée dans la Bénédiction de la table. — Nous avons passé sur la 
tuerie racontée Midrasch sur Echa, i, 16, où Adrien, après avoir promis le par- 
don à tous les Juifs qui se soumettraient, les fait tailler en pièces par ses légions. 
Elle rappelle trait pour trait la scène qui se passa à l'extrémité sud du lac de Ti- 
bériade sous Vespasien, qui y commanda le carnage après avoir attiré le peuple 
par de fallacieuses promesses (Jos. B. J. III , x , 9) ; le sang dont on peut voir les traces 
jusqu'à l'ile de Chypre, d'après la Midrasch, répond au lac rempli de cadavres 
et «teint de leur sangT? (KSKpajxévvv al'iiari), dont parle Josèphe. Nous y revien- 
drons dans notre Partie géographique. 

1 lebamot, 108 h;], ibid.xn, 12; Sanhédrin , 1 2 a. Voyez Graetz, IV, 176-177. 

^ Ci-dessus, p. 43o, note, et p. ^37, note. 

^ Ces noms se trouvent surtout réunis MzWrasr/i sur £c/ia, u, 2, dans un mi- 
drasch des dix martyrs et dans plusieurs élégies des rituels juifs. Nous renvoyons 
pour les détails à Grœtz, /. c. 



CHAPITRE XXIV. /i37 

Tous les grands docteurs de l'époque étaient morts; les 
disciples qui avaient su échapper au glaive étaient cacbés dans 
les cavernes et les grottes innombrables, que renferme le sol 
calcaire de la Palestine. Mais Adrien mourut bientôt après, 
et, quoique Antonin le Pieux maintînt au début de son règne 
les mesures sévères de son prédécesseur \ les sentiments hu- 
mains du nouvel empereur durent néanmoins en mitiger la 
rigueur. Il n'en fallait pas davantage pour que les rabbins 
reprissent courage. On pratiquait de nouveau, en y mettant 
moins de mystère, sans cependant renoncer encore aux pré- 
cautions. On finit par obtenir que les ordonnances elles-mêmes 
fussent retirées'-^. Le parti politique était définitivement éteint. 
Mais une nouvelle génération de docteurs, vigoureuse et ins- 
truite, avait surgi. Une des premières réunions, auxquelles le 
patriarche n'assistait pas encore, se tenait dans la vallée de 
Rimmon^; dans une autre assemblée à Uscha, Siméon III, 

' A ce maintien des mesures de rigueur peuvent se rapporter les mots de Jules 
Capitolin, Antonin le Pieux, c. v : «Et Germanos et Dacos et multas gentes atque 
ludaeos rebellantes conludit per praesides et legatos. « Il s'agit de peuples, toujours 
disposés à la sédition et que l'empereur écrasa par la main de fer des gouverneurs 
et des légats qu'il leur envoyait, mais il ne peut pas être question d'une révolte 
qui aurait éclaté; elle était alors impossible chez les Juifs, et il ne s'en rencontre 
aucune trace dans l'histoire. 

^ w Circumcidere ludaeis filiossuos tantum rescripto divi Pii permitlitur. n (Mo- 
deslinus, de Siccariis digesta, xlviii, 8, i i.) 

3 j. Hagiga, m, i : nrp33 r\wn DK inv'? □"'jpî nyau? id:d:2? nc?i?D 
lî^'? '"11 niDnj '11 piTDîy 'ii ""Dr 'i ni^n'^ 'm T'nd "i vn "«di pDn 

■")?T3Dn "[ITW '")T ypV'* p. « Sept anciens entrèrent dans la vallée de Rimmon 
pour fixer le calendrier de l'année, R. Méir, R. lehouda (ben Haï), R. José, R. 
Siméon (ben lohaï), R. Néhémie, R. Eléazar ben Jacob (peut-être, ben Scha- 
mou'a?) et R. lohanan Hassandelar.;: Le nom à'anciens qu'on donne à ces docteurs 
prouve qu'il s'agit d'un fait postérieur à leur ordination par lehouda ben Baba. 
Ils sont présentés comme les derniers disciples do R. \kiba. hhamol, fin b. Après 



'i:{S IIISTUliiK DK LA l'ALKSTI M-. 

(ils (le Gaiulicl de labné, n'est j)as nomiiié non plus-. Cepen- 
dant lahné, dans la province de la Judée, était définitivement 
abandonné par le patriarcat; Siméon III n'osa probablement 
se montrerni entrer en fonctions que lorsque les derniers ves- 
tiges des persécutions eurent disparu^. 

Dorénavant commencera l'histoire du Thalmud seul, his- 
toire sans intérêt politique et même sans originalité doctri- 
nale; car plein d'un respect, relevé par l'auréole du martyre, 
pour la génération éteinte, on n'applique au fond que les mé- 
thodes des prédécesseurs, on ne répète que leurs opinions, 
on ne scrute que les écrits et l'on ne consulte que sa propre 
mémoire : on lit et Ton cherche à se rappeler. C'est là l'ac- 
tivité principale des rabbins pendant plus de trois siècles en 
Palestine et à Babylone. Avec la mort du dernier partisan de 
l'indépendance nationale, notre tâche est terminée. 

avoir parlé de la mort des dei'iiiers disciples de ce docteur, on continue ainsi : 

nN*:*^'i DTTin'i' UTim h^a ^si3"•py i n3^ ly ddu? □"'7iyn n\Ti 
nn Dm vidï^ p l'c^ha m p:?Dcr 'm "«Dr "\i niin^ 'ni tind 't onV 

nyU nniN* min n^Di^n. «Le monde était comme désert jusqu'à ce que 
R. Akiba arrivai dans le Darom et enseignât la Loi aux rabbins suivants : R. Méir, 
R. lehonda (ben Haï), R. José, R. Siméon (ben loliaï) et R. Eléazar ben Scha- 
mou'a; ces docteurs maintinrent alors la Loi." Nous avons cité le texte de nos 
éditions , confirmé par Béreschit-rabba , c. Lxi , où manque le mot DITl^îi^. ( Voyez 
la leçon du louhasin dans le Kerem Cliemed, VII, i83, et la correction de M. Fran- 
kel, p. ii)l[, note ^i.) (ies diOérentes versions offrent le nom d'Akiba sans celui 
du Darom, ou celui-ci sans le nom d'Akiba, ou bien les noms du docteur et de 
la localité. N'a-t-on pas introduit à dessein, dans cette baraïta, le nom d'Akiba , parce 
qu'on voulait alors que tout l'enseignement procédât de lui ? (Voy. p. 601, note 2.) 

' Micirascli sur h Cmlique, u, 5: i<^Mib I^TIia") IDiDj IDVn "'D'^î^n 

■n •'Nnr p ]^:!DV "n ■'Dr -n iwd -i .-■'Dn: 'm min"' '"i ]n i'pni 

apy^ p -liy^'PN ^l ^b^b^n ^Or 'l bc? p ^ÎV^'^N. " a la fm des persécutions 
nos maîtres outrèrent dans Uscha. Il y eut R. lehouda, R. Méir, R. José, R. Si- 
méon ben lobai, R. I*]liézcr, fds de R. José le Galiléen et R. Eliézer ben Jacob.'' 
* i . Sihebiil , x , •! ; Hosch-hnxrhniio , '>2 a ; Si/rii , p. 1 o i d . f| iiassim. 



iXOTK I'. 439 



NOTES ADDITIONNELLES. 



NOTE PREMIERE. 

La Megillnl Ta anit. 

La petile chronique connue sous le nom de ff Rouleau du jeûne, i' 
et qui, à la vérité, énumère les jours de l'année juive où il est dé- 
fendu de jeûner, est le plus ancien monument posl-biblique, en 
araméen, qui nous ait été conservé. Celte chronique est citée dans 
la Mischna [Ta'anit, ii, 8'), et est l'œuvre «des compagnons de 
R. Eléazar ben Hanania ben Hiskia ben Garon-,15 ou bien, comme 
s'exprime une autre source, ffdes anciens, disciples de Schamaï 
et de Hillel, qui venaient rendre visite à R. Eléazar ben Hanania 3. w 
Nous connaissons ce docteur, chez lequel ont été discutées les dix- 
huit nouvelles mesures qui, peu de temps avant la destruction du 
temple , furent prises contre tout commerce intime avec les païens 
(p. 279). Cependant, même en acceptant cette tradition pour le 
plan et le fond de cette petite chronique, on ne peut pas mécon- 
naître qu'on n'y ail fait plus tard des additions, puisque le souvenir 
de la mort de Trajan , arrivée en 1 1 8 après Jésus-Christ, s'y trouve 
inscrit (§29). La rédaction actuelle de la chronique est, en outre, 
écourtée sous certains rapports. Cela ressort clairement de la 
mischna citée , et résulte égalementdej. Taanit, 11, i3, où R. Méir 

' 'yy ■)id6 v:Db p3 pfc^rob M7...-7ddp15 M? r^^vr r^\>v^ 3iror> b. 

■ Glose de la Megillat Ta'anit el Sabbat, x'i h. 
Halachot gedolot , Hilchot soferiiu : rii.1)û ^2P^D O?- -hho T'J ';pf1 'f>PC r'3 Opf 

"'iPDb i^iJtS ]'^~» p P'prp p oo:p j3 i^X'hti n'^)^3 r'^rr 



4^0 HISTOIRE DE LA PALESTINE. 

l'tablit la rèjjle suivante: tfSi une date de la Megillal Ta anit ter- 
mine par les mois : le deuil est interdit, le jeûne Test également; si 
elle termine ainsi : le jeûne est interdit, le deuil est permis; si elle 
finit seulement par: il ne faut pas, sans aucune addition, c'est 
comme si l'on avait ajouté que le jeûne est défendu K-n Or notre 
texte ne présente pas ces trois cas : on y trouve seulement la re- 
marque que le deuil est interdit ou rien du tout. 

Comme on a dû s'en apercevoir déjà dans le courant de ce tra- 
vail , cette chronique , qui se compose de trente-cinq paragraphes , 
fort courts et peu clairs, présente, dans l'ordre du calendrier 
juif, une suite de jours remarquables par quelque événement heu- 
reux et institués pour cela comme jours de fête. Malgré cette briè- 
veté extrême, nous avons pu en tirer plus d'un fait important, et 
si les paroles énigmatiques de notre chronique ont eu souvent be- 
soin d'être éclairées par les passages empruntés à d'autres sources, 
ces paroles, une fois comprises, ont quelquefois jeté une nouvelle 
lumière sur ces mêmes passages. 

Du reste, dans toute les éditions de la Megillat Ta'anil, le texte 
araméen est accompagné de gloses écrites en un hébreu assez pur 
et qui se distinguent facilement de ce texte par la différence de la 
langue dans laquelle elles sont composées"^. Ces gloses ont, sans 
doute, souffert des altérations et des additions, comme tous les 
ouvrages anciens qu'un respect superstitieux n'a pas garantis d'une 
semblable atteinte. Ainsi, la glose du S 5 (voy. ci-dessus, p. 67) 
commençait sans doute par les mots: 1D1 abl^TT' ^22^ anSD VnZ' , 
ffCar la garnison de l'Acra inquiétait les habitants de Jérusalem, 
etc.fl mais un inconnu, voulant déterminer la situation de l'Acra, 
et frappé par la ressemblance du mot N")pn et Dwnpn, a ajouté: 
ft Ainsi il est écrit (Il Sam, v, 7): Et David conquit la forteresse de 

' '71 7DDP3 ^no riJ^Jrob f)^7^ noi^ro!) •)^Clb 7DD'pb h^ '7 ivb Tf)^ '") 
h'':vr>z6 f^l) '7D or>o h^. 

' Le Thalinud, en citant des passages de la M. T. copie quelquefois plusieurs para- 
graphes de suite, sans les interrompre par les gloses; Menahot , G^ a: j. Ta'nnit, ii . S 
{66 a). 



NOTE 1". Ul 

Sioii, cest-à-dire, la ville de David; et cet endroit est habité au- 
jourd'hui par les Karaïtes. v Plusieurs de ces gloses se retrouvent 
dans les Thalmuds et les Midraschim; nous avons d'ordinaire in- 
diqué ces passages en citant les gloses aux divers endroits de ce 
volume. Un grand nombre de' ces morceaux ne paraissent pas 
placés dans le commentaire par la main du premier glossateur, 
mais ajoutés après coup par quelque copiste. Ainsi la fin de la 
glose du S 1 5 , depuis "'"sxi ")DX, est évidemment empruntée à une 
baraïta dont une grande partie se lit Sanhédnn, 46 a; j. Hagiga , 
11, 2, etc. (voy. ci-dessus, p. io6, 107). Il en est de même de la 
glose du S 28; tout ce qui suit les mots riDlin miSD est pris dans 
une baraïta qu'on retrouve Sabbat, 21 b. Le commentaire du § 26 
se termine aux mots, 3lî3 DV imxî^y, ffon a fait de ce jour une 
fêle; 75 le reste est emprunté à m. Ta'anit, 11, 8 , à tos. ibid. a. 11, etc. 
Ces exemples pourraient encore être multipliés ^ 

Quelques observations du glossateur tendent à faire disparaître 
certaines contradictions apparentes du texte : ainsi dans le 8 3 et 
le § i3, le même événement paraît être attribué à deux dates 
différentes; les 8§ 21 et 26 sont conçus presque dans les mêmes 
termes et avaient besoin d'être expliqués. Mais, en général, les 
gloses me semblent découpées par le commentateur dans divers 
ouvrages historiques de son temps, avec le but d'expliquer les 
passages obscurs de la chronique. Toutes les notes oij l'on ren- 
contre la phrase ''N:iDi:;n ""jS T" mnai^s, « lorsque les Asmonéens 
eurent le dessus, n §86,7, 8, 12,1/1,17 (voy. p. 62 , note) et 
20, ont un air de famille incontestable. Les gloses du 8 22 et du 
S 26, auxquelles on pourrait ajouter celle du 8 ik, ont aussi 
plus d'une ressemblance. Nous avons déjà parlé (ci-dessus, p. 209, 
note) du mot n'^h^ employé dans le sens de legatus, qu'on ne ren- 
contre que dans la glose du 8 26. Si nous ajoutons à cela les nom- 
breuses baraïtot historiques citées dans les livres rabbinlques tels 
que les Thalmuds, les Midraschim, les Abot derabbi Nathan, etc. 

' Vovez Gra'lz , III, /||6. 



/i42 IIISTOIIU: F)K LA PALESTINE. 

et que nous avons eu occasion de reproduire dans noire volume, 
on sera peut-être autorisé à supposer toute une littérature hé- 
braïque depuis le dernier siècle avant l'ère vulgaire jusqu'aux 
j)remiers siècles après cette ère, littérature qui a disparu, et doni 
le fameux livre de losippon est la seule grande compilation qui 
soit restée. Les traducteurs grecs, après la destruction du temple, 
ont négligé les ouvrages qui n'avaient pas un caractère édifiant, et 
les auteurs des Thalmuds n'y ont pas attaché de l'importance, 
parce qu'ils n'offraient pas de matière aux discussions halachiques. 
Notre petite chronique peut donc être considérée connue une pré- 
cieuse épave au milieu de ce naufrage général. 



Texle de la Megillat Ta'anit. 

n"?- XT'Dn npin\s* n^2 K"'iDn ivt ]D^:-i vxn-i"' îrn p ( i ) l 

nV "'"; «"'^yia^i N:n amn\x xiyiD pi"id ivi n-'i x^acnDi ( 2 i 

.iddd'? ahi Qbm-\'' -niy nDi:n -i''"'K3 n^iun (3) Il 

.aViyTT'D xipn ■'in ipD: r\^2 xnVm anuryn (5) 

tD^im-'i min-'D wV^D 'i'7''î2:n\x r]^2 nynuri Dniyya (6) 

012: biJDriT'nN ]VD2 icry ny3c;3 (7) 111 

]iiL' n"'2 ^vm i'?: n"'3 ic?:? Nn''^3"i n"'3 niyy nî^Dnn (81 

•nnvp3 "'u:ni 

' Ta'anit, i'] h; Meuahot, 65 a. — j. Ta'anit, ii, i4 (66 a): Jin3 7DD'pb f)b '7 ' h 
J"IP3 f)'Oi?r?; f); *7 jPipO. Comme, selon R. Méir, l'interdiction du deuil implititio 
celle du jeune, tandis qu'au contraire le jeune peut être défendu et le deuil permis, 
cette leçon va contre l'opinion de ce docteur. 

'^ Ta'anit, 17 b, ajoute : pC53. 

' Ibid. ajoute : pp3. 

" Ce tno( man'juo tloiiUn , lai) b. 



NOTE l". /i/i;} 

: □'?i:*Ti"'i n-nn''!: WiCD"'" i'7"'î3:n\s* ^-^2 nvcm oniyra 

."îDDDb abi N"':nD ■'^n 3X3 it^'y niyDns 
tNianb N:3n ^n-'n nyn-iNi D''-iî:*i?D 

.W^Vi^^tD} min-'D •'NDTi i'?''ï3:n\v .T'a iiry nrnii'n 

:xnDe?D n'jïûp'? NJ2n ."T'a ]"'-)m inuva 

:x"'nî3îy ]û NmDiN 3n^"'n:n"'N nann nub^2 

•xmTi* p namo "innD''x ]it?n-)D3 nvbm n^i^'^s 

•(N-nir) piD^' rn"'nN .-T'a xii/Dm i-'-iiyyD 

01Î3 nr .T'a ny22;3 
oddd"'? n'?- dti:! -in qv ^T^a nm ^ni^ya 

: N:n Vy Nn*C/"':D N^n"' n2D2 n:DU?T nn^vi/vs 

nNriNi'? nN:D idkt xriT'ny nV^'ias n-in ]nm ^n^yn 

•m:''mî3 or n-'a -ii^:? jnriD 
•■n:p: or n^n "icVns 

oddd'? 

n:nD3 NnDD n^û^hzi Vv N'^Doy iDp n-'S "^-ler n:?3îy^ 
•'jN-i^"' ma'? ipiiD mm widî rr'm Dip'^iD 

' Sanhédrin, 91 a: JD03 pr>3l6l D'">Ci33. 

■ Baba-batkm , ii5b:r3U3 ^C^ ?i53-)f)3.. 

' Rosch-haschana , 18 b: p!î>U3 nCrS f^P^PJ. 

" /orna, 69 a: P3V3 ^CVVt OnCiJ3. 

=■ Sabbat, 21b: J1?3 pfo^Jrob fi^71 j1?3 P^ '7 {"i;'6 6'JPr DDOPT 'PV. 

" I/O mol IC^ innnqiin j. Tn'amI, ii, l'i ((16 n); mais il se lit j. MefrUlf- , i,.6 (7'- r). 



(0) 




(10; 


IV 


('0 


\^ 


(l'i) 




(i3) 


VI 


(ilx) 




(i5) 




(16) 


VII 


(17) 


VIll 


(18) 




(19) 




M 


l\ 


(21) 




(22) 




(23) 




(2A) 


X 


(2 5) 


XI 


(26) 




(^7) 




(28) 


XII 


(29) 




(3o) 




(30 




(32) 




(33) 





UMx HISTOIRK DE LA PALESTINE. 

♦linV nn:i x"iî3dV ndv Mus n^a ^n^ya (3Zi) 
nVi "•Niin"''? Nn3i3 Nmiun nnN îT'd N'':Dm ]"'iî:;y3 (35) 

nVsn^ -)DN'' wi DDip p ^mVy ^n^xi c;:^k ^d pb 



Traduction. 

Pendant ies jours suivants, il est défendu déjeuner, et pendant quelques-uns 
aussi le deuil * est interdit. 

L — 1 . Depuis le i "^ jusqu'au 8 nisan , on obtint que le sacrifice quotidien fût 
payé du trésor du temple; le deuil est interdite 

2. Depuis le 8 jusqu'à la fin de la fête (le aa), on rétablit la fête des se- 
maines; le deuil est interdit''. 

IL — 3. Le 7 iyyar eut lieu l'inauguration du mur de Jérusalem; le deuil est 
interdite 

li. Le \h est le jour du sacrifice du petit agneau pascal; le deuil est interdit". 

.'). Le 23 , les fils de l'Acra sortirent de Jérusalem '. 



' j. Ta'anil, m, lo (66 d): b "t^Vb. 
^ Ta'anit, i8a: tr^n^h {». 

* Ibid. on donne, comme variante déjà connue alors, "^D" à la place de "îD^'. 

' Le deuil ou hesped comprend toute une série de cérémonies funèbres établies en 
l'fionneur des morts et qu'on peut lire dans Maimonide, fli7c/iof ylfce/, c. xii. 

' Ci-dessus p. io3 et io5. Le i" nisan fut, d'après Exode, xl, 17, le jour où l'on 
dressa la tente de consignation et où l'on offrit en même temps pour la première fois le 
sacrifice quotidien (Lévitique, ix , 1, Raschi et Jonathan, el Séder 'Olam, c. vn). Si la 
fête commémorât! ve a été en effet , comme la glose le dit , consacrée à la victoire rem- 
portée par les Pharisiens sur ies Sadducéens , on aurait profité de la collecte de sicles 
faite dans le mois d'adar pour inaugurer le payement des sacrifices avec ies deniers du 
trésor. 

* P. 1 83 et 187. Le mot jPir'f), qui répond à 30? , renferme l'idée du rétablissement 
d'une chose qu'on avait interrompue. La Pentecôte aurait donc été célébrée d'après le 
mode des Sadducéens jusqu'au moment où les Pharisiens, ayant le dessus, la remirent 
au cinquantième jour après le second jour de Pâques. On ne se rend pas compte du choix 
qu'on a fait de la quinzaine du 8 au aa nisan pour fêter ce souvenir. La glose , qui a ré- 
ponse à tout, veut que la discussion ait pris tout ce temps. 

' P. 7Ù, note 9. 

' Nombres, ix, 1 et suiv. 

' P. 67. 



NOTE l'^ 445 

6. Le 27, les impôts du fisc furent retirés de Juda et de Jérusalem'. 

III. — 7. Le 17 sivan, la tour de Sour fui prise ^. 

8. Le i5 et ie 16, les habitants de Bètsean et de la plaine furent exilés^. 

9. Le 25 , les publicains furent retirés de Juda et de Jérusalem ^ 

IV. — 10. Le i4 tammouz, le livre des décisions fut abrogé; le deuil est in- 
terdit ■\ 

V. — 1 1. Le i5 ab est le jour des xylophories; le deuil est interdit*. 
19. Le ai, nous revînmes à notre Loi'. 

VI. — ^ i3. Le 7 eloul est le jour de l'inauguration du mur de Jérusalem; le 
deuil est interdit*. 

il\. Le 17, les Romains se retirèrent de Juda et de Jérusalem. 
1 5. Le 22, nous revînmes à tuer les renégats'. 
VU. — 16. Le 3 tischri, le nom de Dieu fut enlevé des actes '". 
VIII. — 17. Le 28 marheschvan, on enfouit le sirouga, pour la faire disparaiire 
de la cour du temple ". 

18. Le 25 , Samarie fut prise '^. 

19. Le 27, on offrit de nouveau la farine sur l'autel '-^ 

IX. — 20. Le 3 kislèv, \esaimnt furent enlevées de la cour'\ 
ai. Le 7 est un jour- de féte'^. 

22. Le 2 1 est le jour du mont Gerizim ; le deuil est interdit*". 
28. Le 25 commencent les huit jours de l'inauguration du temple (liannoukn) ; 
le deuil est interdit". 

' P. 69. La rédaction des SS 6 , 9 et 14 est identique. 

- P. 68. 

' P. 74. 

' P. /i6, note 2. 

> P. io3. 

^ Voy. Josèphe, B. /. II , xvu, 6, qui donne le i4 du mois. (Voy. p. 109, noie 2.) 

' Voy. S ai, et la leçon donnée p. 4ù3 , note 2. 

' P. 74 , note 2. 

" P- 69. 

'° P. 67, note. 

•' P. 60. 

'- P. 7a. 

'^ P. io3 et i35. 

'* P. 60. Nous ajoutons à ce que nous avons dit plus haut la définition donnée par R. 
lobanan: 03")? D'33f5 P3f)D ppf) Vif) DIP'^", vBimos signifie une pierre, autel un as- 
semblage de plusieurs pierres. îî ( Aboda-zara , 53 b.) 

" P. 101, note 2. 

" P. 41 et 72. 

" P. 6a. 



/i4o iiisToinK \)i: i,\ i>Ai.i:sTi\fc;. 

X. — a/i. La -îH lébet, la réunion fut rélablie d'après la Loi'. 

XI. — 25. Le 9 schebal «.'st un jour de fêle; le deuil est interdite 

•26. Le 2 3 fut détruite l'œuvre que l'ennemi avait ordonné de porter au leniplii; 
le deuil est interdit ". 

97. Le 98, le roi Antiochus fut enlevé de Jérusalem \ 

XH. — 98. Le 8 el le 9 adar furent des jours d'allégresse à cause de la pluie-'. 

99. Le 12 est le jour de Trajan". 

3o. Le i3 est le jour (cotnmémoratif de la défaite) de Nicanor '. 

3i. Le i/i el le i5 sont les jours de Pourim; le deuil est interdit". 

32. Le 16, on commença la construction du mur de Jérusalem; le deuil est 
interdit^. 

33. Le 17, les païens s'étaient levés contre les restes des soferims dans le pays 
de Chalcis et des Zabedéens, et Israël fut délivré'". 

3i. Le 20 , le peuple jeûnait pour obtenir delà pluie et la pluie tomba ". 
35. Le 98, les Juifs reçurent la bonne nouvelle qu'ils ne .seraient plus empê- 
chés de suivre les prescriptions de la Loi: le deuil est interdit'-. 

Mais tout homme qui auparavant avait fait vœu de jeûner, se liera parla prière ' •. 



NOTE II. 
Influence d'Ezra sur le système d'écriture prati((ué en Palestine. 

D'après une Iradilion conservée par le Thalmud [Sanhédrin, 
21b; cf. j. Megilla ,1,11,71 b), •• la Loi , donnée d'abord en langue 
sacrée et en écriture ibri, fut donnée de nouveau à Israël par Ezra 

' P. 102. 

'-■ P. 101, note 2. 

^ P. 907, note 1. 

' P. 63. 

^ P. ii3, note. 

' P. 408. 

• P. 63. 

" C'est le sujet du livre iVEsler. 

'■' P. 76 , note 2. 

'" P. 99, note 9. 

" P. 119. 

" P- 59. 

'^ Le sens de cette plirase est bien obscur, et n'était plus bien compris par le Tlial- 
même. On en trouve la traduction hébraïque, Bel Hammidrasch , I, p. iâ5, J. 3i. 



NOTE 11. lilxl 

en langue aiauiéenne et en écriture aschourit; les Israélites adop- 
tèrent ensuite la langue sacrée et l'écriture aschourit, en laissant aux 
Cuthéens récriture ibri et la langue araméenne.w (n:n"'j nV"'nD2 
Niîy ^D^3 on'? n:n^:i niîn cmpri p^ybi nay an^n bNic'^V min 
^i-t^n ]v^'b'i nmuN ano bx'ic"''? ]nb i')^^2 ""DnN pirbi rimuN ddm 
^rT'D")N pcrVi ''iny ans misr-in'? in"»:.-!!.) 

Le mot ibri, choisi avec intention comme terme général, si- 
gnifie évidemment l'hébreu archaïque ou le samaritain, qui, 
d'après cette tradition, était répandu dans toute la Palestine jus- 
qu'au moment oià Ezra , revenant de l'exil , traduisit pour ses frères 
la loi en araméen et se servit à cette occasion du caractère aschou- 
rit ou carré , caractère usité dans les contrées qu'il venait de 
quitter. Cette version se répandit de plus en plus à mesure que le 
i)atois chaldéen gagnait du terrain en Palestine et que l'hébreu 
pur y était moins généralement compris. Avec le temps, la véné- 
ration qu'on épi'ouvait pour le livre traduit , se communiquait aux 
caractères avec lesquels la version était écrite, et les Juifs finirent 
par adopter la même écriture pour les copies qu'on faisait du 
texte original. Origène et Jérôme avaient sans doute entendu ra- 
conter la même tradition à leurs maîtres juifs lorsqu'ils attribuent 
à Ezra l'introduction du nouveau caractère en Palestine^. 

Certes, la seule circonstance que les formes archaïques se main- 
tiennent, sans aucune exception, sur toutes les légendes des mon- 
naies frappées en Palestine jusqu'à la révolte des Juifs sous Adrien, 
suffirait pour prouver la haute antiquité et l'emploi général des 
caractères samaritains. On s'en servit dans le pays comme on a 
employé jusque dans ces derniers temps la langue et les lettres 
latines sur toutes les*monnaies de l'Europe, non-seulement dans 

' L'incorrection qu'on observe dans ce passage , oii les mots jpj et pci sont traités 
tantôt de masculins et tantôt de féminins, vient sans doute, quant au dernier mot, du 
double genre qu'il a dans la Bible, et pour le premier, de l'habitude qu'on avait de se 
servir des mots feO^fj, r>710', P'717Cf), comme des neutres ou des adverbes dans le 
sens wen araméen, en judaïque, en dialecte d'Acbdôd.'; (Voyez les exemples dans les 
lexiques.) 

" Les passages sont cités par De VVetle. Lehibuch der Archœologie , S 978, note. 



hli^ HISTOIIU: DE LA PALESTINE. 

les pays des peuples néo-latins, mais encore dans les contrées ha- 
bitées par les races germaniques , et tout aussi bien pour les pièces 
de cuivre qui ne devaient pas franchir la frontière, que pour celles 
d'argent et d'or pour lesquelles les rapports internationaux pou- 
vaient excuser à un certain degré l'usage qu'on faisait d'une langue 
et d'un caractère plus généralement connus. D'un autre côté, les 
rapports incontestables qu'on reconnaît entre les formes des lettres 
telles qu'on les voit sur des monuments araméens et entre notre 
alphabet carré confirment singulièrement le fait principal qui se 
dégage du fond de la tradition thalmudique, savoir, l'introduc- 
tion de cet alphabet par la voie de Babylone. Puis, l'emploi des 
caractères araméens ou aschourit pour une traduction du Penta- 
teuque était certainement le seul moyen par lequel ces formes 
pouvaient peu à peu obtenir droit de cité à Jérusalem et supplanter 
finalement l'ancienne écriture dans les copies du texte. Il est plus 
que probable que la haine que les Samaritains inspiraient aux 
Juifs a dû contribuer puissamment à cette innovation, qui eut 
l'avantage de creuser plus profondément l'abîme qui séparait les 
deux peuples ennemis. 

Les quelques échantillons de la nouvelle écriture que nous pos- 
sédons depuis ces derniers temps, grâce aux belles découvertes 
faites par M. de Saulcy et M. le comte de Vogué, témoignent, 
il est vrai , d'une main encore mal assurée et d'une grande inex- 
périence dans l'art de reproduire ces formes par le ciseau sur la 
pierre. En revanche, les inscriptions magnifiques en caractères 
carrés qu'on a trouvées en Crimée et qui remontent aux premières 
années de l'ère chrétienne, font supposer une habitude déjà bien 
longue de cet alphabet. Comme il est cwtain que les individus 
pour lesquels ces monuments funèbres ont été élevés apparte- 
naient aux dix tribus qui depuis leur captivité, fixée sur ces pierres 
à l'an 696, n'avaient plus jamais touché le sol de la Palestine et 
semblent être restés sans aucun rapport avec leur ancienne patrie, 
il s'ensuit que c'est des pays au delà de l'Euphrate que ce système 
graphique s'est acheminé vers la presqu'île bordée par la mer 



NOTt: l[. 449 

Noire. Le nom à'aschourit (n'^'il^K, assyrienne) que le Thahnud 
donne à cette écriture se justifie donc parfaitement lorsqu'on 
pense que les dix tribus furent emmenées en captivité par le roi 
d'Assyrie; aussi les docteurs ajoutent-ils, comme explication du 
mot aschourit : r Parce que cette écriture est venue avec eux (les 
Israélites) de Babylonew (V33D onDV nh^fU). 

Cependant les rabbins proposent encore une aulre interpréta- 
tion, savoir: frque ces caractères sont solides^ (nmXD Xin^ 
13DD3). Quelque peu vraisemblable que paraisse cette dérivation 
du mot aschourit, on ne peut s'empêcher de comparer le terme de 
moMsnrtc? (»XÀ**x), qui a aussi le sens de r solidement établi,^ et 
que les Arabes emploient pour désigner l'écriture himiarife dont 
on ne peut pas méconnaître les nombreuses affinités avec notre 
aschourit. La ressemblance est beaucoup moins dans les formes de 
chaque lettre que dans la carrure et la roideur des deux écritures. 

Les Juifs, qui habitaient depuis longtemps l'Arabie, et le ju- 
daïsme, qui fut même assis pendant plusieurs générations sur le 
trône du lémen, ont-ils exercé une influence sur la formation des 
caractères himiarites? Les éléments primitifs des lettres sont sans 
contredit les mêmes chez les deux peuples qui vivaient sur les 
deux rives du golfe, dans le lémen et en Ethiopie, les angles de 
l'himiarite se sont adoucis et assouplis en Abyssinie, ou bien, 
les formes rondes qu'avaient les lettres dans ce dernier pays 
se sont roidies et équarries eu passant le détroit. Les rapports 
constants entre les deux pays sont démontrés par les preuves 
les plus incontestables de l'histoire et de l'épigraphie. Il y a eu 
de bonne heure des émigrations juives vers l'Arabie méridionale 
aussi bien que vers fAbyssinie. Il sera donc dans tous les cas diffi- 
cile à déterminer de quel côté l'influence juive s'est portée la 
première. 



2 y 



fiTtO IMSTOIHK l)K LA l'A LKST IN Iv. 

^'<)TF III. 
Le lilio (lu j)rciiii(!r livre des Maccabées. 

Origène (Eusèbe, Hist. Evangelica, vi, 26) nous a conservé le 
litre hébreu du premier livre des Maccabées, transcrit en carac- 
tères grecs : Slapê»)^ croip^avè eX. Ces mots obscurs ont été di- 
versement expliqués K M. Herzfeld (II, 266 et ^67) les lit: £3"'3"iC? 
Vn ""aaiD, ttla verge de ceux qui se sont opiniâtres contre Dieu;n 
M. Ewald {Geschichte d. Volkes Israël, IV, p. 6oZi) : bn ■':3 -)ty tO-'aïC? , 
ftla verge du chef des enfants de Dieu;Ti M. Geiger {Urschrift, 
p. 2o5): Vx "JDID r2~iD, f opiniâtreté de ceux qui ont résisté à 
Dieu. 75 J'étais tenté un instant de trouver dans le deuxième mot 
un malicieux changement de ''JD1D, tf princes '-,t) en ""^niD, fait par 
la malveillance qui s'est attachée plus tard aux membres de la fa- 
mille asmonéenne; le titre primitif aurait été dans ce cas : ft Verge 
des princes de Dieu.w Mais, à mon avis, des titres de cette nature 
ne sont pas encore dans l'esprit de ce temps ; les livres de la Bible 
sont nommés très-simplement, soit d'après leur auteur réel ou sup- 
posé, soit d'après la dignité des personnes dont ils traitent, soit 
d'après le mot par lequel ils commencent, soit enfin d'après le 
genre de poésie qu'ils renferment. Mais nulle part une trace d'une 
dénomination aussi artificielle et aussi compliquée! 

Avant de proposer une nouvelle explication de ce titre énigma- 
tique, comparons un mot aussi obscur qu'on lit également dans le 
premier livre des Maccabées et qui est transcrit crapafxéX (xiv, 28). 
Ce mol étant précédé de la préposition êv, il a été pris pour le nom 
d'un endroit; Ewald (/. c. IV, /i38) y trouve ha Dy "isn, ffla cour 
du peu[)le de Dieu;n Geiger (/. c. p. 212) pense à ha DV ")Sy, ffla 
réunion solennelle du peuple de Dieu, 15 bien que le masculin iSi? 

' Voyez, pour les anciennes interprétations, De VVclte, Lehrbtich der historisch-kriti- 
schen Einleitung , etc. S 299, note c. 

" Sur le singulier plD , voyez Bnxtorf, Leximn rhnld. ihalmudivnm , col. iSfia. 



NOTUE m. 451 

ne se leiiconde nulle part dans ce sens et que l'Ecriture présente 
toujours le féminin msy. Mais, en examinant les versets 27 et 
28, qui renferment Tintroduction de l'acte par lequel le pouvoir 
est